Skip to main content

Full text of "Oeuvres de Lavoisier publiees par les soins de son excellence le Ministre de l'instruction publique et des cultes Memoires et rapports sur divers sujets de chimie et de physique pures ou appliquees a l'histoire naturelle generale et a l'hygiene publique"

See other formats


OEUVRES DE 
LAVOISIER PUBLIEES 
PAR LES SOINS DE 
SON EXCELLENCE LE 
MINISTRE DE... 

Antoine Laurent Lavoisier 



Digitized by Google 



Digitized by Google 



Digitized by Google 



Digitized by Google 



OEUVRES 

DE LAVOISIER 



Digitized by Google 



Digitized by Google 



OEUVRES 

DE LAVOISIER 

PUBLltES PAR LES SOINS 

* 

DE S. K\C. LE MINISTRE DE LINSTHl CTIOÎS PIBLIQI K 

r ► *'*'*« 

■ 

TOME III 

MÉMOIRES ET RAPPORTS 
SIR DIVERS SUJETS DE CHIMIE ET DE PHYSIQUE PURES 

01 AH'LKjl.fcKS \ l. HIMI»mK KATLHKIJ.K f.ÊMiHAI.K KT À I.HVilK.NK PI HIU* K 




PARIS 

IMPRIMERIE IMPÉRIALE 



m noce 




Googl 



MÉMOIRES 

DE LAVOISIER. 



SLR LES DIFFÉRENTS MOYENS 

QU'OR PEUT EMPLOYER 

POUR ÉCLAIRER UNE GRANDE VILLE. 



Sigiubilqur viam fUmmu 

|«,.V.) 

Lorsque rien n'excite les opérations de l'esprit humain, lorsque rien 
ne tourne ses vues vers quelque objet en particulier, souvent, dans sa 
marche incertaine, il s'écarte et s'égare, et ses productions lentes et 
tardives périssent avant d'avoir vu le jour; mais sitôt que l'émulation 
et le concoure, en réchauffant les esprits, ont ranimé les idées, bientôt 
on voit s'exciter entre eux une fermentation subite; dans leurs communs 
efforts, le désir d'atteindre le hut leur prête de nouvelles forces. En 
cherchant à s'élever au-dessus des autres, ils s'élèvent au-dessus d'eux- 
mêmes. 

Il était réservé a un magistrat célèbre de mettre en jeu des ressort-; 
déjà si puissants par eux-mêmes, plus puissants encore par le génie de 
la nation; il lui était réservé de la prendre, pour ainsi dire, par son 
faible, et de frayer à la postérité la route qu'on doit suivre pour toutes 
sortes d'établissements publics. Animé d'un zèle éclairé, il appelle tous 
les citoyens, il invite les savants de toutes les nations pour seconder 



m. 



i 



2 MÉMOIRES DE LAVOIS1ER. 

ses vues. Une assemblée dont l'Europe respecte les oracles est if. tri- 
bunal qui doit les juger. Que de motifs pour exciter un citoyen! Dans 
le mouvement général, comment ne sentirait-il pas son Anw. s'échauffer 
d'un zèle patriotique? Comment ne serait-il pas tenté de joindre ses 
efforts à ceux de ses concitoyens > S'ils sont infructueux, le plaisir de 
voir son nom confondu avec le nom de ceux dont le zèle aspire à servir 
l'Etat ne sera-t-il pas sa récompense? 

Des expériences chimiques laites à la lampe, des observations sur 
les matières qu'on peut y briller avec, le plus d avantage, sur la dispo- 
sition lapins favorable des mèches et des réservoirs, m'avaient, en quoi- 
que façon, déjà mis sur la voie du travail que je présente aujourd'hui. 
Entraîné ensuite par d'autres objets, j'avais négligé de le suivre; je 
l'avais presque perdu de vue; cependant, vers le milieu de celte année, 
réveillé par la rumeur publique, je suis sorti tout à coup de l'assou- 
pissement où j'étais; l'espèce de fermentation des esprits s'est commu- 
niquée jusqu'à moi, un zèle nouveau m'a prêté de nouvelles forces. 

Des calculs, des expériences physiques et chimiques, une théorie 
jointe à la pratique,, voilà ce que semblait exiger le programme de 
l'Académie. J'ai bientôt senti quelle était l'étendue de ce plan; le temps 
qui me restait ne suffisait pas pour le remplir. Aussi ces faibles essais 
portent-ils partout l'empreinte de cette précipitation avec laquelle ils 
ont été faits; ils ne remplissent même encore qu'une partie des vues 
du magistrat et de l'Académie. Je me suis presque uniquement borné, 
dans ce mémoire, à la partie physico-mathématique indiquée par le 
programme, je veux dire à la construction des cages des lanternes, à 
la figure la plus avantageuse des ré\erbères, aux proportions les plus 
convenables des réservoirs. Je me suis principalement appliqué à dé- 
terminer, autant qu'il était en moi, le dernier degré de perfection et 
de simplicité auquel chaque lanterne pouvait être portée, quel était 
l'effet qu on en pouvait attendre. Quant aux expériences que je m'étais 
proposées sur les huiles et sur les matières combustibles, j ai été obligé 
d'en remettre la plus grande partie à un autre temps. L'unique objet 
que je me propose étant de concourir au bien de mes concitoyens, le 



DKS LANTERNES SIMPLES À CHANDELLE. S 

terme fixé par l'Académie ne sera pas pour moi celui de leur être 
utile. 

Le plan de ce mémoire, tel que je viens de l'exposer, me mcllail 
dans la nécessité indispensable de faire dessiner les lanternes dont il 
y est question; il aurait été impossible, sans cette précaution, de donner 
une idée nette des différents objets, encore moins de répandre dan.v 
ce mémoire la clarté qui y est nécessaire. Je n'ai fait exécuter qu'une 
partie de ces lanternes, et j'ai Ulché, autant qu'il m'a été possible, (pic 
ce fussent les plus parfaites. On verra cependant, dans la suite de ce 
mémoire, qu'il s'en est trouvé quelques-unes qui, faute de temps, n'ont 
pu être exécutées, quoique d'ailleurs elles pussent être employées avec 
avantage. 

Les lanternes sont, ou simples, ou à réverbère; celte division natu- 
relle nous fournira les deux premières parties de ce mémoire. Nous 
parlerons d'abord des lanternes simples, à huile et à chandelle; nous 
parlerons ensuite de celles à réverbère. Enfin, dans une troisième 
partie, nous traiterons des différents objets qui n'auront pu trouver 
place dans les précédentes. 

PREMIÈRE PARTIE. 
DES LANTERNES SIMPLES. 

ARTICLE MKMIER. 

DES LANTERNES SIMPLES À CHANDELLE. 

La plus simple de toutes les lanternes, la plus commode dans l'usage 
public, c'est certainement celle qui est actuellement en usage pour 
éclairer les rues de Paris; aussi est-ce à perfectionner cette lanterne 
(pie nos premiers efforts auraient dû se tourner, si des difficultés in- 
surmontables ne s'opposaient à sa perfection. Comment, en effet, allier 
la délicatesse des plombs à la solidité nécessaire? Comment en dirui- 



4 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

nuer le nombre sans augmenter les dangers de la fragilité ? Aussi cette 
lanterne n'est-cllc susceptible de presque aucun changement. Le seul 
qu'on pourrait y faire serait de la réduire à six faces, de supprimer le 
fond de huit pièces et d'en substituer un qui fût de quatre seulement. 
Gagnerait-on beaucoup au surplus à ces différentes corrections? Pas à 
beaucoup près autant qu'on pourrait se l'imaginer. En effet, outre les 
inconvénients qui dépendent du vase, il en est d'autres qui tiennent 
uniquement à la chandelle, et auxquels il est, par conséquent, impos- 
sible de remédier. Quelques précautions, par exemple, que l'on prenne, 
on aura toujours sous la chandelle un cône d'ombre dont la base for- 
mera sur le plan un espace circulaire obscur d'un diamètre assez con- 
sidérable. On sentira mieux la vérité de ce que j'avance, si l'on jette 
les yeux sur la planche I : soit (lig. 1) une chandelle AFG, élevée de la 
quantité FD au-dessus du plan BDC. qu'elle éclaire. Il est évident 
que, si, de l'extrémité supérieure A de la flamme, on tire par £', e, les 
lignes AEB, 1er, jusqu'à la rencontre du plan, tout l'espace compris 
entre B et C ne verra pas la lumière; il sera par conséquent dans 
l'ombre. La hauteur moyenne de la flamme d'une chandelle est au 
plus de deux pouces; le diamètre de celles qu'on emploie pour éclai- 
rer Paris est au moins de 9 lignes . et leur élévation au-dessus du ni- 
veau de la rue est environ de 1 5 pieds. Si donc on veut savoir quel 
est le diamètre de la base du cône d'ombre dans la disposition actuelle 
des lanternes, on fera dans les triangles semblables AEe, ABc, les 
proportions suivantes AF : Ee :: AD: Bc, d'où on conclura Be— 5 pieds 
7 pouces \. 

Il est encore un autre inconvénient inséparable des chandelles : 
lorsqu'elles sont nouvellement allumées, leur lumière, jouissant alors 
de toute son activité, se répand au loin; elle peut éclairer su 11 imm- 
inent un espace très-considérable ; mais bientôt la mèche, qui s'allonge 
à mesure que le suif se consomme, ne pouvant plus tirer de la chan- 
delle, dont elle est trop éloignée, assez de substance inflammable pour 
l'entretenir, ne donne plus qu'une lumière, plus grande à la vérité, 
mais beaucoup moins vive. La mèche, d'ailleurs, étant un corps cylin- 



Digitized by Goo 



DES LANTERNES SIMPLES À CHANDELLE. 5 

drique opaque, interposé au milieu de la flamme, en diminue l'effet; 
c'est un obstacle réel qui cache à l'œil une partie de la lumière. Ces 
raisons compliquées, et peut-être d'autres encore, font qu'une lumière 
qui a été longtemps sans être mouchée ne donne, dans un endroit 
tranquille que la cinquième partie de la lumière qu'elle donnait au- 
paravant. On peut s'assurer de ce que j'avance par l'expérience sui- 
vante. 

On placera une chandelle bien droite dans un endroit fermé, où 
elle ne puisse recevoir de l'air aucune agitation sensible; on laissera 
ainsi cette chandelle jusqu'à ce que le lumignon soit devenu aussi long 
qu'il est possible. On prendra alors un livre d'un caractère net et un 
peu gros; on s'éloignera peu à peu de la lumière jusqu'à l'endroit où 
l'on commence à cesser de pouvoir lire; on fera une marque à cet en- 
droit, puis, ayant mouché la chandelle, on recommencera la même 
opération; on mesurera ensuite exactement ces deux dislances. La 
théorie, d'accord avec l'expérience, nous apprend que l'intensité de la 
lumière décroît en raison du carré de la distance. On fera donc cette 
proportion : l'intensité de la chandelle mouchée est à celle de la chan- 
delle non mouchée, comme le carré de la distance du livre à la chan- 
delle non mouchée est au carré de la distance du même livre à la 
chandelle mouchée. J'ai trouvé, par des expériences plusieurs fois ré- 
pétées, que ce rapport était à peu près celui de 5 à i ; j'ai cru, d'après 
ces réflexions, qu'il fallait renoncer à travailler sur les lanternes simples 
à chandelle; mes efforts, de ce côté-là, auront été infructueux: c'est-à la 
chandelle même que tient principalement le défaut ; quand nous par- 
viendrions à perfectionner le vase, nous n'en retirerions pas un grand 
avantage. 

La chandelle dohVcHe donc être absolument bannie du service pu- 
blic? Je dirais oui, sans balancer, si l'huile, en éclairant beaucoup 
davantage, n'avait aussi ses défauts; ils approchent même si fort de 
contre-balancer ses avantages, la chose m'a paru si problématique, que 
j'ai jugé, à tout événement, qu'il était à propos de construire quelques 
lanternes à chandelle; j'y ai été porté d'autant plus volontiers que je 



fi MÉMOIRES DE LAV01S1ER. 

voyais les artistes uniquement occupés des lanternes à huile, comme si 
la physique, secondée par les arts, n'avait pas droit de tout entre- 
prendre. Ces lanternes étant à réverbère, ce n'est point ici le lieu d'en 
parler, on en trouvera la description dans la seconde partie de ce mé- 
moire. Nous allons passer maintenant aux lanternes simples à huile. 

AIITICLli II. 

DES LANTEIIÎNES SIMPLES À HUILE. 

La manière d'appliquer l'huile aux lanternes, surtout à des lanternes 
puhliqucs, n'est pas aussi facile qu'on pourrait se l'imaginer. La condi- 
tion indispensahle de n'y laisser aucune omhre, du moins assez peu 
pour qu'elle ne puisse nuire au puhiic, celle de brûler sensiblement 
avec la même activité pendant huit ou dix heures de suite; ces condi- 
tions, dis-je, en excluant la plus grande partie des lampes, rendent la 
solution du problème beaucoup plus difficile; d'abord toute lampe à 
une mèche dont le réservoir est en dessous ne saurait être employée. 
Ce réservoir, de telle façon qu'il soit disposé, formera nécessairement 
sous lui-même un cône d'ombre dont la lumière fera le sommet et dont 
la base occupera, sur le plan, un espace très-considérable; bien plus, 
toute lampe à une mèche est inapplicable aux lanternes simples. Je 
suppose, en effet, qu'on parvienne à ôter le réservoir de dessous la 
lumière, qu'on le place dans quelque endroit où il ne donne point 
d'ombre, il faudra toujours que la mèche soit contenue dans un porte- 
mèche ou dans un tuyau; or, de telle façon qu'on s'y prenne, il est 
impossible qu'elle ne donne de l'ombre. 

Est-il donc impossible de faire une lanterne à huile sans employer 
le réverbère? Non, sans doute; l'expérience, d'accord avec la théorie, 
nous le prouve. La lampe en étoile, employée dans la plupart des bou- 
tiques, nous en fournit continuellement un exemple : elle éclaire bien 
et ne fait point d'ombre ; cependant, malgré ses avantages, il est encore 
divers changements qu'il est nécessaire de lui faire subir avant de lap- 



Digitized by Google 



DES LANTERNES SIMPLES A HUILE. 7 

pliquer aux usages publics. C'est précisément ce qui va nous occiq)er 
dans la plus grande partie de cet article. 

Un des principaux inconvénients de ces lampes est la forme même 
du réservoir : lorsqu'il est plein et que les mèches sont nouvellement 
allumées, elles répandent une lumière fort vive; mais, peu à peu, lors- 
que l'huile vient à baisser de niveau, la mèche, trop éloignée, ne pou- 
vant plus tirer assez de substance pour l'entretenir, languit d'abord et 
s'éteint enfin. Cardan avait senti toutes ces difficultés : voici comme il 
les explique en peu de mots, De rerttm varietate, lib. X, cap. xlix : Aune 
modo quoniam de luarna loruli sumus qiue inferius oseuhun habet, quo 
ellychnium fovelur, demonstremu* non ùljtbiter, srd necessarig taie esse de- 
bere xi diuinrna Iwerna este delteat; nam si in sttprema porte sit osrulum 
bteertue ut olettm absumetur, magis etiam elonftabilur ifftiis ab oleo, quore 
nec beneardebit, nec erit diuturna. 

Sur ces principes, le même auteur, dans son traité De sublilitate, 
lib. I, cap. i, nous donne la description d'une lampe de son invention, 
qui, par sa structure ingénieuse, peut fournir une grande quantité 
d'huile sans aucune diminution de niveau. Cette lampe, connue de tout 
le monde, consiste (fig. a) en un réservoir 1 de verre ou de métal: il 
porte, à sa partie inférieure, un tuyau BC, avec lequel il communique, 
et à l'extrémité duquel est la mèche. A mesure que l'huile manque dans 
le tuyau BC, l'air, qui s'introduit par l'ouverture /), s'élève dans la 
partie supérieure du bocal; il en sort en même temps, par la même 
ouverture, une quantité d'huile égale en volume. 

On aurait remédié à un des grands inconvénients des lampes si l'on 
pouvait appliquer ce réservoir aux lanternes publiques; mais, quel- 
que grands que soient les avantages qui en résulteraient , les difficultés 
le sont encore davantage. Une des plus grandes est le mouvement de la 
machine, qui, étant exposée au vent, vacille à chaque instant. On pour- 
rait peut-être prévenir une partie de la difficulté en relevant un peu 
l'extrémité B des tuyaux qui portent les mèches, et en suspendant les 
machines à la façon des boussoles de vaisseau, comme on le voit fig. 3; 
mais, malgré cette précaution, il resterait toujours à craindre les se- 



8 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

tousses brusques que reçoit la lanterne lorsqu'on la remonte, et par- 
dessus tout les accidents, qui ne manqueraient pas d'arriver fréquem- 
ment dans le transport de ces réservoirs. 

Toutes ces difficultés m'ont fait renoncer à ce premier projet; j'ai 
eu recours à un autre moyeu : je me suis assuré, par des expériences 
exactes, que la lumière d'une lampe ne languissait point tant que la 
flamme n'était éloignée du niveau de l'huile que de i pouce, ou même 
i pouce ~, surtout lorsque les tuyaux qui portaient les mèches étaient 
disposés en plan incliné. D'après ce principe, voici la marche qu'il était 
naturel de suivre : la quantité d'huile nécessaire pour un réservoir à 
trois mèches dans les plus longues nuits de l'hiver est tout au plus de 
12 onces. On sait que i a onces d'eau égalent environ »8 pouces cu- 
hiques, et, à cause de la différence de pesanteur spécifique de l'huile, 
qui esta celle de l'eau comme 91 3 est à 1000, îa onces d'huile don- 
neront un peu moins de 20 pouces cubiques. 11 ne s'agit donc plus que 
de trouver les dimensions d'un réservoir de 1 pouce ~ de haut et de 
ao pouces de capacité, ce qui se réduit au problème suivant : étant 
données la hauteur*d'un cylindre et sa solidité, trouver le diamètre de 
sa hase. Pour le résoudre on fera la proportion suivante : 

^ x ill : - ::r7 3 2 :.r 
a a 1 • 9 

d'où l'on conclura x— i.o58. 

Si donc on construit un réservoir cylindrique de 6 pouces de dia- 
mètre sur 1 pouce \ de hauteur, il contiendra précisément la quantité 
d'huile pour éclairer pendant douze heures. On placera ensuite à distance 
égale, autour de ce réservoir, trois tuyaux destinés à porter les mèches; 
ils doivent former avec l'horizon un angle environ de 65 degrés, afin 
de faciliter l'ascension de l'huile dans la mèche. Celte inclinaison ren- 
drait la saillie des tuyaux très-considérable; ils se trouveraient écartés 
au moins de 1 pouce ~ du réservoir dans leur partie supérieure, de 
sorte que l'ensemble de la machine aurait 7 pouces de diamètre, tandis 
que le réservoir n'en n'aurait réellement que U. Notre objet étant 
d'augmenter les surfaces autant qu'il est possible, il était intéressant 



Digitized by Google 



DES tANTERNES SIMPLES A HUILE. 9 

de ne point perdre de terrain, de profiter de tous nos avantages. Afin 
donc de remplir le grand intervalle occasionné par l'écartement des 
mèches, j'ai augmenté la surface supérieure AA ( Gg .h) du réservoir aux 
dépens de l'inférieure CC; j'ai donné à la première 5 pouces de dia- 
mètre; je n'en ai donné que 3 à la seconde ; je l'ai réduit, parce moyen, 
en* un cône tronqué, renversé, dont la capacité est précisément égale 
à celle du cylindre. 

Les trois tuyaux SSS, qui sont autour du réservoir, doivent être , 
chacun, garnis d'un porte-mèche tellement ajusté «m il en ferme exac- 
tement l'orifice. On voit séparément un de ces porte-mèches en L : son 
ouverture supérieure A* est ohlongue. Celte disposition m'a paru favo- 
riser davantage l'ascension de l'huile dans la mèche; elle épargne en 
même temps le colon. On voit, à sa partie supérieure 00, deux petites 
oreilles; elles servent à arrêter le porte-mèche, à empêcher qu'il n'entre 
et ne se perde dans le tuyau qui doit le contenir au-dessus de ces deux 
oreilles ; on voit deux fils de fer MM; ils sont destinés à déterminer la 
longueur de la mèche; ils guideront le ciseau qui doit la moucher. 
Cette mèche ne doit avoir que a lignes { ou 3 lignes au plus de lon- 
gueur en dehors du porte-mèche. Il est encore une attention qu'il est 
nécessaire d'avoir dans la construction de la machine : l'extrémité su- 
périeure F du porte-mèche ne doit point toucher à l'extrémité supé- 
rieure G du tuyau S; il doit y avoir une distance environ de | ligne , 
et c'est par ce mécanisme très-simple qu'on empêchera l'huile de couler 
le long des tuyaux SSS, comme cela arrive presque toujours dans les 
lampes à trois mèches. Enfin, malgré tous les soins dont on vient de 
rendre compte, on a placé, au-dessous de la lampe, une soucoupe DD, 
qui se sépare facilement du reste de la machine ; elle est destinée à 
recevoir l'huile si, contre toute apparence, il s'en échappait quelques 
gouttes'. 

Il nous restait encore une difficulté : quelque attention qu'on eut 
apportée dans la construction des porte-mèches, avec quelque exac- 

' Ce sera ,. l'expérience à non* apprendre si cette soucoupe est inutile: il sera toujours 
facile de la retrancher, si on le croit a propos. 



10 



MÉMOIRES DE LAVOIS1ER. 



titndc qu'ils eussent fermé l'extrémité du tuyau, si le réservoir eût 
participé au mouvement de la lanterne, il n'aurait pas manqué, dans 
les secousses violentes qu'elle éprouve, de laisser échapper l'huile par 
l'ouverture même de la mèche, ce qui aurait en même temps, et sali 
l'intérieur du vase, et diminué la quantité d'huile destinée à éclairer 
pendant la nuit; j'ai levé cette difficulté en suspendant ce réservoir à 
la façon des boussoles de vaisseau. Cette suspension consiste en un 
cercle horizontal EEEE, mobile sur deux pivots W, et en un autre demi- 
cercle vertical m>. mobile sur doux autres pivots XX , placés sur le cercle 
horizontal, à 90 degrés des premiers. Ils doivent être l'un et l'autre 
exécutés en cuivre par un faiseur d'instruments de mathématiques. Celui 
qui est horizontal doit surtout être fort et bien égalisé, de sorte qu'il 
soit dans un équilibre parfait sur les deux pivots XX; il était encore 
nécessaire, pour que la suspension réussît, que le centre de gravité fût 
déterminé en en bas : j'ai fait, dans cette vue, emplir de plomb la tige //. 
qui est en-dessous du réservoir; il servira pour ainsi dire de lest à 
toute la machine. 

Après avoir fait voir quelles sont les proportions les plus favorables 
de la lampe à trois mèches, quelles sont les précautions qu'on doit 
prendre dans sa construction , il nous reste à parler du vase qui doit 
la contenir. Ce vase sera-t-il d'une seule ou de plusieurs pièces? C'est 
ce qu'il s'agit d'examiner; mais, avant de nous déterminer, il est bon 
de placer ici quelques réflexions préliminaires : elles serviront à guider 
notre choix. 

Qu'on suspende une lampe à trois mèches dans une lanterne de 
forme quelconque dont les pièces rapportées soient liées les unes aux 
autres et réunies par des plombs. Cette lanterne étant élevée à une 
hauteur convenable , qu'on en fasse le tour, que l'œil se place dans les 
différentes positions possibles par rapport à la lumière; on observera, 
i* que, dans presque toutes , il y a une des mèches cachée par le réser- 
voir; qu'il n'y en a par conséquent que deux qui concourent à éclairer 
un espace quelconque; 1" qu'il n'est presque aucun point où ces deux 
mèches soient cachées à la fois pour l'observateur, de sorte que, dans 



Digitized by Google 



DES LANTERNES SIMPLES À HUILE. 11 

l'instant où il cesse d'en voir une, il est encore éclairé par l'autre, d'où 
l'on peut conclure qu'eu employant la lampe à trois mèches les ombres 
sont presque nulles, quelle que soit la construction de la lanterne 1 ; 
je dis que les ombres sont presque nulles; en effet, il en reste quelques 
vestiges. Les lanternes de plusieurs pièces sont communément composées 
de plombs verticaux et d'horizontaux : je suppose qu'un observateur 
place son œil de manière qu'une des mèches lui étant cachée par le ré- 
servoir, une des deux autres le soit par un des plombs horizontaux qui 
tournent autour de la lanterne; il sera encore éclairé par une mèche; 
mais, s'il fait le tour de cette même lanterne, en conservant toujours 
son œil derrière le plomb horizontal, il s'apercevra que la troisième 
mèche sera cachée pour lui à la rencontre de tous les plombs verti- 
caux, de sorte que, s'il y a six de ces plombs, autrement dit, si la lan- 
terne est un hexagone, il y aura six points où l'œil ne verra aucune des 
trois mèches, et où, par conséquent, il sera dans une obscurité totale. 
La projection de ces points portée sur le terrain y formera six taches 
d'ombre, et, si la lanterne a plusieurs plombs horizontaux, il en faudra 
dire autant de chacun; il est facile, au surplus, de sentir que ces 
ombres ne sont pas bien considérables. Si la flamme des mèches n'était 
qu'un seul point lumineux, l'ombre serait totale; mais à cause de 
l'étendue de cette même flamme, la plus grande partie ne doit être 
qu'une pénombre. 

On voit donc que les inconvénients des vases de pièces rapportées 
ne sont pas, à beaucoup près, aussi considérables en employant trois 
mèches qu'en n'en employant qu'une; ils deviennent même presque 
nuls. Voyons maintenant quels sont ceux des vaisseaux d'une seule 
pièce, d'après quoi notre choix ne sera pas difficile : notre lampe à 
trois mèches, telle que nous l'avons calculée plus haut, auraà peu près, 
compris la saillie des tuyaux, 7 pouces de diamètre; il n'est guère pos- 
sible de mettre moins de 3 pouces entre les mèches et les parois inté- 
rieures du vase; autrement la chaleur de la lumière, toujours néces- 
sairement un peu agitée, dilatant les parties du verre en un seul point, 

' On doit bien s'attendre «ju'il reste des péwmbres. 



12 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

occasionnerait souvent des fractures. Notre lanterne ne saurait donc 
avoir inoins de i a à t3 pouces; or un vase d'une seule pièce de cette 
grandeur, de la transparence et de la force nécessaires pour le service 
public, serait d'un prix très-considérable. Ce n'est encore là qu'un des 
moindres inconvénients de ces vases. Ceux qui sont au fait du service 
des lanternes publiques savent qu'il ne se passe pas de mois où la moi- 
tié d'entre elles n'ait reçu quelque dommage; de sorte qu'au bout de 
deux mois toutes les lanternes, l'une portant l'autre, ont repassé par la 
main de l'ouvrier; il y a eu à toutes quelque carreau à remettre. Ce 
que j'avance ici n'a rien qui doive étonner : le transport des lanternes, 
qui se fait deux fois par mois, le nettoiement, la chute d'un lumignon 
qui fait éclater un verre, la maladresse de l'allumeur, la chute des 
tuiles ou des ardoises, etc. tout cela entraîne des accidents inévitables 
dans le service public; on ne saurait nier qu'ils ne soient communs 
aux lanternes ordinaires et à celles d'une seide pièce. Ne pourrait-on 
pas en conclure qu'en employant ces dernières il ne se passerait pas 
deux mois où la plus grande partie des vases ne fût fracassée? Mais 
craignons qu'on ne nous accuse de porter trop loin les choses; au moins 
serait-il très-probable qu'aucune ne passerait l'année; de sorte qu'en 
supposant toute chose avantageuse il faudrait chaque année renou- 
veler le fonds des lanternes. 

On sera peut-être surpris que je déclame ici contre les vaisseaux 
d une seule pièce, tandis qu'il est constant qu'on les emploie à Londres 
avec l'applaudissement des citoyens et l'admiration des étrangers. Cette 
objection, spécieuse en apparence, perdra la plus grande partie de sa 
force, si l'on fait attention à la disposition des lanternes de Londres. 
Elles sont fixées à des poteaux le long des maisons; on les allume, on 
les nettoie en place; de sorte qu'elles n'ont à craindre ni les accidents 
du transport, ni ceux de la descente. On demandera peut-être pour- 
quoi, si cette façon d'éclairer une ville a tant d'avantages, nous ne 
l'adoptons pas ici. Je répondrai à cela que la disposition de nos rues 
s'y oppose : celles de Londres ont de chaque côté un trottoir qui règne 
le long des maisons : ils sont destinés, comme ceux de nos ponts, à la 



DES LANTERNES SIMPLES À HUILE. 13 

commodité des gens de pied ; les voitures n'y sauraient passer. De là 
la facilité de pouvoir placer les lanternes beaucoup plus bas qu'à Pa- 
ris; de là la commodité de les allumer sans les descendre; une petite 
échelle, semblable à celle de nos afficheurs, est suffisante pour cela; 
de là encore l'avantage de pouvoir les nettoyer en place sans être 
incommodé des voitures. Toutes ces choses sont impraticables dans 
Paris; la voie étant commune aux gens de pied et aux voitures, les 
lanternes ne sauraient être placées à moins de i5 pieds d'élévation; il 
est donc impossible de les allumer sans les descendre, de les nettoyer 
sans les emporter; il faut donc qu'elles soient de solidité suffisante pour 
pouvoir éprouver ces différents mouvements et les chocs fréquents qui 
ne manquent pas de les accompagner, sans qu'il en résulte de grands 
inconvénients. Au reste, quand les différentes raisons que je viens d'ap- 
porter ne suffiraient pas pour autoriser une différence dans les vases, 
de ce que les lanternes d'une seule pièce sont en usage à Londres, 
faudrait-il en conclure qu'elles sont préférables à d'autres? S'ensui- 
vrait-il qu'on n'en saurait construire de plus parfaites ou de plus éco- 
nomiques ? Serait-ce la première fois que notre capitale aurait servi 
de modèle au reste de l'Europe par les sages mesures que les magis- 
trats prennent pour y entretenir le bon ordre et pour y assurer, de 
plus en plus, la commodité des citoyens. 

Je persiste donc toujours à dire que les vases de pièces rapportées 
sont les seuls qu'on puisse employer avec succès pour éclairer Paris. 
Les lanternes à grands carreaux n'ont pas tout à fait les mêmes incon- 
vénients que celles d'une seule pièce; elles y participent cependant 
plus ou moins, en raison de la grandeur de ces mômes carreaux; aussi 
ne sont-ce pas elles que je regarde comme les plus propres au service 
public. Quel sera donc le vase qui pourra répondre à nos vues, qui 
pourra fixer notre choix? Quelles seront sa forme et sa grandeur? Quels 
seront le nombre et l'étendue de ses carreaux? Il existe une lanterai* 
qui, à l'économie, à la solidité de la construction, à beaucoup d'autres 
avantages, joint encore celui d'être déjà toute faite. Cette lanterne est 
précisément celle qui est actuellement sous nos yeux , qui sert à éclai- 



là MKMOIHKS DE LAVOlSIEIt. 

rer Paris; qu'on y fasse une porte collatérale, suffisamment grande pour 
laisser entrer le réservoir ; qu'on attache solidement au couvercle une 
verge de fer recourbée par le bout pour l'y accrocher; cette lanterne 
sera aussi propre qu'aucune autre à contenir une lampe à trois mèches. 
Les plus grands carreaux des lanternes actuelles n'ont que 5 pouces ~ 
de large. D'après les proportions que nous avons données au réser- 
voir, une porte d'un carreau ne serait pas suffisante pour le faire en- 
trer; nous sommes obligé de lui en donner deux. On environnera ces 
deux carreaux d'un châssis solide de fer-blanc, tellement disposé qu'au 
moyen d'une coulisse on puisse facilement les remettre lorsqu'ils se- 
ront cassés. Au-dessus de cette porte on placera une lame de fer-blanc 
qui saillira d'un demi-pouce en dehors; elle servira c»mme de toit, 
pour empêcher que l'eau ne s'introduise dans la lanterne. 

La lumière d'une lampe a trois mèches suffit pour éclairer un espace 
beaucoup plus considérable que celui qu'éclaire une chandelle. Un 
pourra donc écarter les lanternes beaucoup plus qu'elles ne le sont; 
je ne doute pas même qu'en en supprimant la moitié Paris ne soit 
parfaitement bien éclairé. La moitié des lanternes, qui sera réformée 
par ce moyen, sera mise en réserve dans un dépôt public ; elles en se- 
ront tirées au besoin pour remplacer celles que des accidents ou la 
vétusté auront fait périr. 

Je pressens ici l'objection qu'on est prêt à me faire. La suppression 
de la moitié des lanternes pourra-t-elle compenser la grande consom- 
mation d'une lampe à trois mèches ? C'est ce qu'il est aisé d'examiner. 
On emploie, dans le service actuel, quatre espèces de chandelles : les 
trois à la livre, qui brûlent 1 1 à îa heures; les quatre, qui brûlent 
9 heures; les six, qui en brûlent 7; enfin les huit, qui en brûlent 6. 
J'ai fait un relevé exact de ce que chaque lanterne a consumé de ces 
quatre espèces de chandelles depuis le 19 août 1766, jour on l'on a 
commencé à éclairer Paris, jusqu'au 27 mai 1 766, jour où l'on a cessé 
d'allumer; j'ai trouvé que chacune avait consumé, U des trois à la livre , 
69 des quatre, \ k des six et 107 des huit. Connaissant le nombre des 
chandelles et le temps que chacune d'elles brûle, il est facile de savoir 



Diqitized ty 



DES LANTERNES SIMPLES À HUILE. 15 

la totalité du nombre des heures pendant lesquelles chaque lanterne a 
été allumée ; on trouvera , par exemple, que, dans l'année déjà citée, elles 
ont été allumées pendant 1,609 heures. Notre lampe à trois mèches brûle 
environ 1 once d'huile par heure; elle brûlerait donc, en 1 ,609 heures, 
autrement dit pendant une année, 88 livres d'huile, lesquelles, à 
raison de 5a M to' le cent (prix auquel il est possible, année commune, 
de se procurer les huiles d'olive à brûler) , monteront à la somme de 
&6 H 6 S . Le nombre des lanternes qui éclairent actuellement Paris est 
à peu près de 6,600; nous avons fait voir que nous en retranchions la 
moitié : ce nombre se réduit donc à celui de 3,3oo; si donc on multi- 
plie la somme de 66" par 3,3oo, on aura, pour la consommation 



annuelle de l'huile, i5a,A6o H , ci ioa,66o» 

Si l'on joint à cette somme l'entretien et le nettoie- 
ment, à raison de 5 H par année, ci 1 6,5oo 

Et 3" pour l'allumage, ci 9*9°° 

On aura, pour la totalité de la dépense annuelle, la 

somme de 178,860 



Si l'on compare cette somme à celle de l'entretien annuel des lan- 
ternes en y employant la chandelle, on trouvera qu'en 1766 et 1765 
chacune d'elles a dépensé 36 livres de suif; en supposant donc que 
leur nombre fût de 6,600, on aura pour la somme totale de la con- 



sommation des chandelles 1 1 a,aoo M 

L'entretien annuel, à raison de 5 M par lanterne, a 

monté à la somme de 33, 000 

Enfin l'allumage, à raison de a w , a dû monter à celle 

de 1 3,200 

Ce qui fait en totalité la somme de 1 58, 600 



Si l'on ôte cette dernière somme de celle de 178,860" que nous 
avons trouvée précédemment, on aura, pour la différence, a 0,660 H . 

Cette augmentation, dans la dépense annuelle, paraîtra sans doute 
considérable. On trouvera peut-être que je n'ai pas rempli le vœu du 



16 MÉMOIRES DE LAVOISIEIt. 

programme , que je n'ai pas satisfait aux vues d'économie. Je ne nie 
pas qu'il ne soit possible d'éclairer Paris d'une manière plus écono- 
mique ; on en verra même des exemples dans la suite de ce mémoire. 
Le principal mérite du projet que je propose ici est sa simplicité et la 
facilité de son exécution. Je prie d'ailleurs de considérer que j'ai sup- 
posé, dans ce calcul, que l'huile d'olive était la seule dont on pût faire 
usage; on verra cependant, par la suite, qu'il ne serait peut-être pas 
impossible, a l'aide de quelques mélanges, de se procurer une huile 
aussi parfaite et à beaucoup meilleur compte. Je suppose, par exemple, 
qu'elle ne revîtit qu'à 6o H le cent, alors, loin d'avoir de l'augmentation 
dans la dépense, il se trouverait un profit réel de 1 5,86o M par année. 

Quels que soient, au surplus, les avantages des lanternes actuelles 
dans le service public, il est des changements utiles qu'il serait à pro- 
pos d'y faire pour les appliquer à l'huile. La bobèche de tôle, par 
exemple, qui se trouve sous la chandelle, nous devient tout a fait 
inutile. 11 était encore nécessaire que le fond fût composé de huit 
pièces; cette partie, étant celle où se trouve la porte, ne pouvait être 
trop solide. Le suif, d'ailleurs, qui y tombe, s'y durcit quelquefois 
tellement pendant l'hiver que ce n'est qu'avec beaucoup de peine 
qu'on peut parvenir à l'en détacher. Il était donc impossible d'aug- 
menter la grandeur des carreaux sans s'exposer à des fractures conti- 
nuelles. En employant l'huile, nous n'avons plus a craindre aucun de 
ces inconvénients. Je pense donc qu'il est à propos de substituer au 
fond actuel des lanternes un autre de quatre pièces seulcmeut. Ce 
changement n'en apportera aucun dans la structure : les quatre fds de 
fer qui s'attachent au couvercle et qui soutiennent toutes les parties de 
la lanterne se croiseront par-dessous comme à l'ordinaire. Il sera encore 
à propos que chaque lanterne ait deux réservoirs de différente gran- 
deur, à raison du temps qu'elles doivent éclairer. Ce second réservoir 
n'aura besoin d'avoir que 10 pouces de capacité; il sera donc inutile de 
lui donner plus d'un pouce de hauteur. 11 aura, comme l'autre, la 
figure d'un cône tronqué ; on lui donuera 5 pouces de diamètre dans sa 
partie supérieure, et a seulement dans sou inférieure. La dépense de 



Digitized by Google 



DES LANTERNES SIMPLES À HUILE. 17 

ces réservoirs hI celle de la porte pourront monter ensemble à f) H par 
lanterne, ce <pii fait une dépense annuelle de iG,5oo H . 

Outre ces corrections, qu'il est à propos défaire sur-le-champ, il en 
est d'autres plus considérables, qu'on pourra faire peu à peu, à mesure 
qu'on renouvellera les lanternes; elles diminueront encore de quelque 
ebose le reste des ombres; elles pourront même épargner sur les frais 
de la construction. Ces corrections consistent à réduire la figure octo- 
gone du vase en un hexagone; les grands carreaux auront, par ce 
moyen, 7 pouces ~ ou H pouces de large, ce qui nous donnera la fa- 
cilité de ne donner à la porte que l'ouverture d'un carreau. Les lan- 
ternes ordinaires sont aussi plus bautes qu'il n'est nécessaire pour 
contenir de l'huile. Au lieu des trois carreaux qui les composent, on 
pourra n'en mettre que deux de 8 ou 9 pouces chacun; à la place des 
quatre fds de fer qui descendent le long de la lanterne et qui tiennent 
au couvercle, on n'en mettra que trois; ils iront se réunir sous le 
milieu du fond de la cage, où ils seront solidement attachés, (le fond 
ne sera lui-même que de. trois pièces, chacune d élies aura la figure 
d'un losange. On peut voir (fig. . r >) tout l'ensemble de cette lanterne, 
garnie de son réservoir; je l'ai remise, exécutée dans toutes ses pro- 
portions, entre les mains de l'Académie. 

Je terminerai cet article par un détail abrégé du service de cette 
lanterne. Chaque canton aura son allumeur, comme cela se pratique. 
Le jour indiqué pour allumer les lanternes, il ira, dans un dépôt pu- 
blic, se munir de mèches de coton et de la quantité d huile nécessaire 
pour un ou plusieurs jours, suivant qu'on le jugera plus à propos; ou 
lui remettra en même temps une mesure de grandeur convenable sui- 
vant la saison et le quantième de la lune; il retournera ensuite chez 
lui disposer les mèches dans le réservoir, il aura soin de ne les tirer 
précisément que jusqu'à l'égalité des deux fds de fer MM (fig. V), qui 
ont été placés à ce dessein de chaque côté du porte-mèche. A la chute 
du jour, il allumera ses lampes et les placera toutes dans un panier 
circulaire, garni en dedans de tôle ou de fer-blanc. Ce panier se por- 
tera par le moyen de deux hAtons attachés parallèlement l'un à l'autre 
m. :t 



18 MÉMOIRES DE LAVOISIEB. 

le lonj; de ses parois extérieures; ils formeront une espèce de brancard : 
il aura aussi, par-dessous, trois bâtons de longueur convenable qui lui 
serviront de pieds. Les deux hommes chargés d'allumer t'arrêteront 
avec leur panier vis-à-vis chaque boite; l'un d'eux descendra la lan- 
terne, tandb que l'autre y accrochera la lampe. Le lendemain, à une 
heure indiquée, chaque allumeur ira retirer toutes ces lampes; il les 
rapportera chez lui pour les remplir de nouveau d huile; il tirera les 
mèches et les mouchera avec les attentions que j'ai déjà prescrites, 
afin d'être prêt à partira la lin du jour. 

DEUXIÈME PARTIE. 
DES LANTERNES À RÉVERBÈRE. 

Les réverbères doivent-ils être appliqués à «les lanternes publiques? 
(l'est une des principales questions que présente à résoudre le pro- 
gramme de l'Académie. Nous avons fait voir, dans la première partie 
de ce mémoire, sur quels principes il était possible de construire des 
lanternes simples à huile; on y a vu comment elles pouvaient éclairer 
suffisamment, sans presque donner aucune ombre. Ces lanternes, au 
surplus, quoique peu dispendieuses dans leur construction, le sont 
beaucoup dans leur entretien ; elles consument beaucoup de matière 
combustible. Il s'agit, dans celte seconde partie, d examiner les res- 
sources que nous fournit la physique; il s'a<;it d employer les moyens 
qu'elle nous donne pour augmenter l'effet des lumières, pour en mul- 
tiplier l'image : elle peut nous procurer tous ces avantages, nous le 
savons, pourquoi ne chercherions-nous pas à en profiter. 

Les miroirs ou réverbères peuvent être à la rigueur plans ou cur- 
vilignes : j'entendrai cependant ici, par le mot de réverbère, un miroir 
concave de métal, de ligure quelconque, disposé de manière à re- 
cueillir une portion de la lumière, qui, sans lui, aurait été perdue, à 
la diriger vers le plan, ou en général vers l'objet qu'on veut éclairer. 



DES LANTERNES A REVERBERE. 19 

de sorte que tous les rayons qui partent du point lumineux tournent 
au profit de cet objet, qu'il n'v en ait aucun qui se dissipe ou qui se 
porte vers un autre. Le plus parfait de tous les réverbères sera donc 
celui dont la disposition sera telle qu'une ligne étant tirée de la lu- 
mière dans telle direction qu'on voudra, elle parvienne toujours au 
plan, soit directement, soit après avoir été réfléchie. 

Les deux questions qui se présentent ici les premières sont les sui- 
vantes : premièrement. Comment les réverbères doivent-ils être placés 
par rapport à la lumière? Secondement. Quelle doit être leur figure? 

Les réverbères peuvent être placés de deux façons principales : ou ils 
sont au-dessus de la lumière et la réfléchissent sur le plan qui est au- 
dessous, ou ils sont de côté, de façon qu'ils portent au loin, oblique- 
ment, les rayons; ils éclairent alors le plan, pour ainsi dire, en fuyant. 
Quelque avantage qu'ail cette seconde espèce de réverbère, elle ne 
saurait cependant être employée seule, autrement les endroits éloi- 
gnés de la lumière se trouveraient suflisaminent éclairés, tandis que 
le dessous serait dans l'obscurité. Aussi, dans la plus grande partie des 
lanternes dont il sera ici question, avons-nous compliqué ces deux 
espèces de réverbère; nous n'en avons formé qu'une seule courbe qui 
environne la lumière et qui la réfléchit de toute part. Il est encore une 
troisième façon d'appliquer les réverbères : c'est de les placer au-dessous 
de la lumière. Nous ferons voir comment il est possible de compliquer 
ces trois façons, et comment on parvient, par ce moyen, à tirer d'une 
lumière le plus grand effet possible. Ces conditions se trouveront prin- 
cipalement remplies dans la lanterne elliptique dont nous donnerons 
la description à la fin de cette seconde partie. 

La seconde question regarde la figure fies réverbères. Nous allons 
expliquer les principes d'après lesquels on doit les construire. Tous les 
problèmes qu'on peut proposer se réduisent à trois : nu l'on demande 
que les rayons, après la réflexion, soient parallèles entre eux, ou bien 
qu'ils soient convergents, ou enfin divergents. La géométrie élémen- 
taire nous fournit trois courbes qui satisfont aux trois cas de ce pro- 
blème. Ces courbes sont celles du second degré ; ce sont les sections du 



20 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

cône : l'ellipse, 1 hvperholc et la parabole. l.n simplicité de leur équa- 
(ion. l'habitude qu'on a de les manier à 'chaque instant ilausla physique 
et dans l'astronomie, la facilité de les décrire par des méthodes simples et 
sûres, principalement l'ellipse, ajoutent encore, dans In pratique, aux 
autres avantages de ces courbes S'il s'agissait de porter au loin la lu- 
mière dans un petit espace donné quelconque, nous emploierions la 
parabole. I ne lumière étant placée à sou foyer, chaque rayon qui en 
partirait serait réfléchi par la courbe dans une direction parallèle à 
la\e; ils seraient donc tous parallèles entre eux, et le plan qu'ils ren- 
contreraient recevrait une grande quantité- de lumière. Ce n'est point 
ici l'objet qu'on se propose : il s'a;;it . avec le moins de lumière, d'éclairer 
suffisamment le plus grand espace possible; les rayons doivent donc 
être nécessairement divergents, ce qui nous restreint au troisième cas 
de notre problème. L'hyperbole et l'ellipse sont les deux courbes qui 
le résolvent. Nous parlerons d'abord des réverbères hyperboliques, 
nous passerons ensuite à ceux de figure elliptique. 



ARTICLK I-IIKMIKR. 

DES RÉVERBÈRES HYPERBOl.lQl ES. 

Si l'on place une lumière au foyer d'un conoîde hyperbolique, les 
rayons, après avoir été réfléchis par la courbe, s'écarteront les uns des . 
autres en formant un cône lumineux, et, si on les coupe par un plan 
perpendiculaire à l'axe de la courbe, ils y formeront un cercle éclairé, 
d'autant plus grand, toutes choses d'ailleurs égales, que l'intersection 
du cône se fera en un point plus éloigné du sommet. Si I on prolonge 
ces mêmes rayons par derrière la courbe, ils iront tous concourir en 
un point qui sera le sommet du cône et en même temps le foyer de 
l'hyperbole opposée. Je ne m'étendrai pas sur ces propriétés de l'hyper- 
bole, non plus que sur celles de l'ellipse, dont j'aurai occasion de parler 
dans la suite; la démonstration s'en trouve dans tous les traités élé- 
mentaires, je n'ai pas cru qu'il fût à propos de les répéter; elles au- 



Digitized by Google 



DES RÉVERBÈRES HYPERBOLIQUES. 21 

raient exigé un trop grand détail et auraient grossi prodigieusement 
re mémoire. 

D'après ce que je viens de dire, on pourrait demander la solution 
du problème suivant : Étant données la hase et la hauteur d'un cùne lu- 
mineux quelconque, trouver les dimensions «le l'hyperbole qui a servi 
à le former. Ce problème, tel qu'il est énoncé, est indéterminé; car, si 
ou marque sur la ligne fp (fig. (*>) autant de points FFF qu'on voudra, 
on pourra, sur tous ces points, comme foyer, décrire, autant d'hyper- 
boles qui résoudront le problème. Bien plus, avec un de ces points 
quelconques F comme foyer, on pourra décrire différentes portions 
d'hyperbole qui, toutes, résoudront encore le problème ; mais si, aux 
données précédentes, on ajoute la valeur du paramètre de la courbe, 
ou «l'une antre ordonnée quelconque dont la position, par rapport au 
principal foyer de la section, soit connue, alors le problème sera abso- 
lument déterminé, il n'y aura qu'une seule hyperbole qui pourra le 
résoudre. Etant donnés, par exemple (fig. 7), le demi-diamètre p(Ji\v. 
la base du cône éclairé, la hauteur Lp, en-dessus du plan éclairé de 
l'ordonnée LM, qui sous-tend la courbe et qui la termine, cette même 
ordonnée LM et la distance du point L où elle coupe l'axe, au foyer F 
de la courbe, il sera aisé de trouver les dimensions de l'hyperbole de- 
mandée. 

Soit supposé, par exemple, qu'on veuille donner au réverbère, dans 
sa partie inférieure, qui est aussi la plus large, 16 pouces de diamètre, 
«pie sa hauteur, au-dessus du plan qu'elle doit éclairer, soit de 1 8 pieds, 
la distance d'une lanterne à l'autre de 70 pieds; enfin, la distance de 
l'ordonnée A.l/qui termine la courbe au foyer principal /''de •> pouces, 
on aura par conséquent les valeurs suivantes : 

PO .= 35 pieds «-> /ino pouces. 

R&-t8 - »t6 

LM ~ 8 

FL >- * 

Soit tirée de l'extrémité Q de l'espace éclairé au point M la ligne (JM: 
elle représentera le rayon réfléchi par le point M de la courbe. Si l'on 



2'2 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

prolonge cette même ligue au delà do la courbe, elle ira rencontrer 
I axe en un point /qui sera son second foyer: pour connaître la position 
de ce point par rapport au point L et au point F, on fera la proportion 
suivante : l\) — LM: PL :: IJI : Lf, d'où Ion conclura /./ = /i.ip/i. ce 
qui donnera, pour l'excentricité F/, G. 196. 

La distance des deux foyers ne suffît pas : il faut encore, pour dé- 
crire la courbe, connaître la valeur du grand axe, ou. ce qui revient 
au même, la distance du foyer au sommet. Pour cela, on tirera du 
point .1/, qui appartient à la courbe, aux deux fovers FJ, les lignes/!]/, 
/*']/; on calculera leur valeur; on trouvera dans notre supposition 
/!]/— g.o3,et FM =8.a5; prenant ensuite la différence de ces deux 
lignes, on aura 0.78 pour la valeur du grand axe, d'où on conclura : 
CS— o..'îf), SF— 3.70. Avec ces valeurs on décrira la courbe. 

Nous avons supposé, dans tout ce calcul, que la lumière n'était 
qu'un point lumineux placé au foyer de la courbe ; cette supposition 
n'est pas juste : nous savons, au contraire, que la flamme d'une lumière 
occupe un espace au moins de an lignes. Si donc on la place au foyer, 
de manière qu'il y en ait \ o lignes au-dessus et autant au-dessous, au- 
trement dit, quelle «oit coupée en deux parties égales par le plan du 
paramètre de la courbe, il est évident que, outre l'espace circulaire 
éclairé dont le diamètre est de7o pieds, il y aura encore une pénombre. 
Pour en connaître l'étendue, on mènera (fig. 8) du point <1>, extrémité 
de la flamme de la lumière, la ligne <!> . ]/ à l'extrémité ;]/de la courbe. 
On tirera ensuite pA/. tel que l'angle /]/£ — l'angle / , ' J Î/ < I>. On prolon- 
gera cette ligne jusqu'à la rencontre À du point éclairé. Il est évident 
que KQ exprime l'étendue de la pénombre. On aura la valeur de KQ 
par les opérations suivantes. 

D'abord, dans le triangle <1>/J/, dont on connaît deux cotés, on 
trouvera l'angle <!>.]//.— 8° 19'; de même, dans le triangle FMI, on 
aura l'angle FMI = 1 6° a\ d'où l'on conclura l'angle FM<\> — 5° 63'. 

Ensuite, dans le triangle /ML, on calculera l'angle /ML, qu'on trou- 
vera as t*7° 6o', duquel , retranchant l'angle fM$ = FMQ> = 5° U'i', on 
aura, pour la valeur de l'angle ÇML, il* 57'. D'après quoi, dans le 



Digitized by Google 



DES RÉVERBÈRES HYPERBOLlol ES. 



23 



triangle dl.N, dans lequel on connaît I'an}>le M et leeùlé /. )/. un cher- 
chera la valeur du côté <Ç> L, qui scra= 3.aa. 

Kiifui, dans les triangles semblables <p LM, MKG, on fera $L : LM :: 
MG — LP : KG, d'où l'on tirera KG — hh pieds «'"""".M, ce qui don- 
nera, pour la \aleur de la pénombre cherchée KQ, iu pieds ft'""™ , 64. 

La totalité de l'espace éclairé sera donc, compris la pénombre, de 
plus de 90 pieds; la distance des lanternes, dans le centre delà ville, 
n'excède pas ordinairement 70 pieds ; les deux bases des cônes lumi- 
neux se croiseront donc dans leur extrémité, de sorte que, quelle que 
soit la largeur de. la rue, elle sera entièrement éclairée. Aliii qu'on put 
voir d'un seul coup d'oeil toutes les dimensions de celte courbe, je les 
ai rassemblées dans la table suivante : 



TAULE DES DIMENSIONS DU RÉVERBÈRE II Yl'ERBOI.lgti E 

RELATIF Ain tAHTEIlMS flf.PmisKSTKES D1H8 LES FH.IBES 1 ^ HT »<>■ 







PuUOi. 




e,,..,.. 






4aO 


FM 


— 8. 9 5 


PL— 18 




' l'i 


f M 


". . — n.«3 








IM 




8 


/.*. 


1.17 


LF. 




9 


F4» 


— o.83 


t/.. 




4..0. 


& 


-~ 3.94 


U- - •• 




C,ig 


f* 




cF-cf. . 

SF — *f 




3,io 
9,70 
0.39 

o.7«J 


Pied»* \'on<e*. 

KG — 44 — 8,64 




CS — et 

S* 


Il li 


PK~ 45 = 4.64. . 
KQ= to — 4.64. . . 


. . = 544.6'i 
. . — |.«4,(î4 



«I>.VI = 


8° 




Fur. — 


iA» 


•j' 


FU<b — 


.V 


43' 


JML = 


'7' 


4u' 


L\!<1> = 


■t* 


57 



Après avoir donné la ligure du réverbère et les moyens de le dé- 
crire, ii s'agit d'achever l'ouvrage, de déterminer la forme des vues 



24 MÉMOIKKS DK LAVOISIER. 

auxquels on peut l'adapter; en un mol, d'en faire une lanterne et de 
donner les différents moyens d'y appliquer la lumière. Un des plus 
simples, sans doute, serait d'y adapter la chandelle; cependant une 
difficulté nous arrête : nous avons supposé que la lumière demeurait 
constamment au foyer de l'hyperbole; cependant la flamme d'une chan- 
delle ne saurait être hxe eu un point, elle haïsse à mesure que le suif 
se consume, elle s'éloigne peu à peu du point où elle avait été placée. 
Qu'arrivcra-t-il donc? Les ra\ons, devenus moins divergents, n'éclai- 
reront plus un espace aussi grand que celui qu'ils éclairaient aupara- 
vant; bientôt même, par les progrès de la chandelle, ils cesseront de 
l'être, ils deviendront enfin de plus en plus convergents. 

Cet inconvénient, commun à tous les réverhères, serait un obstacle 
invincible qui nous obligerai! de renoncer à y appliquer la chandelle, 
s'il n'était un moyen d'y remédier. Ce moyen, les arts nous le pré- 
sentent : on place la chandelle dans uu tuvau de fer-blanc, un ressort 
de roideur convenable occupe le fond de ce tuyau, et, par son élasti- 
cité, il maintient toujours la chandelle et l'oblige d'occuper le haut. 
La lumière, au moyen d'un ressort, restera fixe en uu point; placée 
une fois dans la lanterne, elle occupera toujours la même position par 
rapport A la courbe. Cette machine est connue de tout le monde; il 
<-st inutile d'en donner ici une description détaillée; il suflira, pour se 
la rappeler, de jeter les yeux sur la ligure Ay, où elle est représentée 
dans toutes ses proportions. Je ferai seulement remarquer un change- 
ment <pie j'ai été obligé de faire pour la facilité du nettoiement : le 
Inyau de fer-blanc Plt\ A , destiné à contenir la chandelle, s'ouvre, 
comme on voit, dans sa partie supérieure, pour la recevoir; ou re- 
ferme ensuite cette ouverture avec un bout de tuvau pli, qui diminue 
de diamètre à son extrémité supérieure S, et qui empêche, par ce 
moyen, la chandelle de sortir lorsqu'elle est poussée par le ressort. 
J'ai fait ouvrir la partie inférieure I V de ce tuyau de la même manière 
<|iie la supérieure; on pourra, par ce moyen, retirer le ressort pour le 
nettoyer, el le remettre avec beaucoup de facilité. On le voit ainsi sé- 
paré dans la ligure déjà citée. 



Digitized by Google 



DES RÉVERBÈRES HYPERROLIQLES. 25 

11 ne suflit pas d'avoir décrit le réverbère et de savoir y appliquer 
la chandelle, il nous faut maintenant un vase pour contenir l'un et 
l'autre ; c'est ce qui va nous occuper. La figure conique est sans doute, 
de toutes celles qu'on peut employer, la plus commode et la plus avan- 
tageuse. Sans parler de la résistance qu'elle oppose en raison de ses 
parties, l'inclinaison de ses parois, qui présentent presque toujours au 
choc une surface oblique, en amortit la force, en diminue le danger. 
Soit, en effet, que la direction du corps qui la frappe soit horizontale, 
ou qu'elle soit perpendiculaire, son action se décompose, il n'y en a 
qu'une portion qui agisse sur le vase et qui tende à le casser. Défendu 
d'ailleurs par son couvercle, il n'a rien à craindre de la chute des 
corps; il est absolument à l'abri. C'est eu conséquence de ces avantages 
que nous avons choisi ce vase pour la lanterne dont il est ici question; 
c'est celui, en général, que nous emploierons pour toutes les lanternes 
a réverbère qu'on trouvera dans cette seconde partie. 

Ce vase, au surplus, peut être d'une ou de plusieurs pièces; ce dernier 
a , à la vérité, le désavantage de donner quelques ombres, ou du moins 
de fortes pénombres; je le regarde cependant comme de beaucoup 
préférable à l'autre. On peut se rappeler ce que j'ai dit plus haut à ce 
sujet; une partie des mêmes raisons subsistent encore ici. Quoi qu'il 
en soit, j'ai cru qu'il était à propos de mettre ici sous les yeux l'un et 
l'autre de ces deux vases, et les lanternes qui en résultent. 

On voit (fig. 9) le premier de ces deux vases, je veux dire celui 
d'une seule pièce : c'est un vaisseau conique de cristal , de 1 6 pouces j SG 
de diamètre sur une hauteur $K de 7 à 8 pouces. On remarque, à sa 
partie supérieure, aussi bien qu'à son inférieure , un rebord GGGG, de 
4 lignes au moins de saillie; il est destiné à arrêter la monture. Cette 
monture consiste en un cercle de cuivre FFFF dont on voit le déve- 
loppement représenté figure 5o; il est rompu par le moyen de trois 
ou quatre charnières 0000, qui lui laissent la liberté de s'ouvrir ; on 
place ce cercle autour de la partie supérieure du vase, au-dessous de 
son rebord; on réunit ensuite les deux extrémités /Jl/, par le moyen 
d'une vis N, qui engrène dans l'une et dans l'autre. Au moyen de cette 



26 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

disposition , ce cercle pourra servir à différents vases, en supposant, 
toutefois, qu'ils ne diffèrent pas de grandeur; il en résultera seulement 
que les deux extrémités LM s'approcheront plus ou moins, selon que la 
circonférence du vase sera plus ou moins grande. Lors donc qu'il arri- 
vera quelque fracture, elle sera bientôt réparée; elle ne coûtera préci- 
sément que le prix du vase. On remarque encore, dans la ligure 5o, 
trois vis ///, placées à dislance égale autour de la circonférence du 
cercle; elles sont destinées à réunir le vase au couvercle de la lanterne. 
On voit le couvercle BBBB, de cette même lanterne, représenté sépa- 
rément dans la figure 1 1 ; il y est vu de côté ; le réverbère LLLL y est 
attaché, à a pouces de distance, par le moyen de trois petites lames 
de métal BB. On remarque, au bord de ce couvercle, trois trous CCC; 
ils sont destinés à recevoir les vis /// que nous avons remarquées tout 
à l'heure à la circonférence du cercle de cuivre FFF. On voit tout l'en- 
semble de cette lanterne représenté dans les ligures 1 1 et ia. 

La ligure 1 3 représente le même vase fait de pièces rapportées : c'est 
nue pyramide à six faces dont la pointe est tronquée; sa hauteur est 
d'environ 7 pouces, et son diamètre de 16, en comptant du milieu 
d'une face de la pyramide à l'autre; les carreaux qui la composent au- 
ront donc, dans leur partie supérieure, environ 9 pouces ~ de large; 
ils en ont 1 o de longueur, et vont en diminuant peu à peu , de sorte 
qu'ils n'ont que » o lignes dans leur partie inférieure ; ils laisseront 
entre eux, par ce moyen, une ouverture HH de t pouce - de diamètre. 
Cette ouverture servira à passer le ressort garni de sa chandelle ; 
on l'y attachera par le moyen d'une monture solide de cuivre ou de 
fer-blanc, disposée de manière qu'en tournant un peu le tuyau il se 
trouve tout d'un coup attaché. On voit encore, dans la même Ggure, 
trois lils de fer CCC, qui descendent le long des plombs de la lanterne ; 
ils sont soudés dans leur partie inférieure au cercle HH; ils seront ar- 
rêtés, dans leur partie supérieure CCC, au réverbère, qui sera, en 
même temps, le couvercle de la lanterne. 

Les rayons, réfléchis par l'extrémité de la courbe, étant fort diver- 
gents dans l'hyperbole, il était nécessaire que le réverbère entrât dans 



Digitized by Google 



DES RÉVERBÈRES HYPERBOLIQUES. 27 

la lanterne et fût placé au-dessous du plomb qui borde la partie supé- 
rieure du vase; autrement ce même plomb en aurait arrêté une partie. 
Cette disposition, qu'il n'était pas possible de changer, m'avait paru 
d'abord s'opposer invinciblement à ce que le réverbère servit de cou- 
vercle à la lanterne; je ne voyais pas comment il était possible de faire 
écouler l'eau. 11 existait cependant un moyen qui ne laissait aucun in- 
convénient; ce moyen, dont je vais rendre compte et que je n'avais pas 
saisi d'abord, diminuera le prix de la lanterne en nous épargnant la 
dépense du couvercle : on soudera tout autour du réverbère une lame 
ou bande circulaire de cuivre de a pouces ou de a pouces {. On voil 
(fig. i k) une portion MMGG de cette lame circulaire; on en a fait voir 
la coupe pour mieux faire sentir sa disposition. Mi représente une 
portion du réverbère, et la ligne MM représente la soudure; on aura 
eu soin, avant de la joindre au réverbère, de la courber de manière 
qu'elle puisse passer par-dessus le plomb supérieur de la lanterne ; 
elle formera, par ce moyen, une espèce de toit IIGG. L'eau qui tom- 
bera sur la partie GG s'écoulera en dehors de la lanterne; celle, au 
contraire, qui tombera sur la face//, sera reçue dans l'entre-deux de 
la lame et du réverbère. Ce sera aussi dans cette espèce de gouttière 
que viendront se rassembler toutes les eaux qui tomberont sur le ré-^ 
verbère; elles s'échapperont ensuite par six tuyaux semblables à FI), 
qui passeront à travers la partie supérieure des plombs descendants. 
Si cette explication ne suffit pas pour donner une idée nette de la 
construction de cette lanterne, on pourra consulter la figure i 5, qui 
représente sa coupe verticale; on y a placé les mêmes lettres que dans 
les précédentes. La figure 1 6 représente la face supérieure du réver- 
bère ou couvercle; on remarque, au milieu, un tuyau A de î pouce ~ 
de diamètre , percé latéralement d'un grand nombre de trous; il va en 
s'évasant par le haut, et est recouvert par une lame circulaire de métal 
qui déborde un peu tout autour. Ce tuyau est destiné à empêcher que 
l'eau ne s'introduise dans la lanterne; il répond à une ouverture cir- 
culaire de pareil diamètre qu'on a été obligé de pratiquer à la partie 
supérieure du réverbère pour laisser échapper l'air et la fumée. On 



28 MÉMOIRES DE LAVOIS1ER. 

voit aussi, dans la même figure, les six ouvertures FFF, des tuyaux FD, 
qui doivent éconduire l'eau de la gouttière L (fig. i 4) ; enfin on voit trois 
Xrom EEE; ils sont destinés a rerevoir les trois fils de fer CCC (fig. 1 7), 
qui réunissent le vase au réverbère. On voit, dans la figure ao, tout 
l'ensemble de cette lanterne. 

Au lieu de placer une chandelle à ressort au foyer de ce réverbère, 
on pourrait, sans en changer les proportions, y placer une lampe avec 
un réservoir cylindrique; h onces d'huile suffisent pour entretenir une 
mèche de grosseur convenable pendant les plus longues nuits de l'hi- 
\er. 11 suffira donc de donner au cylindre A HE (fig. 18)6 pouces A de 
capacité; si donc on suppose que sa hauteur soit de 1 pouce, il aura 
î» pouces 10 lignes \ de diamètre. Pour empêcher que ce réservoir ne 
fut sujet à répandre dans les violentes secousses qu'éprouve la lan- 
terne, je me suis servi du même mécanisme dont il a été question plus 
haut : on fera faire une petite soucoupe de fer-blanc; elle doit être tout 
à fait semblable au réservoir ABE, à l'exception qu'elle est ouverte en 
dessus; elle doit être aussi un tant soit peu plus grande, de sorte que 
le réservoir puisse facilement être reçu dedans. Cette soucoupe sera 
environnée d'un cercle de cuivre FF (fig. «9), soutenu par un demi- 
cercle GGG, de même métal ; en un mot, elle sera suspendue à la façon 
des boussoles de vaisseau; elle sera lestée par-dessous avec un peu de 
plomb, pour déterminer en en bas le centre de gravité. Ce sera dans 
celte soucoupe qu'on placera le réservoir. Celle machine a, à sa partie 
inférieure, une vis L qui s'ajustera dans le bas//// (fig. ao) de la pyra- 
mide de verre et qui y sera retenue par un écrou. Tout cela ne peut 
s'exécuter qu'autant qu'on aura fait une porte à la lanterne; cette porte 
sera de la moitié d'un carreau; on l'a représentée figure 90, aussi bien 
que toutes les autres parties de la lanterne. 

11 ne faut pas croire que cette façon d'appliquer l'huile soit sans in- 
convénient; il en résulte, au contraire, un très-considérable : le réser- 
voir, en effet, arrêtant une partie des rayons qui viennent du haut de 
la courbe, occasionnera sous lui-même une pénombre assez étendue, 
dont le milieu même sera occupé par une ombre. Il n'est pas impos- 



DES RÉVERBÈRES HYPERBOLIQUES. 29 

sible de supprimer cette ombre ; on peut même employer différents 
moyens pour y parvenir; le plus simple de tous serait de donner à la 
partie supérieure de l'hyperbole un peu plus de concavité, en sorte 
que ses branches, en approchant du sommet, passassent insensiblement 
de l'hyperbole à la parabole. On voit (fig. ai) la courbe compliquée 
qui résulte de ce changement; on y a marqué la marche que suivront 
les rayons après la réflexion ; il n'est pas difficile de s'apercevoir qu'il 
ne peut plus rester aucune ombre. 

Un second moyen serait de faire le réservoir destiné à contenir 
l'huile d'une matière transparente, par exemple de verre. Cette façon 
d'appliquer l'huile aux réverbères hyperboliques n'est pas sans avan- 
tages, comme on le sentira par la description qui va suivre 1 : on se 
munira d'une soucoupe de verre représentée figure 22; elle a 1 poucc-i 
de profondeur sur 2 pouces 7 ou 3 pouces de diamètre; on remarque, 
à sa partie supérieure, un rebord DDDD de 2 ou 3 lignes de saillie ; 
on la suspendra à la façon des boussoles de vaisseau , telle qu'on la voit 
figure a3. Outre le cercle FF et le demi-cercle 00, qui composent à 
l'ordinaire cette suspension, il y en aura un troisième intérieurement, 
qui ne paraît qu'à peine dans la figure, dans lequel on placera la sou- 
coupe de verre ; il doit être tellement proportionné qu'elle puisse y 
entrer avec facilité et qu'elle y soit retenue par son rebord supérieur DD. 
On remarque (fig. 22), au-dessous de ce rebord, un fil de fer qui fait 
tout le tour et qui ressort par deux petits trous I ot /> pratiqués dans 
le rebord; c'est par la partie supérieure CC de ce fil de fer qu'on trans- 
porte la soucoupe et qu'on la place dans la lanterne. On retirera celle 
soucoupe tous les matins. Le soir, on la remplira d'huile avant de la 
mettre dans la lanterne; on fera nager dessus une étoile LL de fer- 
blanc, soutenue par quatre morceaux de liège. On voit celte lampe 
allumée dans la figure 2 3. Il résulte, de la construction dont on vient 
de voir le détail, que la lumière baissera peu à peu de niveau, à me- 
sure que l'huile se consumera. La grandeur du cône lumineux ne sera 

' L'idëe de cette lampe m'est venue a Toc- la nie Sainte-Anne, et dont les dispositions 
casion d'une lanterne qui a élé exposée dans étaient à peu pr»>s telles que je les décris. 



30 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

donc pas toujours la même; elle ira, au contraire, en diminuant peu à 
|*?u. Cette diminution, au surplus, ne doit pas être regardée comme un 
inconvénient ; elle n'ira jamais au delà de quelques pieds. Si même on 
a soin que le mdieu de la flamme soit, dans l'instant où l'on allume, 
un demi-pouce au-dessus du foyer, il s'en rapprocbera d'abord peu, 
pour s'en éloigner ensuite; mais il n'en sera jamais distant de plus d'un 
demi-pouce, ce qui ne peut faire qu'une différence insensible dans le 
diamètre de la base du c«\ne. 

Enfin, un troisième moyen de supprimer l'ombre serait d'ôter le 
réservoir de dessous la mèche, de le porter ailleurs, de sorte qu'il pût 
fournir de l'huile par un tuyau fort étroit, sans procurer aucune 
ombre. Ce dernier moyen est le plus compliqué des trois; il exige des 
changements assez considérables dans les proportions de la courbe : 
nous serons par conséquent obligé d'entrer dans un détail assez long. 

Soit un conoide hyperbolique quelconque, dont I hyperbole généra*- 
trice est représentée ligure a U. Cette courbe est telle que la double 
ordonnée Mm, qui la termine, passe précisément 1 pouce 6 lignes au- 
dessous de son paramètre; on disposera, à la partie inférieure de cette 
courbe, deux lames de métal qui en feront tout le tour; elles laisseront 
entre elles un espace triangulaire vide, de G lignes de hauteur. Ces 
deux iames sont représentées (Gg. a&) par les lignes MV, AT.V; la pre- 
mière est perpendiculaire à la surface de la courbe, la seconde est pa- 
rallèle à l'horizon; elle déborde la première de la longueur Kl, den- 
\iron a pouces dans tout le tour de la courbe; l'espace qu elles laisseut 
entre elles est destiné à recevoir l'huile; on l'y introduira par l'enton- 
noir //, destiné à cet usage. D'après ces dispositions, si l'on place dans 
l'axe de la courbe un tuyau A'Ode fer-blanc, de 10 lignes ou 1 pouce 
de diamètre, propre à recevoir une mèche, de sorte que sa partie su- 
périeure K soit de niveau avec la surface du réservoir M\ W; si l'on établit 
ensuite une communication par le moyen de trois tuyaux disposés en 
plan incliné, il sera aisé de voir, premièrement, que la flamme de la 
mèche, placée dans le tuyau KO, sera coupée en deux parties égales 
par le foyer principal F de la courbe; secondement, que l'huile ne 



DES RÉVERBÈRES HYPERBOLIQUES. SI 

pourra jamais baisser de plus de 6 lignes de niveau; troisièmement, 
qu'à cause de la grande étendue de sa surface, le réservoir pourra con- 
tenir un volume d'huile très-considérable. 

11 suit encore de cette construction que l'hyperbole dont nous avons 
donné la description plus haut ne peut nous servir ici : dans la pre- 
mière, la double ordonnée Mm passait au-dessus du foyer; dans celle-ci 
elle doit passer nécessairement au-dessous. 11 faut donc en calculer 
une nouvelle ; nous allons le faire sur les mômes principes : on donnera 
d'abord, à la partie inférieure de la courbe, c'est-à-dire à la double 
ordonnée M», qui la sous-tend, a h pouces de longueur; quelque grande 
que paraisse cette étendue, on sentira, dans un moment, qu'il était 
impossible d'en rien diminuer. Nous avons vu plus haut que la flamme 
d'une lumière avait, dans sa moindre hauteur, ao lignes, et que la 
distance de cette même flamme au suif, si c'était une chandelle, ou à 
l'huile, si c'était une lampe, était d'environ a lignes; la distance A F. 
de la partie supérieure du tuyau KO, au milieu de la flamme de la 
lumière, autrement dit au foyer de la courbe, sera donc de i pouce, 
et la distance F* (fig. a5), de ce même point au sommet* de la lu- 
mière, sera de 10 lignes. Nous supposerons ici que l'élévation de l'or- 
donuée Mm, qui termine la courbe et qui la sous-tend , soit de a o pieds 
au-dessus du niveau du plan qu'on veut éclairer, et que le rayon PK de 
la base du cône lumineux soit de 65°, en y comprenant la pénombre KO. 
Avec ces données, il sera facile de déterminer toutes les dimensions de 
la courbe. Ce calcul est précisément l'inverse de celui qu'on a vu plus 
haut; j'ai cru qu'il était à propos d'en supprimer le détail; on en 
trouvera le résultat dans la table suivante, où j'ai rassemblé toutes les 
proportions de l'hyperbole demandée. 



32 



MÉMOIRES DE LAVOISIER. 



TABLE DES DIMENSIONS DU RÉVERBÈRE HYPERBOLIQUE. 

RELVTir À LA USTEIIM À UTILS Rt PRK-^TKK KKU M 90. 



M» 

L.tf=i — 19 

AI = o,5 

AT = i 

FL = .,5 

PL = ao = aie 

PA '= 45 = 54o 

KGssU = 5a8 

4»L = a,33 

ÇL = 5,45 

FM = lo.io 



fl = 6,46 

V = M 

/M = i3,63 

5» i,53 

et = 0,765 

cF = ef = 9,48 

FS sa 1,715 

H*. r~<™ 

PO = 38 3,4 =s S4 7 ,4 

A0 = 6 8,6 = 80.6 



FML = 7" 7' 
*ML = io' 5o/ 
?ML = a 4» 95' 
F.V«t>r= 3* f»9' 
f\IL =98* 17' 

Il sera facile de sentir, en jetant les yeux sur la table précédente, 
les raisons qui nous ont obligé de donner à la courbe a h pouces de 
diamètre; on y verra que la distance FS, du foyer au sommet, n'étant 
pas tout à fait de 1 pouce 7, celle de l'extrémité de la flamme de la lu- 
mière, au sommet de la courbe, ne sera, dans sa longueur ordinaire, 
que de 1 o à 1 1 lignes, et même quelquefois beaucoup moins ; or, toutes 
choses demeurant égales, on ne pouvait diminuer la double ordon- 
née Mm sans diminuer en même temps cette distance; en supposant 
donc qu'on eût fait une ouverture à la partie supérieure du réverbère, 
il serait arrivé qu'une portion de la flamme de la lumière aurait passé 
par cette ouverture; elle se serait, par conséquent, trouvée hors de la 
courbe et aurait été perdue pour le plan qu'on veut éclairer. 

Nous avons vu plus haut que la disposition des deux lames MV, NVX 
(Gg, 26), qui composent le réservoir, était telle, que l'une était paral- 



Digitized by Goog 



DES REVERBERES HYPERBOLIQUES. 33 

lèie à l'horizon, l'autre perpendiculaire à la courbe; nous avons, de 
plus, déterminé sa hauteur, qui est de 6 lignes. D'après ces données, il 
sera facile de trouver toutes ses dimensions ; je supprime le détail de 
ce calcul, qui serait trop long pour être inséré ici; je dirai seulement 
qu'il en résulte que le réservoir pourra contenir plus d'une livre 
d'huile, c'est-à-dire a peu près quatre fois autant qu'il est nécessaire 
pour les plus longues nuits de l'hiver. 

Il nous reste à parler du vase qui doit fermer la lanterne; on sent 
bien, par avance, qu'il ne peut être que de pièces rapportées. Ce vase 
ne sera autre chose qu'une pyramide à huit pans très-aplatic, dont h* 
diamètre, pris du milieu d'une face à l'autre, sera environ de -j/i pouces; 
si l'on calcule quelle doit être la grandeur des cotés de cette base, on 
trouvera 9 pouces 1 1 lignes pour chacun. On voit ce vase dans les 
ligures ùG et 97; il est composé de seize carreaux ; les huit supérieurs, 
qui sont les plus grands, ont 6 pouces - de hauteur; ils ont, dans la 
partie supérieure, 9 pouces 1 1 lignes de large, et 5 pouces seulement 
dans leur inférieure ; les six carreaux inférieurs ont pareillement 
6 pouces j de hauteur; ils ont 5 pouces ~ de large par en haut, et 
10 lignes dans leur inférieure; ils laissent, par ce moyen, entre eux, 
une petite ouverture, sous le milieu de la lanterne, pour y introduire 
l'air nécessaire à l'entretien de la lumière ; la structure de ce vase est 
soutenue et assurée par le moyen de quatre fils de fer DDDD, qui des- 
cendent tout le long de la lanterne et qui sont solidement arrêtés par- 
dessous ; l'extrémité supérieure C de ces hls de fer entre dans quatre 
trous pratiqués à la partie saillante FA" de la lame supérieure ATA' du 
réservoir ; on les tortillera par le bout afin de les arrêter; ils réuniront, 
par ce moyen, le vase au réverbère. Il résultera de cette réunion une 
lanterne telle qu'on la voit représentée figures 26 et 27 ; on remarque 
à la partie supérieure de ce réverbère, qui sert en même temps de cou- 
vercle, un tuyau A, tout semblable à celui des figures 19, 17 et 20, 
dont on a donné la description plus haut; il sert aux mêmes usages. 
On remarque encore à la circonférence du réservoir un tuyau // qui 
s'évase par en haut en entonnoir et qui est fermé, par le moyen d'un 

m. 5 



U MÉMOIRES DE LAYOISIER. 

couvercle mobile, sur une charnière. Ce tuyau est celui par lequel 
l'huile s'introduira dans le réservoir. Les tuyaux GGG ne sont pas non 
plus inutiles : ce sont des espèces de soupiraux destinés à laisser échap- 
per l'air à mesure qu'on introduira l'huile dans le réservoir. 11 était 
encore nécessaire d'y pratiquer une porte; je l'ai placée dans le haut de 
la lanterne; elle fait partie même du réverbère. On voit cette porte DD 
dans la Ggure 27; c'est par la que se fera le service public; il consis- 
tera à placer, tous les soirs, dans le tuyau KO du milieu, le porte- 
mèche ABC (fig. 36); c'est un tuyau de fer-blanc ou de cuivre mince 
étamé qui va un peu en diminuant par en bas ; il est percé latérale- 
ment par un grand nombre de trous pour permettre l'introduction de 
l'huile dans la mèche. Ce même tuyau s'ouvre dans sa partie supé- 
rieure AB pour la facilité d'y placer la mèche. On retirera, tous les 
matins, ce porte-mèche de la lanterne; l'allumeur l'emportera chez 
lui aiîn de le préparer pour le soir. 

Si l'on considère la grandeur et la disposition de ce réverbère, il ne 
sera pas difficile de s'apercevoir qu'il doit produire un très-grand effet; 
il recueille tous les rayons qui partent de la lumière, il les dirige tous 
vers le plan ; aussi je ne doute pas qu'avec une très-petite mèche il 
ne donne assez de lumière pour pouvoir lire dans toute l'étendue de 
l'espace qu'il éclaire. Quelque grands que soient ces avantages, ils se 
trouvent contre-balancés par des inconvénients très-réels. La grandeur 
énorme du réverbère en rend l'exécution dispendieuse et difficile. Je 
suis persuadé qu'il ne serait pas possible de monter Paris de ces lan- 
ternesà moins de 3oo,ooo ou 35o,ooo w ; il y aurait, à la vérité, quel- 
que bénéfice sur la consommation annuelle du luminaire; mais il se- 
rait plus qu'absorbé par l'entretien annuel des vases et par les frais de 
réargeulure des réverbères, qui se renouvelleraient environ tous les 
huit ans. Ce sont ces considérations qui m'ont empêché de faire exé- 
cuter cette lanterne, la plus parfaite, sans doute, de toutes celles qu'on 
trouvera dans ce mémoire, si l'on n'en considère que l'effet. Une autre 
raison qui a contribué peut-être encore davantage à me déterminer, 
c'est la brièveté du temps. On ne saurait croire combien il en coûte de 



Digitized by Google 



DES RÉVERBÈRES ELLIPTIQUES. 35 

peines, de soins et de temps pour communiquer ses idées aux ouvriers, 
pour les leur faire passer dans le degré de clarté nécessaire pour les 
mettre en état de les exécuter. C'est aussi, à peu près, sur de sem- 
blables motife que j'ai abandonné les lanternes représentées dans les 
figures ta, 17 et 30, quelque curiosité que j'eusse moi-même d'en 
éprouver l'effet ; celle qu'on verra décrite dans l'article qui suit ras- 
semble, ainsi que celle des Ggures 26 et 27, la plus grande quantité 
de lumière possible; il n'est aucun des rayons qui partent de la flamme 
qui ne parvienne au plan; elle peut, de plus, éclairer un espace beau- 
coup plus considérable. Ou sent bien, au surplus, que cela ne se 
peut faire qu'aux dépens de la lumière. La même quantité de rayons 
dispersés dans un plus grand espace ne saurait éclairer aussi bien; si 
les dimensions, par exemple, sont doubles, elle donnera quatre fois 
moins de lumière. Cette grande . diminution n'empêche pas que cette 
lanterne ne fasse encore un effet très-considérable. Ce sera à l'expé- 
rience de le prouver. De toutes celles dont il est question dans ce mé- 
moire, c'est elle qui m'a paru réunir à la fois, tout combiné, le plus 
grand effet à la plus grande économie. J'avouerai donc que c'est celle 
pour laquelle j'incline davantage. Je me hâte de passer à sa description. 

ARTICLE II. 
DES RÉVERBÈRES ELLIPTIQUES. 

On a vu, dans l'article précédent, qu'en plaçant une lumière au 
foyer d'un conoïde hyperbolique les rayons, après avoir été réfléchis, 
se trouvaient divergents, de sorte qu'on pouvait, suivant les dimen- 
sions de la courbe, leur faire éclairer un espace plus ou moins grand. 
Cette courbe n'est pas la seule qui ait cette propriété. Si l'on place une 
lumière au foyer principal F d'un sphéroïde elliptique (fig. 29), les 
rayons qui en partiront, après avoir été réfléchis par la courbe, iront 
se réunir en un point /, qui sera son second foyer. Si l'on prolonge 
ensuite ces mêmes rayons au delà de ce point, ils s'écarteront les uns 
des autres après s'être croisés, de sorte que, si l'on coupe le sphéroïde 



36 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

par un plan Au qui passe par son paramètre inférieur, ils formeront 
un cùne lumineux dont la base sera infiniment grande. 

Si l'on fait ensuite attention aux ditlérentes propriétés de l'ellipse, 
on s'apercevra, i° que, tous les rayons se croisant au foyer, l'image de 
la lumière paraîtra renversée ; i° que celte même image sera grossie 
davantage dans la partie haute de la courbe, je veux dire aux environs 
de son sommet, que dans sa partie basse, c'est-à-dire entre son second 
axe et son paramètre inférieur, et cela d'autant plus que la courbe 
aura plus d'excentricité. Notre objet étant de répandre , à peu près 
partout également, la lumière, il fallait faire en sorte d'augmenter, 
autant qu'il était possible, la divergence des rayons réfléchis par la 
partie supérieure de la courbe, autrement dit, de donner à l'ellipse 
très-peu d'excentricité. C'est aussi ce que j'ai taché de faire, autant 
que les circonstances ont pu me le permettre. On va voir, cependant, 
qu'il est des bornes qui uous arrêtent, qu'il est un certain point au 
delà duquel il est impossible de rapprocher les foyers sans perdre une 
partie de la lumière. 

On se rappelle la description que nous avons donnée, il n'y a qu'un 
moment, d'une lanterne hyperbolique à huile; on a vu comment il 
était possible doter le réservoir du corps môme de la lanterne, com- 
ment on pouvait placer l'huile dans un espace triangulaire pratiqué 
autour du réverbère. C'est précisément le même artifice que nous 
mettrons en usage dans la lanterne dont il est ici question. Nous pla- 
cerons dans l'axe du sphéroïde un tuyau de i pouce de diamètre, de 
i pouce { de hauteur; il communiquera avec le réservoir par le moyen 
de trois ou quatre petits tuyaux de a lignes de diamètre : sa partie su- 
périeure sera tellement disposée qu'elle se trouve parfaitement de ni- 
veau avec la surface supérieure du réservoir. Il est aisé de sentir com- 
bien toutes ces dispositions sont nécessaires. Les rayons devant tous 
se réunir et se croiser au second foyer de la courbe, il était nécessaire 
que rien ne les arrêtât, qu'aucun obstacle ne les empêchât d'y par- 
venir. Or, en plaçant le réservoir dans le corps de la lanterne, il 
n'aurait pas manqué d'en intercepter une partie; il aurait, d'ailleurs, 



Digitized by Google 




DES RÉVERBÈRES ELLIPTIQUES. 37 

nécessairement caché le9 flammes de la mèche pour les parties basses 
de la courbe. Ne recevant donc plus l image de la lumière, elles n'au- 
raient pu la transmettre. 11 est encore évident que les rayons ne 
peuvent parvenir au plan qu'ils doivent éclairer qu'autant qu'ils se 
croiseront au-dessous du tuyau KO; s'ils tombaient dessus, ils y seraient 
arrêtés, ils seraient perdus pour le plan. Ces rayons, rassemblés sous 
ce tuyau, y formeront une image v42?de la lumière, telle qu'on la voit 
figure 3o , dont les dimensions seront augmentées. Partie de cette image 
sera au-dessus du second foyer / de la courbe, partie se trouvera au- 
dessous. Il sera donc absolument nécessaire de laisser un certain es- 
pace entre la partie inférieure o du tuyau et le foyer / de la courbe. Je 
me suis assuré par expérience que cet espace devait être environ de 
3 pouces; si l'on y ajoute la hauteur du tuyau Ko de i pouce ~, et la 
hauteur KF de ce même tuyau au foyer de la courbe, laquelle est de 
î pouce, on aura, pour la totalité de l'excentricité Ff, 5 pouces}; je 
la supposerai même de 6 dans tout ce calcul . à cause des irrégularités 
qui sont inévitables dans l'exécution. 

L'excentricité d'une ellipse est d'autant moindre que la distance de 
ses deux foyers est plus petite par rapport aux autres dimensions de la 
courbe, d'où il suit qu'il est deux moyens de diminuer l'excentricité d'une 
ellipse, savoir: de diminuer la distance descs deux foyers, ou bien d'aug- 
menter ses autres dimensions. Le premier de ces deux moyens n'étant 
praticable que jusqu'à un certain point, comme on vient de le voir, nous 
sommes obligés d'avoir recours à l'autre. C'est dans cette vue que j'ai 
donné î h pouces au second axe de notre sphéroïde elliptique; je lui en 
aurais même donné davantage, et la lumière en aurait été plus égale, si 
l'économie, qu'il n'est pas permis de perdre de vue, ne m'avait arrêté. 

D'après ces proportions, si l'on veut connaître quelle sera la gran- 
deur de l'espace éclairé par la partie supérieure MSm de la courbe 
(fig. 3i), on tirera de l'extrémité M du petit axe, par le point /, la 
ligne MJQ, jusqu'à la rencontre 0 du plan que l'on veut éclairer. Il est 
évident qu'elle représentera le rayon réfléchi par le point M de la 
courbe, et que la ligne pQ représentera le rayon de la base du cône 



38 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

lumineux formé par la partie supérieure du sphéroïde elliptique. Pour 
connaître la valeur de ce rayon pQ, dans les triangles semblables Pf<J, 
CfM, on fera la proportion suivante : Cf : CMr.PJ : pQ. Si donc on 
suppose que la hauteur Pf soit de 90 pieds, on trouvera pQ — 66 pieds 
8 pouces; si l'on double cette valeur, ou aura, pour la totalité de la 
base du cône éclairée par la portion MSm, 9 3 pieds 6 pouces. 11 nous 
reste encore toute la partie basse de la courbe dont la lumière, un 
peu plus faible à la vérité, pourra encore éclairer suilisamment un 
espace assez considérable. Mais en supposant même que cet espace 
ne fût que de i3 pieds k pouces, on aurait encore, pour la totalité 
du rayon pi, Go pieds, et pour la totalité du diamètre de la base du 
cône lumineux, 130 pieds, c'est-à-dire le double de la distance des lan- 
ternes actuelles. 

La partie basse de la courbe nous procure encore un avantage qui 
n'est pa9 de peu de conséquence : les rayons qui sont réfléchis près du 
paramètre inférieur, étant presque horizontaux, ne rencontreront le 
plan que dans un point fort éloigné de la lanterne. Si donc il arrive 
que quelqu'une des mèches vienne à s'éteindre, les deux lanternes 
voisines pourront encore y suppléer ; elles jetteront quelques faibles 
rayons de lumière qui empêcheront au moins qu'on ne soit dans une 
obscurité totale. 

11 me restait encore une diflieulté : quelles que soient les huiles 
qu'on emploie, il est un certain degré de froid auquel elles perdent 
leur fluidité; elles acquièrent peu à peu de la solidité, ou plutôt, pour 
me servir du terme consacré, ellea deviennent concrètes. Si l'air exté- 
rieur eût frappé librement la surface du réservoir, l'huile qui y aurait 
été contenue aurait bientôt cessé de couler, et la mèche se serait éteinte 
faute de nourriture. Ma première idée, pour remédier à cet inconvé- 
nient, était d'adapter immédiatement au-dessus de la lumière, au soin- 
met du sphéroïde elliptique , un tuyau de métal qui aurait été ensuite 
rabattu sur la surface de la courbe et qui en aurait fait tout le tour, 
appuyé sur le réservoir. L'air de l'intérieur de la lanterne, échauffé 
par la lumière et devenu, par sa ddatation, plus léger que l'air envi- 



Digitized by Google 



DES REVERBERES ELLIPTIQUES. 39 

ronnant, aurait cherché à s'élever pour rétablir l'équilibre; il aurait 
enfilé le tuyau, qu'il aurait par conséquent échauffé , et en même temps 
le réservoir sur lequel il aurait été posé. Quelque avantageux que fût 
ce projet, j'ai été obligé de l'abandonner : d'abord il était difficile dans 
l'exécution; secondement, je me suis aperçu, dans les expériences que 
j'ai faites à ce sujet, qu'il ne produisait pas, à beaucoup près, autant 
de chaleur que je l'avais pensé. Un thermomètre, placé à l'extrémité 
de ce tuyau , montait à peine d'un demi-degré ; enfin il m'a paru que 
le courant d'air ne se faisait plus assez librement, de sorte que la lu- 
mière languissait : j'ai donc été obligé d'avoir recours à un autre moyen 
dont je vais rendre compte. 

Il était nécessaire, pour la facilité du nettoiement de l'intérieur de 
la lanterne , et pour qu'on pût remettre librement le verre qui doit la 
fermer par en bas, qu'elle s'ouvrît en deux parties. J'ai profité de cette 
disposition ; je l'ai coupée précisément au-dessous du réservoir; j'ai en- 
suite écarté les deux pièces ainsi séparées de a lignes environ; je les 
ai ensuite réunies l'une avec l'autre par le moyen d'une lame de métal 
qui euveloppe le réservoir de toutes parts, sans y loucher, ainsi que 
je le ferai mieux sentir dans la suite. Au moyen de cette disposition, 
l'air extérieur ne touchera pas le réservoir; il sera toujours environné 
d'une petite couche d'air qui communiquera avec celui de l intérieur 
de la lanterne et qui sera, par conséquent, toujours au même degré. 
Tous ces détails ne peuvent être que fastidieux, ils sont même inin- 
telligibles, à moins d'avoir sous les yeux les objets. C'est pourquoi nous 
allons avoir recours à la figure de la lanterne, d'après laquelle nous 
donnerons une description détaillée de toutes les proportions. 

On voit d'abord, dans la figure 3a, tout l'extérieur de cette lan- 
terne : sa partie supérieure a une ouverture circulaire de 1 pouce 7 ou 
9 pouces de diamètre; on y a adapté un tuyau A de pareil diamètre 
par en bas, et qui va, en s'évasant par en haut, jusqu'à la concurrence 
de 9 pouces 7; il est percé de plusieurs trous de a lignes de diamètre 
pour laisser passer l'air; enfin il est recouvert, par en haut, avec une 
lame de métal circulaire BB, au milieu de laquelle est attaché un an- 



40 MÉMOIRES DE LAYOISIER. 

neau C, pour suspendre la lanterne. Ce tuyau a i pouce - ou a pouces 
de haut. On voit, dans la même figure, une porte carrée DD, pratiquée 
dans le ïévcrbère même; elle a 5 pouces de large sur h ~ de hauteur; 
elle s'ouvre par le moyen d'une charnière E, placée à sa partie supé- 
rieure. Cette porte doit avoir une courbure parfaitement conforme au 
reste de la lanterne ; elle doit s'appliquer exactement dessus, y paraître 
absolument confondue. On voit plus bas une espèce de corniche FFF, 
saillant environ de a pouces. C'est la double enveloppe du réservoir 
dont nous avons déjà parlé, et dont il sera encore question plus bas. 
On remarque, à sa partie supérieure, trois tuyaux GGG de a lignes ± 
de diamètre, percés, dans leur longueur, de plusieurs petits trous, et 
recouverts par une lame de métal qui déborde. Ces tuyaux sont des- 
tinés à donner de l'air à l'intérieur du réservoir, à lui servir de ven- 
touse, comme nous l'expliquerons dans la suite. 

Outre ces trois tuyaux, on en voit encore un autre en H, beaucoup 
plus pros, qui s'évase en entonnoir par le haut, et qui est fermé par un 
couvercle, mobile sur une charnière. Ce tuyau est celui par lequel on 
introduira l'huile dans le réservoir. A la partie latérale, ou inférieure 
de cette corniche , se trouve un autre tuyau recourbé /, saillant en dehors 
d'environ i pouce. Il est destiné à vider le réservoir lorsqu'on y aura 
introduit de l'eau bouillante pour le nettoyer. Enfin, vers le milieu, 
au-dessous de la corniche, on remarque une charnière M; il y en a une 
autre toute semblable vis-à-vis, à la partie cachée de la lanterne; elles 
servent à réunir ensemble la partie supérieure avec la partie infé- * 
rieure ; on les arrête par le moyen d'une fiche de cuivre A qu'on passe 
à travers. La suite de trous LLL, de a lignes de diamètre environ, 
qu'on voit tout en bas, est destinée à laisser introduire l'air nécessaire 
pour l'entretien de la lumière. 

Ce qu'on vient de remarquer est à peu près tout ce qui se présente à 
l'extérieur de la lanterne. La figure 33 la représente vue par-dessous. 
On voit d'abord, au milieu, un tuyau o de t o ou î a lignes de diamètre; 
il est soutenu par trois autres /»0, pQ, pQ, de 3 ou 6 lignes seulement , 
lesquels communiquent par leur extrémité Q avec le réservoir. On voit 



Digitized by Google 



DES RÉVERBÈRES ELLIPTIQUES. 41 

ce tuyau principal et les trois autres pQ, qui le soutiennent, représentés 
séparément dans la figure a8; si on les pose sur un plan bien hori- 
zontal, leur extrémité Q doit se trouver précisément i pouce au-dessus 
de son niveau. Le réservoir devant avoir, comme on le verra plus bas, 
6 lignes de hauteur, il en résultera que sa surface sera précisément de 
niveau avec la partie supérieure du tuyau 0. On voit (Gg. 36) le porte- 
mèche ABE, qui doit être reçu dans ce tuyau du milieu. On a divisé 
en trois le tube destiné à recevoir la mèche; cette façon épargne du co- 
ton et donne une lumière plus belle. On a aussi élevé ces tubes environ 
de a lignes, afin que la flamme de la mèche ne fût point cachée pour 
les parties basses de la courbe. Ce porte-mèche est percé dans toute 
sa longueur d'un grand nombre de trous; il s'ouvre en deux parties: 
la supérieure AB se sépare pour la facilité d'y introduire la mèche. On 
le transporte aisément au moyen de la queue AC qu'on y a soudée. 
h lignes environ au-dessous de l'extrémité Q des trois tuyaux pQ, qui 
communiquent au réservoir, on voit la séparation VVV des deux pièces; 
elles sont éloignées de a lignes l'une de l'autre, et c'est par cet inter- 
valle que l'air échauffé de la lanterne communique avec celui qui en- 
vironne le réservoir. Enfin on voit, à l'extrémité de la seconde pièce, 
un rebord circulaire XXX de 3 lignes environ; il sert à soutenir le verre; 
il doit être fort et épais, autant qu'il sera possible; il coûtera environ 
une trentaine de sous. Si sa grandeur et son prix paraissaient être un 
inconvénient, il serait facile d'y remédier en le formant de trois pièces 
qui seraient chacune un segment de cercle. On voit ce verre représenté 
dans la ligure 35 : les trois morceaux qui le composent sont placés à 
côté les uns des autres, sans plombs intermédiaires; ils sont seulement 
assujettis par un plomb circulaire qui forme la circonférence du cercle. 
Ce verre ne donnera pas, par ce moyen, plus d'ombre que s'il était 
d'une seule pièce, et sa cassure deviendra très-peu coûteuse. 

Outre ces différentes choses qui s'aperçoivent au premier coup d'œil, 
il nous reste encore à parler de l'intérieur de la corniche FF, qui con- 
tient le réservoir. On voit cet intérieur dans la figure 36, qui repré- 
sente une coupe de la lanterne vue en perspective. On peut le voir 



42 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

aussi dans la figure 37, qui représente l'ellipse génératrice de notre 
sphéroïde; dans l'une et dans l'autre le réservoir est représenté par les 
lignes MV, mu, TV, tu; elles ont à peu près 1 pouce 7 chacune; leur écar- 
tement dans la partie qui touche la courbe est environ de 6 lignes. 
On voit aussi dans la même figure la double enveloppe qui empêche 
l'action de l'air froid sur le réservoir; elle est composée de deux lames : 
la supérieure, qui est représentée par op, est un peu bombée par- 
dessus, afin de faciliter l'écoulement de l'eau. On la voit séparément 
dans la figure 38 ; l'inférieure est représentée par la ligne OR; elle 
emboîte la partie basse de la courbe et y tient par le moyen de deux 
charnières. Enfin on voit, dans les figures 39 et Uo, ce réservoir sépa- » 
rément garni de tous ses tuyaux; il doit être fait d'une seule pièce, 
pour diminuer, autant qu'il est possible, le nombre des soudures. 

Il est facile, d'après cette description, de sentir combien l'usage des 
tuyaux ou ventouses GG (fig. 3a) était nécessaire; l'huile, en effet, 
introduite dans le réservoir par l'entonnoir H, ne peut s'étendre dans 
sa circonférence qu'autant que l'air qui y était contenu s'échappe à 
mesure pour lui céder la place. Ces tuyaux sont précisément destinés 
à lui donner une issue. Sans cette précaution, on n'aurait pu emplir 
le réservoir qu'avec beaucoup de peine et beaucoup de temps. 

Après avoir donné la description de toutes les parties de la lanterne, 
il me reste à parler du métal dont il convient de la faire, et des 
moyens qu'on peut employer pour en faciliter l'exécution. La plus 
grande partie de ce que je vais dire ici sera commune à tous les ré- 
verbères. Deux métaux seuls pourraient, au premier coup d'œil, par- 
tager notre choix, le cuivre et le fer étamé; mais si l'on fait attention 
à la grande facilité avec laquelle le premier peut être travaillé, la jus- 
tesse, la perfection qu'on peut donner aux ouvrages dont il est la base, 
je ne doute pas qu'on ne se décide aisément en faveur du cuivre. Un 
autre motif de plus grande conséquence encore confirme notre choix : 
ce motif est la solidité de ce métal. Le temps, qui détruit tout, ne peut 
rien sur lui; une couche légère de vert-de-gris, qui se forme à sa surface, 
lui sert de préservatif; il devient inaltérable. De là la perfection sin- 



Digitized by Google 



DES RÉVERBÈRES ELLIPTIQUES. 43 

gulière avec laquelle les médailles et les statues antiques sont parve- 
nues jusqu'à nous. Enfouies pendant une longue suite d'années dans 
les entrailles de la terre, elles n'ont rien souffert de l'injure des siècles. 
Le fer, au contraire, quelques précautions que l'on prenne, est dans 
un état de destruction continuelle ; la rouille le ronge et le détruit peu 
à peu. Aussi ne nous esUil resté des anciens qu'un très-petit nombre 
d'instruments composés de ce métal. 

Le cuivre, au surplus, quelque poli qu'on lui donne, n'a jamais 
qu'un éclat médiocre. Sa couleur rouge ou jaune absorbe une partie 
des rayons et ne réfléchit même l'autre qu'après l'avoir décomposée. 
Les métaux blancs, au contraire, par la propriété de leur couleur, 
transmettent les rayons tels qu'ils les ont reçus; ils n'en diminuent 
point sensiblement le nombre, Us n'en décomposent aucun. De là 
l'usage de couvrir le cuivre destiné à servir de réverbère d'une couche 
légère d'argent. La réflexion de la lumière se faisant à la surface, ils 
rendent le même service que si le fond même était de métal. C'est 
aussi la précaution que nous serons obligés de prendre pour l'intérieur 
de notre lanterne elliptique. Ma première idée avait été de substituer 
un métal à un autre, d'employer l'étain au lieu de l'argent. H y aurait 
certainement eu de l'épargne ; mais que serait-il arrivé ? Bientôt ce 
métal imparfait, perdant le principe que lui donne l'éclat métallique, 
serait réduit en chaux à sa surface; bientôt, par conséquent, il aurait 
fallu recommencer l'opération, et ces dépenses, plusieurs fois répétées, 
auraient en peu de temps surpassé le prix même de l'argenture. Je 
me suis donc déterminé à employer tout d'un coup l'argent. Bien plus, 
je suis persuadé que la façon la plus solide, quoique la plus dispen- 
dieuse, sera celle qu'on sera obligé d'adopter à la longue. On le sen- 
tira mieux dans un moment; nous allons passer maintenant à ce qui 
concerne l'exécution de la lanterne. 

On décrira d'abord, sur un carton un peu fort, la (igure de l'ellipse, 
telle que nous l'avons déterminée plus haut. On la découpera ensuite 
le plus exactement qu'il sera possible, puis on en retranchera la partie 
basse NSn (6g. 37) en la coupant dans le plan de son paramètre. On 



ài MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

• 

marquera soigneusement sur le carton l'espace que doit occuper la 
flamme de la mèche, et surtout la place du réservoir. 11 est ici repré- 
senté par les lignes MVS, mXT. On séparera ensuite la courbe en deux 
parties, en la coupant par une ligne CD, perpendiculaire au grand 
axe, j de pouce au-dessous du réservoir. EnGn on retranchera a lignes 
de la partie inférieure, à cause de la distance de pareille grandeur qui 
doit se trouver entre les deux parties de la courbe. 11 en résultera 
deux portions elliptiques, représentées figure h 1 ; elles seront remises 
entre les mains d'un faiseur d'instruments de mathématiques qui exé- 
cutera deux planches de cuivre parfaitement égales au carton. Ces deux 
planches serviront de modèle à celui qui doit exécuter la lanterne. Le 
choix de ce dernier ouvrier est assez difficile. Celui de tous qui a le 
plus d'habitude de manier le marteau , c'est le chaudronnier ; c'est aussi 
celui que j'ai employé; mais je n'ai eu que trop d'occasions dem'aper- 
cevoir que les mains accoutumées à des ouvrages grossiers ne réussis- 
saient qu'avec peine dans ceux qui demandent de l'exactitude et de la 
précision. Quoi qu'il en soit, l'ouvrier se munira de ce qu'on appelle, 
en termes de l'art, un baquet. Il doit être de laiton; l'argent, en effet, 
ne s'unit qu'avec peine au cuivre rouge, et cette union même n'est pas 
durable. Les baquets qu'on trouve communément à Paris ne sont pas 
assez forts, ou du moins leur forme n'est pas convenable; ds sont trop 
épais du fond et ne le sont pas assez des bords. 11 serait à propos d'en 
faire construire exprès dans les manufactures, si le nombre des lanternes 
en méritait la peine. Lorsqu'il s'apercevra qu'il a fait prendre au cuivre, 
sous le marteau, à peu près la courbure demandée, il présentera la 
planche qui lui sert de modèle, il la fera tourner sur son axe et con- 
tinuera de perfectionner la pièce jusqu'à ce qu'elle s'applique exacte- 
ment sur ses bords et qu'elle y soit parfaitement conforme. Lorsqu'elle 
aura été mise dans cet étal et que l'ouvrier aura adouci, autant qu'il 
est possible , le coup de marteau en la repassant plusieurs fois sur la 
boule, on la placera sur un tour pour enlever le reste des inégalités. 
On doit se servir de pierres ponces dans cette opération, encore doit- 
on choisir les morceaux les plus gros. Les grattoirs dont les chaudron- 



DES RÉVERBÈRES ELLIPTIQUES. 45 

niers ont coutume de se servir useraient trop la pièce; ils ne don- 
neraient pas, d'ailleurs, ce poli doux et égal qui est nécessaire ici. 
Ceux qui connaissent le tour dont il est question savent bien qu'il est 
impossible d'y placer la pièce inférieure sans avoir pris auparavant la 
précaution d'y souder un fond pour lui servir de valet. Lorsque les 
pièces auront été passées au tour, on ouvrira, dans la partie supérieure, 
un trou circulaire de 1 pouce , eu :! pouces de diamètre ; on y adaptera 
le tuyau A (fig. 3 a), de pareille grandeur, lequel sera fixé et attaché 
solidement à la courbe par le moyen de trois ou quatre clous rivés 
proprement en dedans et en dehors. La plaque supérieure BB et l'an- 
neau C doivent être soudés en soudure forte. On percera en môme 
temps l'ouverture de la porte DD; elle doit avoir, comme on l'a déjà 
vu, h pouces de haut sur 5 de large. L'ouvrier prendra alors les me- 
sures pour le réservoir; il le construira, tel qu'on le voit figure 39, 
garni de ses tuyaux, aussi bien que les deux lames de métal qui lui 
doivent servir d'enveloppe. Tout étant ainsi disposé, on portera ces 
deux pièces chez l'argenteur; elles y seront poncées de nouveau. Cette 
seconde opération, ne se faisant pas circulairement comme au tour, 
mais en tous sens, donne au réverbère un poli encore plus égal que 
celui qu'il avait auparavant. Elles seront ensuite hachées. On doit 
même avoir soin, pour plus grande solidité, qu'elles le soient en dif- 
férents sens. Enfin, les pièces étant ainsi préparées, on les chargera 
d'une certaine quantité de feuilles d'argent; on les placera ensuite 
dans un moule de terre cuite qu'on aura fait faire à ce dessein ; elles y 
recevront le bruni. Cette précaution est absolument nécessaire; on 
risquerait autrement de déformer la pièce en la brunissant. L'argen- 
teur, ayant ainsi fini sa besogne, on soudera les trois tuyaux p Q, pQ, pQ 
(fig. a8 et 33). Cette opération doit se faire en dehors; il serait im- 
possible autrement de ne point endommager l'argenture. On soudera 
ensuite pareillement le réservoir, ainsi que les lames qui lui doivent 
servir d'enveloppe. L'intérieur de ce réservoir, ainsi que les tuyaux pQ. 
doit être de cuivre étamé, et les soudures en général doivent être 
faites avec le plus grand soin, de crainte qu'elles ne laissent échapper 



46 MÉMOIRES DE LAVOIS1ER. 

l'huile. Tel est l'ordre qu'on doit observer dans la construction de la 
lanterne elliptique dont il est ici question , et cet ordre n'est point ar- 
bitraire. La soudure, en effet, du réservoir et de sa double enveloppe 
étant en étain, elle n'aurait pas manqué, si elle eût été faite la pre- 
mière, de couler pendant l'argenture. On sait, en effet, que le degré 
de feu nécessaire pour unir l'argent au cuivre est bien supérieur à 
celui qui fait fondre l 'étain , surtout lorsqu'il est allié, comme dans la 
soudure, avec une certaine quantité de plomb. 

Nous n'avons parlé jusqu'ici que de la construction de la lanterne. 
Il nous reste encore différents objets dont il est important de rendre 
compte. Si l'on veut d'abord se former une idée nette de la quautité 
de lumière qu'elle doit produire, de l'effet qu'on en doit attendre, con- 
sidérons la marche des rayons dans la partie supérieure de la courbe. 
Soient menées du foyer principal /•' (Gg. 3 1), où est placée la lumière, 
aux extrémités Mm du second axe, les lignes FM, Fm; soient tirées de 
ces mêmes points jVb», par le second foyer f, les lignes MfQ, Mfq. Il est 
évident que les premières exprimeront les rayons directs, et les se- 
condes, les rayons réfléchis, et que l'écartemeut de ces mêmes lignes, 
autrement dit l'angle qu'elles forment, exprimera l'espace qu'occupent 
les rayons devant et après la réflexion. Si donc on cherche la valeur de 
ces deux angles d'après les proportions qui ont été exposées ci-dessus, 
on trouvera que les rayons avant la réflexion occupaient l'angle M Fin 
— MFS + mFt = a a 6° aW, au lieu qu'après la réflexion ils n'occupent 
plus que l'angle Qfq — i33° 36'. Ces deux angles sont entre eux dans 
le rapport deiooo à 1690, et leur carré dans celui de toooà a856, 
d'où il suit que, si l'on expose successivement le même corps à égale 
distance à la lumière directe et à la réfléchie, il recevra, dans le 
dernier cas, près de trois fois plus de lumière. Nous avons vu précé- 
demment que, dans la lampe à trois mèches, il n'y en avait presque 
jamais que deux qui éclairassent à la fois, que la troisième était pres- 
que toujours cachée par le réservoir. La lumière de notre réverbère 
elliptique sera donc, à celle d'une lampe à trois mèches, dans le rap- 
port de 3 à », c'est-à-dire un tiers plu» forte, avec une consommation 



Digitized by Google 



DES RÉVERBÈRES ELLIPTIQUES. 47 

trois fois moindre. Si donc on réduit ces deux lampes à l'égalité, c'est- 
à-dire qu'on triple la mèche du réverbère elliptique, ou, ce qui revient 
au même, qu'on diminue des deux tiers les mèches de l'autre, l'effet 
de la première deviendra à celui de la seconde comme 9 est à a, 
c'est-à-dire plus que quadruple. 

Après avoir fait voir quel était l'effet de la lanterne, examinons en 
détail l'économie qui en résulte. On sait déjà, par ce qui a été dit plus 
haut, qu'elle peut facilement éclairer un espace double de celui des 
lanternes actuelles. Si donc on la suspend dans une rue à la place d'une 
de ces dernières, elle éclairera d'abord tout l'espace que cette lanterne 
éclairait, plus la moitié de ce môme espace ajouté de chaque côté; de 
sorte qu'en supposant la distance des lanternes actuelles de 70 pieds, 
celle que nous leur substituerons éclairera un espace de 70 pieds, 
plus deux fois 35 pieds, c'est-à-dire de 1 60 pieds. Si, au lieu de placer 
cette lanterne au milieu d'une rue, on la suspend dans un carrefour, 
alors ses avantages deviendront bien plus considérables. En effet, à 
l'espace de 70 pieds qu'elle éclaire, il faudra ajouter autant de fois 
35 pieds qu'il y aura de rues ; de sorte que, si elle se trouve au centre 
de trois rues, elle tiendra lieu de deux lanternes et demie. Si elle se 
trouve au centre de quatre ou de cinq, elle tiendra lieu de. trois ou de 
trois et demie. 

Considérons maintenant quel sera l'effet de cette diminution sur la 
totalité des lanternes. On compte à Paris plus de huit cents rues, sans 
y comprendre les culs-de-sac. Quand on supposerait que ces rues 
fussent tellement disposées qu'elles ne se coupassent qu'en un seul 
point, qu'elles ne se croisassent jamais, il s'ensuivrait toujours qu'il 
y aurait au moins huit cents points d'intersection ; si donc, à chacun de 
ces points, nous gagnons, comme on vient de le prouver, la moitié 
d'une lanterne, le nombre des lampes nécessaires pour éclairer Paris, 
dans notre projet, sera précisément de la moitié des lanternes actuelles , 
moins quatre cents. Notre objet principal étant d'éclairer Paris autant 
qu'il est nécessaire, je suis bien éloigné d'engager à porter si loin cette 
diminution ; je croirais qu'il serait plus à propos de répandre ces quatre 



48 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

cents lanternes dans les quartiers détournés et dans les faubourgs, qui ne 
sont pas suffisamment éclairés, et dans lesquels même il serait difficile 
de gagner une lanterne sur deux, à cause de leur grande distance. Je 
serais même d'avis qu'on en ajoutât deux cents, afin que toute l'étendue 
de la ville fût également éclairée; de sorte qu'en supposant, comme 
nous l'avons fait plus haut, que la quantité des lanternes actuelles fût 
de G, 600, le nombre qu'on y substituerait serait de 3,5oo. 

Nous avons vu, dans la première partie de ce mémoire, que notre 
lampe à trois mèches brûlait, en douze heures, environ 12 onces 
d'huile. Notre lampe elliptique n'en devrait donc, dans la proportion, 
consumer que U ; elle en brûle cependant un peu davantage. Chacune 
des mèches, en effet, dans la première de ces lampes, est composée 
de 96 brins d'un coton très-fin; la mèche qu'on emploie dans la se- 
conde est composée de 108; encore est-elle divisée en trois parties, ce 
qui augmente un peu la consommation de l'huile. 11 résulte de cette 
différence dans la grosseur et dans la disposition des mèches, une 
de ~ dans la consommation; elles brûlent, en douze heures, 5 onces 
d'huile au lieu de h. 

11 ne nous sera pas difficile, d'après ce que je viens d'exposer, de 
connaître la totalité de la dépense annuelle de nos lanternes elliptiques. 
Si chacune d'elles, en effet, consume 5 onces d'huile en douze heures, 
il s'ensuit qu'en quatorze cent neuf heures, temps pendant lequel 
elles sont allumées chaque année, elles consumeront chacune 36 livres 
1 1 onces d'huile, laquelle quantité multipliée par le nombre des lan- 
ternes, c'est-à-dire par 3,5oo, donnera, pour la totalité de la. con- 
sommation annuelle de l'huile, ia8,/io6 livres lx onces, lesquelles 
reviennent, en argent, en supposant l'huile à 5a H io* le cent, à la 
somme de 67,/i 1 3 M 5' 8 d 

Si l'on ajoute, 1" le prix du nettoiement, à raison 
de 5 tt par lanterne, lequel monte à 17,500 « » 

a 0 Les frais d'allumage, à raison de U n 16,000 n n 

A reporter 98,913 5 8 



Digitized by Google 



DES RÉVERBÈRES ELLIPTIQUES. H9 

Report . . 98,913» 5' 8 d 

3° Enfin la dépense de ao tt environ tous les cinq 
ans pour la réargenture, laquelle, répartie sur 
chaque année, montera à 6 tt par lanterne 16,000 » » 

On aura, pour la totalité de la dépense annuelle, 
la somme de 112,913 5 8 

Nous avons vu plus haut, p. i5, que l'entretien 
des lanternes ordinaires montait à la somme de. . . 1 58, 600 « » 

Si donc on ôte de cette dernière somme celle 
que nous avons trouvée précédemment, on aura, 
pour la différence 65,486 16 6 

Tout ce que je pourrais ajouter ici serait de trop : une économie de 
près d'un tiers sur la dépense annuelle fait mieux l'éloge de la lanterne 
que tout ce que je pourrais dire. C'est aux épreuves maintenant à faire 
voir l'accord de l'expérience avec la théorie. Parmi tant d'avantages, 
une seule difficulté pourrait nous arrêter : c'est la cherté exorbitante 
de la construction première. Il est constant qu'il est impossible de se 
procurer ces lanternes à moins de 60" chacune, et il est facile de le 
prouver. Elles pèsent d'abord environ 1 5 livres, lesquelles, à raison de 



i M i3\ valent a6 tt i5* 

Il faut environ six journées d'un homme adroit et intel- 
ligent, tant pour ajuster les pièces et leur donner la cour- 
bure nécessaire que pour les passer au tour, pour cons- 
truire le réservoir, y ajuster les tuyaux, enfin monter toute 
la lanterne, lesquelles journées ne peuvent valoir moins de 

chacune, ci 19 » 

Les frais de charbon nécessaire pour réunir les pièces à 
mesure qu'on les travaille au marteau , et autres consom- 
mations montent environ à 6 H , ci 6 « 

Enfin l'argenture en argent haché ne peut être, avec la 
solidité nécessaire, à moins de 1 8", ci 18 « 

Total " 60 Tb 



50 MÉMOIRES DE LAVOIS1ER. 

Voilà, à peu près, le plus bas prix auquel on puisse porter la cons- 
truction.de ces lanternes, même dans un travail en grand. On se le 
persuadera aisément, puisque je n'y fais entrer précisément que les 
déboursés. 

Nous avons fait voir que le nombre des lanternes était de 3,5oo; la 
somme totale, nécessaire pour la fourniture de Paris, sera donc de 
510,000". Cette dépense, quelque considérable qu'elle soit, ne doit 
point effrayer; il est possible, en effet, d'en diminuer le coût, de la 
rendre moins à charge. Il est des arrangements qu'on peut prendre, 
au moyen desquels cet établissement, si dispendieux au premier coup 
d'œil, sera porté à sa perfection sans aucun déboursé extraordinaire. 
Une personne de solvabilité bien connue, et qui paraîtra lorsqu'il sera 
nécessaire, offre, sous bonne et suffisante caution, de se charger de 
l'entretien des lanternes publiques pendant douze années 1 , moyennant 
qu'on lui délivrera, chaque année, la somme de i58,6oo H , à laquelle 
monte la dépense des lanternes actuelles. Elle s'engage, au moyen de 
cet arrangement, de fournir à ses frais et de ses avances les 3,5oo lan- 
ternes elliptiques nécessaires pour éclairer Paris, de les faire exécuter 
sous ses yeux dans toute la perfection dont elles sont susceptibles, de 
les défrayer pendant les douze années de toutes dépenses, telles que 
fourniture d'huile, nettoiement, allumage; de les rendre, au bout de 
ce temps, en bon état, et même réargentées à neuf s'il est nécessaire. 
Je ne m'étendrai pas davantage sur cette proposition , ce n'est ici ni le 
temps ni le lieu de le faire; il n'en aurait pas même été question dans 
ce mémoire, si je n'avais cru y être obligé pour répondre à l'objection 
qu'on n'aurait pas manqué de faire sur la cherté de ces lanternes. Au 
reste, si ce que j'avance ici parait téméraire, si l'on craint, dans la pra- 
tique, quelques inconvénients qu'on n'aura pas prévus, il est un moyen 
simple : ce que je propose pour le tout , il est facile de l'exécuter en 
partie. Qu'on assigne un quartier : tout ce que j'ai dit plus haut y sera 
aussi bien applicable qu'à la totalité des lanternes. 

1 Si Ton délirait que les lampes brûlassent plus avant dans la nuit , ou bien qu'elles fussent 
alluméet pendant l'été, on sent bien que le» conditions ne pourraient plus être les mêmes. 



Digitized by Google 



DES RÉVERBÈRES ELLIPTIQUES. 61 

Il me reste ù parler, en peu de mots, du service public. L'huile des- 
tinée à éclairer Paris sera placée dans des caves qui seront le dépit 
public. 11 sera à propos qu'il y ait autant de ces dépôts que de quar- 
t" ' L ê I It* I" 1 t I 

modilédes allumeurs. La consommation annuelle de l'huile est, connu, 
on l'a vu plus haut, de t a8,6o6 B ; si donc on suppose qu'il y ait trente 
de ces dépôts, ils auront chacun, l'un portant l'autre, pour la provi- 
sion de chaque année, 6,280 livres d'huile. Chaque allumeur ira tous 
les jours prendre, dans le dépôt public, la quantité d'huile qui lui 
sera nécessaire. Cette quantité sera environ de 4 onces j ou 5 onces 
par lanterne dans les plus longues nuits. En supposant donc que son 
département soit de dou*e , U suffira que le vase dans lequel il doit 
porter l'huile contienne environ 9 pintes de Paris. Le même allumeur 
recevra, dans le dépôt public, des mesures de grandeur convenable, 
suivant la longueur des nuits et les phases de la lune; elles contien- 
dront juste ce que chaque lanterne doit consumer. L'opération, pour 
allumer, consistera à verser i huile dans le réservoir par l'entonnoir // 
(lig. 'Mi), à allumer ensuite le porte-mèche ABE (Rg. 3û), qui doit être 
bien imhibé d'huile, et à le placer, par la porte DD, dans le tuyau Oo, 
destiné a le contenir. Ce service ne saurait se faire avec la célérité né- 
cessaire à moins qu'on n'y emploie trois personnes au lieu des deux 
qui suflisent dans le service actuel. L'une descendrait la lanterne, la 
seconde y verserait l'huile, tandis que la troisième allumerait le porte- 
mèche et le mettrait en place. C'est à cause de celte plus grande com- 
plication dans le service que nous avons compté, ci-dessus, l'allumage 
à raison de ù tt . Ces lanternes seront levées tous les mois, comme il est 
d'usage; elles seront nettoyées avec de la craie très-douce, à laquelle 
même on pourra ajouter un peu d htnle. 

Quelque grands que soient les avantages de celte lanterne, quelle 
que soit l'économie qui en résulte, il est possible encore de la porter 
plus loin que nous u'avons fait dans le calcul précédent. En effet, le 
sphéroïde elliptique, tel que nous l'avons décrit, répand également en 
tout sens la lumière : il forme sur le plan un cercle lumineux d'une 



52 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

étendue très-considérable. Cette disposition , si avantageuse pour les 
carrefours et les rues larges, et en général pour tous les endroits spa- 
cieux, ne l'est pas tant pour les rues étroites. Les rayons qui tombent 
de côté et d'autre sur les maisons sont, la plus grande partie, inutiles; 
ils sont perdus pour la voie publique. Ne serait-il donc pas possible 
de changer la direction de ces rayons, de les répandre d'une manière 
plus avantageuse, de porter en longueur ce qui se perd en largeur? 
Ne pourrait-on pas, au lieu du cercle lumineux qu'ils forment sur le 
terrain, leur faire décrire une ellipse plus ou moins allongée suivant 
les circonstances? Rien n'est plus faede en effet. H ne s'agit que de 
comprimer en un sens notre sphéroïde elliptique, d'en faire un nou- 
veau solide, qui, au lieu d'être composé de tranches circulaires, le 
soit de tranches elliptiques. Qu'on le suspende au milieu d'une rue 
étroite de manière que son plus petit diamètre soit parallèle à la di- 
rection de cette rue ; la plus grande partie des rayons sera portée en 
avant et en arrière, il n'en tombera qu'un petit nombre le long des 
maisons. La voie publique, par ce moyen, recevra une beaucoup plus 
grande quantité de lumière. 

Le prix de ces lanternes sera encore plus considérable que celui des 
précédentes; elles pourront, en récompense, éclairer un espace plus 
considérable. 11 résultera de là un nouveau calcul dont je ne suis pas 
encore en état de rendre compte, ne sachant pas précisément, ni le 
prix des lanternes, ni la distance jusqu'à laquelle elles porteront suf- 
fisamment de lumière. Le temps ne m'a pas permis de faire exécuter 
cette lanterne; elle renferme d'ailleurs, dans sa construction, des dif- 
ficultés assez grandes; j'espère cependant être en état de la présenter 
vers la lin du mois prochain. 

En attendant j'ai joint à ce mémoire le sphéroïde elliptique des 
figures 32 et 33, exécuté dans toutes les proportions qui ont été dé- 
terminées ci-dessus, à l'exception cependant que son excentricité n'est 
que de 5 pouces \. J'ai remis aussi en même temps les deux planches 
de cuivre, exécutées par un ouvrier en instruments de mathématiques, 
qui ont servi de modèle aux chaudronniers. 



Digitized by Google 



DES LANTERNES ELLIPTIQUES À CHANDELLE. 



M 



ARTICLE III. 

DES LANTERNES ELLIPTIQUES À CHANDELLE. 

Quelque avantage qu'il y ait dans l'usage de l'huile, je ne doute pas 
que la chandelle ne lui fût beaucoup préférable pour des lanternes 
publiques. La simplicité du service, la difficulté de la fraude sont des 
avantages inappréciables qui ne se rencontrent pas également dans 
l'huile. Aussi la lanterne elliptique, dont on vient d'avoir la description, 
serait-elle beaucoup préférable s'il était possible d'y appliquer la chan- 
delle. Cependant, quelques efforts que j'aie faits pour y parvenir, ils se 
sont tous rédoits à me prouver que cette application était impraticable; 
il ne sera pas difficile d'en faire sentir la raison : il ne s'agit que de 
jeter les yeux sur la figure 6 a. Soit, en effet, placé le ressort GH dans 
l'axe Ff de l'ellipse MSm, de manière que le milieu de la lumière se 
trouve précisément au foyer supérieur, il est évident que, la tige GH 
ayant au moins 18 à ao pouces, elle descendra beaucoup plus bas que 
le second foyer / du sphéroïde. Les rayons devant donc, après avoir 
été réfléchis par la courbe, se rassembler à ce point /. il est évident 
qu'ils seront tous arrêtés par le corps opaque qu'ils y rencontreront , 
de sorte que le réverbère ne donnera absolument aucune lumière. On 
remédierait bien à cet inconvénient en augmentant prodigieusement 
l'extrémité de la courbe, de manière que les rayons réfléchis se croi- 
sassent sous la tige GH; mais alors on tomberait dans un autre encore 
plus grand : il n'y aurait qu'un petit espace sous la lanterne même qui 
fût suffisamment éclairé; le reste ne recevrait qu'une lumière très- 
faible. On pourrait encore, pour que les rayons pussent se croiser 
librement, incliner le ressort qui contient la chandelle, comme on le 
voit figure Û3; mais alors ce même tuyau, interceptant une partie des 
rayons, occasionnerait toujours une ombre considérable. 

Ayant donc reconnu l'impossibilité de placer la lumière au foyer 
principal F de l'ellipse, et, par conséquent, d'appliquer la chandelle à 



Si MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

la lanterne elliptique qui vient d'être décrite , j'ai pris le parti d'en 
construire une autre, fort différente à la vérité, mais dont le réverbère 
est pareillement une portion d'ellipse. Au lieu de placer la lumière au 
foyer supérieur F (Gg. 44) du sphéroïde, je l'ai placée à l'inférieur/; 
mais alors il était nécessaire de couper la courbe par le plan de son 
paramètre supérieur; autrement, les rayons, après s être croisés au 
point /"', auraient rencontré une seconde fois la courbe; ils n'au- 
raient pas pu, par conséquent, parvenir jusqu'au plan qu'ils devaient 
éclairer. 

Cette façon , la seule dont on puisse appliquer la chandelle au ré- 
verbère elliptique, a bien des inconvénients. Premièrement, la lan- 
terne n'est plus fermée par un simple verre comme la précédente, il 
faut un vase d'une grandeur asses considérable et par conséquent fra- 
gile. Secondement, les rayons devant se croiser au-dessus de la lumière, 
le réverbère sera nécessairement fort éloigné d'elle; son image sera, 
par conséquent, fort peu grossie ou même diminuée. Troisièmement, 
si cette image est diminuée, il s'ensuivra qu'elle ne sera pas assez forte 
pour effacer l'ombre qui se trouve sous la chandelle même; il y restera 
donc une pénombre. Malgré ces défauts, cette lanterne donnerait en- 
core près du double de lumière de celles qui sont actuellement en 
usage. 11 ne sera pas difficile de le sentir, puisque la totalité de la lu- 
mière qu'elle répand est partout égale à la somme des rayons directs 
et des réfléchis, à l'exception seulement du petit espace qui est immé- 
. diatement sous la chandelle. 

Quoi qu'il en soit, si l'on veut exécuter cette lanterne, on fera cons- 
truire un vaisseau conique de îa pouces de diamètre sur une égale 
hauteur. Ce cône est un peu tronqué dans son extrémité; il laisse, par 
ce moyeu, un espace de t pouce T pour introduire le ressort qui doit 
contenir la chandelle. Ce vase est garni , à l'une et à l'autre de ses extré- 
mités, d'un rebord de 4 lignes, tel que nous l'avons déjà vu précédem- 
ment. C'est à la partie supérieure de ce vase que nous placerons le 
réverbère; il ne 6'agit plus que d'en calculer les dimensions. 

Nous avons d'abord, dans la figure 45, 6 pouces pour la valeur de 



Digitized by Google 



DES 'LANTERNES ELLIPTIQUES À CHANDELLE. 55 

1 ordonnée pM, qui termine la portion du sphéroïde qui doit nous servir 
de réverbère. Soit tirée de son extrémité M, et par le point F, la 
ligne MFQ, à l'extrémité Q de l'espace qu'on veut éclairer. La distance 
des lanternes actuelles étant environ de 70 pieds, ou aura KQ= 35 pieds. 
Nous supposerons aussi la hauteur FK de au pieds. D'après cela, si l'on 
veut savoir la distance du point V au foyer F, on fera la proportion 
suivante : KQ:FK:: pM :pF, d'où l'on conclura pF = 3.4a. Les rayons 
devant se croiser au point F, il fallait qu'ils le pussent faire librement 
sans rencontrer la flamme de la chandelle. Pour cela j'ai donné à la 
courbe une excentricité Ff de 6 pouces. Si donc on mène au point M, 
qui appartient à l'ellipse, les lignes FM, JM, leur somme exprimera la 
valeur du grand axe de l'ellipse. Or, dans les triangles rectangles pFM, 
p/M, dont on connaît deux cotés, on trouvera FM= 6.91 et/M=g.lih, 
d'où l'on conclura Ss— 16.66. 

Sur ces dimensions, on fera construire un réverbère elliptique MSm 
en cuivre argenté; on fera, à sa partie supérieure 5, une ouverture 
circulaire de t pouce \ de diamètre, à laquelle on adaptera un tuyau A, 
semblable à celui des lanternes précédentes. On soudera tout autour, 
à la partie inférieure de ce réverbère, une lame de cuivre de 1 pouce | 
environ; elle est représentée par la ligne MX, MX dans la figure 60, 
qui représente la coupe du réverbère. La monture du vase sera préci- 
sément semblable à celle que nous avons vue précédemment dans la 
ligure 5o; le cercle FF ( fi g. 67) aura pareillement à sa circonférence 
trois vis EEE qui entreront dans trois trous pratiqués dans la lame MX 
et qui y seront arrêtées par des écrous. 

Le service de cette lanterne, ainsi aue de toutes celles destinées à 
contenir une chandelle à ressort, se fera avec la plus grande facilité. 
La première opération de l'allumeur consistera à mettre les chandelles 
dans le tuyau. On voit, dans la figure 48, la manière dont on doit s'y 
prendre; il serait difficile autrement qu'une personne seule pût l'exé- 
cuter. On accrochera le hout .1 de la ficelle à un clou B; on tirera en- 
suite le tuyau de fer-blanc RVX avec la main gauche C, afin de bander 
le ressort. 11 sera facile, avec la main droite D, de placer la chandelle FE 



56 MÉMOIRES DE LAVOISIRR. 

dans le tuyau et de le refermer. Cette opération étant faite, on émou- 
chera les chandelles en coupant l'extrémité des mèches avec des ciseaux. 
On les arrangera ensuite dans un panier, et à la chute du jour on les 
ira placer dans les lanternes. Le lendemain, à une heure indiquée, le 
même allumeur ira retirer les ressorts, il les rapportera chez lui pour 
procéder comme la veille. Si ce second voyage paraissait embarrasser, 
on pourrait l'éviter en se munissant de deux ressorts pour chaque lan- 
terne. L'allumeur n'aurait, par conséquent, d'autre opération que de 
substituer le soir l'un à l'autre. 

Celte lanterne, telle qu'on vient de la décrire, et qu'on la voit dans 
la ligure /17, est une des moins chères de toutes celles qu'on a vues 
dans cette seconde partie. Il faut avouer aussi que c'est celle de toutes 
qui donne le moins de lumière, et j'en ai donné déjà les raisons. Je 
pense même, conséquemment à ces raisons, que la figure hyperbo- 
lique est la -plus avantageuse pour les lanternes à chandelle, et l'ellipse, 
au contraire, pour celles où l'on veut employer l'huile. 

TROISIÈME PARTIE 



ARTICLE PREMIER. 

DES LANTERNES APPLIQUÉES CONTRE LES MURAILLES. 

Il entrait sans doute dans le plan de ce mémoire de parler des lan- 
ternes appliquées contre les murailles et d'en donner des exemples. 
Les mêmes raisons que j'ai déjà exposées plus haut ni ayant empêché 
de le faire, je me bornerai, dans cet article, à quelques réflexions 
sommaires sur ce genre de lanternes. 

Les lanternes appliquées ont un avantage singulier, c'est celui de ne 
point embarrasser la voie publique pendant le service; on peut les ac- 
commoder, les allumer, surtout dans les rues larges, pour ainsi dire, 
sans que le public s'en aperçoive. Cet avantage , qui les rend supé- 
rieures aux autres, n'empêche pas qu'elles ne leur soient inférieures à 
beaucoup d'autres égards. 



DKS LANTERNES CONTRE LES MURAILLES. f.7 

Si ces lanternes sont sans réverbère, la plus grande partie des rayons 
tombant sur les murailles y sont absorbés; ils sont perdus pour le plan 
qu'ils auraient dû éclairer; cependant ces mêmes rayons, s'ils n'eussent 
pas été arrêtés, auraient pu encore du coté du mur éclairer un espace 
égal à celui qu'elles éclairent en devant. H est donc évident que, toutes 
choses égales, une lanterne suspendue éclairera toujours un terrain 
double de celle qui sera contre la muraille. 

Cet inconvénient, dira-t-on, ne pourra-t-il pas être levé au moyen 
d'un réverbère qu'on placerait entre le mur et la lumière? Oui, sans 
doute; car alors les rayons qui seraient tombés sur le mur, rencontrant 
la surface de ce réverbère, seront réfléchis, et, se joignant aux rayons 
directs, ils iront accroître d'autant la lumière. Mais comment appliquer 
ces réverbères? quelle figure leur donner? Voilà la difficulté qui nous 
reste. S'ils sont en effet trop près de la lumière, bientôt ils seront noircis 
et ne feront plus leur effet; s'ils en sont éloignés, son image ne sera 
plus grossie, à moins que de donner à ce réverbère une étendue très- 
considérable; d'ailleurs, dans ces deux cas, jls conserveront toujours 
une partie de l'inconvénient que nous leur reprochions tout à l'heure. 
Nous avons vu, dans les articles précédents, en traitant des réverbères 
hyperboliques et elliptiques suspendus, qu'on faisait tourner la courbe 
tout autour de la lumière; dans les réverbères appliqués, au contraire, 
nous ne pourrons employer que la moitié de cette même courbe; nous 
ne tirerons donc de la lumière que la moitié du parti que nous pou- 
vions en tirer. 

11 est cependant un moyen de lever ces difficultés et de faire une 
lanterne appliquée parfaite dans son genre, c'est-à-dire dans laquelle 
les rayons seront employés de la manière la plus avantageuse possible. 
Soit, en effet (fig. 5i), une demi-ellipse SBM, dont les points Ff re- 
présentent les deux foyers : si on la joint, par le sommet 5, avec une 
branche hyperbolique SDN, qui ait en F son foyer commun avec elle , 
il est évident qu'une lumière étant placée à ce point F, partie des rayons 
sera réfléchie par la demi-ellipse SBM, partie par la branche hyperbo- 
lique «S7> Y, les uns et les autres contribueront donc à éclairer leplan/>(>, 

III. H 



i6 MÉMOIRES DK LAVOISIER. 

il recevra, par ce moyen, la plus grande quantité de lumière possible. 
Quelque brillant que soit l'effet de relte lanterne, je ne crois pas 
qu elle soit très-avantageuse dans le service public. Premièrement, elle 
serait trop chère à construire; secondement, il eu faudrait un bien 
grand nombre pour éclairer Paris. 

Les principes que je viens d'établir sur les inconvénients des lan- 
ternes appliquées sont incontestables; ils sont avoués de tout le monde. 
M. Bourgeois môme en a exposé une partie dans un mémoire qu'il a 
rendu public sous la devise : Opus artificem probat. N'a-t-on pas lieu d'être 
surpris, «près cela, que la lanterne qu'il propose rentre précisément 
dans le cas des lanternes appliquées, qu'elle en ait presque tous les 
inconvénients? Je n'entrerai pas ici dans le détail des perfections ou 
des défauts de cette lanterne; je n'examinerai pas si l'on a tiré de sa 
construction tout le parti qu'il était possible; si tous les rayons qui 
parlent de la lumière tournent au profit du plan, s'il n'y en a aucune 
portion de perdue. Ce n'est pas ici l'objet que je me propose : j'attaque 
uniquement le principe sur lequel elle est construite. Je suppose donc 
cette lanterne portée au degré de perfection dont elle est susceptible, 
et je prétends, ainsi qu'il est évident par tout ce qui a été exposé dans 
ce mémoire, que chacune des mèches ne fait que la moitié de son 
effet, autrement dit, qu'on pourrait faire avec une seule, ce que l'on 
fait avec deux. 

Qu'importe, dira-l-ou peut-être, que dans la théorie cette lanterne 
soit la plus parfaite possible, si dans le fait elle éclaire mieux qu'au- 
cune autre? Ce raisonnement, sans doute, est incontestable; mais on 
ne peut nier aussi que dans la comparaison de deux lanternes l'objet 
d'économie ne doive entrer pour beaucoup. Je crois même qu'on peut 
établir en général que la perfection des lanternes est en raison coin- 
posée de la directe de la vivacité de la lumière, et de l'inverse de la 
quantité de matière qu'elles consument. Je suppose donc qu'on veuille 
comparer ensemble la lanterne de M. Bourgeois et la lanterne ellip- 
tique à huile dont on a vu la description plus haut, voici le calcul qu'il 
sera nécessaire de faire : M. Bourgeois, d'après son mémoire ( voy. der- 



DKS LANTERNES CONTRE LES' MUR AILLES. 5<l 

nièrenote, p. i o), emploie, pour éclairer Paris, a,6oo lanternes, les- 
quelles, toutes allumées pendant i a heures, consumeront 1,600 livres 
d'huile, ainsi qu'il résulte de ce qu'il avance lui-même, page 8 du mémo 
mémoire. Au lieu de ce9 a,/ioo lanternes, j'en emploie 3, 5oo. Chacune 
d'elles consumera, en 1 2 heures, environ 5 onces d'huile; elles consu- 
meront donc en total, pendant pareil temps, 1 ,096 livres d'huile, c'est- 
à-dire un tiers de moins que celles de M. Bourgeois. On ne peut donc 
étahlir légitimement de comparaison entre les unes et les autres, qu'au- 
tant qu'on aura fait de deux choses l'une, ou qu'on aura diminué d'un 
tiers les mèches de M. Bourgeois, ou qu'on aura augmenté de pareille 
quantité les miennes. 

Il est aisé de s'apercevoir que j'ai choisi, dans ce calcul, toutes les 
circonstances favorahles à M. Bourgeois; j'y ai supposé, par exemple, 
que toutes ses lanternes étaient à deux mèches; cependant il avoue 
lui-môme qu'elles en auront quelquefois jusqu'à cinq; c'est donc pré- 
cisément la même chose que s'il employait plus de y,/ioo lanternes. 
De plus, la lanterne que j'ai comparée à la sienne est celle que je 
desline à éclairer les carrefours et les endroits spacieux ; c'est donc là 
qu'il aurait fallu l'examiner pour la voir dans tout son avantage. Sup- 
posons, par exemple, qu'on la suspende en un point où ahoutissent 
cinq rues; il suit de ce qui a été dit. plus haut, que l'espace qu'elle 
éclairera sera de 70 pieds -+-5 fois 35 pieds = î>.'L r > pieds, autrement 
dit, qu'elle tiendra lieu de trois lanternes et demie. Qu'on suspende 
une lanterne de M. Bourgeois dans le même endroit, elle éclairera 
un espace de 70 pieds -h 5 fois 70 pieds = ûao pieds; elle tiendra 
donc lieu de six lanternes ; mais elle ne pourra produire cet effet 
qu'en employant cinq mèches; or, en les supposant égales de part, et 
d'autre, puisqu'une seule tient lieu de trois lanternes et demie, cinq 
devraient tenir lieu de dix-sept et demie; l'effet de ma lanterne, dans 
cette circonstance, est donc réellement triple, proportion gardée, de 
la lanterne de M. Bourgeois. 

Suivons encore la comparaison de ces lanternes dans un endroit 
connu de tout le monde. Le puhlic a actuellement sous les yeux six 

S. 



60 MÉMOIRES DE LAYOISIER. 

lanternes de M. Bourgeois qui éclairent le Pont-Neuf. De res six lan- 
ternes, deux ont quatre mèches, deux en ont trois, les deux autres n'en 
ont que deux, re qui fait en tout dix-huit mèches; qu'on suspende à la 
place dix de mes lanternes; je ne doute pas qu'avec dix mèches, elles 
ne fassent un effet heaucoup plus considérable que les autres avec 
dix-huit. Je terminerai ce que j'ai à dire à ce sujet par les réflexions 
suivantes : l'objet qu'on doit se proposer en éclairant une grande ville 
n'est pas d'y suspendre un petit nombre de lanternes qui dépensent 
beaucoup, mais au contraire un grand nombre qui dépensent peu. 
Cette dernière façon, en supposant la dépense égale, est plus avanta- 
geuse a bien des égards. Premièrement, la lumière ne peut être portée 
à une grande dislance qu'autant qu'elle est très-vive et dans une di- 
rection fort oblique par rapport au plan; cette façon d'éclairer est 
désagréable, elle fatigue la vue. Pour peu qu'il se trouve un corps 
intermédiaire qui fasse de l'ombre, les yeux éblouis ne peuvent plus 
rien distinguer. Secondement, s'il arrive, par quelque accident, qu'une 
des lampes s'éteigne, un grand espace se trouve tout d'un coup dans 
Pobscurité. Ces inconvénients sont communs à toutes les lanternes qui 
portent au loin la lumière. La lanterne de M. Bourgeois en a encore 
un qui lui est particulier : c'est la grande proximité de la mèche au ré- 
verbère. S'il arrive, par quelque accident, qu'il soit noirci, la lanterne 
ne donne plus qu'une faible lumière. Cet inconvénient, sans doute, 
n'aura pas lieu tant que l'artiste inventeur aura soin de veiller lui- 
même à l'arrangement des mèches; mais il faut faire attention qu'une 
lanterne publique n'est pas faite pour rester entre les mains d'un ar- 
tiste; elle doit être construite de manière à pouvoir être mise, sans 
inconvénient, entre les mains de gens grossiers. Enfin cette façon d'é- 
clairer fera nécessairement de l'ombre dans les portes, dans les en- 
foncements des maisons et dans les angles des rues; cette ombre sera 
même un inconvénient très-réel, eu égard à l'éblouissement causé par 
le réverbère 1 . 

: Si ln mémoire de M. Bourgeois eùl été - aurait eu de l'indiscrétion de ma part de 
dépwé dans le secreC de l'Académie, il y dire aussi librement ce que je pense au sujet 



Digitized by Google 



MATIERES COMBUSTIBLES, MÈCHES ET SUSPENSOIRS. 61 



ABTICLB II. 

DES MATIÈRES COMBUSTIBLES, DES MÈCHES 
ET DES SUSPENSOIRS. 

Ce que j'ai exposé jusqu'ici, dans ce mémoire, n'embrasse enrôle 
qu'une partie des objets indiqués par le programme de l'Académie. Un 
des principaux concerne les matières combustibles et les mèches : c'est 
aussi celui qui va nous occuper dans cet article. 

De tout temps la construction des lampes a attiré l'attention de- 
hommes. Les artistes les plus célèbres de l'antiquité se sont occupés de 
cet objet, et l'histoire nous a conservé leurs succès. Pausanias, dans son 
Voyage de l'Attique (liv. I, chap. xxvi), parle d'une lampe d'or de la 
construction de Callimaque , qui brillait devant la statue de Vénus dans 
la citadelle d'Athènes. On emplissait cette lampe au commencement de 
chaque année : elle brûlait ensuite nuit et jour, sans qu'il fût besoin 
d'y toucher davantage' jusqu'au commencement de l'année suivante. Ce 
n'est pas ici le lieu de m'étcudre sur la construction de cette lampe : 
il rne suffira de dire que dans le grand nombre d'huiles dont j'ai fait 
l'essai, et dont il sera question ci-après, je n'en ai trouvé aucune qui 
pût brûler plus de quatre-vingts heures de suite, quelle que fût la na- 
ture de la mèche. Il n'est, en effet, aucune huile que je connaisse qui 
ne laisse, en brûlant, un peu de matière charbonneuse. Cette matière, 
qui se trouve déposée dans la mèche, en bouche peu à peu les pores: 
de sorte que l'huile n'y peut plus monter. J'ai vu quelquefois des mèches 
simples, de coton, ainsi obstruées par la matière charbonneuse, deve- 
nir aussi dures que du charbon de bois. Cet inconvénient est commun 
à toutes les mèches et à celles d'amiante comme aux mitres; de sorte 
qu'on ne saurait expliquer la merveilleuse lampe de Callimaque qu'en 

de ta lanterne; mai*, ce mémoire avant été blic. sur lequel il était permis a eliarim de 
imprimé . je l'ai regardé comme un effet pu- douner «es réflexions. 



(52 MÉMOIRES DE LWOISIRR. 

supposant qu'on y employait une matière combustible qui ne produi- 
sait pas de charbon : tel, par exemple, serait l'esprit-de-vin. Quoi qu'il 
en soit, il restera toujours dans l'auteur une difficulté presque insur- 
montable ; eu effet il ajoute, dans le même endroit, qu'au-dessus de 
cette lampe était une grande palme de bronze qui s'élevait jusqu'à la 
voûte et qui dissipait la fumée. Or la fumée d'une lampe, n'est autre 
chose qu'une matière noire, légère, connue sous le nom de noir de 
fumée; autrement dit, c'est une matière charbonneuse, légère, qui est 
emportée par la rapidité du courant d'air; il est donc impossible qu'une 
petite portion ne reste toujours dans la mèche et ne la bouche peu 
à peu. 

Mais, sans nous arrêter à ces prodiges, peut-être fabuleux, de l'anti- 
quité, on trouve dans les chimistes un grand nombre d'expériences 
singulières sur les matières combustibles. Canncparius, celui que je 
sache qui a le plus travaillé sur cette matière, nous a donné, dans son 
traité De \trmnenli* (descriptione prima, cap. xiv et xv), la composition 
d'un grand nombre de chandelles et de matières combustibles, propres 
à être brûlées à la lampe, dont les effets, à l'en croire, sont merveil- 
leux dans l'usage. Le temps, comme je l'ai dit, lie m'ayant pas permis 
de répéter ces expériences, j'ignore absolument ce (pi on en doit at- 
tendre; au reste, elles feront partie du travail que j'ai annoncé sur les 
huiles et sur les matières inflammables. 

Quelle sera cependant l'huile que nous brûlerons dans nos lampes 
en attendant que des expériences suivies aient augmenté nos lumières? 
C'est ce qui sera facile à déterminer, d'après les essais dont je vais 
rendre compte. Je me suis muni d'un nombre suflisant d'étoiles de fer- 
blanc, garnies dans leurs extrémités d'un petit morceau de liège. On voit 
une de ces étoiles représentée dans la figure s3. J'ai disposé, au centre 
de chacune, une mèche de jonc d'égale grosseur, et qui sortait exacte- 
ment de *» lignes au-dessus du petit tuyau qui la contenait. Je les ai 
ensuite placées sur différentes huiles, et, les ayant allumées, j'ai ob- 
servé avec soin le temps que chacune d'elles avait brûlé : j'en ai tenu 
un état exact, tel (pie je le présente ici. 



Digitized by Google 



MATIÈRES COMBUSTIBLES, MÈCHES ET SI SPENSOIRS. 03 



L'huile connue sous le nom d'huile do pied de bœuf a brûlé sans h , ura . 

champignon.. 60 

L'huile d'olive, vendue pour huile à brûler, a duré, en tout • 56 

Elle a brûlé, les ih premières heures, sans champignon; peu 
à peu, ensuite, il s'en était formé un, qui même, à la lin, était 
devenu très-considérable. 

L'huile do Provence, la plus fine et la plus parfaite, a brillé li 

L'huile do poisson a brûlé, en donnant un très-gros champignon. . y 

L'huile de navette a brûlé, sans champignon 5 { 

L'huile de noix, de même sans champignon, a brûlé 5 | 

L'huile de chenevis, de même, a brûlé. ... ; 5 j 

L'huile de lin a 

La mèche, dans ces quatre dernières huiles, était dure et char- 
bonneuse lorsqu'elle s'est éteinte. 



Il résulte de ces expériences, premièrement, que l'huile d'olive et 
l'huile de pied de lxri.it sont les deux seules qu'on puisse employer 
avec succès dans le service public; secondement, que l'huile d'olive ne 
doit pas être employée sans choix; qu'il en est des espèces qui brûlent 
beaucoup mieux les unes que les autres; troisièmement enfin, que 
l'huile d'olive, la meilleure à brûler, n'est pas en même temps la plus 
line et la meilleure à manger. 

On demandera peut-être quelle est la raison d'une si grande va- 
riété, non-seulement dans les différentes huiles, mais encore dans la 
même espèce. Je vais exposer, en peu de mots, les idées que je me 
suis formées à ce sujet; ce que je vais dire pourra servir a donner une 
idée du plan d'expériences que je me propose de suivre. Je conçois 
qu'il existe dans l'olive, ainsi que dans la plupart des graines«et des 
fruits qui donnent une huile par expression, deux êtres tout à fait dis- 
tincts : une partie mucilagineuse et une autre qui est l'huile proprement 
dite. Lorsque, après avoir cueilli les olives, on les porte sur-lcrcharnp 
sous le pressoir, l'huile qu'on en tire entraine avec elle une partie du 
mucilage. C'est de celle union sans doute, du mucilage avec l'huile, que 
résulte cette saveur agréable, cette espèce de parfum qui se fait sentir 
dans h s huiles de première qualité qui nous viennent de Provence; 



MÉMOIRKS F)i; LA YOJStEH. 

cependant celle m^iiie huile, comme nous l'avons déjà dit, n'est pas. 
la meilleure à brûler, et il est facile d'en sentir la raison. On sait que 
dans la distillation le corps miujueux en général souffre une altéra- 
tion prodigieuse; il laisse après lui un résidu charbonneux très-con- 
sidérable, qui est l'ouvrage du feu. Il ne faut donc pas chercher ailleurs 
la cause qui empêche nos huiles liues de brûler longtemps. En effet, 
la partie mucilagineusc qui y est répandue, se détruisant par la com- 
bustion, laisse dans la mèche, précisément comme il arrive dans la dis- 
tillation, un résidu charbonneux qui en bouche peu à peu les pores. 

Si, au contraire, ou laisse ces olives en tas, avant de les exprimer, 
il s'excite en elles une fermentation douce qui détruit le corps mu- 
queux; l'huile, qu'on retire par ce moyen est plus pure, et en même 
temps plus abondante; une partie, en effet, était retenue dans l'olive 
par le mucilage auquel elle était unie. On produit encore à peu près 
le même effet en faisant chauffer les olives. Tout ce que j'avance ici 
aurait besoin d'être confirmé par une analyse exacte, non-seulement 
de l'olive fruit, mais encore de ses différentes parties. En effet, outre 
les deux êtres qui se trouvent dans la pulpe qui enveloppe le noyau , 
ie présumerais qu'il y a dans la peau qui la recouvre une matière 
de la nature des résines 1 . Cette substance peut encore occasionner, 
dans 1rs huiles, des phénomènes singuliers. Ce que je dis ici de l'olive, 
on pourrait le dire de même de la plupart des graines dont on re- 
tire de l'huile; elles contiennent presque toutes une matière mucila- 
gineusc, quelques-unes même une espèce de résine. Je ne m'arrêterai 
pas davantage sur ces différent! objets : il me suffira d'avoir indiqué 
les vu«6 sur lesquelles je pense qu'on peut travailler à perfectionner 
les hiflles. 

Nous avons conclu, des essais précédents, «pie l'huile d'olive et 
celle de pied de bo'iif étaient les deux seules qu'on pouvait employer 
avec succès dans le service public, et que même, eu égard à la du- 
rée, on pouvait choisir indifféremment l'une ou l'autre. Cependant un 

' Celle m.ilière n'est *am doute, autre •mlttlanre moyenne de Bêcher, qui r&ide 
••liose <|ue lu partit» colorante des [liantes . la iinncipaleinent dons lecorce des fruits. 



MATIÈRES COMBUSTIBLES, MÈCHES ET SUSPENSOIRS. 65 

examen plus exact de ces deux huiles me décide en faveur de la pre- 
mière, quoiqu'elle soit un peu plus chère. Premièrement, en effet, 
l'huile de pied de bœuf brûle beaucoup plus vite, je ne sais pas pré- 
cisément jusqu'où va l'excédant de la consommation; je suis persuadé, 
cependant, qu'il approche beaucoup de compenser la différence de 
prix; secondement, cette huile perd sa fluidité à un degré de froid 
beaucoup moins considérable que toutes les autres huiles; ce défaut 
seul la rend impraticable pour la plupart de nos lanternes, notamment 
pour celles de figure elliptique 1 . L'huile d'olive, dira-t-on, participe 
aussi plus ou moins à ce dernier inconvénient. Le degré de froid né- 
cessaire pour la congeler est, à la vérité, plus considérable que celui 
qu'exige l'huile de pied de bœuf; mais enfin ce degré, quel qu'il soit, 
est encore bien inférieur à celui des froids de l'hiver. Cette difficulté 
est très-réelle; il est important de l'éclaircir. Je vais rapporter les ob- 
servations que j'ai faites à ce sujet : on verra qu'il en est de la congé- 
lation des huiles comme de la combustion; elles ne gèlent pas toutes 
au même degré de froid, de même qu'elles ne brûlent pas toutes aussi 
longtemps. 

Il y avait déjà quelque temps que je m'étais aperçu d'une différence 
notable dans la congélation des huiles. Je m'étais muni T l'hiver dernier, 
d une quantité assez considérable d'huile d'olive à brûler, et, l'ayant 
laissée exposée longtemps dans un endroit sans feu, je m'aperçus avec 
élonnement qu'elle n'avait perdu qu'un peu de sa transparence, mais 
qu'elle conservait encore toute sa fluidité. Curieux depuis de savoir 
précisément quel était le degré de congélation des huiles, je résolus 
d'en comparer plusieurs. Je ne rendrai compte ici que des expériences 
faites sur les huiles d'olive, le reste étant peu intéressant pour ce mé- 
moire. J'avais alors entre les mains une huile de Provence très-fine, 
tirée directement du pays. Je m'assurai qu'elle perdait en peu de jours 
sa fluidité dans une atmosphère de 8 ou 9 degrés au-dessus du terme 
de la congélation du thermomètre de M. de Réaumur. L'huile à brûler 

* 

1 Indépendamment de ces inconvénients. brique de celte huile puisse égaler la con- 
il s'en faut bien que la quantité qui se fa- sommation des lanternes de Paris. 

m. g 



66 MÉMOIRES DE LAVQIS1ER. 

dont je viens de parler ayant été, au contraire, exposée pendant six 
heures dans de la glace pilée, mêlée avec du sel marin et entretenue 
toujours de 6 degrés au-dessous de la congélation de l'eau par de 
nouvelles additions de sel, elle ne perdit rien de sa transparence et 
demeura aussi fluide qu'elle l'était auparavant. Celle même huile étant 
ensuite restée, pendant plusieurs jours, dans une atmosphère de a ou 
M degrés au-dessus de la congélation, je m'aperçus qu'au bout du se- 
cond elle n'était plus aussi transparente et qu'elle commençait à s'épais- 
sir; mais ce ne fut que vers le quatrième ou le cinquième qu'elle avait 
perdu toute sa fluidité. 

On peut conclure de ces expériences, premièrement, que ce n'est 
pu tant la vivacité du froid qui fait congeler les huiles que la longue 
continuité de ce même froid; secondement, qu'il est facile de se pro- 
curer des huiles d'olive qui brûlent bien, et qui non-seulement peuvenl 
éprouver pendant plusieurs jours un froid fort approchant de la con- 
gélation sans perdre leur fluidité, mais encore en soutenir un beau- 
coup plus violent pendant plusieurs heures. D'après cela j'avais tout 
lieu d'être tranquille sur cet article. On a vu plus haut, dans la des- 
cription de la lanterne elliptique, représentée fig. 3q et 33, que l'air 
qui environnait le réservoir communiquait avec celui de l'intérieur de 
la lanterne; qu'il était toujours au même degré; or cet air, quel que 
soit le froid, est nécessairement beaucoup au-dessus du terme de la 
congélation de l'eau. On en sera facilement persuadé, si l'on fait atten- 
tion, premièrement, à la chaleur que doit produire la lumière; secon- 
dement, à celle de ses rayons réfléchis. Cette seconde chaleur est si 
considérable que, si on met la main à l'endroit où ils se rassemblent, 
on ne saurait la soutenir sans douleur. 

Il ne suffisait pas de savoir que toutes les huiles ne gelaient pas au 
même degré, il était encore essentiel de chercher à découvrir la raison 
de ce phénomène, afin de pouvoir procéder avec plus de certitude 
dans le choix des huiles. Dans cette vue, j'ai comparé avec soin les 
deux huiles que j'avais mises en expérience, et je me suis aperçu que 
celle qui se congelait avec le plus de difllculté était d'un brun ver- 



Digitized by Google 



MATIÈRES COMBUSTIBLES, MÈCHES ET SUSPENSOIRS. 07 

dàtre, qu'elle n'avait pas cette belle couleur jaune dorée ordinaire à 
l'huile d'olive. Alors je me rappelai ce qui se passait à l'égard de In 
plupart des huiles. Lorsqu'on a tiré, parle pressoir, tout ce qu'il élail 
possible, on fait chauffer le marc dans de grandes chaudières; ou dé- 
truit par là le corps mucilagineux, qui retenait dans le fruit une assez 
grande quantité d'huile. Je m'imaginai qu'il pouvait bien en être de 
même de la fabrication des huiles d'olive, et que l'huile commune que 
j'avais entre les mains était précisément de celte dernière goutte , on 
au moins qu'elle avait été tirée par le feu. J'ai déjà dit, plus haut, que 
je soupçonnais, dans la pellicule qui recouvre l'olive, une matière de 
la nature des résines. Sans doute l'huile échauffée dans la chaudière 
aura dissous cette résine. On sait, en effet, que les huiles par expres- 
sion, lorsqu'elles ont acquis un certain degré de chaleur, sont le dis- 
solvant des résines; elles sont, à leur égard, ce qu'est l'eau pour les 
sels : solution, cristallisation, tout est commun aux unes et aux autres. 
Si donc la solution des sels dans l'eau retarde la congélation, pour- 
quoi n'en serait-il pas de même de la solution des résines dans l'huile? 
N'était-il donc pas naturel de croire que c'était à cette petite portion de 
résine qu'était due la différence de congélation que j'observais dans les 
huiles ? C'était à l'expérience à confirmer ces conjectures. En conséquence 
j'ai fait dissoudre, dans cette même huile qui gelait avec tant de facilité, 
un sixième de son poids de colophane. Lui ayant fait ensuite éprouver, 
pendant six heures, un froid de 6 degrés au-dessous du terme de la 
congélation, elle y a conservé toute sa transparence. J'ai encore exposé 
de l'huile ainsi préparée dans de la glace pilée : elle y est restée pen- 
dant plus de vingt-quatre heures sans éprouver le moindre change- 
ment; ce n'est qu'au bout de trente-six , qu'elle a commencé à s'épaissir, 
et ce n'est que fort longtemps après qu'elle a perdu toute sa fluidité. 

J'ai eu, depuis, occasion de croire que ce n'était pas seulement la 
résine qui retardait la congélation des huiles, mais qu'en général , toutes 
les fois qu'elles avaient été fortement chauffées, elles ne prenaient de 
la concrétion qu'avec beaucoup plus de peine. Ce phénomène, quoique 
difficile à expliquer, s'accorde parfaitement avec l'expérience journa- 



• 

08 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

lière. La plupart des graisses qui onl été liquéfiées ne reprennent ja- 
mais une consistance aussi ferme que celle quelles avaient auparavant. 
Le beurre fondu en est un exemple qu'on a continuellement sous les 
yeux. 

Ces moyens, au surplus, ne sont pas les seuls qu'on puisse em- 
ployer pour retarder la congélation des huiles; on peut encore pro- 
duire le même effet en mêlant avec elles une petite portion d'huile 
essentielle. Celle de térébenthine étant à meilleur marché qu'aucune 
autre, c'est celle aussi que j'ai employée -dans mes expériences; elle a 
rependant un inconvénient très-considérable, c'est de produire de la 
fumée dans la combustion. Ce moyen, d'ailleurs, n'est pas si efficace 
que les précédents. 

Ce n'est guère que pour l'huile d'olive qu'on est obligé de prendre 
tant de précautions; la plupart des autres peuvent éprouver un degré 
de froid très-considérable sans perdre leur fluidité; aussi leur mélange 
avec l'huile d'olive esUil un très-bon correctif; elles lui conservent très- 
longtemps sa fluidité. Le seul embarras est le choix de ces mêmes 
huiles. Presque toutes en effet, en communiquant à l'huile d'olive leur 
résistance au froid, lui communiquent en même temps leurs mauvaises 
qualités. Il en est une cependant, parmi elles, qui peut lui être mé- 
langée à partie égale sans en altérer aucunement la qualité. Elle a 
encore l'avantage d'être beaucoup moins chère qu'elle; de sorte que 
le mélange ne reviendrait pas, à ce que je compte, anuée commune, 
à plus de ko ou Û5 H le cent, tandis que l'huile d'olive ne revient ja- 
mais à moins de 5o ou 5a H 10'. J'ai exposé ces deux huiles mêlées 
ensemble pendant longtemps à un froid beaucoup au-dessous du terme 
de la glace, sans quelles aient paru se disposer aucunement à la con- 
gélation. Comme d est assez difficile de se procurer de cette huile, et 
qu'elle était même rare dans le pays, dans le temps que j'en ai fait ve- 
nir, je n'ai pu m'en procurer une quantité suffisante pour faire des 
expériences suivies. J'ignore même s'd serait facile de s'en procurer une 
assez grande quantité pour l'approvisionnement de Paris. Je ne négli- 
gerai rien pour éclaircirles doutes qui me restent sur ces différents 



Digitized by Google 



MATIÈRES COMBUSTIBLES, MÈCHES ET SUSPENSOIRS. 69 

objets. Je n'entrerai, en attendant, dans aucun autre détail à ce sujet; 
ils seraient absolument inutiles. 

Il me reste encore, pour remplir les différents objets de l'Académie, 
à dire un mot des mèches et des suspensoirs. Ces deux articles exige- 
raient, pour être traités comme ils doivent l'être, un détail assez con- 
sidérable. On trouve dans plusieurs endroits de l'Histoire Naturelle de 
Pline, dans Gaiien,dans Dioscoride, dans Dodoné et dans des auteurs 
plus modernes, des observations très-intéressantes sur les différentes 
matières qu'on peut employer avec avantage pour servir de mèches. 
Parmi celles dont il est question dans ces auteurs, les principales sont 
celles de chanvre, celles d'une espèce de genêt dont les anciens fai- 
saient des cordes, celles de jonc, celles d'éponge , celles de la tige d'une 
espèce de lychnis, celles de papier, celles d'amiante, qui sont aussi 
souvent appelées improprement d'alun de plumet, etc. enfin celles de 
coton. Sans avoir répété les expériences de ces différents auteurs, je 
crois pouvoir assurer qu'aucune ne renferme autant d'avantages que ces 
dernières, je veux dire que celles de coton. Leur lumière est très-vive, 
de plus très-durable. Les mèches de jonc ont à peu près les mêmes 
avantages; mais la facilité avec laquelle elles se cassent les rend beau- 
coup plus embarrassantes dans le service public. C'est donc le coton 
que j'ai employé dans toutes mes lampes, et je me suis même assuré 
que le plus fin était le meilleur. 

Pour ce qui est des suspensoirs , je ne vois aucune raison de changer 
ceux qui sont actuellement en usage : ils n'ont aucun inconvénient 
pour toutes lès lanternes qui sont décrites dans ce mémoire. Si, par 
la suite, j'y en ajoute quelques-unes, soit suspendues, soit appliquées 
contre les murailles qui en exigent un autre, il sera suffisant de le 
décrire alors. 

11 est temps de finir ce mémoire, déjà beaucoup plus long que la 
matière ne semblait le comporter, infiniment plus court qu'il ne fau- 
drait pour la traiter à fond. Sans doute, si les circonstances ne m'eussent 
obligé de m'occuper d'un objet particulier et ne m'eussent limité le 
temps, il aurait été intéressant d'y joindre quelques réflexions sur les 



70 MEMOIRES DE LAVOISIER. 

moyens de construire des lampes économiques plus avantageuses que 
celles qui ont été connues jusqu'ici. J'aurais encore tâché de faire voir 
comment, sur les mêmes principes exposés dans ce mémoire, on pour- 
rait, avec un volume de lumière beaucoup moins considérable , éclairer 
d'une manière plus douce, plus avantageuse et bien moins incommode 
pour le spectateur, nos salles d'assemblées et nos spectacles. Enfin 
j'aurais essayé de faire sentir comment on pouvait appliquer l'usage des 
lampes aux fanaux qui sont allumés la nuit dans les ports de mer, quelle 
serait la figure singulière qu'il faudrait donner aux réverbères, afin que 
la lumière fût employée de la manière la plus avantageuse possible. Le 
sujet que j'ai traité ne pouvait manquer de me l'aire naître un grand 
nombre d'idées sur ces différents sujets; c'est au temps à les mûrir : 
je serai toujours prêt à les rendre publiques sitôt que je pourrai 
sentir que la société en peut retirer quelque avantage. 



Digitized by Google 



SUPPLÉMENT Al) MÉMOIRE PRÉCÉDENT. 7t 



SLPPLÉMEiST 
AU MÉMOIRE PRÉCÉDENT. 

Mon objet n'est point ici de suppléer aux différentes choses qui 
manqueiltau mémoire que j'ai présenté. Il faudrait peut-être, pour y 
parvenir, un volume plus gros que le premier. Je me bornerai simple- 
ment à quelques réflexions, d'abord, sur les corrections qu'on pourrait 
faire aux lanternes que j'ai proposées; secondement, sur l'usage de 
l'huile et de la chandelle. Je dirai également ce qui est pour et contre 
moi; mon objet n'étant que de concourir au bien de la chose, je tâche- 
rai de garder cette impartialité parfaite, si nécessaire à ceux qui s'oc- 
cupent de l'utilité publique. 

On voit, dans la figure 5 du mémoire que j'ai présenté, une lanterne 
simple à huile avec une lampe a trois mèches; on y remarque, à sa 
partie supérieure, un double couvercle destiné à arrêter l'action du 
vent; il est précisément semblable à celui qu'on a coutume d'adapter 
aux lanternes actuellement en usage. Le double couvercle est extrême- 
ment avantageux pour les lanternes à chandelle : il n'ôte précisément 
que la quantité d'air qui aurait pu nuire à la flamme et l 'éteindre; il 
en laisse encore assez pour agiter légèrement la flamme et réduire en 
cendres, parce moyen, la partie superflue de la mèche. Dans les lan- 
ternes à huile, comme la mèche ne s'allonge pas, celte quantité excé- 
dente d'air, destinée à agiter la flamme et à faire tomber le lumignon, 
devient tout à fait inutile. Je pense donc qu'il y aurait de l'avantage à 
substituer à ce couvercle une petite cheminée exécutée en tôle et d'un 
diamètre convenable; la lumière jouirait, par ce moyen, de toute la 
tranquillité nécessaire. 



72 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

Les lanternes elliptiques que j'ai proposées ne sont pas non plus au 
degré de perfection dont elles sont susceptibles, ta lumière, par 
exemple, est extrêmement vive sous la lanterne, même dans l'espace, 
surtout où la lumière directe se joint à la réfléchie, de sorte qu'on y 
peut lire avec facilité les caractères les plus Gns; mais, lorsqu'on s'écarte 
de celte même lanterne, on s'aperçoit bientôt que la lumière décroît, 
et même avec assez de rapidité. On ne peut nier que le peu de hau- 
teur à laquelle ces lanternes ont été élevées n'ait contribué pour beau- 
coup, dans leur exposition, a augmenter ce défaut; mais on ne saurait 
disconvenir en même temps, qu'élevées même autant qu'elles devaient 
l'être, elles n'eussent encore conservé une partie de cet inconvénient. 
Ce défaut n'est pas sans remède ; je vais tâcher de le faire sentir : je 
suppose, par exemple, qu'on diminue l'excentricité du sphéroïde, ou 
bien qu'on augmente ses autres dimensions plus que je ne l'ai fait; il 
en résultera que les rayons réfléchis par la partie supérieure de la 
courbe seront de plus en plus divergente; qu'ils éclaireront un plus 
grand espace ; qu'Us seront plus également répartis. 11 est donc évident 
qu'on peut augmenter à volonté la divergence des rayons, qu'on peut 
par conséquent l'amener au point qu'il n'y ait plus qu'une petite por- 
tion de lumière destinée à éclairer le dessous de la lanterne, tandis 
qu'une très-grande quantité sera portée dans l'extrémité; en sorte que 
le sphéroïde eût précisément le défaut contraire à celui qu'on reproche 
ici. C'est au calcul à nous apprendre quelles doivent être les propor- 
tions d'un sphéroïde tel que les rayons d'une lumière placée à un de 
ses foyers fussent également répartis. Le temps ne me permet pas d'en- 
trer ici dans ce détail; cependant, pour faire mieux sentir les avan- 
tages de cette disposition, supposons que les proportions de ce sphé- 
roïde fussent telles que son excentricité Ff fût de 5 pouces, et son 
second axe de 1 8 : la grandeur A" n de son paramètre serait environ de 
17 pouces. Qu'on élève cette lanterne à une hauteur FD, de 2 5 pieds 
au-dessus du niveau de la rue; il est évident que si du foyer F, où est 
placée la lumière, on tire, par l'extrémité A du paramètre inférieur, 
la ligne FAi? jusqu'à la rencontre du plan, la ligne PB exprimera le 



Digitized by Google 



SUPPLÉMENT AL MÉMOIRE PRÉCÉDENT. TA 

rayon de la base, éclairée par la lumière directe. Si l'on calcule d'après 
les données précédentes la grandeur de ce rayon , on trouvera qu'elle 
est de 6a pieds de sorte qu'indépendamment de la lumière réflé- 
chie l'espace éclairé par la lumière directe sera de 85 pieds. On pourra, 
sur ces mêmes principes, donner quelques perfections de plus aux 
sphéroïdes comprimés dans un sens. Ces corrections, au surplus, ne 
leur sont pas aussi essentielles, la lumière qu'elles donnent étant beau- 
coup moins inégale. 

Je prie donc MM. les commissaires de considérer que rien ne se 
perfectionne qu'à la longue; que la perfection n'est point l'ouvrage de 
quelques mois, mais d'une longue suite d'années. Plus les objets s'écar- 
tent des idées communes, plus ils partagent cet inconvénient. 11 ne doit 
donc pas paraître étonnant que les lanternes que j'ai exposées ne soient 
pas portées au degré auquel elles peuvent arriver. C'est à des hommes 
accoutumés à roir tout en grand, à les juger, non 'pas telles qu'elles 
sont, mais telles qu'elles peuvent être, et c'est aussi, je crois, sous ce 
point de vue qu'on doit considérer les différents projets qui ont été 
proposés : tous peut-être ont des inconvénients; il en est cependant 
plusieurs vraisemblablement parmi eux qui, remaniés par des savants 
illustres, pourront devenir avantageux. 

Il me reste, avant de finir ce supplément, à joindre ici quelques 
réflexions sur l'usage de l'huile et de la chandelle. Plus j'ai réfléchi, 
plus j'ai examiné, plus j'ai trouvé dans l'huile d'embarras et de dif- 
ficultés. Son service demande , dans les allumeurs, sinon de l'adresse, 
au moins de l'attention et de la probité. Je veux bien accorder qu'avec 
beaucoup de précautions dans le choix on puisse parvenir à rassem- 
bler ces qualités dans le plus grand nombre ; toujours est-il certain 
qu'on ne le pourra pas dans tous. 11 arrivera donc de fréquentes infi- 
délités, et la fraude, n'étant plus apparente, sera dès lors regardée 
comme permise par les gens chargés du service. Indépendamment de 
ces difficultés, quel temps pour arranger les mèches! quel embarras 
pour transporter les lampes, surtout dans les quartiers les plus fré- 
quentés de la ville, dans les environs des spectacles! Un carrosse a-t-il 

m. I0 



74 MÉMOIRES DE LAVOIS1ER. 

accroché l'allumeur, a-Uil renversé le panier? Voilà tout d'un coup un 
quartier plongé dans une obscurité totale ; à peine en deux heures 
pourra-t-on parvenir à réparer le dommage. Cette difficulté n'existe 
pas, il est vrai, dans les lanternes elliptiques que j'ai proposées; mais, 
du reste, elle est commune à toutes les autres lanternes à huile. 

La chandelle, il est vrai, n'a presque aucun de ces inconvénients; 
son service est simple et facile, et partout la fraude est en évidence ; 
elle en a un autre, en récompense, qui peut-être équivaut à tous : c'est 
celui d'éclairer très-peu. Qu'on compare, en effet, la lumière des lan- 
ternes actuelles avec celle de la plupart des lampes qui ont été expo- 
sées, surtout celles à réverbère; on ne saurait disconvenir que celle 
de ces dernières ne soit incomparablement plus forte. 

La question de savoir si l'huile doit être absolument proscrite, et si 
l'on doit lui préférer la chandelle, se réduit donc à examiner si l'usage 
des lampes, surtout des lampes à réverbère, est absolument imprati- 
cable. Sans entrer dans un détad de raisons qui nous mènerait trop 
loin, j'avouerai que je doute fort que le service de l'huile puisse jamais 
s'exécuter en régie comme celui de la chandelle, il ne peut réussir 
qu'entre les mains d'un homme intéressé lui-même au succès. Une 
entreprise générale de la totalité de la ville deviendrait uniquement 
une affaire de finance, et par conséquent de faveur; elle ôterait d'ail- 
leurs cet esprit d'émulation qui doit animer les artistes et qui porte 
peu à peu la perfection dans leurs ouvrages. Je serais donc d'avis 
qu'au lieu d'une entreprise générale on en introduisit un grand nombre 
de particulières. On prolongerait par ce moyen, pendant plusieurs an- 
nées, cette concurrence qu'on a eu l'art d'établir entre les artistes. 
Plusieurs des lanternes qui ont été présentées pourront être, à la ri- 
gueur, employées dans le service public; l'Académie en approuverait 
un certain nombre en y faisant, toutefois, les changements qu'elle ju- 
gerait nécessaires. Il serait ensuite libre à tout artiste, à tout ouvrier 
d'adopter une de ces lanternes, d'en faire construire un certain nombre 
et d'entreprendre l'illumination d'un quartier sous telles conditions qu'il 
appartiendrait. Quelques exemples rendront ceci plus sensible. 



Digitized by Googl 



SUPPLÉMENT AU MÉMOIRE PKÉCÉDENT. 75 

Tout le monde convient que le Pont-Neuf est suffisamment éclairé 
depuis que M. Bourgeois y a exposé de nouvelles lanternes, et cela est 
constant, au moins pour la partie la plus courte de ce pont; quel in- 
convénient trouverait-on à proposer à M. Bourgeois, pour une ou deux 
années, l'entreprise de l'illumination de ce même pont et même d'une 
portion des quais adjacents? Si la somme qu'il exigerait pour le loyer 
de ses lanternes, pour leur nettoiement et leur entretien, pour la four- 
niture de l'huile et pour tous les autres frais relatifs, se trouvait à peu 
près égale à la dépense actuelle, quelle difficulté y aurait-il à conclure 
le marché? Si, les deux années révolues, les inconvénients se trouvaient 
trop considérables, il serait d'autant plus facile de revenir aux lan- 
ternes anciennes, ou de leur en substituer de nouvelles, qu'on n'au- 
rait pas fait plus de dépense que si toutes choses étaient demeurées 
dans le même état. 

Ce que je dis des lanternes de M. Bourgeois, on pourrait le dire de 
même de celles qui ont été exposées dernièrement dans la rue de Ri- 
chelieu, de quelques-unes des lanternes appliquées, etc. et en général 
de toutes celles qui auraient été approuvées, comme je l'ai dit, de 
l'Académie, en y faisant les changements nécessaires. Il résulterait de 
cette nouvelle concurrence une émulation dans les artistes qui tour- 
nerait nécessairement à l'avantage du public. 

On ne manquera pas de m'objecter que les lanternes que je cite et 
que je suppose pouvoir être approuvées par l'Académie ont au con- 
traire, la plupart, un grand nombre de défauts qui les rendent impra- 
ticables. Je conviens que presque toutes ont de grauds inconvénients; 
maissonUils sans remède, et n'est-il pas possible au moins de les di- 
minuer? C'est ce qu'on peut examiner, et, pour ne pas changer d'objet, 
prenons encore pour exemple la lanterne de M. Bourgeois. Un des 
défauts qu'on lui reproche est la grande obliquité de la lumière par 
rapport au plan. Il en résulte des ombres d'une très-grande étendue; 
en sorte que, s'il passe une voiture, tout l'espace qui est devant ou 
derrière elle, suivant sa position par rapport à la lumière, se trouve 
dans une obscurité totale. Il me semble qu'il serait possible de dimi- 



76 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

nuer de beaucoup la longueur de ces ombres, premièrement, en éle- 
vant beaucoup la lanterne; secondement, en en supprimant seulement 
deux sur trois, au lieu de trois sur quatre, comme on le propose. Un 
second inconvénient est l'éblouissement causé par le réverbère. Je n'en- 
trerai pas ici dans le détail des effets physiques de cet éblouissement ; 
il me suffira de dire qu'il n'est pas non plus impossible de remédier 
en grande partie à ce défaut. Si, par exemple, au lieu d'argenter le 
miroir en argent vif, on l'argentait en argent mat, c'est-à-dire qui n'ait 
pas reçu le bruni, cette lumière si fatigante deviendrait beaucoup 
plus douce et beaucoup plus agréable; elle serait, il est vrai, un peu 
plus faible, mais on regagnerait cette diminution en supprimant, 
romme je l'ai dit, un moindre nombre de lanternes. On observe encore 
que dans les temps de vent, lorsque la lumière est agitée, le réverbère 
s'enfume peu à peu et ne donne plus qu'une faible lumière. On pourrait 
encore prévenir cet accident en éloignant un peu le réverbère. Il fau- 
drait alors en même temps en augmenter un peu la grandeur, afin 
qu'il pût réfléchir une égaie portion de lumière. Ce que je viens d'ex- 
poser su Ait pour donner une idée de la manière dont on pourrait s'y 
prendre, soit par rapport à la lanteVne de M. Bourgeois, soit par rap- 
port aux autres. 

Si, malgré ces réflexions, l'usage de l'huile et des lampes à réver- 
bère parait impraticable, il ne restera plus d'autre moyen de bien 
éclairer la ville qu'en mulliplant le nombre des lanternes. Si même on 
les mettait bien fréquentes, il en résulterait un grand avantage : c'est 
que la lumière de chacune d'elles effacerait en partie l'ombre des 
plombs de la voisine. Le projet de mettre deux chandelles dans une 
même lanterne est bien ingénieux; mais il est extrêmement dispendieux. 
Il ne faut pas croire, en effet, qu'une de ces lanternes puisse tenir lieu 
de deux. H s'en faut bien qu'on puisse faire une suppression si consi- 
dérable, et cela est démontré. L'intensité de la lumière décroit, comme 
on sait, en raison inverse du carré de la distance; d'où il suit qu'en 
supprimant la moitié des lanternes, ou ce qui revient au même en les 
éloignant du double, la lumière sera quatre fois moindre dans les ex- 



SUPPLÉMENT AU MÉMOIRE PRÉCÉDENT. 77 

trémités; mais par l'addition d'une chandelle on ne fait que doubler 
le volume de la lumière ; il est donc évident que des lanternes ainsi 
disposées ne donneraient, dans leur extrémité, que la moitié de la lu- 
mière qu'on obtient dans la disposition actuelle. 

De telle façon, au surplus, qu'on se détermine sur la disposition 
des lanternes en y employant la chandelle, il en résultera, pour les 
chimistes, un nouveau genre d'expériences à suivre. Celui que j'ai in- 
diqué dans mon mémoire ne regarde que les huiles; celui-ci serait 
fort différent; je vais essa-yer d'en donner une légère idée. Lorsqu'on 
distille les beurres et les graisses solides on en tire une huile Guide et 
une matière saline quelconque, soit acide, soit alcaline. C'était donc de 
l'union de la matière saline avec l'huile que résultait la solidité. Puis- 
qu'il parait qu'on sait la cause de la solidité des graisses, puisqu'il est 
même possible de les faire passer de l'état de solide à celui de fluide, 
pourquoi ne tenterait-on pas sur les mêmes principes de les faire pas- 
ser de l'état de fluidité à celui de solidité? La chimie nous fournit déjà 
des exemples capables de nous enhardir. L'acide nitreux, par exemple, 
combiné avec une huile essentielle, forme une résine bien solide; des 
expériences multipliées de ce genre pourraient peut-être conduire à des 
découvertes utiles et dont la société pourrait retirer quelque avantage. 

J'aurais été charmé de joindre à ce supplément quelques réflexions 
sur les lanternes appliquées contre les murailles. Ce que j'ai dit sur 
cet objet dans mon mémoire n'est pas exactement juste. Il serait pos- 
sible de faire voir d'une manière démonstrative, par le calcul, quel est 
précisément leur avantage et leur désavantage. Le temps ne me per- 
mettant pas maintenant d'entrer dans ce détail, je me contenterai de 
dire, contre ce que j'ai avancé dans mon mémoire, que je crois les 
lanternes appliquées plus économiques peut-être, et plus avantageuses 
que celles qui sont suspendues. 



Digitized by GoQgle 



RAPPORT DE L'INTENSITÉ A LA CONSOMMATION. 79 



EXPÉRIENCES PHYSIQUES 

DiNS LESQUELLES ON A TACHÉ D'ÉTABLI H 

LE RAPPORT DE L'INTENSITÉ DE LA LUMIÈRE A LA CONSOMMATION 
DA«S LES DIFFÉRENTES FAÇONS D'ÉCLAIRER. 



Lobjet des expériences dont je vais rendre compte est de comparer 
entre elles les différentes espèces de lumières, d'examiner ce qui ré- 
sulte des différentes positions des mèches et des réservoirs; enfin, de 
déterminer dans tous les cas quel est le rapport de la lumière à la con- 
sommation. On verra , par la suite de ce mémoire, combien, ce rapport 
étant donné, il sera facile de résoudre d'une manière sûre toules les 
questions qu'on peut proposer, non-seulement sur l'illumination pu- 
blique, mais encore sur l'économie domestique. Les expériences que 
je vais exposer ne sont pas, à beaucoup près, aussi complètes que je 
l'aurais désiré; on aurait pu les étendre à un grand nombre d'objets 
auxquels je ne les ai pas appliquées; on aurait pu en tirer beaucoup 
plus de conséquences que je n'ai fait. Le temps ne me Ta pas permis, 
et je me suis vu dans la nécessité de remettre à d'autres instants ce qui 
manque à ce travail. 

l>es moyens que j'ai employés dans la comparaison des lumières 
sont précisément ceux dont M. Bourgeois avait fait usage avant moi. 
On peut voir, page 9 de son Traité d'Optique (éd. in-6°, 1 760), la des- 
cription d'un appareil très-simple et très-ingénieux, à l'aide duquel 
son savant inventeur est parvenu à de singulières découvertes. Le 
nombre d'observations que j'avais à faire étant très-considérable, il 
était impossible que je pusse comparer à la fois toutes les lumières qui 



80 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

devaient être l'objet de mes expériences; il était donc nécessaire de 
chercher un point fixe, un terme de comparaison sûr qui pût me servir 
comme d'une mesure dans toutes mes expériences. Xa bougie m'a paru . 
d'après M. Bourgeois, remplir assez bien ces vues;*je me suis muni, en 
conséquence, d'une suffisante quantité d'excellentes bougies du Mans, 
des cinq à la livre, de la manufacture de M. Charles Orry 1 . Ce sont 
deux de ces bougies qui m'ont servi de terme de comparaison dans mes 
expériences. J'avais toujours soin de moucher la mèche à 5 lignes de 
noir dans le moment de l'observation, et j'ai eu lieu de croire, par 
l'exactitude de mes résultats, qu'avec ces précautions leur lumière avait 
toujours été fort égale. J'ai supposé la lumière de ces deux bougies, 
qui m'a servi de mesure commune, composée de mille parties. Ce sont 
de ces parties qu'il sera toujours question toutes les fois qu'il s'agira 
de mesurer la lumière. 

Il n'est pas nécessaire d'avoir recours aux expériences pour s'aper- 
cevoir du peu d'égalité de la lumière d'une chandelle. On ne la voit 
jamais la même pendant deux instants de suite. Pour peu que la mèche 
s'allonge, qu'elle s'épanche, ou que, la flamme étant agitée par le vent, 
elle se réduise en cendre, la lumière croît ou diminue. Si le coup d'œil 
sullil pour nous avertir de celte différence, il ne suffit pas de même 
pour nous donner une juste idée de sa quantité précise. Pour la con- 
naître avec exactitude, j'ai mis en expérience, en différents temps, un 
certain nombre de chandelles des quatre à la livre ; je les mouchais à 
A ligues de noir, et j'observais qu'alors elles donnaient 660 à 680 par- 
ties de lumière; lorsque ensuite la mèche était parvenue à 5 lignes, 
elles en donnaient quelquefois jusqu'à 5 10; que cette même lumière 
commençait alors à décroître jusqu'à ce que, la mèche ayant acquis 
i3 lignes de longueur, elle ne donnait plus que 58 parties de lumière; 
j'ai même vu plusieurs fois des chandelles oû il s'était formé un cham- 
pignon assez considérable, et qui ne donnaient plus alors que 3o parties 
de lumière. On peut voir un détail exact de la dégradation qui s'ob- 

1 C'est h dessein que j'entre «tans ces dé- nuueiu. Lorsqu'il s'agit d'expériences . on ne 
taib . qui pourraient peut-être paraître mi- saurait trop bien convenir de ses faits. 



Digitized by GoogI 



ItAI'POHT DE L'INTENSITÉ À LA CONSOMMATION. H\ 

serve dans une chandelle, en raison de la longueur de la mèche. 
(Table K n° a.) 

Il ne s'agissait pas tant de connaître la diminution de la lumière re- 
lative à la longueur de la mèche, que de chercher Pétai moyen île cette 
même lumière, tel qu'il existe le plus communément dans les rues de 

l'aris. (le n'était qu'après lin grand nombre d'observations que je pou- 
vais parvenir à fixer ce terme. J'ai cru, en conséquence, que pour pro- 
céder ave* [dus de certitude, pour prendre des idées plus justes, il 
(allait chercher d'abord la quantité de lumière donnée par une rhan- 
deHfl dans Ions les différents états possibles, et cela non-seulement sur 
uni' seuli- espèce de chandelles, mais sur toutes celles qu'on emploie 
dans le service public. Il serait trop long d'entrer dans le détail de ces 
expériences; on peut, en voir le résultat dans les colonnes a. 3 et fi dis 
expériences faites sur les cbandelles. (Table I"", n° i.) J'ai cru, d'après 
les observations qu'on y trouve, et un grand nombre d'autres sur les 
chandeflet non mouchées, pouvoir fixer à >.îu> parties l'intensité 
moyenne de la lumière d'une chandelle des quatre exposée dans la 
rue, a ao6 celle d'une chandelle des six , et à 1 85 celle d'une chandelle 

des huit. 

On vient de voir combien il était difficile de trouver, dans la chan- 
delle, un point fixe d'où je pusse partir dans les comparaisons que je 
me proposais. Il en est à peu près de même de sa consommation: un 
grand nombre de circonstances peuvent concourir a la retarder ou 
bien à l'accélérer, et la différence qui en résulte est très-considérable. 
On s'imaginerait d'abord que la consommation d'une chandelle que I on 
a soin de moucher est beaucoup plus considérable que celle d'une chan- 
delle abandonnée à elle-même. Je m'attendais, moi-même, à trouver 
une différence à peu près proportionnelle à celle de la lumière. Lex 
pérîence n'a pas confirmé cette conjecture : elle m'a appris, au con- 
traire, que (dus une chandelle était mouchée souvent, plus elle durait 
longtemps, en supposant toutefois qu'on ne la mouche pas assez court 
pour la faire couler. On peut voir, dans la première culmine des expé- 
riences sur les chandelles (table l n '. n n i ). la différence de durée qui en 
m 1 1 



s_- MÉMOIRES DE LANOISlElt. 

résulte; elle serait eucore plus grande si j avais eu soin de la moucher 
plus souvent; mais j'avouerai que, m 'occupant en même temps d'autres 
rhoses, il m'ai rivait quelquefois de lea oublier. 

On peut établir pour principe général qu'une lumière quelconque, 
soit lampe, soit chandelle, est en raison composée de la directe de l'in- 
tensité de sa lumière et de l'inverse de sa consommation ; d'où il suit 
que, si l'on divise dans chacune des façons d'éclairer l'intensité dp la 
lumière par la consommation, on aura, en supposant qu'on se suit 
toujours servi d une mesure commune, une suite de nombres qui ex- 
primeront la valeur réelle, le degré de perfectionnement de chaque 
••spèce de lumière. J'ai déjà déterminé l'échelle dout je m'étais servi 
pour mesurer la lumière. Convenons de même d'une mesure pour la 
consommation. L'argent monnayé étant la représentation commune de 
tous les effets du commerce, j'ai cru que c'était lui qu'il était à propos 
de choisir; j'exprimerai en conséquence la consommation d'une lumière 
quelconque par le nombre de deniers qu'elle dépenserait en i a heures, 
en la supposant toujours uniforme. On trouvera sur ce principe Xh.'.i 
pour I expression de la consommation des chandelles des quatre à la 
livre, 3o.o pour l'expression de la consommation de9six, et U7.7 pour 
celle des huit, en supposant le suif à 1 o sous la livre. Si donc on divise 
par ces quantités l'intensité moyenne de la lumière dans ces trois es- 
pèces de chandelles, le nombre qui en résultera sera l'expression de 
leur valeur réelle. On peut voir ce nombre dans la dernière colonne 
des expériences faites sur les chandelles (table I", n° 1) : on trouvera 
qu'il est environ de 7 en prenant un milieu entre le résultat des trois 
espèces de chandelle. 

Il suit de ce qui vient d'être exposé qu'étant donné de deux choses 
lune, l'intensité delà lumière, ou bien la consommation, il sera tou- 
jours facile de conclure la seconde. Soit demandé, par exemple, quelh- 
sera la consommation d'une chandelle, telle que sa lumière moyenne, 
sans être mouchée, soit égale à celle d'une bougie, soit de 5oo parties; 

dans l'équation générale r( ~^^- n = 7 . un trouvera, en faisant les 



Dig 



KAI'POHT DE L'INTENSITÉ \ l.\ CONSOMM \TION. 83 

opérations nécessaires : consommation — : '-_ K> 7 1. h, c- est-à-dire que. si 
on construit une chandelle dont la mèche et le suif soient tellement 
proportionnés qu'elle dépense 6 sous en tu heures, elle résoudra le 
problème; elle donnera une lumière moyenne égale à celle d'une hon- 
nie. Il ne sera pas plus difficile, étant donnée la consommation, de 
trouver l'intensité. On pourra faire toutes les mêmes opérations sur les 
chandelles mouchées, en substituant au nombre de 7 celui de 1 6. qui 
résulte du rapport de leur lumière à leur consommation. 

Il ne s'agit plus que de faire pour l'huile ce que nous avons fait 
pour le suif; de chercher quel est, suivant la différente disposition des 
mèches, le rapport de la lumière à la consommation. Il sera, d'après 
cela, facile de porter un jugement exact sur toutes les espèces de lan- 
ternes sans réverbère; on pourra, sans sortir de son cabinet, être sui- 
de leur effet; il ne s'agira que de peser avec soin la quantité d'huile 
qu'elles consomment en quelques heures: on pourra, d'après cela, 
conclure l'intensité de leur lumière. 



■ 1 . 



MÉMOIRES DE LAVOISIER. 



DÉCISION DE L'ACADÉMIE 



AU SUJET DU MEMOIRE DE M. LAVOISIEB 



LES DIFFÉRENTS MOYENS QU'ON PEUT EMPLOYER 
POUR ÉCLAIRER UNE GRANDE VILLE. 



L'Académie avait proposé, on 176Î1, un prix extraordinaire dont le sujet était : 

ensemble la clarté, la facilité du mvke tt f économie. 

Elle annonça, l'aimée dernière, que ce prix, proposé par M. de Sarliues, con- 
*eiller d'élal et lieutenant général de police, serait remis à relie année aver un prix 
double, c'est-à-dire de a.ooo". 

Aucune des pièces qui avaient été envoyées pour concourir à ce prix n'ayant 
offert des moyens généralement applicables, et qui ne fussent sujet* à quelques 
inconvénients, l'Académie a cru devoir les distinguer en deux cl.is.ses : les unes 
remplies de discussions physiques et mathématiques, qui conduisent à différent* 
moyens utiles, dont elles exposent les avantages et les inconvénients; les autres 
contenant des tentatives variées et des épreuves assez longtemps continuées pour 
mettre le public en état de comparer les différents moyens d'éclairer Paris dont 
ou pourra faire usage. 

Dans ces circonstances, et de concert avec M. le lieutenant général de police, 
l'Académie a cru devoir convertir, en faveur de ceux de cette dernière classe, le prix 
de a,ooo" en trois gratifications, qui ont été accordées aux sieurs Bailly, Bourgeois 
et Leroy, et distinguer, dans les mémoires de la première classe, la pièce u" 3f». 
qui a pour devise, Signabitqur viam fiammit , dont l'auteur est M. Lavoisier. L'Aca- 



démie a résolu de publier cette pièce, et M. de Sartines a engagé le roi h gratifier 
M. Lavoisier d'une médaille d'or, qui lui a été remise par M. le président , dans l'As- 
semblée publique du 9 avril de celle année, 1766. (Extrait de Vllittoire Je t Aca- 
démie royale dru science», 1 7O6, p. lGô.) 




PROJET DE RAPPOItT. 



85 



RAPPORT 

nâfuà 

PAR LES ORDRES DE L'ACADÉMIE '. 



Nous, commissaires nommés par l'Académie, avons examiné des lanternes pré- 
sentées par M. Du Fourny de Villiers, avec un mémoire en forme d'extrait conte- 
nant quelques détails sur l'illumination d'une grande ville en général et de Paris 
en particulier. 

Un réverbère n'est autre chose qu'un miroir quelconque métallique ou autre, 
disposé de manière à réfléchir la lumière qui, sans lui, aurait été perdue, et à 1h 
porter vers le plan, ou, en général, vers les objets qu'on veut éclairer. La plus par 
laite des lanternes à réverbère sera donc celle dans laquelle tous les rayons qui 
partiront du corps éclairant tourneront au profit de l'objet a éclairer sans qu'il \ 
en ait aucun qui se dissipe ou qui se porte vers un autre, ou , ce qui revient encore 
au même, le réverbère le plus parfait possible sera celui dont la disposition sera 
telle qu'une ligne droite étant tirée du corps éclairant dans telle direction qu'on 
voudra, elle parvienne toujours au plan, soit directement, soit après la réflexion. 

Dans la plupart des lanternes qui ont été proposées, et notamment dans celles 
qui servent maintenant à éclairer les rues de Paris, il y a une portion assez consi- 
dérable de lumière absolument perdue : telle est celle, par exemple, qui se porte 
vers le ciel; telle est aussi celle qui, est réfléchie horizontalement ou presque hori- 
zontalement par le réverbère. Cette dernière, en effet, ne renroutre pas le plan de 
la chaussée, ou du moins elle le rencontre trop loin pour l'éclairer sullisammenl. 
Ces rayons horizontaux ont d'ailleurs un autre inconvénient : ils causent à l'œil une 
impression trop vive qui le fatigue, et comme ils frappent perpendiculairement 
le fond de la rétine, tandis que les objets environnants n'en sont frappés qu'obli 
queinent, il en résulte que les objets sont beauroup moins éclairés que l'œil, et 
que, par conséquent, les rayons qui sont réfléchis de ces objets vers l'œil n'y font 
qu'une impression très-faible eu comparaison de ceux qui vienuenl directement du 
réverbère; c'est ce que le public enteud implicitement lorsqu'il dit que les réver- 
neres rotoiuttrni, 

1 LaToisi*ra»ail conservé ce document comme dent; le* considérations quil dé\eloppc n'ont rien 
.uoo sorte tle complément aux travaux qui prM- perdu de leur intérêt. ( Kot, 4* rèàiinr.) 



se, 



MEMOIRES f)E LAVOISIRIÎ 



M. Du Fourny a pensé qu'on pouvait remédier à ces différents inconvénients 
par des réverbères d'une construction tout à fait différente de ceux qui avaient été 
employés avant lui ; nous allons essayer d'en donner une idée en peu de mots. 

Lu premier qu'il a fait exécuter consistait en deux portions de cônes paraboliques 
tronqués obliquement au sommet, et réunis ensemble de manière que leur foyer 
lût commun; l'axe de chacun de ces deux cônes Tonnait avec l'horixon un angle de 
."» degrés, et ils formaient ensemble, parleur réunion au foyer commun, un angle 
■le i 70 degrés; une seule mèche était placée dans le foyer commun, et ia lumière 
directe qui en parlait, jointe à la lumière réfléchie par chacun des réverbères, 
éclairait à la fois les deux cotés de la rue. Si le réservoir destiné à contenir l'huile 
eût été placé sous la mèche même, il aurait occasionné un cône d'ombre considé- 
rable au-dessous de la lanterne; pour y remédier, M. Du Fourny a placé le réser- 
voir sur le côté du réverbère; l'huile se fournit à la mèche par un tuyau de com- 
munication et la baigne toujours à la même hauteur par le mécanisme ordinaire de 
la lampe de Cardan appelée ordinairement Lmpr à pompe. 

Vous ne nous arrêterons pas à faire sentir les défauts de ce premier réverbère. 
M supposant, comme on l'annonce, qu'il fût régulièrement parabolique. M. Du 
Fourny les a reconnus lui-même et les a corrigés, ainsi que nous ne tarderons pas à 
eu rendre compte; nous nous contenterons de dire ici que la ligure parabolique 
nous parait une des moins propres à servir de réverbère ; on sait en effet que c'est 
une propriété de cette courbe de réfléchir parallèlement à son axe tous les rayons 
qui sont partis de son foyer; or, ces rayons étant parallèles entre eux, ils ne 
peuvent éclairer qu'un petit espace, tandis que le reste demeure dans l'obscurité, 
ce qui est directement contraire à l'objet qu'on se propose dans l'illuminalioD des 
rues d'une grande ville. On peut rendre, il est vrai, les rayons de la courbe di- 
vergente entre eux en plaçant le eoqw éclairant entre le foyer et le sommet de la 
courbe, ou bien entre ce même foyer et l'extrémité du paramètre opposé à celle où 
l'on veut porter la lumière. C'était de ces deux moyens réunis sans doute que M. Du 
Fourny avait fait emploi pour donner aux rayons de sa première lanterne la diver- 
gence convenable; mais il en résultait toujours un grand inconvénient, c'est que 
la lumière était très-inégalement répartie; de sorte que des endroits se trouvaient 
vivement frappés de lumière, tandis que d'autres n'étaient que médiocrement 
éclairés. 

M. Du Fourny a pensé qu'on pouvait corriger les défauts de ce premier essai en 
substituant au cône parabolique une outre courbe mécanique. Il ne suffisait pas 
que celte courbe fût construite de manière à réfléchir une égale portion de lumière 
dans tous les points de l'espace à éclairer. Celte disposition n'aurait pas, à beau- 
coup près, rempli l'objet que l'auteur se proposait; la lumière ne peut donc être 
égale dans tous les points de l'espace à éclairer, qu'autant que la courbe qui doit . 



Digitized by Googl 



PROJET DE RAPPORT. 



87 



servir de réverbère aura la propriété de restituer la lumière, c'est-à-dire qu'autant 
que la quantité de lumière renvoyée par le réverbère à chaque point de l'espace à 
éclairer croîtra proportionnellement au carré de la distance. 

Sur ce principe, M. Du Fourny a construit un nouveau réverbère beaucoup su- 
périeur au premier; il a calculé séparément, par la trigonométrie , les différentes 
portions de courbe qui devaient lui servir d'éléments, qui devaient en quelque 
façon en constituer la charpente. 11 est parvenu à former un solide dont la surface 
remplissait à peu près l'objet qu'il s'était proposé. L'auteur n'entre dans aucun dé- 
tail sur la marche qu'il a suivie dans ses calculs. Il renvoie, pour cet objet, à un 
ouvrage considérable qu'il annonce, et dont le mémoire qu'il présente n'est qu'un 
extrait. 

Quelque soin que M. Du Pourny ait apporté dans la théorie, il ne faut pas croire 
qu'il soit parvenu dans la pratique à une précision absolue. Les expériences que 
j'ai faites, pendant l'hiver de 1766 et 1767, sur ses lanternes et sur toutes celles qui 
étaient alors exposées dans les rues de Paris, m'ont appris que la lumière n'était 
pas parfaitement égaie dans tout l'espace éclairé, mais que la différence n'était pas 
considérable. J'ai reçu , par exemple, la nuit du 96 au 37 février 1 767, sur un luri 
mètre, dont je donnerai la description ailleurs, la lumière d'une de ces lanternes 
exposées alors rue des Prouvaircs. Je me servais pour terme de comparaison de 
deux bougies, suivant la méthode de M. Rouguer, dont je mouchais toujours ta mèche 
à la même longueur dans l'instant de l'observation, je les éloignais ou je les ap- 
I ii mi haï.- jusqu'à ce que leur lumière reçue sur le lurimètre fut égale à celle de la 
lanterne reçue sur le même lucimètre; je mesurais alors exactement la distance des 
bougies et celle de la lanterne à l'instrument et, de la comparaison de ces distances, 
je concluais le rapport des lumières. Je répétais cette opération successivement à 
différentes distances de la lanterne, et cela dans le plus court espace de temps qu'il 
était possible, afin qu'il ne put y avoir de variation sensible dans la lumière de la 
lampe. J'ai trouvé, par le résultat de ces expériences, que la lumière des lanternes 
de M. Du Fourny, loin de décroître comme le carré de la dislance , ainsi qu'elle aurait 
dù faire dans l'ordre naturel, ne décroissait même pas comme la simple distance, 
et que la loi qu'elle suivait était à peu près celle de l'unité divisée par la racine 
carrée de la distance. Je rendrai compte plus en détail do ces expériences, ainsi 
que d'un grand nombre d'autres, dans l'ouvrage que je me propose de publier sur 
les différente moyens d'éclairer les rues d'une grande ville. Nous excéderions les 
J>ornes d'un rapport si nous voulions essayer de faire sentir les différentes raisons 
pour lesquelles la pratique ne cadre pas avec la théorie; nous ne ferions d'ailleurs 
que répéter ce qui se trouvera ailleurs. Au reste, nous devons faire observer que. 
dans la plupart des cas de l'illumination d'une ville, la lumière de chaque lanterne 
se joint dans ses extrémités a celle de la lanterne voisine: or il suit de cet accrois- 



88 MÉMOIRES' DE LAYOISIER. 

sèment de lumière dans les extrémité* qu'il s'en tout de très-peu que la lumière 
ne soit parfaitement égale dans tous les point* de l'espace éclaire" par la lanterne 
de M. Du Fourny. 

Nous aurions désiré que l'auteur fût entré dans quelques détails sur les moyens 
qu'il a employé* pour calculer la courbure de ses réverbères; qu'il eût fait sentir 
comment il était parvenu a exécuter avec exactitude une courl» tout à fait irrégu- 
lière et qui ne peut être décrite que par des moyens purement mécaniques; ces 
différents détails manquent absolument à l'extrait de mémoire qui nous a été remis 
par l'auteur. Quoi qu'il en soit, il n'en est pas moins vrai qoe les différents réver- 
bères qu'il a exposés dans les rues de Paris se sont toujours trouvés exécutés avec 
la précision la plus grande et supérieure à presque tout ce qui a été fait en ce 
genre. 

Indépendamment de cette lanterne à une mèche, M. Du Fourny en a présenté 
deux autres à deux mèches. Les réverbères de ces deux lanternes sont des sphères, 
et c'est en plaçant le coq»s éclatant entre le foyer et la surface de la sphère qu'il 
Hst parriH à donner aux rayons la divergence nécessaire pour distribuer la lu- 
mière dans tout l'espace à éclairer. Les réverbères de ces deux lanternes embras 
sent une portion de sphère très-considérable; elles jettent en conséquence une 
lumière très-vive et font un très-grand effet. Nous ne pouvons dissimuler cependant 
qu'on ne puisse leur appliquer la plupart des reproches qu'on a coutume de faire 
contre les lanternes à réverbères. Nous les avons déjà exposés au commencement 
de ce rapport. Les reproches sont la répartition inégale de la lumière et l'éblouis- 
sement causé par la portion qui se réfléchit presque horizontalement. Nous avons 
déjà fait observer que celte portion de lumière était perdue pour le public; nous 
pourrions dire plus encore, car non-seulement elle est perdue, puisqu'elle ne par- 
vient point au plan qu'elle devrait éclairer, mais encore son effet est d'affaiblir 
celle qui parvient de ce plan à l'œil. Cette lumière vivo ne peut en effet frapper 
la prunelle sans l'obliger de se contracter; or la prunelle ne peut se contracter 
sans que le nombre des rayons réfléchis par le plan qui s'introduisaient dans l'œil 
et qui parvenaient à la rétine soit diminué. 

tles reproches, à la vérité, ne regardent, en quelque façon, qu'une de ces deux 
lanternes; dans I autre la lumière est plus douce, s'il est permis de se servir de ce 
terme, et beaucoup mieux répartie: mais nous avons remarqué dans l'une et dans 
l'autre un défaut qui parait assez essentiel. Le courant d'air qui traverse la lanterne 
et qui en emporte la fumée circule en sortant autour du réservoir à pompe dans 
lequel est contenue l'huile; or cet air est nécessairement très-chaud; il ne manquera 
donc pas de dilater l'air et l'huile contenus dans le réverbère, et il en sortira par 
le bec une quantité plus ou moins considérable. Ces diflirultés ne sont pas, il est 
vrai, absolument insurmontables, et nous en avons une preuve bien complète dans 



Digitized by Google 



PKOJKT l)K «APPORT. 



89 



tes épreuves longtemps soutenues auxquelles ces lanlernes ont été soumises l'hiver 
dernier d'au* lus rues de Paris. Nous pensons cependant que la lanterne à une 
mèche dont nous avons parié plus haut est préférable à celles-ci , et qu'elle est plu> 
économique. 

.Nous ne prétendons pas au surplus assigner aucun rang aux lanternes de M. Du 
Fourny parmi celles qui ont été proposées pour éclairer les rues de Paris. Lr par- 
lie de l'optique applicable à l'illumination des villes est encore trop peu avancée 
pour qu'il soit possible d'établir un jugement solide sur cet important objet. 
L'Académie s'est toujours Tait une loi de suspendre son jugement plutôt que de 
s'exposer à porter un jugement hasardé, et c'est ce qu'elle a déjà fait relativement 
à l'illumination des rues de Paris. Il s'en faut bien qu'on ait encore rassemblé le 
nombre des expériences nécessaires pour pouvoir prendre un parti fixe et suffisant 
ment motivé, ou du moins, si ces expériences out été faites, elles ue sont point 
encore publiques. 

Nous nous bornerons doue à rappeler ici succinctement les avantages et les in- 
convénients des lanternes proposées par M. Du Fourny. Ces avantages consistent, 
i' en ce qu'elles nous paraissent donner plus de lumière que les autres à dépense 
égale, d'où il suit qu'elles sont plus économiques; 1° eu ce que la lumière est 
presque uniforme dans tous les points de l'espace éclairé; 3° en ce qu'elles n'é- 
blouissent pas, ce qui est une suite* de l'égalité de la lumière. 

A ces grands avantages nous opposerons les inconvénients qui suivent : i ° le 
prix de la lanterne : il est en effet plus considérable que celui des lanternes à ré- 
verbère qui servent maintenant à éclairer les rues de Paris; a" le prix et la difli- 
culté des réparations : les réverbères, en effet, étant Gxés à demeure dans la lan- 
terne, on ne peut y faire de réparations sans la démonter en partie; 3" un peu 
plus d'embarras et de difficulté dans le service journalier : il faut en effet nettoyer 
tous les jours les réverbères dans la lanterne même à laquelle ils sont fixés, et r'esl 
une difficulté très-réelle dans certains quartiers de Paris. 

Nous pourrions peut-être ajouter un autre inconvénient, c'est la position du 
réservoir; il est placé tout à fait hors de la cage de la lanterne, et par conséquent 
exposé au froid pendant l'hiver. Ce ne pourra donc être que par des précautions 
particulières qu'on pourra parvenir à empêcher la congélation de l'huile contenue 
dans ce réservoir, et, quoique ces précautions aient été employées avec succès par 
M. Du Fourny pendant les froids rigoureux de l'hiver dernier, il n'en est pas moins 
vrai que ces précautions mêmes doivent être mises au nombre des inconvénients. 

Nous concluons donc, sans apprécier exactement le mérite des lanternes de M. Du 
Fourny, qu'elles sont bien conçues et bien exécutées, qu'aucune des dimensions 
et des proportions de ces lanternes n'est l'effet du hasard ou d'un tâtonnement 
aveugle, mais qu'elles ont toutes été déterminées d'après les principes d'une saine 



m, 



90 MÉMOIHKS DE LAVOJSIEH. 

pbysique, qu'enfin ces lanternes peuvent être employée» avec succès et économie ù 
éclairer les rues d'uue grande ville. 

Par rapport au mémoire eu forme d'extrait qui a été lu à l'Académie par Tau- 
leur, on y trouve un grand nombre d'observations et de réflexions intéressantes; 
mais comme il contient eo même temps des idées qui, quoique ingénieuses et 
physiques, ne sont la plupart étayées d'aucune expérience; que ce n'est d'ailleurs 
qu'un extrait dans lequel l'auteur a même omis un grand nombre de détails néces- 
saires à l'iutelligence de son travail, et dont nous aurions eu peine à nous passer 
nous-mêmes s'il n'y eût suppléé verbalement, nous pensons que l'Académie n'en 
doit point approuver l'impression, et qu'elle doit attendre, pour en porter un ju- 
gement définitif, que l'auteur ail donné à son ouvrage la forme et la consistance 
que nous ne doutons pas qu'il ne soit capable de lui donner. 



Digitized by Google 



MANIÈRE D'ÉCLAIRER LES SALLES DE SPECTACLE. 91 



MÉMOIRE 

m 

LA MANIÈRE D'ÉCLAIRER 

LES SALLES DE SPECTACLE. 



Le siècle de Louis XIV, qui a pour ainsi dire fixé en France les arts 
de toute espèce, n'avait procuré ni à la ville de Paris, ni aux villes 
principales du royaume, aucune salle de spectacle; on ne peut en effet 
donner ce nom à ces carrés allongés, à ces espèces de jeu de paume 
flans lesquels on avait élevé des théâtres, où une partie des spectateurs 
était condamnée à ne rien voir et une autre à ne rien entendre; ainsi 
il n'avait pas été donné au siècle qui avait produit de grandes choses 
dans presque tous les genres de voir élever des salles de spectacle 
dignes delà magnificence du souverain, de la majesté de la capitale, 
et des chefs-d'œuvre dramatiques qu'on y représentait. 

La manière d'éclairer le spectacle et les spectateurs répondait à 
cette espèce d'état de barbarie; un assej grand nombre de lustres tom- 
baient du haut des plafonds, une partie éclairait l'avant-scène, l'autre 
éclairait la salle ; et il est peu de ceux qui m'entendent qui n'aient vu 
déranger les spectateurs pour moucher les chandelles de suif dont ces 
lustres étaient garnis. On n'a pas oubli*' sans doute combien ces lustres 
olfusquaient la vue d'une partie des spectateurs, principalement aux 
secondes loges; aussi les plaintes du public ont-elles obligé d'en sup- 
primer successivement le plus grand nombre. On a suppléé à ceux de 

' Mtmmn* de l'Académie d» mmkci . ann<<e 1781. 

11 . 



92 MÉMOIRES DE LAVOISIKR. 

lavant-scène en renforçant les lampions de la rampe, et l'on a substitué 
la cire au suif et à l'huile; les lustres qui pendaient sur l'amphithéâtre 
ont été réunis en un seul , placé dans le milieu , et la conlexture en a 
été rendue plus légère : telle est encore aujourd'hui la manière dont 
sont éclairées nos salles de spectacle. Mais, quelque avantageuses 
qu'aient été les réformes qui ont été faites, elles ont entraîné deux 
grands inconvénients : premièrement, il règne dans toutes les parties 
de la salle qui ne sont point éclairées par la rampe, notamment à l'or- 
chestre, à l'amphithéâtre, et même dans une partie des loges, une 
obscurité telle qu'on y reconnaît difficilement, à quelque dislance, les 
personnes qui y sont placées, et qu'il n'est pas possible d'y lire de l'im- 
pression, même d'un caractère assez gros; l'obscurité est encore plus 
grande dans le parterre, et les jeunes gens qui suivent le spectacle 
pour se former le goût, et pour finir l'éducation littéraire qu'ils ont 
commencée dans leurs classes, n'ont pas la facilité de pouvoir suivre la 
pièce dans leur livre, lorsqu'ils le jugent à propos. 

Tandis qu'une partie des spectateurs est ainsi ensevelie dans l'ombre , 
la rampe éclaire d'une manière trop vive la partie de la salle voisine 
du théâtre. On sait que la distinction avec laquelle un objet est aperçu 
ne dépend pas seulement de la quantité de lumière qu'il réfléchit, et 
que l'étal de l'œil de l'observateur y contribue beaucoup ; û n'y a per- 
sonne qui n'ait remarqué que, lorsqu'on regarde un objet placé du 
même cûté que le soleil, surtout lorsque cet astre est bas, ou ne dis- 
tingue cet objet qu'avec peine, parce que, l'œil recevant beaucoup plus 
de lumière du corps éclairant que du corps éclairé, l'impression la 
plus forte nuit à la plus faible; une partie de cet effet est produite par 
les lampions de la rampe, et l'espèce d'éblouissemenl qui eu résulte 
nuit à la distinction des objets placés sur le théâtre. j» 

Cette dernière considération n'avait point échappé au célèbre Ser- 
vandoni, qui a porté l'art des décorations à un si haut degré de per- 
fection; il avait senti qu'on pouvait augmenter l'effet des décorations, 
l'illusion théâtrale, de deux manières, ou en portant plus de lumière 
sur le théâtre, ou en en portant moins dans la salle; et il avait voulu 



Digitized by Google 



MANIÈRE DÉCLAlKER LES SALLES DE SPECTACLE. <J3 

employer la réunion de ces deux moyens dans les représentations qu'il 
a données dans la grande salle du palais des Tuileries; en consé- 
quence, au moment où la toile se levait, il faisait remonter, par le 
moyen de contre-poids, les lustres qui étaient suspendus dans la salle, 
et cette dernière n'était plus éclairée par aucune lumière directe. 

Les recherches que j'ai faites sur la manière d'éclairer les rues d'une 
grande ville, avant que j'eusse l'honneur d'être memhre de celle com- 
pagnie, les additions que j'ai faites à l'ouvrage qu'elle a bien voulu 
couronner en 1 767, m'ont fait naître quelques réflexions sur les moyens 
qu'on pourrait employer pour éclairer les salles de spectacle, et cel 
objet forme un chapitre assex considérable d'un ouvrage que je me 
propose depuis longtemps de donner au public. Ceux qui ont eu quel- 
que connaissance des travaux auxquels je me suis livré à cet égard 
onl pensé que, dans un moment où l'on construit à la fois plusieurs 
salles de spectacle, je devais au moins présenter au public la substance 
de nies idées, et je m'y suis déterminé, en laissant aux artistes à juger 
du mérite qu'elles peuvent avoir et de l'application qu'on en peut faire 
dans la pratique. 

Trois objets sont à remplir pour éclairer une salle de spectacle : éclai- 
rer le théâtre et les décorations, éclairer l'acteur, éclairer le spectateur. 

La manière d'éclairer le théâtre et les décorations par le moyen de 
lampions adaptés aux feuilles des décorations, de façon que celle de 
devant éclaire celle qui est immédiatement derrière elle, et ainsi suc- 
cessivement jusqu'au fond du théâtre, n'est susceptible d'aucun incon- 
vénient; je crois seulement qu'on pourrait faire une économie iissez 
considérable de combustible, en adaptant à ces lampions, comme on 
a déjà essayé de le faire, des réverbères bien faits et mobiles, de ma- 
nière qu'on pùt diriger la lumière réfléchie dans les parties où on la 
jugerait nécessaire ; ou profiterait ainsi d'une portion considérable de 
lumière qui se perd dans l'état actuel. 

Je ne puis me dispenser, en employant pour la première fois, dans 
ce mémoire, le mot de réverbère, de chercher à fixer l'idée qu'on doit 
y attacher. Un réverbère n'est autre chose qu'un miroir métallique 



M MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

destiné à porter, vers l'objet à éclairer, une portion de lumière qui se 
portait dans quelque partie où elle était inutile. Cette réflexion de la 
lumière ne se fait pas sans perte; quelque parfait que l'on puisse sup- 
poser un réverbère argenté, il absorbe toujours une partie des rayons 
qu'il reçoit, et, comme il se graisse, qu'il se salit et se dépolit par l'usage, 
on doit toujours compter sur un déchet d'environ moitié. 

Il suit de cette définition que toutes les fois qu'il n'y a pas de lu- 
mière perdue, mais qu'au contraire la totalité est utilement employée, 
il n'y a pas lieu d'adapter un réverbère au corps éclairant, et c'est ce 
qui arrive lorsqu'il est destiné à éclairer la totalité d'une sphère; c'est 
alors le cas d'abandonner la lumière à son libre cours , et il n'y a qu'à 
perdre à la réfléchir. Il n'en est pas de même lorsqu'on n'a besoin de 
répandre la lumière que dans une portion de la sphère du corps lu- 
mineux; alors le réverbère est destiné à réfléchir la portion de lumière 
qui aurait été perdue, à l'ajouter à la lumière directe, et l'on profite 
ainsi, autant qu'il est possible, de la totalité des rayons. 11 est évident 
que c'est le cas des bougies ou lampions adaptés derrière les décora- 
tions; il y a à peine la moitié de la sphère lumineuse du corps éclai- 
rant qui soit employée utilement, la portion qui tombe sur la feuille 
de décoration à laquelle il est attaché, est en pure perte; il y aurait 
donc un avantage réel, et du côté de l'effet et du côté de l'économie, 
à la réfléchir par un miroir ou par un réverbère, surtout s'il était 
mobile. 

Quanta la toile du fond, elle est rarement, dans nos salles de spec- 
lacle, suffisamment éclairée, principalement dans son milieu, et ce 
défaut était surtout frappant dans la salle d'Opéra qui vient d'être in- 
cendiée, parce que cette salle, beaucoup mieux construite que toutes 
celles qui avaient été bâties à Paris avant elle, était plus large, et que 
le milieu de la toile était en conséquence trop éloigné des bougies ou 
lampions adaptés aux décorations latérales. 

Cette partie du théâtre qui est toujours vue de face, et qui repré- 
sente des perspectives et des lointains, est une des plus importantes, 
relativement à l'illusion qu'elle doit produire sur les spectateurs; il est 



MANIÈRE D'ÉCLAIRER LES SALLES DE SPECTACLE. 95 

donc nécessaire qu'on puisse l'éclairer plus ou moins à volonté, et ce 
ne sera que par ce moyen qu'on pourra rendre avec vérité les divers 
instants du jour, l'ardeur du soleil, la lumière sombre d'un orage ou 
d'une tempête, un lever ou un coucher du soleil, une nuit, un clair 
de lune, etc. Ces différents objets peuvent se remplir d'une manière 
très-simple par le moyen de réverbères paraboliques, ou même sim- 
plement spbériques, placés au-dessus de lavant-scène en dedans du 
théâtre, dans la partie qu'on appelle te àntrt. Ces réverbères seraient 
mobiles, afin de diriger la lumière dans les parties qu'on jugerait à 
propos d'éclairer le plus; des gaies plus ou moins épaisses, qu'on pour- * 
rait légèrement colorer; des toiles claires, qu'on baisserait par-devant 
pour intercepter plus ou moins de lumière, formeraient le degré de» 
nuit ou d'obscurité qu'on jugerait à propos, et donneraient à la lumière 
toutes les teintes que les'circonstances pourraient exiger. 

S'il est important d'éclairer convenablement les décorations, et de 
porter partout la quantité de lumière nécessaire pour faire naître et 
pour entretenir l'illusion, il est bien plus important encore d'éclairer 
l'acteur; c'est lui qui anime la scène, c'est par lui que le sentiment 
passe dans l'âme du spectateur; le moindre mouvement, la moindre 
altération dans ses traits, tout doit être senti, rien ne doit échapper, 
et. personne n'ignore que ce sont ces détails qui constituent la perfec- 
tion du jeu, que c'est d'eux que résultent l'intérêt de la scène et souvent 
le succès des pièces. 

L'acteur n'ayant pas besoin de voir les spectateurs, mais seulement 
d'en être vu, il n'y a aucun inconvénient de l'éclairer de face, et, quand 
la vivacité de la lumière lui ferait paraître obscur le reste de la salle, 
il n'en résulterait point d'inconvénient; il est sensible d'ailleurs que 
l'acteur doit être éclairé nécessairement à peu près dans le même sens 
dans lequel il est vu ; de là la nécessité de placer le corps éclairant 
entre lui et le spectateur. Les lampions de la rampe remplissent cet 
objet; mais autant la lumière qui en émane est nécessaire pour éclai- 
rer l'acteur, autant la portion qui va frapper l'œil du spectateur est 
nuisible - et je l'ai suffisamment indiqué au commencement de ce mé- 



06 HÉMOIRES DE LAVOIS1ER. 

moire; il n'y a d'ailleurs qu'un tiers de la sphère lumineuse des lam- 
pions de la rampe qui soit employé utilement ; tout ce qui est au-des- 
sous du plan horizontal est en pure perte : c'est donc encore ici le cas 
de réfléchir, par le moyen de réverbères dont la figure n'est pas dif- 
ficile à déterminer, non-seulement la lumière perdue, mais encore celle 
qui se répand dans la salle et qui éblouit les spectateurs; alors on 
produirait plus d'effet, on le produirait d'une manière moins fatigante 
pour le public, et l'on diminuerait considérablement la consommation 
des combustibles, consommation qui contribue beaucoup plus qu'on ne 
pense à rendre nos salles de spectacle tout à la fois infectes et mal- 
saines. 

• Je sais qu'un artiste justement célèbre, et dont l'opinion doit être 
d'un grand poids dans cette matière, a conseillé, dans une brochure 
très-intéressante qui vient de paraître, de supprimer les lampions de 
la rampe et d'y substituer des lumières placées en haut et aux deux 
rôtés de lavant-scène; mais en convenant avec lui qu'un jour qui 
frappe le corps de bas en haut n'est pas le plus naturel, qu'il renverse 
Tordre des ombres et des clairs, qu'il démonte même, si l'on veut, 
jusqu'à un certain point la physionomie des acteurs, je doute, malgré 
ces inconvénients, qu'il soit possible de suppléer par aucun autre 
moyen, aux lampions de la rampe. Des lumières latérales n'éclaire- 
raient ni assez fortement ni assez également, et elles seraient d'ailleurs 
absolument incompatibles avec la construction actuelle de nos salles 
de spectacle. Quant aux lumières placées dans le haut de l'avant-acène, 
e est-à-dire perpendiculairement sur la tète des acteurs, elles produi- 
raient le plus désagréable de tous les effets, celui de projeter l'ombre 
du nez sur le bas du visage, d'ombrer trop fortement toute la cavité 
de l'orbite de l'œil, de faire ressortir d'une manière choquante les 
moindres rides, les moindres inégalités de la peau; enfin les acteurs 
M feraient ombre à eux-mêmes toutes les fois qu'ils se pencheraient en 
avant, et l'acteur échapperait pour ainsi dire au spectateur dans les 
instants les plus tragiques. 

Après avoir rendu compte des moyens que je propose pour éclairer 



MANIÈRE DÉCLAIREB LES SALLES DE SPECTACLE. 97 



le théâlre, les décorations et l'avant-scène, il ne me reste plus qu'un 
mot à dire sur la manière d'éclairer la salle et les spectateurs. Tout 
corps éclairant ne pouvant être placé dans la salle qu'entre le spectacle 
et quelques-uns des spectateurs, il est impossible qu'ils n'en soient pas 
plus ou moins offusqués. Le corps éclairant d'ailleurs doit être néces- 
sairement supporté par un corps quelconque, soit lustre, soit girandole, 
soit candélabre, et il eu résuite un obstacle qui cache une partie du 
spectacle pour quelque point de la salle. Enfin les rayons qui partent du 
corps éclairant, allant frapper l'œil du spectateur dans une direction qui 
est à peu près la même (pie celle dans laquelle il voit la scène, les objets 
qui sont sur le théâtre en sont obscurcis d'autant, au point même 
qu'on perd entièrement de vue ceux qui sont médiocrement éclairés. 

Pour remédier à ces inconvénients, je propose de bannir tout lustre, 
tout corps éclairant, de la partie de la salle qui est occupée par le 
spectateur, et d'y substituer des réverbères elliptiques perdus dans 
l'épaisseur des plafonds. 

Pour se former une idée de cette manière d'éclairer, soit supposé un 

sphéroïde elliptique A BD placé en de- 
hors de la salle, de manière (pie le pla- 
fond coupe perpendiculairement en I I) 
son f'raud axe par un plan qui passerait 
par son foyer intérieur/,- il est démontré, 
par une propriété connue de l'ellipse, 
que si l'on place une lumière au foyer 
supérieur F de ce sphéroïde, tous les 
rayons réfléchis parla surface MMMMM 
de la courbe iront se croiser à son foyer 
inférieur, et qu'ils en partiront comme 
d'un centre pour se répandre de toutes 
parts et former une demi-sphère lumineuse au-dessous du plafood 4 D; 
d'où l'on voit qu'il est possible de placer le corps éclairant à une éléva- 
tion d'un ou même de plusieurs pieds en dehors et au-dessus de la salle , 
et que son effet sera le même que s'il était placé dans la salle à une très- 

iii. i3 




98 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

petite dislance au-dessous du plafond. Bien plus, il me serait aisé de 
démontrer que la lumière ainsi réfléchie par un sphéroïde elliptique 
sera répartie d'une manière beaucoup plus avantageuse que ne le serait 
la lumière directe; que, dans cette manière d'éclairer, les premières 
loges recevront plus de lumière que les secondes, les secondes plus 
que les troisièmes; tandis qu'en empjoyanl une lumière directe, placée 
dans le haut de la salle, comme on a essayé de le faire il y a quelques 
années à l'Opéra, les troisièmes loges étaient beaucoup trop éclairées 
et les premières beaucoup trop peu. 

Indépendamment du grand avantage qu'il y aurait de bannir ainsi 
hors la salle le corps éclairant, celte disposition remplirait encore un 
ohjet bien important; de semblables réverbères formeraient autant de 
ventilateurs qui renouvelleraient continuellement l'air de la salle. 

On sait maintenant, et c'est un fait que personne ue révoque eu 
doute, que les corps qui brûlent sont les meilleurs de tous les venti- 
lateurs; en effet, tout corps qui brûle échauffe l'air environnant; or 
l'air ne peut s'échauffer sans être dilaté et sans devenir plus léger que 
le fluide ambiant, dès lors il est forcé de s'élever, et il est remplacé 
par de l'air frais, lequel s'échauffe à son tour et s'élève comme le pre- 
mier, d'où il résulte un courant continuel d'air qui se renouvelle; il y 
a des siècles que ce moyen est employé avec le plus grand succès dans 
les mines, et M. Cadet de Vaux en a fait une application très-heu- 
reuse pour puriûer l'air corrompu des fosses d'aisances, des égouts, etc. 

C'est de l'expérience seule qu'on peut apprendre combien il faudrait 
employer de réverbères construits sur ces principes pour éclairer suf- 
fisamment uue salle de spectacle ; j'ai lieu de croire qu'en forçant un 
peu la grosseur des mèches, trois pourraient suffire; mais comme il y 
a souvent de l'avantage à multiplier les points de départ de la lumière , 
et qu'on réduit par ce moyen toutes les ombres à de simples pénombres 
à peine sensibles, peut-être serait-il préférable d'employer des mèches 
moins fortes, et d'augmenter jusqu'à neuf ou jusqu'à douze le nombre 
des réverbères. 

Je viens d'en appeler à l'expérience pour juger de l'effet des moyens 



Digitized by Google 



MANIÈRE D'ÉCLAIRER LES SALLES DE SPECTACLE. 99 

que je propose, et M. le comte d'Angiviller, directeur général des jar- 
dins et bâtiments de Sa Majesté, a bien voulu, depuis la rédaction de 
ce mémoire, me procurer les moyens de la faire en grand dans le salon 
des Tableaux. Ce local est d'autant plus propre à une expérience de 
cette espèce, que la hauteur et la capacité du salon des Tableaux est 
plus grande que celle d'aucune salle de spectacle. J'ai profité, pour 
mes épreuves, de deux réverbères elliptiques que j'avais fait construire 
en 1767 pour l'illumination des rues de Paris, et j'en ai fait construire 
un troisième que j'ai adapté d'une manière plus particulière à l'illu- 
mination des salles de spectacle ; toutes nies dispositions seront faites 
dans quinze jours au plus tard, et je rendrai compte du résultat à 
l'Académie. 

Je prie les artistes, que je regarde comme juges souverains en ce 
genre , de vouloir bien observer que deux de ces réverbères que je 
me propose d'exposer n'ont point été construits pour cet objet; qu'ayant 
été planés, et non fondus, la courbe n'en est pas très-régulièrement 
exécutée ; il en résulte que des places sont beaucoup plus éclairées que 
d'autres; on n'aura point ces inconvénients à craindre quand on les 
coulera; on aura, il est vrai, des réverbères très-pesants; mais peu 
importe puisqu'ils doivent rester en place , et que le prix de la matière 
ne peut jamais faire un objet important dans un établissement public, 
et dont il doit d'ailleurs résulter une économie journalière considé- 
rable. 

Je les prie d'observer encore que, dans un local donné, les sphé- 
roïdes elliptiques réguliers ne seront peut-être pas celles de toutes les 
courbes qui conviendront le mieux pour la distribution de la lumière, 
et qu'il y aura peut-être de l'avantage à y substituer des courbes mé- 
caniques, calculées de manière à porter plus de lumière dans quelques 
parties que dans d'autres. On pourra aussi employer des mèches- beau- 
coup plus fortes que celles dont j'ai fait usage dans l'essai que je pré- 
sente; mon objet, en ne forçant rien, a été de prouver d'autant mieux 
la possibilité de remplir ce que j'annonce. Enfin, quand je n'aurais pas 
parfaitement atteint le but, je m'estimerai toujours heureux si j'ai pu 

* .3. 



100 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

fixer l'attention de» artistes sur un objet de quelque importance pour 
le public, surtout relativement à la plus grande salubrité des salles de 
spectacle et des assemblées publiques en général. 

ADDITION. 

Depuis la lecture de ce mémoire, M. le comte d'Angiviller, directeur 
< I ordonnateur des bâtiments du roi, membre de cette Académie, a 
bien voulu laite construire dans le grand salon des Tableaux, au Louvre, 
un simulacre de salle de spectacle, de trente-neuf pieds de hauteur, afin 
que je pusse y faire «les expériences en grand, d'après les vues (pie j'ai 
exposées. J'ai fait faire trois ouvertures dans le plafond de cette espère 
de salle, et j'y ai placé les trois réverbères elliptiques dont j'ai parlé; 
la plupart des membres de l'Académie ont été témoins de leur effet : 
la lumière, comme je l'avais prévu, était plus forte dans le bas et a la 
hauteur des première! loges, que dans la partie destinée à former les 
troisièmes; il se rélléchissail aussi horizontalement une portion de 
rayons qui rasaient le plafond et qui portaient de la lumière jusque 
dans la partie la plus élevée de la salle, et, quoiqu'il n'y eut que trois 
lampes, les parties les moins éclairées l'étaient encore assez pour qu'on 
prit lire partout des caractères très-fins. 

Cette épreuve très en grand, en me confirmant dans mon opinion 
sur la possibilité d'éclairer les salles île spectacle et d'assemblées pu- 
bliques par des réverbères elliptiques, noyés dans l'épaisseur des pla- 
fonds, m'a donné lieu de faire plusieurs observations importantes. 
Premièrement, dans celte manière d'éclairer, le plafond est absolument 
dans l'obscurité, et cette circonstance donnerait a la salle un ton lu- 
gubre, s'il n'y était pourvu ; la lumière des lampions de la rampe re- 
médierait suffisamment à cet inconvénient dans les deux tiers de la 
salle, du cAté du théâtre; mais, dans la partie la plus éloignée, il serait 
nécessaire d'éclairer le plafond avec des lampions et des réverbères 
qui seraient uniquement destinés à cet objet, et dont toute la lumière 
serait dirigée vers le haut; on pourrait ou les suspendre, ou les placer 



Digitized by Google 



MANIERE D'ECLAIRER LES SALLES DE SPECTACLE. 101 

au-dessus des corniches, suivant les circonstances et suivant la cons- 
truction de la salle. 

Secondement, au lieu de concentrer la lumière dans un petit nombre 
de réverbères elliptiques, il sera indispensable d'en multiplier le 
nombre, et de le porter au moins à neuf, môme pour les salles qui 
n'auraient pas une grande étendue. N'ayant que trois réverbères a'ma 
disposition , j'avais cherché à en tirer tout le parti qu'il était possible . 
en forçant la grosseur des mèches; mais il en résultait deux inconvé- 
nients : d'abord l'huile s'échauffait beaucoup trop, la mèche se char- 
bonnait promptemenl et la lumière devenait bientôt languissante; en 
second lieu, la flamme de la lampe ayant un trop gros volume, l'air 
ne pouvait parvenir jusqu'au centre, de sorte qu'il y avait combustion 
dans la partie extérieure de la flamme, dans celle qui recevait le con- 
tact de l'air, tandis qu'il s'opérait une sorte de distillation dans le centre ; 
il s'y formait une fumée épaisse qui rendait la flamme sombre et rouge, 
et cette portion d'huile, qui échappait à la combustion, formait une 
consommation en pure perte. J'observerai à cet égard que l'huile n'éclaire 
qu'autant qu'elle brûle, qu'elle ne brûle qu'autant qu'elle a le contact 
de l'air, qu'il faut par conséquent multiplier les surfaces de la flamme. 
On peut y parvenir par deux moyens qu'il faut combiner ensemble 
pour obtenir le maximum de l'effet d'une lampe : le premier consiste à 
multiplier les mèches eu en diminuant la grosseur; le second, à fournir 
de l'air dans le centre même de la flamme, comme Pont fait MM. Meu- 
nier, Argand et Quinquet. Celte construction très-ingénieuse, qui est 
déjà connue de l'Académie, consiste à former des porte-mèches cir- 
culaires, fort minces, qui laissent un canal intérieur, au moyen duquel 
l'air peut passer à travers de la flamme. On pourrait encore y joindre 
le tube de verre extérieur proposé par M. Quinquel, dont l'effet est 
d'accélérer le courant d'air qui traverse la flamme, à peu près comme 
il arrive aux tuyaux qu'on adapte aux fourneaux chimiques. 

En proposant, au surplus, d'éclairer les salles de spectacle au moyen 
de sphéroïdes elliptiques, j'ai eu principalement intention de faire voir 
comment on peut placer le corps éclairant en dehors de la salle, et le 



102 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

perdre dans l'épaisseur des plafonds; j'ai voulu d'ailleurs donner la 
suite d'idées qui m'avait conduit à ce résultat; mais il est possible, en 
partant de cette même idée, d'imaginer des moyens fort différents de 
remplir le même objet, et je ne puis que m'en rapporter aux artistes 
sur les applications. Si l'Académie, au surplus, juge que cet objet mé- 
rite de l'occuper plus longtemps, je pourrai, dans un second mémoire, 
donner une explication détaillée et accompagnée de figures des lampes 
et réverbères, dont je n'ai fait qu'indiquer la construction dans ce 
mémoire. 



EXTRAIT DU RAPPORT SUR LES RÉVERBÈRES PARABOLIQUES. 103 



EXTRAIT DU RAPPORT 

SUR 

LES RÉVEBBÈRES PARABOLIQUES 

DE MM. ARGA.\D. BORD1ER ET C" . 

PAR MM. LK COMTE DB RUMFORD, GCTTON , MOJIGB, BURCKHABI) 
BT CHARLES , RAPPORTEURS ' . 



La société de Genève, dans un rapport inséré dans ses registres, en 
date du aa germinal an x, fait l'éloge de ces réverbères et conclut 
ainsi : 

«Le mémoire que nous a présenté notre savant et ingénieux col- 

■ lègue contient, outre les détails relatifs à la méthode d'éclairemenl, la 
<• demande qu'il fait a la société de reconnaître ses droits à la priorité 
(t d'exécution pour les réverbères mni- parabolique». Ni la société des 
<rarts, ni son comité de mécanique ne sont placés pour faire une en- 
<r quête presque juridique à ce sujet; et cette enquête deviendrait né- 
ircessaire si l'on conteste à l'auteur la priorité qu'il réclame. Ce que 
-nous pouvons dire, c'est que le citoyen Argand nous a présenté dilïé- 
<r rentes pièces par lesquelles il parait que, en 1 79 1 , il traitait avec des 
- Vénitiens pour fournir à leur ville un éclairement sur les mêmes prin- 
ecipes que celui dont nous venons de faire l'examen, et que c'est en- 
core sur les mêmes principes, et sous sa direction, qu'on a construit 

■ à peu près à la même époque les fanaux qui éclairent une partie des 
if côtes d'Angleterre; et qu'il reçut, en 1 792 , du Trinity-House, chargé 
fde certaines affaires de la marine anglaise, l'attestation bien satis- 

' *h novembre 1806. 



104 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

s faisante que ces fanaux avaient déjà sauvé la vie à plusieurs milliers 
-d'individus. 

Que ce soit par égard pour deux de ses compatriotes égaux en mé- 
rite, ou par insuffisance de preuves, que la société de Genève ait cru 
ne pas devoir prononcer entre eux, si elle ne l'a pas fait, nous, placés 
à un plus long intervalle, et pour qui les faits sont plus obscurs, nous 
devons encore plus nous abstenir déjuger. Nous observerons seulement 
qu'on doit regarder ces lampes à réverbère comme un de ces pro- 
blèmes à plusieurs solutions, que chacun peut résoudre à sa manière, 
sans avoir recours a son voisin. A l'appui do cette assertion, nous pou- 
vons ici joindre un exemple qui y trouve naturellement sa place. 

I n des savants les plus distingués qui aient illustré le siècle der- 
nier, dont le nom seul rappelle au milieu de nous tant de souvenirs 
et d'intérêts touchants et profonds, M. de Lavoisier, tout jeune encore 
(c'était en 1766). obtint de (Académie des sciences un prix extraor- 
dinaire, qui lui fut décerné pour un mémoire sur l'éclairage public, 
portant cette épigraphe : Stgnabittjue viam jlammis. Cet ouvrage, rempli 
de vues ingénieuses, d'expériences et de recherches conduites avec 
cette sagacité qui lui a toujours été propre, n'était cependant alors 
que l'un des premiers essais de ses pas dans une carrière que depuis 
il a parcourue avec tant de gloire. 

Nous venons de lire en entier le manuscrit de la main de son auteur, 
suivi de plusieurs autres mémoires postérieure dans lesquels il discute 
.•11 détail les propriétés des réflecteurs sphériques, elliptiques, parabo- 
liques, hyperboliques, leurs avantages et inconvénients comparés, soit 
pour les formes, soit pour la matière, soit pour les prix et difficultés 
de fabrique, soit enfin pour les résultats. On retrouve dans ces mêmes 
papiers les éléments des recherches qui l'ont conduit à la construction 
de son réverbère elliptique, que plusieurs membres de la classe se 
souviennent d'avoir vu en expérience dans les salles du Louvre, et dont 
les miroirs subsistent encore dans son cabinet. Si depuis, entraîné par 
des recherches plus attrayantes, M. de Lavoisier a délaissé ces mêmes 
expériences sans les porter à leur perfection, il n'en est pas moins 



Digitized by Google 



EXTRAIT Dl RAPPORT SLR LES RÉVERRÈRES PARAROLIQUES. 105 

vrai qu'au temps où M. Argand a reproduit ses miroirs ils ne peuvent 
plus avoir le mérite d'une véritable invention; mais l'application qu'il 
en a faite à ses lampes, déjà si éclatantes par elles-mêmes, les brillants 
effets de leur disposition, la combinaison ingénieuse de toutes les par- 
ties, et, de plus, la destination de ces lampes et l'importance de leur 
objet assureront toujours à leur auteur un rang très-distingué parmi 
les artistes, lors même qu'on ne voudrait regarder la composition to- 
tale de ces instruments que comme un des bcureux résultats des con- 
naissances et des lumières réunies de nos contemporains. Dans un 
siècle aussi éclairé, que le nôtre, il est bien difficile de prétendre à la 
propriété exclusive d'une pensée. Les plus sublimes conceptions ont 
germé à la fois dans tant de tètes, à peine sont-elles écloses que cha- 
cun s écrie de son côté, El moi aussi je l'ai pensé; tous réclament 
vain, elles sont pour ainsi dire la propriété du siècle, et. comme les 
eaux des fleuves, elles retournent à l'océan, dont elles sont émanées. 



■4 



lOf» 



MEMOIRES Dli LAVOISIER. 



EXTRAIT 



DE 



DEUX MÉMOIRES SUR LE GYPSE 

LIS À I 'V ili'MII nOTALK DES SCIENCES, 
LUI* I.K 97 FÉVRIER lyfiô, L'AITRK LE 1 <j MARS lyfifi 



Le premier de ces mémoires nvait pour titre : Analyse du Gypse. J'ai 
annoncé dans le commencement qu'il était la première partie d'un 
ouvrage très-considérable, entrepris sur toutes les substances miné- 
rales dans des vues différentes de celles de M. Pott, et principalement 
par la voie humide. 11 résulte des expériences détaillées dans ce mé- 
moire que le gypse est une substance saline, un véritable sel neutre, 
susceptible comme eux de solution , de cristallisation, etc. On remarque, 
lorsqu'on calcine le gypse, une vapeur légère qui s'en élève et qu'on 
continue de voir jusqu'à la fin de l'opération. J'ai reçu cette vapeur 
dans des vaisseaux fermés, et j'ai reconnu que ce n'était autre qu'une 
eau irès-pure, semblable à de l'eau distillée, laquelle faisait dans le 
gypse environ le quart de son poids. Cette eau est précisément l'eau 
de cristallisation du gypse. Si après la lui avoir enlevée par le feu ou 
la lui rend (ce qu'on appelle communément gâcher le plâtre), il la 
reprend avec avidité, il se fait une cristallisation subite et irrégulière, 
et les petits cristaux qui se forment se confondant les uns avec 1er. 
autres, il en résulte une masse très-dure. Les expériences détaillées 



' Cet extrait • été fait par Lavoisicr. Sur 1 766. Les commissaires font remarquer qn 
le rapport de Duhamel et de Jussieu , l'Aca- le mémoire sur le gypse est le commence- 



démic admettait son travail a faire partie du ment d'un ouvrage considérable entrepris sur 
llecueil des Savant» étrangers , le 1 6 avril les substances minérales. ( Note de l'cditnr. ) 



Digitized by Google 



EXTRAIT DE DEUX MÉMOIRES SUR LE GYPSE. 107 

dans le mémoire ne laissent, si je ne nie trompe, aucun doute sur 
cette cause de l'endurcissement du plâtre avec l'eau, puisque j'ai fait 
voir que je pouvais, à volonté, lui donner ou lui enlever cette pro- 
priété, suivant que je lui otais ou que je lui rendais son eau de cris- 
tallisation. 

Lorsqu'on met sur le feu du plâtre en poudre dans un chaudron de 
fer, il prend, lorsqu'il est échauffé, toutes les apparences de la fluidité. 
Le plâtre n'est pas le seul corps dans lequel on observe ce phénomène: 
il est commun au contraire à un grand nombre d'autres substances en 
poudre, et peut-Mre à toutes, lorsque la figure des parties ne s'y op- 
pose pas. Mais ce qui est plus singulier, c'est que si l'on frappe légère- 
ment le chaudron, ou qu'on agite un peu le plâtre qui y est contenu, 
on voit s'exciter dans la matière un mouvement tout semblable à celui 
de l'ébullition des fluides; j'ai observé avec soin cette fausse ébullition, 
et je me suis aperçu qu'elle était occasionnée par des parties fines de 
plâtre qui s'élèvent avec assez de rapidité du fond du chaudron et qui 
viennent former un petit jet à la surface. La cause de ce mouvement 
n'est pas difficile à saisir. Avant que toute la masse du gypse ait pu 
s'échauffer suffisamment, les parties qui touchent immédiatement les 
parois inférieures du vase ont déjà reçu une chaleur suffisante pour leur 
enlever leur eau de cristallisation; alors, devenues plus légères sans 
avoir changé de volume, elles sont portées naturellement à s'élever à 
la surface du faux liquide et à y produire le mouvement qu'on y ob- 
serve. Si l'on mêle avec le plâtre une autre substance dont la pesan- 
teur spécifique soit différente, lorsque les matières sont suffisamment 
échauffées, elles se séparent l'une de l'autre, précisément comme il 
arriverait à deux liqueurs dont la pesanteur serait différente. 

Il ne suffisait pas d'avoir fait voir que le gypse était un sel, il fallait 
encore examiner sa nature. J'ai prouvé par une analyse suivie que ce 
n'était autre chose qu'un sel vitriolique à base terreuse; qu'il résultait 
de la combinaison de l'acide vitriolique et de la terre calcaire, ainsi 
que plusieurs auteurs l'avaient déjà soupçonné; en un mot, qu'il ne 
différait en rien de la sélénite. A toutes les expériences qui établissent ce 



108 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

que je viens d'exposer, j'ai ajouté le complément de la démonstration 
chimique, la recomposition du gypse. J'ai fait voir comment il était 
possible de le faire en grande abondance, et que ce plâtre factice avait 
toutes les propriétés de celui de la nature. J'ai terminé ce mémoire en 
en promettant un autre sur les effets de la solubilité du gypse dans le 
régne minéral , et sur une explication démontrée des phénomènes qui 
accompagnent les fontaines incrustantes. 

Dans le second mémoire, qui sert de suite a ce premier, j'ai entre- 
pris de faire voir comment, avec l'acide vitriolique, qui n'est qu'un 
dans tout le règne minéral, avec la terre calcaire, qui parait aussi n'être 
qu'une, la nature peut néanmoins parvenir à former les grandes va- 
riétés qu'on observe dans la figure des gypses. J'ai distingué dans le 
règne minéral trois espèces principales de gypse : le gvpse en filets: 
le gypse en colonnes à six pans; le gypse rhomboïdal, autrement dit la 
pierre spéculaire. J'ai distingué pareillement, dans l'art, trois espèces de 
sélénite qui répondent à ces trois espèces de gypse, et que j'ai prouvé 
n'être qu'une seule et même chose : la sélénite avec excès d'acide; celle 
dont l'ncidc et la base sont dans une juste proportion; enfin celle 
dans laquelle on observe une surabondance de terre. Les gypses dif- 
férant entre eux par le plus ou le moins d'acide, il s'ensuit qu'ils doivent 
être plus ou moins solubles. J'en ai mis un grand nombre en expérience , 
et j'ai observé que tous les gypses en filets, tous les albastrites, étaient 
d'environ un dixième plus solubles que la pierre spéculaire. 

Cette différence qu'on observe dans la quantité d'acide qui entre 
dans la composition des gypses, considérée relativement à l'histoire 
naturelle, conduit à de singulières conséquences. Je remarque avec 
M. Guettard deux terrains tout à fait distincts qui composent la surface 
des continents. Les matières qui les composent n'ont presque rien de 
commun. L'un répond à la bande schisteuse ou métallique, l'autre à la 
bande calcaire du même auteur. J'observe que cette dernière compose 
la partie basse du globe, que c'est elle que la mer a couverte de ses 
eaux, où elle a déposé ces masses immenses de coquilles et de corps 
marins qu'on y rencontre en si grande abondance, ou plutôt dont elle 



Digitized by Google 



EXTRAIT DE DEUX MÉMOIRES SUR LE GYPSE. 109 

est formée tout entière. J'annonce une suite de nivellements par le baro- 
mètre, déjà commencés, dans la vue d'éclaircir ces vérités, qui tiennent 
;\ la physique de la terre. Il résultera de ce travail immense des con- 
naissances exactes sur les anciennes limites de la mer, sur le lit qu'elle 
occupait, sur l'ancienne disposition des continents; en un mot un sys- 
tème, toujours guidé par des expériences et des observations sures, des 
changements arrivés au globe. 

Après avoir donné une idée succincte de la disposition actuelle des 
continents, je passe à ce qu'elle a de commun avec l'arrangement des 
gypses, et je fais voir, par une suite d'observations très-considérable, 
que j'ai recueillies principalement en France, que dans la bande schis- 
teuse où l'acide vitriolique est très-abondant, et dans toute la bande 
calcaire qui lui est contiguë, le gypse est toujours en filets ou dans 
l'état de faux albâtre, c'est-à-dire avec excès d'acide. Lorsqu'au con- 
traire on parvient à l'intérieur de la bande calcaire, où l'acide vitrio- 
lique est rare, où tout n'est composé que de débris crétacés d'animaux 
marins, le gypse se trouve toujours ou dans l'état de saturation par- 
faite, ou même avec surabondance de terre, il en est de même de la 
plupart des sels vitrioliques; dans les pays de montagnes, on les trouve 
toujours avec excès d'acide; dans la bande calcaire, ils sont toujours 
avec le moins d'acide possible, et c'est ce que je me propose de faire 
voir plus en détad dans la suite. 

Cette partie minéralogique du mémoire contient encore une expli- 
cation de la formation de la pierre spéculaire ; elle est fondée sur uu 
grand nombre d'observations faites sur le local des bancs où elle se 
forme. Il résulte de ces observations que la pierre spéculaire est une 
stalactite de gypse; qu'elle est formée par l'inGItration des eaux qui. 
après avoir traversé les bancs de gypse et s'en être, pour ainsi dire 
saturées, rencontrent un banc de marne; qu'alors il se fait une combi- 
naison nouvelle : l'acide vitriolique se charge d'une surabondance de 
terre, il se forme un gypse avec le moins d'acide possible. Ce nouveau 
sel étant moins soluble que le premier, il cristallise en partie, et il en 
résulte les premier» éléments d'une pierre spéculaire qui s'accroît en- 



110 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

suite peu à peu. De là l'explication de la figure cunéiforme de cette 
pierre, et de sa position. On la trouve toujours en effet dans le banc 
de marne qui sépare la première d'avec la seconde masse, et commu- 
nément la pointe eu haut. J'annonce que celte formation de la pierre 
spéculaire m'a fait naître des idées sur la formation des stalactites en 
général dont je me propose de rendre compte à l'Académie. 

Enfin je termine ce mémoire en faisant voir que le gypse ou la sé- 
lénite n'est pas seulement susceptible de prendre un excès d'acide vi- 
triolique, mais un excès d'acide nitreux; qu'il en résulte un être sin- 
gulier, composé de trois, de deux acides et d'une base. Il ne faut pas 
croire que ce phénomène soit absolument rare en chimie; on l'observe 
au contraire dans la plupart des sels vitrioliques. J'ai cité pour exemple 
l'ocre, qui n'est autre chose qu'un vitriol martial avec le moins d'acide 
possible, et qui, cependant, se dissout dans l'acide nitreux. J'avais an- 
noncé dans mon premier mémoire que je présumais qu'il était possible 
de tirer l'acide vitriolique du gypse et de l'avoir en liqueur; j'ai con- 
firmé ce que j'avais avancé en donnant un procédé par lequel il est 
possible de se le procurer en grande abondance. Cette méthode, il 
est vrai, n'est pas praticable pour le commerce; l'acide vitriolique, 
en effet, tiré par cette voie, coûterait plus du double de celui qu'on 
débite. Ce même procédé fournit un moyen de faire avec facilité une 
très-grande quantité de tartre vitriolé; je ne doute pas même qu'U 
ne fût très-avantageux dans le commerce si l'on était sûr du débit. 



ANALYSE DU GYPSE. 



111 



ANALYSE DU GYPSE 1 , 

À L'ACADKtOK DIS SCIENCES LE 37 FÉVRIER 176s 2 . 
LX RAPPORT ER A ETE FAIT LE 1 6 WUL I 76C \ 



PREMIER MÉMOIRE*. 



Malgré les découvertes dont la chimie a enrichi l'histoire naturelle, 
il est une infinité de corps dans le règne minéral dont la nature nous 
est entièrement inconnue. La plupart des terres, des pierres, des cris- 

1 Ce travail était déjà fort avancé lorsque J'ai cru qu'il suffisait d'ajouter cette remai- 
j'ai appris que M. Baume' avait fait mettre que. 

dans une feuille de la Gazette d'Epidaure * fl résulte de l'examen des notes origi- 
nales de Lavoisier que ce travail a été com- 
mencé en 1766 et poursuivi jusqu'en 176(1. 
On lit dans son journal d'expériences, à lu 
date du -»h novembre 176a : "Il est cer- 
in que le plâtre, vu au microscopt'. 

<r change de ligure étant calciné 11 nie 

r vient une idée, c'est que le plâtre calcine 
» reprend son eau de cristallisation lorsqu'on 
»le gâche et se rencontre sous une forme 
■ cristalline. Je le présume . 1 * parce que j'ai 
t entrevu quelque chose de tel au micnwt- 
ircopc; a" parce que les plâtras contiennent 
« des cristaux réguliers de plâtre, principn- 
wlement ceux qui ont été exposés a l'air.» 
(Noie de r éditeur.) 

p. M 1, 17C8. 

1 Ce mémoire est le premier que Lavoisier 
ail lu a l'Académie des sciences. ( Voie de fi- 
r.) 



Quelques perquisitions que j'aie faites, je 
n'ai pu me les procurer que lorsque ce 
mémoire était entièrement achevé. J'avoue- 
rai que l'ouvrage qu'il annonce et la confor- 
mité du résolut de ses expériences avec 
les uiienucs m avaient uaooru déconcerte; 
j'avais résolu de sacrifier ce mémoire et de 
le condamner a l'oubli. Cependant des per- 
sonnes qui veulent bien s'intéresser à moi 
m'ayant représenté que des expériences 
exactes faites sur un même sujet par deux 
personnes différentes ne pouvaient que se 
servir de confirmation réciproque; que, 
d'ailleurs, l'annonce de M. Baumé ne con- 
tenait rien que de général , et que I ouvrage 
dont il parlait n'avait point encore paru; 
je me suis rendu à leurs observations et je 
me suis déterminé a présenter ce 
tel qu'il était alors et sans y 



112 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

tallisations, sont des êtres absolument neufs pour le chimiste, et dont 
l'examen peut fournir une source inépuisable d'expériences et de dé- 
couvertes. 

Presque tous ceux qui ont travaillé jusqu'à ce jour semblent avoir 
oublié cette partie si essentielle, commune à l'histoire naturelle et à 
la chimie, la plus propre à porter la lumière dans l'une et l'autre de 
ces deux sciences. Entraînés par un objet d'utilité plus sensible, ils ont 
épuisé les ressources de leur art, de leur génie, pour approfondir la 
nature des substances métalliques; on dirait que le reste était étranger 
pour eux. Sans doute ils auraient porté plus loin leurs découvertes en 
ce genre si, plus attentifs à suivre les opérations de la nature, ils se 
fussent toujours appliqués à faire marcher l'art avec elle. 

M. Potl est un des premiers qui ait tourné ses vues vers l'analyse 
du règne minéral. Ce savant chimiste nous a frayé une route nouvelle, 
et, par une multitude prodigieuse d'expériences, il est parvenu à com- 
pléter en grande partie un travail qui manquait à la chimie, et dont 
t>n n'avait point eu l'idée jusqu'à lui. 

Cependant la méthode qu'il a adoptée, celle de traiter tout par le 
feu, en nous apprenant quelques propriétés singulières des corps qu'il 
a soumis à ses expériences, nous a laissés presque aussi peu instruits 
nu auparavant sur leur nature et leur composition. 

La voie que j'ai suivie dans l'analyse des substances minérales est 
tout à fait différente; j'ai taché de copier la nature. L'eau, ce dissol- 
vant presque universel, cet être a qui rien ne résiste, est le principal 
agent qu'elle emploie; c'est aussi celui que j'ai adopté dans mon tra- 
vail. J'en vais donner un exemple dans l'analyse du gypse; j'en donnerai 
d'autres par la suite, à mesure que, par des expériences répétées, 
j'aurai tâché de rendre mes travaux dignes de l'attention des savants. 

Je ferai voir que le plâtre , cet être si réfractaire , que la violence du feu 
ne saurait altérer, traité par des voies plus douces, peut se décom- 
poser dans la paume de la main '. 

' Expression dont .'est servi Stahl dam son fameux problème sur ta décomposition du 
tarlre vitriolé. 



Digitized by Google 



ANALYSE DU GYPSE. 113 

Le gypse que j'ai employé dans mes expériences est la pierre spé- 
culaire, le gypse cristallisé de Montmartre 1 . Cette espèce m'a paru la 
plus pure, la plus à ma portée, et, par conséquent, la plus propre 
à répondre aux vues que je me proposais. C'est uniquement l'analyse 
de ce corps que je vais donner ici. Je parlerai, dans un autre mémoire, 
non-seulement des pierres & plâtre de Montmartre, mais encore de 
toutes les autres espèces que je pourrai rassembler; je les rapprocherai 
de la pierre spéculaire; je tâcherai de démontrer ce qu'elles ont de 
commun, d'a9signer leurs différences. Ce travail me conduira insensi- 
blement à la description des pl A trières, à l'arrangement du gypse dans 
la nature, aux phénomènes qu'il occasionne, enfin je m'attacherai à 
développer le mystère de sa formation. Ce sera la matière d'un troi- 
sième mémoire. 

Avant d'entrer dans l'analyse de la pierre spéculaire, je vais placer 
ici quelques expériences préliminaires; elles serviront comme de lemme 
aux propositions que j'ai à démontrer. 

La pierre spéculaire*, grossièrement pilée dans un mortier, con- 
serve encore une forme régulière; presque toutes ses parties sont 
autant de parallélipipèdes de figures parfaitement semblables, cons- 
tamment composées des mêmes angles. On y voit aussi de petits 
triangles isocèles un peu allongés, dont la pointe est toujours tron- 
quée. Si l'on continue de piler, bientôt le porte-à-faux du pilon 
émousse les angles des parallélipipèdes; la plupart sont mutilés et se 
couvrent d'une poussière qui ne provient que de la destruction de ces 
mêmes angles; enfin, si l'on pousse plus loin l'opération, on parvient 
à n'avoir plus qu'une poussière très-blanche qui, vue au microscope, 
est composée de fragments cristallins absolument défigurés. 

La pierre spéculaire, ainsi réduite en poudre et passée au tamis de 
soie, mise ensuite dans un chaudron de fer, sur le feu, acquiert, par 
un degré de chaleur assez doux, plusieurs propriétés des liquides; elle 

' Lapin tptcularù l'iitâi agricola'. Ilyp- gypiea cuneiformi*. (Linn. III.) — * .tf«». 
**m lamtllu rhomboidalibut peltueidum. Acad. de* Science*, année 1719. p. 90. 
(W. Su.) 6>/mm iWntiW. Selenile* »pa/W 

m. i5 



1H MÉMOIRES DE LAVOJSIER. 

se met de niveau comme eux; comme eux, elle offre très-peu de résis- 
tance aux corps qu'on y plonge; quelquefois même on voit à sa sur- 
face un mouvement semblable à celui de l'eau qui bouillonne. Ce 
mouvement n'est point occasionné, comme on pourrait le penser d'a- 
bord, par des particules d'air dilaté qui s'en échappent. La cause de re 
phénomène sera développée dans la suite de ce mémoire'. 

Pendant toute cette opération, on voit s'élever de la matière une 
vapeur, une fumée légère: mais peu à peu, a mesure que la chaleur 
augmente, on la voit diminuer, puis cesser enfin tout à fait; en même 
temps le fond du chaudron commence obscurément à rougir; cette flui- 
dité apparente diminue; la matière ne cherche plus de niveau comme 
auparavant, elle devient plus lourde, plus difficile à remuer. 

\ ces signes, qui ne sont pas difliriles à saisir, retirez le chaudron 
du feu; il a acquis précisément le degré de calcination nécessaire pour 
être employé à la sculpture et dans les bâtiments. Si les petits cris- 
laux qu'on a mis à calciner étaient réguliers, ils ont conservé, la 
plupart, leur forme et leur figure; ils ont seulement perdu toute leur 
transparence; ils sont aussi beaucoup plus friables: de sorte que, pour 
peu qu'on les frotte avec les doigts, ils se réduisent en une poussière 
très-line, irrégulière et un peu rude au toucher. 

Que de nouvelles propriétés la pierre spéculaire vient d acquérir en 
un instant! Une heure d'un degré de feu peu supérieur à l'eau bouillante 
semble avoir changé sa nature; ce corps, qui n'avait qu'une faible 
analogie avec l'eau, maintenant mêlé avec elle, s'en saisit avec avidité, 
s'y unit et forme une masse dont la dureté surpasse celle de la plupart 
de nos pierres. Quelle est donc la cause d'un changement si subit? Le 
feu a— t.— il formé quelque nouveau sel? S'est-il opéré quelque décom- 
position , quelque combinaison nouvelle? Rien de tout cela n'est arrivé. 
Le plâtre est tel qu'il était auparavant; il a seulement perdu son eau 
de cristallisation : si on la lui rend, il la reprend avec avidité, il recris- 
tallise avec elle. 

' Si la pierre spéculaire, n'a pas été mise tout différents; elle décrépite sur le feu et 
en poussière très-fine . on o des phénomènes n'acquiert pas de fluidité sensible. 



ANALYSE Dl GYPSE. 115 

Cette explication n'est pas seulement une conjecture, elle sera dé- 
montrée dans la suite de ce travail. Mais, avant que d'entrer dans le 
détail des expériences qui me serviront de preuves, je vais passer tout 
de suite à l'analyse du gypse; l'intelligence de ce que j'ai à dire en 
deviendra plus facile. Je me hâte donc d'entrer en matière. Si le gypse 
est susceptible de perdre et de reprendre son eau de cristallisation , le 
gypse est donc un sel? C'est ce que je vais démoutrer. 

J'entends, avec tous les chimistes, par un sel, une substance capable 
d une union avec l'eau, qui a la propriété de s'y dissoudre, qui, privée 
de cette même eau par l'évnporation , se remontre de nouveau sous une 
forme saline presque toujours régulière, et propre à chaque sel. La 
pierre spéculairc, et, en générai, le gypse, a toutes ces propriétés; 
calciné ou non calciné, il se dissout en totalité dans l'eau. Cette même 
eau, lentement évaporée, donne des cristaux réguliers. 

Pour savoir précisément combien il fallait de parties d'eau pour eu 
dissoudre une de gypse, j'ai mis sur un filtre de toile bien lavée, six 
onces de pierre spéculaire exactement pilée, et passée au tamis; j'y ai 
fait passer, ta pintes à îa pintes, de l'eau de rivière, qui était alors 
très-pure; j'avais même soin de la repasser plusieurs fois afin qu'elle 
tût chargée de sel autant qu'd était possible. Cette eau , pesée avec 
l'aréomètre de Homberg, se trouvait à peu près augmentée de ± de 
son poids. A chaque fois que j'en repassais de nouvelle, je voyais la 
matière sensiblement diminuer; enfin, à la 92 e pinte, tout était dissous; 
il ne restait absolument rien sur le fdtre. 

Si l'on divise les 6 onces de pierre spéculaire que j'ai employées par 
le nombre de pintes qu'il a fallu pour les dissoudre, on trouvera que 
chaque pinte d'eau s'est chargée de 37 grains de matière saline, ou, 
ce qui est la même chose, qu'il faut environ 5oo parties d'eau pour 
en dissoudre une de pierre spéculaire; cette expérience, plusieurs fois 
répétée, m'a toujours donné, à très-peu de chose près, le même 
résultat. 

J'ai eu le même succès avec le gypse calciné, c'est-à-dire avec le 
plâtre; l'eau s'est chargée d'une pareille quantité de sel. Je suis par- 
ti. 



116 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

venu aussi à dissoudre la totalité , avec cette différence, cependant , que 
j'ai été obligé d'employer une plus grande quantité d'eau pour dis- 
soudre le plâtre que je n'en avais employé pour le gypse; non pas, 
comme je l'ai dit, qu'elle se chargeât d'une plus grande quantité de 
sel, mais parce qu'à poids égal le plâtre contient plus de matière saline 
que le gypse, puisqu'il a l'eau de cristallisation de moins 1 . 

Après avoir ainsi dissous le plâtre dans l'eau et l'en avoir chargé autant 
qu'il était possible, j'en ai mis u6 pintes à évaporer au bain de sable dans 
un grand vase de verre; j'ai entretenu, par le moyen d'un feu de lampe 
bien ménagé, la chaleur à 3o° du thermomètre de M. de Réaumur, c est- 
a-dire à peu près telle qu'on l'éprouve dans les jours les plus chauds 
de l'été; au bout de quelques jours, il s'est formé, à la surface de la 
liqueur, une pellicule très-légère qui a augmenté peu à peu jusqu'à la 
fin de l'opération; cependant elle était encore si mince que je ne sau- 
rais mieux en donner une idée qu'en la comparant à une feuille de pain 
a chanter (sic). 

Cette pellicule séchée était lisse dans sa partie supérieure; celle, 
au contraire, qui regardait le fond du vase, était hérissée de petits 
cristaux extrêmement fins, qui, à la lumière, paraissaient autant de 
petites pointes de diamants. Le fond et les côtés du vase étaient tapis- 
sés d une pellicule toute semblable , appliquée contre les parois du verre , 
et qu'on pouvait facilement en séparer; cette pellicule était pareille- 
ment hérissée de petits cristaux du côté qui regardait l'intérieur du 
vase l . 

Malgré la lenteur de l'évaporation, malgré la quantité d'eau que 
j'avais employée, ces cristaux étaient encore si petits, que ce n'était 
qu'à l'aide du microscope qu'on pouvait en distinguer la figure; c'étaient 
de petits parallélipipèdes réguliers, la plupart allongés, mêlés de quel- 
ques triangles isocèles tronqués, précisément comme je l'avais observé 

1 Toute» ces solutions de sel onl été faites * La solubilité du gypse était déjà connue, 

à l'eau froide, par une température supé- (Note de M. Monligny, commissaire de l'A- 

rienre de quelques degrés à celle des caves cadémic pour ce mémoire. — Voyez la note 

de l'Observatoire. à la lin de ce mémoire. ) 



Digitized by Google 



ANALYSE DU GYPSE. 117 

dans la pierre spéculaire grossièrement pilée. Toute la pellicule, exa- 
minée avec attention, était composée de ces cristaux. 

D'après ces expériences, il était bien démontré que le gypse était un 
sel; bien plus, avant et après la calcination, même poussée à la der- 
nière violence du feu, il ne faisait aucune effervescence, ni avec les 
acides, ni avec les alcalis; je m'en étais souvent assuré par des expé- 
riences : c'était donc un sel neutre; son analyse se réduisait donc, pour 
ainsi dire, à l'opération la plus ordinaire et, communément, la plus 
simple de toute la chimie. 

Tout sel est composé de deux parties, d'un acide et d'une base. Pour 
m'assurer de la nature de l'acide que je présumais, comme il était 
naturel de le faire, être celui du vitriol, j'ai mis dans un creuset de 
la pierre spéculaire calcinée avec de la poudre de charbon. Sitôt que 
les matières ont commencé à rougir, le couvercle du creuset s'est trouvé 
entouré d'une petite flamme bleue; cette même flamme, lorsqu'on le 
découvrait, occupait toute la surface de la matière, et l'on sentait une 
odeur légère d'acide sulfureux volatil. Lorsque la matière, ainsi cal- 
cinée, a été refroidie, j'y ai versé un acide; aussitôt il s'est dégagé une 
odeur d'oeufs pourris, qu'il .était facile de reconnaître pour celle du 
foie de soufre. J'ai refait le même mélange de plâtre et de charbon, en 
v joignant de l'alcali Bxe : il en est résulté un véritable foie de soufre. 

Ces deux expériences suffisent pour démontrer que l'acide du gypse 
est le même que celui des pyrites martiales, celui de l'alun et celui du 
soufre; c'est-à-dire l'acide vilriolique, puisque lui seul dans la nature, 
uni a la matière du feu , est capable de faire le soufre et l'acide sulfu- 
reux volatil. 

Pour démontrer la nature de la base, j'ai fait dissoudre la pierre 
spéculaire dans l'eau; j'y ai ensuite versé goutte à goutte un alcali 
fixe très-pur, en deliquium; aussitôt l'acide vilriolique a quitté sa base 
pour s'unir à l'alcali fixe et former avec lui un tartre vitriolé. En même 
temps la liqueur s'est troublée, il s'est fait un précipité blanc, qui. 
lavé et édulcoré, était une terre calcaire très-pure, semblable à la 
craie. Gomme elle, elle se réduisait en chaux vive par la calcination: 



118 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

comme elle, unie à l'esprit <lo nitre, elle fournit une eau mère de 
salpêtre qui, évaporée, donnait un sel déliquescent l , 

La pierre spéeulaire est si peu soluble dans l'eau, qu'il est fort dif- 
licile d'avoir, par cette voie, assez de terre calcaire et de tartre vitriolé 
pour les soumettre à des expériences; il faudrait employer une quan- 
tité d'eau prodigieuse, et les vases de verre ou de grès, les seuls qu'on 
doive employer dans les expériences, ne pourraient jamais en contenir 
un volume assez considérable. 

Pour remédier à cet inconvénient, j'ai eu recours au moyen suivant : 
j'ai mis de la pierre spéculaire pilée sur un lillre bien lavé; j'ai fait 
passer dessus une dissolution d'alcali fixe étendue d'une grande quan- 
tité d'eau. Dès la première fois, elle avait perdu de sou goût lixiviel, 
et, par des cohobations répétées, je suis parvenu à le neutraliser entiè- 
rement. 

D'un côté, cette eau lentement évaporée m'a donné des cristaux 
très-réguliers, en aiguilles à six faces, terminées en pointe de diamants; 
en un mot, de véritable tartre vitriolé; de l'autre, au lieu de la pierre 
spéculaire que j'avais mise sur le filtre, je n'ai trouvé qu'une terre 
calcaire, mêlée seulement d'un peu de sélénite; l'acide vitriolique qui 
la neutralisait l'avait abandonnée pour s'unir à l'alcali fixe. 

Il ne suffisait pas d'avoir décomposé le gypse, d'avoir montré sépa- 
rément les mixtes qui le composent, d'avoir démontré qu'il était 
formé par l'union de l'acide vilriolique avec une terre calcaire , en 
un mol que le gypse n'était autre que de la sélénite; il fallait encore 
prendre les matériaux qu'emploie la nature, recomposer de toute pièce 
un nouveau gypse qui produisît les mêmes effets, qui donnât les mêmes 
phénomènes. 

J'ai donc pris de l'acide vilriolique concentré, dont le poids était à 
peu de chose près double de celui de l'eau, et de la pureté duquel 
j'étais par conséquent sûr; je l'ai étendu dans de l'eau jusqu'à ce que. 



' On savait déjà que la pierre spéculaire, 
le gypse, plusieurs stalactites et incrusta- 
tions sont composés d acide vitriolique uni 



à une base terreuse, et que ces matières 
sont solubles dans leau. (Note de M. Mon- 



ANALYSE DU GYPSE. 119 

étant goôté, il ne fit plus sentir qu'une acidité agréable; j'y ai ensuite 
jeté peu à peu de la craie en poudre très-fine, jusqu'à ce qu'il ne se 
fit plus d'effervescence, et que je nie fusse assuré, par le moyen du 
sirop de violettes et par les autres expériences ordinaires, que j'avais 
attrapé le point exact de saturation. Dans cette expérience, que j'ai plu- 
sieurs fois répétée, j'ai toujours employé à peu près parties égales d'aride 
vitriolique et de craie. 

La plus grande partie de la sélénite que je venais de former était 
dissoute dans l'eau; quelque peu était tombé au fond du vase sous la 
ligure d'une pulpe blanche. J'ai filtré exactement l'eau surnageante : 
j'en ai mis j 5 pintes à évaporer au feu de lampe. Au bout de quel- 
ques jours, il s'est formé , à la surface de la liqueur et sur les parois inté- 
rieures du vase, une pellicule ou feuillet, précisément comme il élail 
arrivé dans la cristallisation de la pierre spéeulaire. Sitôt que l'évapo- 
ration a été finie et que les cristaux ont été secs, mon premier soin a 
été de les examiner à la loupe et au microscope. Je m'attendais a les 
trouver composés, comme ceux du plâtre, de parallélipipèdes et de 
triangles; mais je fus fort étonné lorsque je trouvai à la place de petits 
cristaux en colonnes à six pans terminées par six facettes, semblables 
à ceux du tartre vitriolé ou aux petites aiguilles du cristal de roche 
qu'on trouve fréquemment dans les pays de montagnes '. Cette diffé- 
rence commençait à m'inquiéter d'autant plus qu'ayant recommencé 
plusieurs fois levaporation , j'avais toujours eu le même résultat. 
Cependant, à force d'expériences et de réflexions, je suis enfin par- 
venu à rendre raison de cette différence; et cette même expérience, 
qui m'avait déconcerté d'abord, s'est trouvée précisément celle qui 
m'a conduit à l'explication d'une infinité de phénomènes qu'on observe 
dans le règne minéral, et notamment à la cause des différentes formes 
sous lesquelles le gypse se présente dans la nature. Ce détail serait 

1 Tous les chimistes qui ont parlé jus- n'est pas étonnant; a moins d'avoir ••mplové 

qu'ici de* cristaux de la sélénite ont ignoré beaucoup d'eau dans les opérations, il .«st 

sa véritable figure ; ils ont décrit I assemblage impossible de l<*s apercevoir, 
des cristaux pour le cristal lui-même; cela 



120 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

déplacé ici, il sera le sujet du prochain mémoire que j'ai annoncé 
plus haut. 

Au reste, malgré la différence des cristaux, cette sélénite n'en est pas 
' moins un véritable gypse. Pilée et placée sur le feu, elle prend le 
caractère de la fluidité, elle paraît bouillonner, et, par une calcination 
bien ménagée, elle acquiert la propriété de prendre corps avec l'eau, 
comme ferait le plâtre le plus parfait. H est inutile d'entrer ici dans le 
détail des opérations que j'ai faites sur ce gypse artificiel; il me suffira 
de dire que toutes les expériences que je donne sur la pierre spécu- 
laire, répétées sur la sélénite, m'ont toujours donné le même résultat. 
Après avoir donné le complément de la démonstration chimique, la 
décomposition du gypse et sa recomposition, il me reste à parier de 
quelques phénomènes dont l'explication deviendra facile d'après ce 
qui vient d'être dit. 

J'ai annoncé plus haut que l'endurcissement du plâtre avec l'eau 
n'était autre chose qu'une véritable cristallisation; que le gypse, privé 
d'eau par le feu, la reprenait avec avidité, et cristallisait de nouveau. 
<lette explication sera complètement démontrée si je fais voir qu'il 
m'est possible d'enlever au plâtre ou de lui donner à volonté la pro- 
priété de prendre corps avec l'eau, suivant que je lui ôte ou lui rends 
sou eau de cristallisation. 

Je prends du plâtre calciné, comme il a été dit ci-dessus, et qui se 
durcit promptement avec l'eau ; je le jette à grande eau dans une ter- 
rine ou dans un grand vase; chaque molécule de plâtre, en traver- 
sant la liqueur, reprend son eau de cristallisation , et tombe au fond 
du vase, sous la forme de petits filets brillants, visibles seulement avec 
une forte loupe; ces filets, séchés à l'air libre ou avec le secours d'une 
■•haleur très-modérée , sont extrêmement doux et soyeux au toucher. 
Si on les porte au microscope, on s'aperçoit que ce qu'on avait pris à 
la loupe pour des filets, sont autant de parallélipipèdes extrêmement 
fins, comme ils ont été décrits plus haut, seulement beaucoup plus 
minces et beaucoup plus allongés. Le plâtre, dans cet état, n'est plus 
susceptible de prendre corps avec l'eau; mais, si on les calcine de nou- 



Digitized 



ANALYSE Di: GYPSE. • 121 

veau, ces petits cristaux reperdent leur transparence et leur eau de 
c ristallisation et deviennent un véritable plâtre, aussi parfait qu'aupa- 
ravant. On peut, de cette façon, faire successivement calciner et recris- 
talliser le plâtre jusqu'à l'infini, et, par conséquent, lui rendre à 
volonté la propriété de prendre corps avec l'eau. 

Cette expérience m'a donné l'idée d'un moyen très-simple de faire 
le plâtre plus en grand que par l'évaporation et la cristallisation ordi- 
naire; il ne serait peut-être pas même impraticable dans le pays où le 
plâtre est fort rare, et dans. lequel il est possible de se procurer de 
l'huile de vitriol à bon compte, en la tirant des pyrites. 

On prend de l'huile de vitriol qu'on étend de ao ou 3o fois son 
poids d'eau; on y jette peu à peu de la craie en poudre, par un tamis 
fin; il se fait une vive effervescence, accompagnée d une odeur péné- 
trante. On continue ainsi à ajouter de la craie jusqu'à ce qu'on ait 
atteint le point de saturation. Les premières portions de sélénite qui 
se forment se dissolvent dans la liqueur; mais, lorsqu'elle en est 
chargée autant qu'elle en est capable , elle tombe au fond du vase à 
mesure qu'elle est formée, et s'y dépose en filets cristallins extrême- 
ment fins qui, vus avec une forte loupe du microscope, sont autant de 
portious irrégulières d aiguilles à six cotés, telles que nous les avons 
décrites plus haut dans la cristallisation de la sélénite. Ces petits cris- 
taux, séchés et calcinés ensuite, deviennent un véritable plâtre, qui 
prend parfaitement corps avec l'eau '. 

Quoique, d'après ce que je viens d'exposer, il ne puisse rester aucun 
doute sur la cause de l'endurcissement du plâtre, je vais cependant 
rapporter une expérience de M. Pott que j'ai répétée, et d'après laquelle 
il ne restera plus, à ce qu'il me semble, rien à désirer sur l'explication 
de ce phénomène. 

J'ai mis dans une cornue de verre, à feu nu, au fourneau à réverbère, 
9 onces de pierre spéculaire très-fine, réduite en poudre et passée au 
tamis. J'ai échauffé lentement les vaisseaux, afin de mieux suivre les 

« 

1 Oc plâUf. fait 2. Pari», reviendrait à i5 ou «o soiu la livre. 



1*2 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

progrès de la distillation. Dès les premiers instant*, il est sorti par 
le bec de la cornue quelques gouttes d'une liqueur limpide; à mesure 
que le feu a augmenté, elle est devenue plus abondante; elle a diminué 
ensuite peu à peu vers les trois quarts de l'opération; puis elle a cessé 
tout à fait un peu avant que le fond du vaisseau eût commencé à 
rougir. Lorsque les matières ont été refroidies, j'ai désappareillé les 
vaisseaux ; j'ai trouvé, dans le récipient, a onces juste 1 d'un flegme, 
insipide, aussi pur que peut l'être de l'eau distillée; il avait seule- 
ment une légère impression de feu ou d'empyreume. J'ai plusieurs foi» 
répété celte opération, et j'ai toujours observé que cette odeur était 
d'autant moins sensible que l'on avait plus de soins pour employer 
de la pierre spéculaire pure et qui n'eût point été exposée à la pous- 
sière. Je ne doute même pas qu'avec beaucoup de précautions on ne 
pût parvenir à bannir entièrement cette odeur. 

Mon but avait été, dans cette opération, d'examiner cette vapeur 
qui s'élève du gypse pendant la calcination, de m'assurer si ce n'était 
précisément qu'un flegme; enfin s'il ne perdait, par la calcination. 
rien autre que son eau de cristallisation. Mon objet était rempli; j'avais, 
d'un c<Ué, la matière saline calcinée, de l'autre, le flegme qu'elle 
avait donné. Alors j'ai pesé séparément deux parties du plâtre, et 
une partie de cette même eau que j'en avais tirée 5 ; je les ai mêlées 
ensemble; en peu de temps le plâtre a pris corps, et la masse est 
devenue très-dure. N'est-ce pas précisément comme si je disais : la ma- 



1 J'ai toujours observé que lo pierre spé- 
culaire perdait le quart de «od poids dans 
la calcination, ou, ce qui est la même chose, 
que son ean de cristallisation faisait un 
quart de son poids. Il serait à souhaiter que 
nous eussions des eipériences précises qui 



quantité d'eau de cristallisation et de disso- 
lution propre à chaque espace de sel. 
1 Cette proportion de deui parties de 
lui- et d'une d'eau est celle qu'on ob- 



serve communément pour gâcher le plâtre. 
Il ne faut pourtant pas croire qu'il soit ca- 
pable d'eu absorber une si grande quantité; 
il n'y a que la moitié qui entre dans la com- 
binaison ; tout ce qui est superflu demeure 
interposé entre les parties. C'est cette même 
eau, qui ne s'évapore qu'a h) longue, qui 
produit une humidité dangereuse et qui 
rend malsains les bâtiments de plâtre nou- 



Digitized by Google 



ANALYSE DL GYPSE. 123 

tière saline a repris sur-le-champ cette même eau qu'elle avait perdue 
et pour laquelle elle a tant d'analogie; chaque molécule, par une cris- 
tallisation suinte, se sont unies, se sont confondues et n'ont formé 
qu'une seule masse cristalline irrégulière? 

J'ai parlé, dans le commencement de ce mémoire, d'un mouvement 
semblable au bouillonnement des liquides, qui s'exécutait dans la pierre 
spéculaire en poudre lorsqu'elle était sur le feu si l'on observe ce 
mouvemeut avec attention, on s'aperçoit que ce sont des parties fines 
du plâtre qui s'élèvent du fond du vase à la surface et qui y forment 
une espèce de petit jet ou de petite fusée. 

La cause de ce phénomène n'est pas difficile à saisir : avant que toute 
la masse ait pu s'échauffer suffisamment, les parties qui touchent im- 
médiatement les parois du vase ont déjà reçu une chaleur capable 
de leur enlever leur eau de cristallisation; alors, devenues plus lé- 
gères sans avoir changé de volume , elles sont portées naturellement 
à s'élever à la surface et à y occasionner le mouvement qu'on y ob- 
serve. 

On peut rendre ce bouillonnement plus sensible en mêlant à la pierre 
spéculaire de la poudre de charbon très-fine, dont la pesanteur spéci- 
fique e9t beaucoup moins grande. Dès que la matière est suffisamment 
échauffée, elle acquiert une fluidité beaucoup plus grande que si le 
plâtre eût été seul ; en même temps il s'exécute un mouvement consi- 
dérable dans ce faux liquide; on voit à la surface grand nombre de 
petits jets qui sont autant de petits courants par lesquels la poussière de 
charbon se sépare du plâtre, précisément comme il arriverait dans deux 
liqueurs dont la pesanteur spécifique serait différente. Peut-être ces 
expériences, suivies avec attention, auraient-elles fait naître quelques 
idées sur la cause du bouillonnement des liquides, si M. l'abbé Nollel 
n'eût pris les devants dans un excellent mémoire qu'il a donné sur 
cette matière, et n'eût mis au clair, d'une manière irrévocable, toute 
cette partie de la physique. {Mêm. Acad. 17/12, p. 57.) 

Il me reste ici une difficulté que mes expériences n'ont pu éclaircir : 
le plâtre, lorsqu'il a été trop calciné, n'a plus la même propriété; si 

«6. 



124 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

on a laissé rougir le vaisseau, il ne prend plus corps avec l'eau; mêlé 
avec elle, il ne forme plus qu'une masse friable qui se réduit très- 
facilement en poussière. 

Du plâtre parfaitement calciné, qui prenait bien corps avec l'eau, 
poussé au feu dans les vaisseaux fermés, ne m'a donné que quelques 
atonies d'eau, qu'on peut même regarder comme léro, en comparaison 
de la quantité de matière que j'avais employée; ce plâtre, quoique 
trop calciné, n'avait subi aucun changement apparent; cependant il 
ne prenait plus corps avec l'eau. 

Je pourrais hasarder ici quelques conjectures, peut-être même par- 
viendrais-je à les rendre probables; mais je les regarde comme dépla- 
cées dans un mémoire de chimie, où il n'est jamais permis de marcher 
(jue l'expérience à la main. Peut-être la suite de mon travail me don- 
nera-t-elle quelque lumière sur ce phénomène. Je ne manquerai pas 
d'insérer dans les mémoires qui doivent suivre ce que mes expériences 
m'en auront appris. 

Quelques chimistes ont annoncé que, dans la calci nation du plâtre, 
on apercevait quelquefois une matière sulfureuse qui s'enflammait. 
Cette observation ne peut être vraie que pour le plâtre calciné à feu 
couvert, comme celui de nos plâtriers; alors une portion de l'acide 
vitriolique, s'unissanl au phlogislique du charbon ou de l'huile empy- 
reumatique du bois, forme un véritable soufre. Partie de ce soufre 
s'enflamme et se dissipe; partie, s'unissanl à la partie calcaire du plâtre, 
forme un foie de soufre à base terreuse. C'est ce même foie de soufre 
qui occasionne l'odeur désagréable qui se fait sentir lorsqu'on mêle le 
plâtre avec l'eau. Au reste, on n'observe aucun de ces phénomènes 
lorsque le plâtre a été calciné dans des vaisseaux, et qu'on a eu soin 
de n'y laisser introduire aucune saleté qui puisse fournir de la matière 
charbonneuse; c'est de quoi je me suis assuré par diverses expé- 
riences. 

Je terminerai ce mémoire par quelques courtes réflexions sur ceux 
qui ont travaillé avant moi sur le gypse : M. Pott, le premier qui ait 
examiné ce corps dans des vues analytiques, après avoir rapporté dans 



Digitized by Google 



ANALYSE DU GYPSE. 125 

ia première partie de sa Lithogéognosie , plusieurs expériences, dont 
quelques-unes semblaient favoriser l'opinion de ceux qui soupçonnaient 
que la pierre à plâtre était de la sélénite, s'explique ainsi dans la 
seconde : rPour ce qui est de son origine (du gypse), j'ai bien de la 
rr peine à croire, avec Linnaeus, Walerius et quelques auteurs français. 
■ qu'il se forme, en effet, dans la terre, par l'union de l'acide vitrioliquc 
p avec la craie ou avec la chaux. « Il ajoute ensuite quelques expériences, 
par lesquelles il prétend prouver que la sélénite est différente du gypse. 
Cette différence vient, d'après ce que je pense, de ce que M. Pott ne 
s'est pas assez appliqué à chercher le point de saturation dans les com- 
binaisons qu'il a faites de l'acide vitriolique avec la terre calcaire. Il 
n'a pas fallu d'autre cause pour empêcher le succès de ses expé- 
riences. 

Depuis l'ouvrage de M. Pott qu'on vient de citer, M. Cromsted, dans 
les Mémoires de f Académie tTVpsal, a donné sur la même matière des 
expériences exactes et faites dans de bonnes vues chimiques; il a fait 
une sélénite exactement saturée qui, calcinée, prenait corps avec 
l'eau; il a aussi uni le gypse à la poussière du charbon, et il a eu, par 
le feu, du foie de soufre et de l'acide sulfureux volatil. 

J'ai été un peu plus loin qu'eux, puisque j'ai donné une analyse 
complète de ia pierre spéculaire, et je suis bien éloigné cependant de 
croire que j'ai épuisé ia matière; je sais, au contraire, qu'il reste une 
infinité d'expériences à tenter: l'argent, par exemple, et le mercure, 
précipités de l'acide nitreux par le gypse, présentent des phénomènes 
singuliers, dignes de l'attention des chimistes. Quelques expériences im- 
portent encore à croire qu'il est possible, par ia voie de combinaisons, 
de débarrasser, dans le gypse, l'acide vitrioliquc de sa base terreuse, 
de ie rendre libre et de l'avoir en liqueur, semblable à l'huile de vitriol 
du commerce. 

Je ne perdrai pas de vue toutes ces expériences, et si je m'aperçois 
qu'elles forment un corps trop considérable pour trouver place dans 
les mémoires que j'ai annoncés, je les donnerai séparément. J'y join- 
drai aussi par la suite quelques mémoires d'histoire naturelle sur les 



. 126 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

effets que produit la solubilité du gypse dans la nature, sur les fon- 
taines incrustantes qui en sont une suite, et dont j'espère donner une 
étiologie complète; cnGn, sur les phénomènes que doivent produire 
les eaux séléniteuses des fleuves lorsqu'elles se mêlent aux eaux salées 
de la mer. 

Je donnerai séparément chacun de ces mémoires, à mesure qu'ils 
seront achevés; ils formeront par la suite un corps d'ouvrage complet, 
qui répandra de nouvelles lumières sur l'histoire de cette partie basse 
du globe qui a été couverte par les eaux de la mer, cl que quelques 
naturalistes ont appelée la bande ou le tractu* calcaire. 



Depuis la lecture de ce mémoire, j'ai appris que M. Margraff, dans 
une dissertation qu'on trouve dans les Mémoires de /' Académie de Berlin, 
année 1750, p. ihh, avait donné, à l'occasion de différentes pierres 
qui ont la propriété de devenir lumineuses, quelques expériences sur 
la pierre spéculaire. 

Il résulte de ces expériences, premièrement, que In pierre spéculaire 
est composée d'acide vitriolique, de terre calcaire et de flegme; secon- 
dement, qu'elle a une partie soluble dans l'eau. M. Margraff ajoute 
même : rtJe ne doute pas qu'il pût s'en faire une solution entière, en 
« la faisant bouillir fortement dans une grande quantité d'eau. » 

Depuis cette dissertation, M. de Montigny, dans un mémoire sur 
les salines de la Franche-Comté, lu à l'Académie en 1763, a fait voir 
que les puits salés de Salins et de Montraorot, outre le sel marin, tien- 
nent eu solution des gypses ou sélénites gypseuses. Ces substances, ter- 
reuses en apparence, sont, d'après les expériences détaillées dans le 
mémoire, des sels vitrioliques; elles se dissolvent dans l'eau, et don- 
nent, par l'évaporation, des aiguilles cristallines et régulières 1 . Ceux 



1 Voici le passage <jui en fait mention : 
r viennent d'un blanc opaque lorsqu'on les 



irinrt sur une pelle rouge ou dans la flamme 
ndnne bougie; elles y rougissent sans se 
-fondre. Knfm, si Ion détrempe ce» subs- 



Digitized by Google 



ANALYSE DU GYPSE. 127 

qui désireront trouver un détail plus intéressant pourront recourir 
aux mémoires; ils ne peuvent que perdre en passant par une autre 
main. 



-Mm ■ - dans un peu d'eau, après les avoir 
n calcinées au creuset, elles absorbent avec 
^rapidité le fluide et prennent la dureté du 
" plâtre. C'est donc un véritable gypse, et 
"je me suis assuré qu'on pourrait en faire 
*dc très-bons enduits, si les gypses ne se 
"trouvaient pas abondamment aux environ» 
-des salines; ces gypses sont formés d'acide 
" vitriolique engagé dans une base terreuse 
-qui leur est propre; c'est la même subs- 
" tance gypsense qui forme les incrustations 
-des épines qu'on voit ai» bâtiments de 



"graduation de MontoKirot; c'est elle «pu 
"forme aussi les slalacliles qu'on aperçoit 
-en quelques endroits sous les bassins de* 
»mèmes bâtiments. .... Ces stalactites et ce* 
-incrustations calcinées prennent avec l'eau 
"la dureté des plâtres; elles sont solu- 
"bles dans l'eau bouillante avant la calcina 

"lion Il en est de même de la partie 

"terreuse qui s'accumule, s'attacbe et s'en- 
"durcit avec le sel au fond des poêles.- 
( Voyei Mémoire* de l' Académie de* Scientr* . 
1764, page 1 13.) 



128 MÉMOIRES DE LAVOISIKR. 



SUR LE GYPSE. 



DEUXIÈME MÉMOIRE. 



Il est un certain ordre qui s'observe dans les connaissances humaines 
qu'il est impossible d'intervertir, et duquel même dépend tout le succès 
de nos découvertes. C'est ainsi que la célèbre doctrine de M. Rouelle 
sur la différente quantité d'acide qui peut entrer dans la composition 
d'un même sel devait nécessairement précéder l'histoire du gypse et 
de ses variétés. Cette découverte si féconde, le plus grand pas qu'on ait 
lait depuis Stahl dans la chimie théorique, servira de base à toutes les 
étiologies qu'on trouvera dans ce mémoire. Bien plus, je ne doute pas 
qu'elle ne serve dans la suite de fondement à une inlinilé d'autres, et 
qu'elle ne dévoile à la postérité les mystères les plus impénétrables de 
la nature. 

Lorsque je donnai l'année dernière l'analyse de la pierre spéculaire, 
j'annonçai en même temps qu'elle était la première partie d'un ouvrage 
très-considérable que j'avais commencé sur toutes les substances mi- 
nérales. Depuis ce temps, un travail entrepris dans des vues d'une uti- 
lité plus prochaine et sous les auspices d'un magistrat dont le zèle pour 
le bien public, connu dans tant d'occasions, vient d'éclater encore d'une 
manière toute particulière aux yeux du public et de cette académie, 
ce travail, dis-je, avait interrompu le cours de mes expériences. Enfin, 
rendu à moi-même, je me suis Wté de les reprendre et de tenir autant 
qu'il était en moi les engagements que j'avais contractés. 

Je distingue dans la nature trois espèces principales de gypse aux- 
quelles toutes les autres peuvent se rapporter : le gypse en lilets lins. 



Digitized by Google 



SUR LE GYPSE. 129 

soyeux et brillants ', connu dans les cabinets sous le nom de gyptede la 
Chine, le gypse en colonnes à six pans, enfin le gypse composé d'élé- 
ments rhomboïdaux, autrement dit la pierre spéculaire*. Je distingue 
pareillement dans l'art trois espèces de sélénite qui répondent à ces 
trois espèces de gypse, ou plutôt qui ne sont qu'une seule et môme 
chose, la sélénite avec excès d'acide, celle dont l'acide et la base sont 
dans une juste proportion, enfin celle dans laquelle on observe une 
surabondance de terre. Nous allons examiner d'abord la formation de 
ces sels dans le laboratoire du chimiste ; nous les considérerons ensuite 
dans celui de la nature. Nous tâcherons de l'aire voir que celte variété 
qu'on observe dans les gypses n'est point l'effet du hasard, qu'elle suit 
au contraire des lois constantes et invariables, et que cet arrange- 
ment même, si bizarre en apparence, tient au système physique de la 
terre. 

Si l'on jette .peu à peu de la craie en poudre sur un acide vitriolique 
Irès-affaibli d'eau, il se fait une vive effervescence, l'acide s'unit à la 
base terreuse, et, si l'on continue jusqu'à ce qu'on ait atteint le point de 
saturation, on aura une sélénite dont partie sera dissoute dans la liqueur, 
parlic restera au fond du vase faille d'avoir assez d'eau pour rester en 
dissolution. Qu'on filtre cette eau surnageante, qu'on la fasse évaporer 
lentement, on en obtiendra des cristaux qui, vus à la loupe ou au mi- 
croscope, sont autant de colonnes à six pans, terminées par six facettes 
tout à fait semblables au tartre vitriolé ou aux cristaux de roche. Si , au 
lieu de faire la combinaison telle que je viens de la décrire, on la fait 
dans un ordre inverse , les phénomènes seront tout différents. Qu'on dé- 
laye par exemple de la craie dans de l'eau, qu'on y verse ensuite peu à 
peu un acide vitriolique affaibli et qu'on ait soin d'arrêter un peu avant 
le point exact de la saturation, on aura une sélénite avec surabondance 
de terre, dont partie, comme dans l'opération" précédente, sera dissoute 
dans la liqueur, partie sera déposée au fond du vase. L'eau surnageante 
évaporée donnera des crislaux figurés en paralléiipipèdes, précisément 

' Gyptutn êtriatum. Gypnm Jilamrniù * Gyptum lamrUu rkomboidalibus ptlluti- 

paralltlit compotttHm. ( Wall. ) dum, ( Wall. ) Lajtit tpeculari* Plinii agricole. 

mi. i- 



130 MÉMOIRES DE LWOISIER. 

semblables à ceux qu'on obtient d'une solution de pierre spéculan t'. 
Knfin, si dans l'une ou l'autre de ces opérations on outre-passe le point de 
saturation, qu'on ajoute une surabondance d'acide vitriolique, alors la 
liqueur évaporée donnera des aiguilles à six faces, très-fines et très- 
aliongécs, brillantes et soyeuses, lesquelles, lavées avec plusieurs eaux 
déjà saturées de sélénite, ressemblent parfaitement à cette espèce de 
;;vpM' qu'on appelle communément gypse de la Chine. 

Voilà les trois espèces de sélénite que le chimiste peut faire dans son 
laboratoire; examinons celles de la nature : les sels sont en général 
d'autant plus solubles qu'il entre plus d'acide dans leur combinaison; 
puisque les gypses ne diffèrent entre eux que par le plus ou le moins 
d'acide, il s'ensuit qu'ils doivent être plus ou moins solubles. C'était à 
l'expérience à m'apprendre si cette différence de solubilité existait, et 
jusqu'où elle était portée. Dans cette vue, j'ai mis dans un grand vase 
deux gros de pierre spéculaire en poudre, j'ai versé dessus une certaine 
quantité d'eau que j'avais eu soin de peser exactement. J'ai ensuite agité 
le vase de temps en temps, pendant plusieurs jours, et, lorsque je me 
suis aperçu que l'eau était chargée de gypse autant qu'elle était sus- 
ceptible d'en prendre, j'en ai ajouté de nouvelle et j'ai continué de cette 
manière jusqu'à ce que la pierre spéculaire fut absolument dissoute. 
La quantité d'eau que j'avais employée dans cette expérience s'est trouvée 
de 7 livres y onces, d'où il résulte qu'il faut 67G parties d'eau pour en 
dissoudre une de pierre spéculaire. 

J'ai répété la même expérience avec la même exactitude sur le gypse 
eil filets, appelé vulgairement gypse de Ut Chine, et j'ai observé qu'il ne 
fallait que 6u6 parties d'eau pour en dissoudre une de ce gypse, d'où 
il suit qu'il est près d'un dixième plus soluble que la pierre spéculaire. 
Il était encore essentiel de soumettre à la même expérience le gypse 
artificiel en filets, autrement dit la sélénite avec excès d'acide. Je l'ai 
fait, et il en a résulté que sa solubilité était précisément égale à celle du 
gypse en filets formé par la nature. 

Ce que je viens d'exposer ne laisse plus aucun doute sur la nature 
des différentes espèces de gyps,e cristallisé. Il ne sera pas d'après cela 



Digitized by Google 



SUR LE GYPSE. 131 

difficile au naturaliste de les arranger par une méthode sûre, et de dis- 
tinguer tout d'un coup à quelle espèce de sélénite on doit les rapporter. 
Il n'en est pas de même des différentes espèces de gypse qui se trouvent 
en masse, telles que les pierres à plâtre. L'irrégularité de leur cristal- 
lisation ne permet pas de discerner avec certitude la figure des éléments 
qui les composent. Celle à qui les naturalistes allemands ont donné 
improprement le nom d'albâtre est celle de toutes dont le grain fin et 
serré se dérobe le plus à nos yeux. Pour savoir précisément quelle 
était sa nature, j'ai pris s gros de cette espèce de gypse, qui m'avait 
été envoyé des environs de Bourbonne-les-Bains; je l'ai soumis à la 
même expérience que j'ai déjà citée plusieurs fois, et je me suis assuré 
que la quantité d'eau nécessaire pour le dissoudre était précisément 
égale à celle que j'avais employée pour la séléuite avec excès d'acide el 
pour le gypse de la Chine. 

J'ai encore répété cette même expérience sur différents autres albas- 
trites, et il en a résulté que tous n'étaient pas également solubles; que 
ceux, par exemple, dont le grain était très-fin, très-serré, ne deman- 
daient pas plus d'eau pour être dissous que le gypse en filets, tandis 
que ceux dont les particules étaient plus grossières en exigeaient un peu 
davantage ; d'où l'on peut conclure que ces derniers ne contiennent pas 
une si grande quantité d'acide dans leur combinaison, que toutes les 
parties qui les composent ne sont pas également saturées. Il serait trop 
long d'entrer dans le détail de la solubilité de tous les gypses que j'ai 
employés dans mes expériences; je me suis contenté de les rassembler 
dans la table suivante, où je les ai rangés par ordre de solubilité. 



'7- 



132 



MÉMOIRES DE LAVOISIER. 



TABLE 

DES DIFFÉRENTS GYPSES 
qui <m été employés dans les bxpébibnces belatives à ce 

AVEC LBUB DBGBB DE SOLUBILITÉ. 



Wall. — Gypnm 



forme. Scbkbchkb. — Je l'appellerai 
trricrit (gypse en filets soyeux et argentins) 



CBS GYPSES 

i Par M. Gueltard 

•a 

3 Tiré» du cabinet 

do Roi 

4 Par M. Rouelle . . 
» Par M. Brûlé. . . . 

Par M. Guetlard. 

8 Idem 



TOUS DES ENDROITS 
■àftttl 



Prèa Gognac, en Angoumois. 
Lui, dan9 le Bigorre 



Sans nom d'endroit. 



Idem. 



Birte, en Pologne 

Bené-la-VUle. prèa Maçon. 
Saùit-Jean-d'Angely 



VARIÉTÉS 



Il est gris argent. 



XOMIIRE 



4*6 

4a6 

496 

4o6 
4«6 
435 



Digitiz'ed by Google 



SUR LE GYPSE. 



133 



TABLE 

DES DIFFÉRENTS GYPSES 
QUI ONT ÉTÉ EMPLOYES DAN9 LES EXPÉRIENCES RELATIVES À CB MÉMOIRE, 
AVEC LEUR DEGRÉ DE SOLUBILITE. 



CES GTPSES 
Ml M 



Du Roi. . 



.. De S. A. S. M. le 
duc d'Orléans 



NOMS DIS ENDROITS 
oé iU m lra<«it. 



Lu», dans leBigorre. 



3 Idem 

h De M. Rouelle. 
B De M. Bnilé. . 

6 De S. A. S. M. le 
due d'Orléans 



Près Cognac, en Ange 
d'endroit 



VARIETES 

En filets très-tin», très- 
blancs . soyeux el ar- 
gentins 



NOMBRE 

vu r»TIM o il 

otrtutirm 



Idem.. 
Idem.. 
Idem.. 



7 Idem. 



g Mm. 



I Eri filets un 

Bmë-la-Ville.prèsMàeon.. 

lins, moins soyeux 

( que les précédents, 



Soinl-Jean-d'Angdy Idem. . 



Bine, en Pologne j tf» 

) gris soyeux 



10 



DeM.de Jumicu. 



Dax. 



Vosges. 



En lilels blancs . beau- 
coup moins fins, beau 
coup moins soyeux 
que les 



,très 



- 



134 



MÉMOIRES DE LAVOI8IEB. 



TABLE 

DES DIFFÉRENTS GVPSKS 
QOI ONT ÉTÉ EMPLOïÉS DA.\S LES BXPÉRIE1VCBS RELATrVBS À 
AVEC LEUR DEGRÉ DB SOLUBILITÉ. 



ALBATRE filPSF.l'X. — Pteudo alabattrum «ut alabattritft; alabaslrum duriu* , 
Wall. — (lypteu* informù, tublilù, nitorrm tuiumrtu. 



ci ili m (rotitenl. 



VARIÉTÉS 
<l« m min 



■> De S. A. S. M. le 
dur d'Orléans. ) 



Environs de Uourbonne-les-j D'un grain fin et serré , 



En 



I 



Bains, en Champagne. . . I d'un blanc wil 

PI un blanc, cl prenant 
un plus beau poli que 
le précèdent 



:t De M. Kmiellc. . 



Des 

de France . 



'. Ile S. A. S. M. le 



Du ruisseau des Veaux, en 



D'un grain moin» fin 
que les précédents. . . 

Très-blanc, mais d'un 
plus 



i J iu/ ! Normandie, où il avait été< ^ r< " D encor ® *~ 
duc d Orléans 1 j grossier que le pré- 



I 



SOMME 

»m KIT. •> rut 



h a fi 



438 



445 



pv» souvint aussi an 



Des plâtrières des < 
Paris 



idej En 



Des glaises des environs de 
Paris 



. i 



I 



En cristaux rhomboi- 
daux très-réguliers. . 



«76 
4 7 6 



Digitized by Goo'gle 



SUR LE GYPSE. 135 

Il ne suffit pas d'avoir fait voir quelle était la cause de la différence 
qu'on observe dans les gypses; d'avoir montré qu'elle était due à la 
différente quantité d'acide qui entre dans leur composition. Jetons main- 
tenant un coup d'œil général sur toute la nature; examinons la dispo- 
sition, l'arrangement de ces mêmes gypses, et tachons de faire sentir 
combien l'analyse des substances minérales peut répandre de lumière 
sur l'histoire de la nature ; comment même elle doit nécessairement nous 
conduire un jour à une théorie démontrée îles changements arrivés au 
globe. 

Qu'on parcoure cette partie du continent où la bande calcaire touche 
le pied des montagnes, où l'acide vitriolique est abondant, où les glaises 
en contiennent une énorme quantité 1 , on s'apercevra que les gypses > 
sont toujours eu filets, ou dans l'étal des faux albâtres, c'est-à-dire avec 
excès d'acide. 11 en est de même des montagnes elles-mêmes, les sta- 
lactites gypseuses qu'on y trouve, les cristaux qui se rencontrent dans 
les glaises sont tous dans le même cas; car la Suède, la Suisse, une 
partie de l'Allemagne fournissent une preuve incontestable de ce que 
j'avance. Les gypses albastrites, les gypses striés ne sont nulle pari 
aussi communs ; or, tout le monde sait combien ces pays sont riches 
en mines; ils appartiennent, par conséquent, à In bande schisteuse de 
>M. Gueltard, à l'ancienne terre de M. Rouelle. 

Mais sans nous arrêter à ces pays, sur lesquels il ne m'a pas été 
possible de rassembler un assez grand nombre d'observations, jetons 
les yeux sur la table que j'ai exposée précédemment, et examinons les 
différents lieux où se trouvent les gypses striés et les faux albâtres dont 
j'ai fait usage dans mes expériences. 

La première espèce est de Lus dans le Bigorre, c'est-à-dire du pied 
des Pyrénées. 



' I*» chimistes savent bien que le» glaises 
ne contiennent pas toute» autant «l'acide 
wtriolique le» unes que le» autres. Daus les 
environs île Paris on est oblige" d'employer 
jusqu'à douze prties d'argile pour en dé- 



composer une de nilre ou de sel marin ; dan- 
le» pays de montagne, au contraire, on en 
emploie une beaucoup moindre quantité, 
ainsi qu'il rt'-sulte de» calculs de Viganns. 



13f» MÉMOIRES DK LAVOISIER. 

La seconde est de Saint-Domingue, île qu'on sait être poui 1 la plus 
grande partie composée de montagnes très-élevées, où l'on trouve, au 
rapport des voyageurs, du talc, des cristaux de roche, même des mines; 
en un mot tout ce qui caractérise les montagnes. La pierre calcaire 
même y est si rare qu'on est obligé d'employer pour faire de la chaux 
des masses de madrépores qu'on tire du fond de la mer, le long de la 
côte. 

La troisième est de près Cognac en Angoumois. On peut voir, dans 
la carte minéralogique de M. Gucttard', la position de ce pays. Il est 
placé dans la bande schisteuse et est environné des pierres et des mines 
qui appartiennent aux montagnes. 

La sixième est de Berzé-la-Villc, à deux lieues de Mâcon, c'est-à-dire 
dans un pavs de marbres. Or les marbres, suivant la carte miné- 
ralogique que j'ai déjà citée, se trouvent toujours fort près des mon- 
tagnes. 

La septième est de Saint-Jcan-d'Angcly , dans la Saintonge, pays tout 
composé de schistes et de granits. 

La neuvième est de Dax, célèbre par la fontaine minérale chaude 
qu'on y rencontre. On sait encore, par les observations de M. Guettard. 
que les sources chaudes avoisiueut les montagnes. Sa carte minéralo- 
gique en contient un grand nombre d'exemples, et je n'y connais pas 
•l'exception. 

La dixième est des Vosges, montagnes qu'on sait, par les observations 
île M. l'abbé Chappe, être toutes composées de quarti, de schiste et de 
granits. 

Outre ces dillérenLs endroits, les minéralogistes en citent beaucoup 
d autres où se trouve cette môme espèce de gypse. On en rencontre en 
Kspagne, dans le voisinage des Pyrénées; à Copcrberg en Dalécarlie. 
pays dont la richesse en mines de cuivre est assez connue; à léna en 
Thuringe, sur la rivière de Sala; à Vernsheim, dans le Haut-llhin; a 
Vendenheim, à six lieues de Strasbourg. Ce que je dis des gypses en 

Mrm. Ht VAcaA. 17M, p. i.V- 



Digitized by Google 



SUR LE GYPSE. 137 

lilets, on peut le dire également des albâtres gypscux. Celui de Bour- 
bonne-les-Bains, celui de Bologne, ceux des provinces méridionales de 
France, ceux d'Allemagne, de Suède, de Suisse, se trouvent tous à 
l'extrémité de la bande calcaire, au pied des montagnes. 

Lorsque, au contraire, on s'éloigne de ces mêmes montagnes, qu'on 
s'avance dans cette partie basse du globe' où la mer paraît avoir sé- 
journé pendant des siècles, où l'on trouve les masses immenses de co- 
quilles et de corps marins qui ont été formés et nourris dans son sein ; 
alors toute la nature change de face, l'acide vitriolique disparaît, les 
glaises n'en contiennent plus que des atomes; souvent même elles sont 
mêlées de parties calcaires et font effervescence avec les acides. Le gypse, 
dans cette partie de la terre, suit aussi les mêmes lois; il participe aux 
mêmes changements. A peine la terre calcaire qui lui sert de base 
a-t-elle pu trouver assez d'acide pour la saturer; ou si même, par quel- 
ques circonstances dans le temps de la combinaison, elle en avait pu 
prendre nn excès, ce gypse, par le laps des temps, aurait été décomposé 
par de nouvelle terre. Tel est à peu près l'état de cette masse immense 
de gypse de plus de trente lieues de longueur, qui prend son origine 
dans le haut de la Brie, qui traverse toute l'Ile-de-France, compose une 
partie des environs de Paris, et, suivant la direction du couchant, un 
peu inclinant vers le nord, va se perdre à l'entrée du Vexin français. 
Cette masse ne contient ni faux albâtre ni gypse en filets; elle ne sau- 
rait même en contenir. Partout elle est, ou dans un état de saturation 
parfaite, ou avec une surabondance de craie. 

De là la raison pour laquelle la pierre spéculaire est si commune 
dans toute l'étendue de cette masse; la formation de cette pierre, qui 



1 Ce n'est point au hasard que j'avance 
ici que la bande calcaire de M. Guettant . le 
tractus calcaire de M. Rouelln. compose la 
partie basse du globe; je m'en nuis déjà as- 
suré par une suite de nivellements que j'ai 
faits eu France , en partie sous les yeux de 
M. Gueltard, et pour lesquels j'ai été en re- 
lation avec M. I abbé Chappe de cette aca- 

iii. 



demie. Je rendrai compte un jour au public 
de ce travail . qui demande pour être complet 
des voyages et des observations sans nombre. 
Je ne doute pas qu'on n'en puisse tirer des 
conséquences de la plus grande importance 
pour l'histoire naturelle et pour la physique 
de la terre. 



1X8 MÉMOIRES DE LAVOISIKH. 

n'est autre chose qu'une stalactite de gypse, est extrêmement intéres- 
sante pour le chimiste et pour le naturaliste. A portée de la suivre 
par le grand nombre de plâtrières qui environnent cette capitale, je 
me suis attaché à l'observer avec soin, je suis enfin parvenu à en 
compléter l'histoire et à faire une étiologie démontrée de sa for- 
mation. 

La masse de gypse des environs est divisée en deux par un banc ho- 
rizontal de marne de plusieurs pieds d'épaisseur. Cette marne est abso- 
lument calcaire et se dissout presque entièrement dans les acides. C'est 
précisément dans ce banc et surtout dans sa partie supérieure que se 
trouvent les pierres spéculaires; elles sont en cristaux cunéiformes dont 
la pointe même lient souvent au banc de gypse supérieur. Cette dis- 
position s'observe dans toutes les plâtrières; on peut s'en assurer eu 
débarrassant peu à peu les cristaux de la marne qui les environne. Ou 
les voit alors, comme je viens de le dire , attachées par la pointe au ro- 
cher de gypse dont elles sont les stalactites. On peut voir des pierres 
spéculaires ainsi pendantes dans une plâtrière abandonnée qui se trouve 
dans le parc du château de Charonne. Les eaux ont peu à peu emporté 
la marne qui les environnait, et semblent les avoir ainsi découvertes 
pour le naturaliste. Examinons maintenant ce qu'on peut conclure de 
cette disposition. 

Lorsque par le laps des temps l'eau est parvenue à s'insinuer à travers 
le banc de glaise qui recouvre les gypses et qui les conserve, elle s'in- 
filtre peu à peu et, passant à travers les bancs de pierre à plâtre, elle 
en dissout autant qu'elle est capable d'en dissoudre. Les parties qui ont 
le plus d'acide dans leur composition étant en même temps les plus so- 
lubles, ce sont elles dont l'eau se charge par préférence. Enfin lors- 
que, après avoir traversé toute la partie supérieure de la masse, elle 
parvient au banc de marne sur lequel elle repose, alors il se fait une 
combinaison nouvelle; l'acide vitriolique se charge d'une surabondance 
de terre, il se forme une sélénile avec le moins d'acide possible. Alors 
ce nouveau sel, moins soluble que le premier, ne trouvant plus assez 
d'eau pour rester en dissolution , cristallise sur-le-champ, et par des ad- 



Digitized by Google 



SUR LE GYPSE. 139 

ditions successives, les parallélipipèdes, qui sont les premiers éléments 
de la cristallisation, s'accroissent, se groupent et forment ainsi les cris- 
taux cunéiformes, sous la figure desquels la pierre spéculaire se pré- 
sente à nos yeux. 

Il suit de ce que je viens d'exposer que la quantité de pierre spécu- 
laire doit continuellement augmenter dans le banc de marne où elle se 
forme, et c'est précisément ce qu'on observe dans les bancs supérieurs 
à celui-ci. Comme ils étaient plus près de la surface, l'eau y a pénétré 
avec plus de facilité, et est parvenue à la convertir en totalité eu une 
masse composée de cristaux irréguliers de pierre spéculaire, et c'est 
à cette masse que les ouvriers donnent le nom de grignard ou de 

Cette formation de la pierre spéculaire, que j'ai suivie avec soin et 
que j'ai vue s'exécuter sous mes yeux, m'a dévoilé, si je ne me trompe, 
la marche de la nature dans la formation des autres stalactites. Les tra- 
vaux que j'ai entrepris sur cet objet seront longs et pénibles, tant à 
cause des variétés sans nombre des stalactites et des spaths, qu'à cause 
de quelques difficultés qui se rencontrent dans leur examen, et dont je 
rendrai compte un jour. 

La pierre spéculaire, au surplus, n'est pas toujours dans l'état de 
stalactite; on la rencontre souvent dans les glaises de l'intérieur de la 
bande calcaire, et les environs de Paris en abondent. Elle n'a plus alors 
cette figure cunéiforme qui ne lui était qu'accidentelle, et qu'elle ne 
devait qu'aux circonstances de sa formation. Elle est en parallélipipèdes 
on peu allongés, et cette figure est celle qui lui est propre. J'ai eu une 
très-grande quantité de ces cristaux de près la verrerie de Sèvres; ils 
avaient été donnés à M. Guettard par M. de Parcieux; mais je n'en ai 
trouvé nulle part d'aussi beaux, d'aussi réguliers que dans les glaises 
de la montagne de Saint-Germain-en-Laye. La magnifique coupe qu'on 
a faite auprès de cette ville pour en faciliter les abords m'a donné 
occasion de faire des observations d'histoire naturelle extrêmement in- 
téressantes, dont ce n'est pas ici le lieu de parler. Les cristaux de gypse 
que j'y ai trouvés sont de véritable pierre spéculaire; ils sont composés 

■a. 



140 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

comme elle de feuillets très-minccs; en les rompant ils se divisent en 
parallélipipèdcs toujours de plus petits en plus pelils. 

On peut conclure de ce qui a été dit jusqu'ici qu'il n'est pas égale- 
ment impossible de trouver la pierre spéculaire dans les montagnes, 
qu'il l'est de trouver le gypse avec excès d'acide au milieu de la bande 
calcaire. Le spath , en effet, se trouve quelquefois en bien grande abon- 
dance dans les montagnes, et il n'est pas rare d'en voir les galeries des 
mines entièrement tapissées. Il peut donc arriver que l'acide vitriolique, 
ne se trouvant pas en assez grande abondance pour le saturer entière- 
ment, y forme une sélénite avec surabondance de terre, autrement dit 
de la pierre spéculaire. 

Nous avons vu jusqu'ici quelles sont les richesses de la nature, avec 
quelle simplicité elle opère une si grande variété dans la Ggure des 
gvpses. L'art par des combinaisons nouvelles peut encore enchérir sur 
elle, il peut former de nouveaux gypses qui n'existent point dans le 
règne minéral. 

Non-seulement la terre calcaire saturée d'acide vitriolique peut en- 
core admettre dans sa combinaison une certaine quantité de ce même 
acide, elle peut encore prendre un excès d'acide nitreux ou d'acide 
marin. 11 résulte de cette supercombinaison un gypse en colonnes à six 
pans, bien fines, hien déliées, et au total fort peu différentes de celles 
qu'on obtient par un excès d'acide vitriolique. Le gypse n'est pas la seule 
substance saline qui puisse prendre ainsi ce que j'appelle une super- 
combinaison d'acide. Ce phénomène, au contraire, est assez commun 
dans la chimie, ainsi que je me propose de le faire voir dans la suite. 
Il en résulte un nouvel ordre de sels absolument inconnu des chimistes 
et qui peut leur fournir une nouvelle carrière d'expériences. Quoi qu'il 
en soit, il est différents moyens de faire prendre au gypse un excès 
d'acide nitreux. Qu'on prenne une eau mère de nitre, qu'on y verse 
peu à peu de l'acide vitriolique, il se fera une décomposition subite; 
l'acide vitriolique s'unira h la base terreuse; il en chassera l'acide ni- 
treux, qui alors se trouvera libre dans la liqueur. Si l'on a eu soin de 
faire cette opération à grande eau , la liqueur demeurera d'abord claire, 




SLR LE GYPSE. !U 

mais au bout de quelques heures il se cristallisera une belle sélénite 
d'un blanc éblouissant, laquelle, bien lavée avec plusieurs eaux préala- 
blement saturées de sélénite, sera douce et soyeuse au toucher; vue au 
microscope, elle est composée d'aiguilles à six faces très-fines et très- 
allongées. C'est un véritable gypse avec excès d'acide nitreux. On peut 
encore se procurer le même sel en mettant immédiatement sur la pierre 
spécutaire un acide nitreux affaibli et en faisant bouillir. L'acide ni- 
treux, en effet, dans cette expérience, dissout une très-grande quan- 
tité de gypse et, par un refroidissement lent, on obtient une sélénite 
douce, soyeuse, toute semblable à la précédente. 

C'était cette expérience que j'avais en vue lorsque j'annonçai l'année 
dernière que je présumais qu'il était possible de tirer l'acide vitriolique 
du gypse, même avec profil, et de l'avoir en liqueur. Cette dissolution 
si abondante m'en avait imposé d'abord; je m'étais persuadé que l'acide 
nitreux bouillant avait décomposé la pierre spéculaire, qu'il s'était ap- 
proprié sa base, qu'il en avait chassé l'acide vitriolique, précisément 
comme il arrive au tartre vitriolé, lorsqu'on lui fait subir la même ex- 
périence. On sait, en effet, parle mémoire de M. Baumé (et M. Rouelle, 
le cadet, l'avait déjà proposé en problème dès 1753), que l'acide ni- 
treux bouillant décompose ce sel, qu'il se forme un véritable nitre et 
que l'acide vitriolique demeure libre dans la liqueur. Quelque rapport, 
quelque ressemblance qu'il y ail, d'ailleurs, entre le tartre vitriolé et 
la sélénile. ils diffèrent essentiellement dans le résultai de cette opéra- 
tion. On parvient bien , en effet , à faire prendre, comme je l'ai déjà dit . 
A la sélénite un excès d'acide nitreux; mais on ne parvient pas à opérer 
aucune décomposition. Les expériences suivantes me paraissent le prou- 
ver sans réplique. J'ai mis dans une capsule de verre 3 onces et demie 
de pierre spéculaire en poudre; j'y ai versé une pinte d'eau et G onces 
d'esprit de nitre fort faible. J'ai fait ensuite bouillir la liqueur el le 
gypse s'est dissous; lorsque ensuite, par la continuité de l'ébullilion , je 
suis parvenu à évaporer tout le flegme, et que la matière saline, faute 
d'eau pour la dissoudre, s'est déposée au fond du vase, j'en ai pris une 
petite portion que j'ai portée au microscope, et je me suis aperçu que 



142 MÉMOIRES l)E LAVOISIER. 

c'était une sélénite en filets, un gypse avec excès d'acide nitreux. J'ai 
ainsi continué l'évaporation jusqu'à siccité, sans que la matière 
saline «il changé de nature. Or, s'il y avait eu décomposition comme 
je l'avais soupçonné, il est évident que la matière saline qui se dépo- 
sait aurait dû être un nitre à base terreuse. J'ai encore répété la même 
expérience daus une retorte, et par un feu doux; j'ai retiré la plus 
grande partie de l'acide nitreux que j'avais employé; lorsque ensuite 
la matière saline a été entièrement desséchée et qu'il ne passait plus 
rien, j'ai haussé le feu et j'ai obtenu des vapeurs rutilantes d'acide ni- 
treux : c'était précisément la petite portion qui était entrée dans la 
composition du gypse avec excès d'acide qui s'était formé dans la re- 
torte '. 

Au reste, quoique cette expérience nait pas eu tout le succès que 
j'en attendais, il n'en est pas moins possible d'avoir l'acide vitriolique 
du gypse en liqueur, et la chimie nous en fournit différents moyens. 
On sait, par exemple, qu'il est possible, au moyen des doubles rapports, 
d'enlever l'acide vitriolique à sa base pour F unir au mercure ou bien à 
l'argent; il résulte de ces deux opérations deux sels vitrioliques à base 
métallique, dont il n'est pas ditiicile de retirer 1 acide. 

Mais, indépendamment même de ces procédés dispendieux et diffi- 
ciles, il est un moyen beaucoup plus simple d'avoir l'acide vitriolique 
en bien grande abondance; en voici le procédé : on prendra quelques 
livres de gypse suffisamment calciné pour qu'il ne puisse plus prendre 
corps avec l'eau; on le mettra dans un chaudron de fer, et l'on versera 
par-dessus h à 5 livres d'eau pour une de gypse ; on échauffera le tout 
jusqu'à ce que la liqueur approche de l'ébullition, observant de remuer 
avec une spatule de fer pour empêcher que le plâtre ne se pelote et ne 
se durcisse au fond du vase, ce qu'il faut même continuer jusqu'à la fin 
de l'opération. Lorsque la liqueur sera bouillante ou prête à bouillir, 
on y versera peu à peu un alcali fixe en deliquium; on continuera 

' Ces mêmes eipénences donnent, en détail . n'ayant point eu le temps de les wmrr 
employant l'acide marin . a peu près le même avec awei d'attention, 
résultat. Je n en rendrai point iei compte en 



SUR LB GYPSE. 143 

d'ajouter ainsi de nouvel alcali jusqu'à ce qu'on s'aperçoive, soit par le 
goût, soit par quelque autre expérience, qu'on est parvenu à décomposer 
tout le gypse, qu'il ne contient plus d'acide pour neutraliser l'alcali. 
Alors on retirera le chaudron du feu; on liltrera la liqueur toute chaude 
par un filtre de toile et l'on portera à cristalliser; on obtiendra par cette 
voie une bien grande abondance de tartre vitriolé. Si on lave avec de 
nouvelle eau chaude la terre calcaire restée sur le filtre, on en retirera 
encore quelques portions de ce même sel. 

Qu'on prenne une certaine quantité de ce tartre vitriolé, qu'on y 
verse un acide nitreux affaibli de 5 ou 6 parties d'eau et qu'on fasse 
bouillir; qu'on mette ensuite à cristalliser, on obtiendra au bout de 
quelques heures un bien beau nitre en belles aiguilles. Qu'on transverse 
alors sur-le-champ la liqueur surnageant, qu'on la mette dans une 
cornue, cl qu'on distille à un degré de feu bien doux, on obtiendra 
d'abord un flegme qui contiendra une petite portion d'acide nitreux. 
Lorsqu'on s'apercevra qu'il ne passe plus rien, on haussera le feu, et, 
par un degré bien soutenu, on fera passer un acide vitriolique bien 
concentré et bien pur. 

Il resterait pour compléter ce mémoire une infinité d'expériences à 
faire que le temps ni les circonstances ne m'ont pas permis d'y joindre. 
Mon objet, par exemple, était non-seulement de donner un calcul 
exact de la quantité d'eau de solution nécessaire pour chaque espèce 
de gypse; mais encore la quantité d'eau de cristallisation et la dose 
d'acide vitriolique, propre à chacun d'eux. Je comptais encore y joindre 
des dessins exacts pour faire sentir d'une manière plus frappante la 
différence des figures que la sélénite peut prendre naturellement et 
artificiellement; enfin j'y aurais ajouté une analyse exacte des différents 
bancs qui composent la masse des environs de Paris. Il en aurait ré- 
sulté une histoire analytique complète de cette masse immense, qui ne 
manquerait pas sans doute de nous donner de nouvelles lumières sur 
l'histoire de sa formation. Les circonstances ne m'ayant pas permis de 
tarder davantage, j'ai cru que l'académie ne trouverait pas mauvais que 
je lui présentasse mes expériences dans l'état où je viens de les exposer. 



144 MÉMOIRES DE EAYOISIER. 

Je tâcherai île suppléer le plus tôt qu'il nie sera possible à ce qui manque 
à ces expériences; j'enjoindrai même aussi de nouvelles, afin d'affermir 
de plus en plus les vérités contenues dans ce mémoire. Je les regarde, 
en effet, comme le fondement, comme la base de la plupart des étio- 
logies que je donnerai dans la suite des différentes cristallisations du 
règne minéral. 



DE LA NATURE DES EAUX. 



145 



DE LA NATURE DES EAUX 

D'il NE PARTIE DE LA FRANCHE-COMTÉ, 
DE * L'ALSACE, DE LA LORRAINE, DE LA CHAMPAGNE, 
DE LA BRIE ET Dl VALOIS. 



S'il est intéressant pour la société de connaître ia nature de ces eaux 
salutaires, dont les effets surprenants ont été tant de fois célébrés dans 
les fastes de la médecine, il ne l'est pas inoins de connaître celles qui 
sont employées tous les jours pour les besoins de la vie. Ce sont d'elles, 
en effet, que dépendent la force et la santé des citoyens, et si les pre- 
mières ont quelquefois rappelé à la vie quelques tètes précieuses à 
l'État, ces dernières, en rétablissant continuellement l'ordre et l'équi- 
libre dans l'économie animale, en conservent tous les jours un beau- 
coup plus grand nombre. L'examen des eaux, proprement minérales, 
n'intéresse donc qu'une petite portion languissante de la société. Celui 
des eaux communes intéresse la société tout entière et principalement 
cette partie active dont les bras sont, en même temps, et la force et la 
richesse d'un État. 

Un voyage fait, par ordre du Gouvernement, pour un objet intéres- 
sant, dont M. Guettard ne tardera pas à rendre compte au public, m'a 
donné la facilité d'entrepr endre un travail suivi sur la nature des eaux. 

Rien de ce qui pouvait concourir au bien de la société ou à l'avan- 
cement des sciences, n'était étranger à ce voyage; et nous étions per- 
suadés que des physiciens qui voyagent ne pouvaient s'imposer une 
tâche trop pénible, qu'ils ne pouvaient embrasser un trop vaste champ, 
que leurs recherches devaient s'étendre, autant qu'il était possible, à 
toutes les parties des sciences, des arts et de l'histoire naturelle. 



»9 



146 MÉMOIRES DE LAVOI8IBR. 

Indépendamment des avantages que la société peut retirer de l'examen 
des eaux, relativement à la conservation de ses individus, il en est encore 
une infinité d'autres relatifs aux progrés de ses connaissances. Rare- 
ment il nous est permis de pénétrer dans l'intérieur de la terre. A 
l'exception des mines, des carrières et de quelques fouilles que le fie- 
soin et la nécessité ont forcé les hommes d'ouvrir, la terre est presque 
partout couverte d'une couche épaisse de décombres qui ont été char- 
riés par les eaux, et qui dérobent sa structure à nos yeux. S'il existe 
une loi constante, un rapport invariable entre la nature des terrains 
et celle des eaux qui en sortent , quel guide plus sùr pour le minéra- 
logiste «pie l'examen des eaux? N'est-ce pas un moyen de plus qu'il a 
pour deviner la nature, et tandis qu'elle travaille en secret et se cache 
soigneusement a nos yeux, les eaux qui découlent sans cesse de son 
laboratoire ne peuvent-elles pas quelquefois la trahir et nous déceler 
ses secrets? 

J'excéderais les bornes d'un mémoire si je voulais essayer de faire 
sentir toute l'importance de l'examen des eaux. L'eau, en effet, est l'a- 
gent favori de la nature; c'est elle qui tapisse l'intérieur des filons des 
mines de ces cristallisations de toute espèce qui font l'objet de notre 
admiration et l'ornement des cabinets; c'est elle qui. se filtrant à tra- 
vers les pierres les plus dures, forme le cristal et le diamant; c'est elle 
qui, combinant avec les sucs quartzeux et cristallins des dissolutions 
métalliques, forme les pierres précieuses. En un mot, les stalactites de 
toute epèce sont son ouvrage, et ce nom générique comprend cette 
suite si nombreuse de pierres qui se forment aux dépens des autres, et 
qu'on pourrait appeler du nom de parasites. Quelles lumières l'examen 
des matières que l'eau peut dissoudre et charrier avec elle ne peut-il 
pas répandre sur toute cette partie de l'histoire naturelle? Quel vaste 
champ n'ouvre-t-il pas au chimiste? 

Ces avantages sont trop frappants pour n'avoir pas été aperçus par 
tous ceux qui se sont occupés jusqu'ici d'histoire naturelle et de chimie; 
par quel hasard, cependant, à l'exception d'un petit nombre d'analyses 
bien faites, n'avons-nous presque rien sur l'histoire des eaux? L'iusul- 



Digitized by Google 



• DE LA NATURE DES EAIX. \M 

fisance et l'infidélité des moyens qu'on a employés jusqu'ici, la difficulté 
de les mettre en œuvre, l'appareil effrayant dont on a environné l'art, 
me paraissent en être les principales causes. On a souvent cherché 
dans les eaux ce qui n'y était pas, on est quelquefois parvenu à l\ 
trouver; de là ces dénominations bizarres qui n'ont aucun rapport avec 
la nature de l'eau; de là cet esprit subtil si souvent supposé dans 1rs 
eaux et si peu démontré, ce gaz si célébré qui se réduit communément 
à une petite portion des sels fixes de l'eau qui passent dans la distil- 
lation. 

Les moyens généraux d'examiner les eaux se réduisent à deux : par 
les combinaisons et par l'évaporation. Le premier de ces deux moyens 
suffit dans le plus grand nombre des cas pour nous apprendre la 
nature des sels contenus dans l'eau; mais il ne nous donne qu'une idée 
très-imparfaite de la quantité de ces mêmes sels et de la proportion 
qu'ils observent entre eux. L'évaporation a été regardée jusqu'ici connue 
un moyen plus sûr, et c'est par cette voie qu'ont procédé ceux qui 
nous ont donné ce que nous avons de plus exact en ce genre. Les Mé- 
moires de cette Académie sont pleins des recherches les plus curieuses 
en ce genre. On dirait que les hommes de génie auxquels nous sommes 
redevables de ces travaux voulaient laisser à la postérité un modèle 
de ce qu'il était possible de faire par les méthodes qu'ils avaient abus 
entre les mains. 

Cependant, il faut l'avouer, ces célèbres chimistes n'ont pas toujours 
atteint le but qu'ils s'étaient proposé. Je ferai voir dans la suite que 
des eaux minérales composées artificiellement, d'après leur analyse . 
sont souvent très-éloignées de celles de la nature; ce ne sont point les 
artistes, c'est l'art lui-même qu'il faut accuser de ces défauts. L'évapo- 
ration, qu'ils employaient avec confiance, était un moyen souvent infi- 
dèle qui les trompait, et, s'il est quelque chose de surprenant dans ce 
qu'ils nous ont donné, c'est qu'ils aient approché si près de la vérité. 

Ce n'est pas sans fondement que j'avance ici que l'évaporation peut 
induire en erreur dans l'examen des eaux. On ne saurait douter d'a- 
bord qu'une petite portion de sel ne se dissipe avec l'eau lorsqu'elle se 

'9- 



148 . 'MÉMOIRES DK LAVOISIER. 

réduit on vapeurs. Cette quantité même est absolument inappréciable: 
elle dépend de la nature des sels, de l'état de l'atmosphère, de la quan- 
tité de matière électrique répandue dans l'air, du degré de feu qu'on 
emploie, et peut-être d'un grand nombre d'autres causes qui se com- 
pliquent ensemble. Celte évaporation des sels, que je nommerai vola- 
tilisai» par la voie humide, est appuyée sur un si grand nombre de 
faits qu'il est difficile d'en douter. Je vais en rapporter quelques-uns en 
attendant que le temps me permette de compléter les expériences que 
j'ai déjà sur cet objet. 11 paraît constant que les vapeurs qui s'élèvent 
de la mer emportent avec elles une petite portion de sel marin. Les 
plantes du voisinage, même à une certaine distance du rivage, sont 
souvent couvertes d'une poussière très-fine de sel marin, assez consi- 
dérable pour se faire sentir au goût Les environs des fontaines salées, 
principalement celles qui sont chaudes ', présentent le même phéno- 
mène. Les bords de ces fontaines et l'intérieur des bâtiments qui les 
contiennent se tapissent peu à peu d'une poussière blanche qui n'est 
autre chose qu'une portion de sel que l'eau a enlevé avec elle et qu'elle 
a ainsi déposé sur les parois intérieures des murailles. Les eaux de 
pluie, de neige, de grêle, sont encore une nouvelle preuve de la vola- 
tilisation des sels par la voie humide. M. MargralTa fait voir, dans les 
expériences qu'il a données sur ces eaux, qu'elles contenaient de la 
terre calcaire et du sel marin. Or, si ces matières ont pu être enlevées 
par l'eau et transportées jusque dans la partie supérieure de l'atmosphère, 
à plus forte raison pourront-elles franchir les bords de nos vaisseaux 
évaporatoircs, quelque élevés qu'ils puissent être. 

Knfin M. Leroy, de cette Académie, guidé par les lumières de la 
plus saine physique, dans un mémoire lu a la séance publique de 
Pâques 1767, a établi, par des raisonnements très-solides, qu'une 
quantité considérable de terre pouvait passer avec l'eau dans la distil- 
lation, et que c'était une portion de cette même terre qui se séparait 
à chaque opération. Si la terre peut contracter avec l'eau une union 

1 Traité de* euitr minerait» de Bourbonne-let-Baint, par M. Bfludry, Dijon, ij'Mi, 
page 8. 



Digitized by Google 



DE LA NATURE DES EAUX. IV) 

assez intime pour se volatiliser avec elle, à plus forte raison les ma- 
tières vraiment salines, dont l'eau est le dissolvant naturel, et nui y 
tiennent quelquefois si fortement qu'on a beaucoup de peine à les en 
séparer. 

Il parait donc qu'on peut regarder comme une vérité suffisamment 
établie, que l'eau, réduite en vapeur, enlève avec elle une petite por- 
tion des sels qu'elle tenait en dissolution; mais, si l'affinité que les Bel s 
ont pour l'eau (pour me servir du terme consacré par les chimistes) 
est la cause de leur volatilisation par la voie humide, il s'ensuit qu'elle 
doit être inégale pour chaque espèce de sels; chacun d'eux, en effet, 
a plus ou moins d'affinité avec l'eau, et cette différence même a des 
limites très-étendues; l'effet de l'évaporation n'est donc pas seulement 
' de diminuer le poids total du résidu; elle change encore la proportion 
des sels qui le composent. 

Cet inconvénient n'est pas le seul qui résulte de l'évaporation : le 
mouvement du feu, quelque léger qu'on 'le suppose, décompose les 
sels dissous dans l'eau; une partie de l'acide qui entre dans leur com- 
position quitte la hase et se dissipe. Prenez de la sélénitc parfaitement 
saturée, dissolvez-la dans l'eau et faites évaporer; votre sel se rassem- 
blera en cristaux qui se grouperont irrégulièrement; ils seront si petits 
qu'ils ne seront visibles qu'à la loupe. Tout ne sera pas régulièrement 
cristallisé; il y aura une petite portion du résidu de l'évaporation qui 
sera, sous la forme d'une poudre blanche, absolument irrégulière. 
Versez sur le résidu du vinaigre distillé ou un autre acide quelconque 
affaibli, sur-le-champ il se fera une vive effervescence, et vous verrez 
avec étonnement que cette même eau, dans laquelle vous n'aviez mis 
que de la sélénitc, a laissé, par l'évaporation, une quantité assez con- 
sidérable de terre calcaire non saturée. Vous pourrez même la séparer 
et la peser. 

La terre calcaire que donnent la plupart des eaux par évaporalion 
n'y existe donc pas toujours, ou du moins elle n'y est pas à nu comme 
on le croit communément, mais dans un état de combinaison que le 
mouvement du feu a détruit. Comment concevoir, en effet, qu'une terre 



150 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

pure, telle que la craie, la magnésie et les autres qui sont analogues 
entre elles, comment concevoir, dis-je, que les terres qui sont inso- 
lubles dans l'eau, ainsi que les expériences chimiques le démontrent, 
puissent se trouver dans les eaux en aussi grande abondance qu'il paraî- 
trait en résulter de l'évaporation de quelques-unes d'entre elles? Ce 
que je viens de faire voir pour la sélénite, on peut le dire, sans doute, 
du plus -grand nombre des sels; il n'en est peut-être aucun, ceux- 
mêmes qui résistent le plus à la violence du. feu, que le mouvement de 
l'évaporation ne puisse décomposer à la longue, et cela avec d'autant 
plus de facilité qu'étant quelquefois étendus dans un très-grand volume 
• l'eau, ils ont à supporter longtemps l'action et le mouvement du feu. 

A ces défauts, qui sont inséparables de l'analyse des eaux par éva- 
poratiou, s'en joignent encore d'autres qui dépendent de l'artiste. Dans ' 
le plus grand nombre des analyses, on ne nous dit pas jusqu'à quel 
point on a desséché les sels, si c'est avec ou sans leur eau de cristalli- 
sation qu'ils ont été pesés; il peut cependant résulter de ces circons- 
tances seules une différence de moitié dans la quantité des sels. 

Ce que j'avance, au surplus, sur la difliculté de l'analyse des eaux 
minérales par les moyens ordinaires, n'a rien que de très-confonin- 
avec l'opinion des chimistes les plus célèbres. On peut cousulter à cet 
égard le Dictionnaire de chimie qu'un savant auteur nous a mis depuis 
peu entre les mains. Je vais transcrire les propres termes de cet ouvrage, 
le plus complet qui existe en chimie, quoiqu'un des moins volumi- 
neux : «Mais, malgré les efforts qu'on a faits et les peines qu'on s'est 
<r données, il semble qu'on est encore éloigné d'avoir, sur cet important 
f objet, toute la certitude et les connaissances dont on aurait besoin: 
«cela n'a rien d'étonnant, car les analyses sont peut-être ce qu'il \ 
-a de plus difficile dans la chimie.? 

11 ne suffit pas de connaître le mal, il faut trouver le remède, et 
c'est le principal objet de ce mémoire. 

Tant qu'une eau ne contient qu'un seul sel, nous ne manquons pas 
«le moyens pour en déterminer la nature. La précipitation de la terre 
par un alcali fixe, la décomposition des sels vitrioliques et marins par 



Digitized by Google 



DE LA NATURE DES EAUX. 151 

les dissolutions métalliques, et, par-dessus tout, un peu d'habitude de 
la part de l'artiste, suffisent pour nous en instruire; il ne reste donc 
de difficulté que pour la quantité. 

C'est un principe déjà connu que les sels dissous dans l'eau en 
augmentent le poids. S'il est quelque exception à cette règle générale, 
ce que je ne crois pas, ce n'est certainement pour aucun des sels qui 
se trouvent communément dans les eaux minérales. Mais, si les sels 
augmentent le poids de l'eau, et si cette augmentation de poids est 
toujours dans un certain rapport avec la quantité du sel ajouté dan.» 
l'eau, ne devient-elle pas elle-même un moyen sûr pour en connaître 
la quantité? En effet, le rapport une fois connu , étant données deux de 
ces trois choses, la qualité du sel, la quantité et le poids de l'eau, il 
sera toujours facile de conclure la troisième. Tout se réduit donc main- 
tenant à deux choses, du moins pour les eaux simples: premièrement, 
à trouver un moyen d'une exactitude scrupuleuse pour déterminer la 
pesanteur de l'eau; deuxièmement, à construire pour chaque espèce 
de sels des tables qui expriment le rapport du poids de l'eau a la quan- 
tité de sel qui y est contenue. Nous allons nous occuper d'abord du 
premier de ces deux objets. 

Les physiciens ont imaginé différents moyens pour déterminer la 
pesanteur des fluides. Les uns ont pesé^uccessivement un solide quel- 
conque, dans l'air et dans le fluide, dont ils voulaient connaître la 
pesanteur spécifique; de là l'usa{»e de la balance hydrostatique, dont 
l'origine remonte jusquau-temps d'Archimède. Les autres se sont servis 
d'un corps flottant sur la surface du fluide; ils jugeaient de sa pesan- 
teur par les différents degrés d'enfoncement du solide. De là l'origine 
de l'instrument connu sous le nom d'aréomètre, et décrit dans presque 
toutes les physiques. 

Knfin M. Homberg proposa, dans les Mémoires de l'Académie des 
sciences, année 1699, page 46, un aréomètre d'une construction par- 
ticulière, et qui porte son nom; il consiste en une fiole ou petit matras 
dont le col est si étroit qu'une goutte d'eau y occupe un espace consi- 
dérable. A côté de ce col , il sort de la panse du vaisseau un petit tnbe 



152 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

de la même capacité que le col ; ce petit tuyau sert à donner une issue 
à l'air qui est dans le vaisseau, à mesure qu'on le remplit de liqueur; 
on fait au col de la bouteille une marque, aGn de l'emplir toujours 
exactement jusqu'au même endroit. Cela fait, on le pèse dans une 
balance exacte, et le poids, déduction faite de celui de l'instrument, 
donne la pesanteur de la liqueur. Je ne m'étendrai pas davantage sur 
la description de ces instruments, ni sur l'application qu'on en peut 
faire; on peut consulter à ce sujet les livres de physique. 

Tous ces moyens de déterminer la pesanteur spécifique des Guides 
sont bons en eux-mêmes, suivant les objets auxquels on a dessein de 
le*, appliquer ; mais il s'en faut bien qu'ils approchent de l'exactitude 
qu'exige le travail dont il est ici question. Un grand nombre d'eaux 
ne difi'èreut, en effet, de l'eau distillée que de 1 ou de a grains par livre. 
Or l'erreur qu'on peut commettre avec ces instruments est beaucoup 
plus considérable. Je vais essayer de le faire sentir. 

Les boules de cristal dont on se sert pour la balance hydrostatique 
n'ont communément guère plus de 3 à h pouces de solidité; autrement 
elles seraient trop lourdes, ce qui entraînerait beaucoup d'inconvé- 
nients ; il en est de même et de l'aréomètre commun et de celui de 
M. Homberg : ces instruments ne pèsent donc réellement qu'un volume 
d eau de 3 ou h pouces cuhiqties. La livre d eau forme un volume d un 
peu plus de ai pouces. Si donc on commet seulement une erreur 
d'un demi-grain, soit dans l'opération de la balance hydrostatique, soit 
en pesant la fiole de M. Homberg, il en résultera une erreur de 3 à U 
grains sur la livre d'eau, ce qui forme un objet très-considérable. 

Cette erreur est la même dans l'aréomètre ordinaire, tel qu'il existe 
entre les mains de tout le monde, et il y a de plus la difficulté d'estimer 
exactement la hauteur du Guide le long de la lige, ce qui peut pro- 
duire une nouvelle erreur beaucoup plus considérable que la pre- 
mière. 

In académicien respectable, dont les travaux ont toujours eu pour 
objet le bien de la société, M. de Parcieux, est le premier qui ait porté 
dans cette partie de la physique toute la précision dont elle est sus- 



DE LA NATURE DES EAUX. 153 

ceptible. Il a senti que l'exactitude «le l'aréomètre dépendait et de la 
grandeur de son volume et de la finesse de sa tige; de la grandeur 
de son volume, parce qu'alors il déplace une plus grande quantité de 
fluide, il en pèse réellement un plus grand volume à la fois; de la 
finesse de la lige, parce que les graduations marquées sur cette lige 
expriment les différences de volume occupées par un poids d'eau tou- 
jours égal; -plus le diamètre de cette tige sera petit, plus il faudra de 
longueur pour équivaloir à une solidité donnée, plus, par conséquent, 
la marche de l'instrument sera sensible. Sur ce principe, M. de Par- 
cieux a construit un aréomètre dont on peut voir la description dans 
un mémoire lu à l'assemblée publique de l'Académie des sciences, le 
19 novembre 1766. Cet aréomètre consiste en une fiole de verre ou 
un cylindre de métal lesté convenablement. Un fil de métal, d'environ 
une ligne de diamètre, forme la tige; une règle de bois fixée au vais- 
seau qui contient le fluide, laquelle est divisée en pouces et ligues, 
indique les degrés d'enfoncement de l'aréomètre. La plupart des expé- 
riences qu'on trouvera dans ce mémoire ne sont que des applications 
de cet instrument. Si donc, comme je l'espère, il en résulte quelque 
précision dans l'examen chimique des eaux, c'est à M. de Parcieux 
qu'on en est redevable; il en est en quelque façon l'auteur. 

Les expériences que je me proposais de faire n étant pas. précisé- 
ment les mêmes que celles de M. de Parcieux, il en résultait quelques 
changements nécessaires dans la construction de l'instrument. Les deux 
extrêmes de l'aréomètre de M. de Parcieux sont l'eau de Seine et l'eau 
des puits de Paris; il ne va guère au delà. J'avais cependant besoin 
d'une extension plus grande , et je ne voulais rien perdre de la sen- 
sibilité de l'instrument; il fallait donc nécessairement augmenter encore 
la longueur de la lige, et je ne pouvais lui donner moins de 5 à 
i'i pieds. Un tel aréomètre n'aurait plus été portatif; il aurait fallu, 
d'ailleurs, pour s'en servir, avoir 10 ou 12 pintes de l'eau dont ou 
aurait voulu connaître la nature, ce qui est souvent très-embarrassant. 

En conséquence, j'ai pris le parti de supprimer la tige, ou du moins 
je l'ai réduite à .'{ ou h ponces seulement. J'ai ajouté à son extrémité 

M. ■»«> 



ISA MÉMOIRES DE LAVOISIEB. 

un petit bassin destiné à recevoir des poids, et j'ai fait, vers son milieu, 
une marque circulaire gravée dans le métal. Lorsque l'on veut se servir 
de cet instrument pour comparer la pesanteur des différente* eaux, on 
y plonge successivement l'aréomètre; on le charge de grains et de frac- 
tions de grains jusqu'à ce qu'il entre précisément jusqu'à la marque 
qui est gravée sur la tige. La différence du nombre des grains qu'on 
élé obligé d'ajouter pour cbacune des eaux est précisément celle de 
leur poids. 

Il est facile de concevoir que cette légère différence ne change rien 
au fond. Dans l'aréomètre de M. de Parcieux, le poids est toujours le 
même, c'est le volume qui change. Dans celui (pie je propose, le poids 
change, le volume restant le même. Le premier indique donc la diffé- 
rence de volume occupé par un même poids des différentes eaux: le 
deuxième indique la différence du poids d'un volume d'eau toujours 
égal; or cela est précisément la même chose, puisqu'on obtient, dans 
les deux cas, le rapport demandé du poids au volume. 

On voit, dans la figure jointe à ce mémoire, un aréomètre construit 
sur ces principes : c'est u*n cylindre creux de cuivre jaune ou laiton, 
soudé en soudure forte, de manière qu'il parait fait d'une seule pièce. 
Le cylindre est fermé, par le fond, par un culot d'étain de pesanteur 
couvenahle qui lui sert de lest. Il est nécessaire qu'il soit arrondi par- 
dessous, afin que les huiles d'air qui pourraient s'y attacher lorsqu'on 
le plonge dans l'eau puissent glisser le long des parois et s'élever jus- 
qu'à la surface de l'eau. Ce culot d'étain est assez difficile à souder, et 
c'est la seule chose qui demande de l'attention dans la construction de 
cet instrument. L'air contenu dans la capacité du cylindre s'échauffe et 
se dilate pendant l'opération de la soudure: très-souvent il se fait jour 
à travers l'étain soudé, et il reste une petite soufflure, un petit trou 
presque imperceptible, ce qui est de très-grande conséquence. Un des 
meilleurs moyens de remédier à cet inconvénient est de faire chauffer 
l'aréomètre avant d'achever de le souder. On se débarrasse, par ce 
moyen, d'une grande partie de l'air. Il arrive quelquefois alors que 
la capacité du cylindre se refroidit au lieu de s'échauffer pendant la 



Digitized by Google 



DE LA NATUBE DKS EAUX. 155 

soudure; de sorte <|ue l'air rentre au lieu de sortir. L'était! fuse alors 
en dedans au lieu de fuser en dehors, et il en résulte également une 
très-petite ouverture. Cependant, avec de l'adresse, on parvient à saisir 
l'instant où l'air de l'intérieur est précisément en équilibre avec celui 
de I extérieur. L'ouvrier que j'emploie pour cette opération, et dont j'ai 
déjà éprouvé l'intelligence dans beaucoup d'autres occasions, est si (ait 
à celte manœuvre que, de six aréomètres (pie je lui ai fait ajuster, il 
ne s'est trouvé de défaut dans la soudure d'aucun. 

L'aréomètre qu'on voit représenté dans la planche Mil, déplace h li- 
vres 7 onces, h gros 3p, îr " ,, \GZi d'eau distillée, à 10 degrés-^ du thermo- 
mètre de M. de Réannmr, c'est-à-dire U i 923 ïn,i "*,66; la tige a environ 
une ligne ~ de diamètre, et cet instrument est si sensible qu'il est dif- 
ficile de commettre une erreur de plus d'un quart de grain dans l'opé- 
ration; il s'ensuit donc quon peut déterminer, par ce moyen, la 
pesanteur d'un fluide à près de la masse, précision singulière et à 
laquelle on n'avait point encore essayé d'atteindre. 

Cet aréomètre n'est pas celui dont je me suis servi dans mon voyage 
des Vosges; il aurait été trop lourd, trop volumineux, et, par consé- 
quent, trop embarrassant, surtout dans un pays naturellement difficile, 
où il n'est pas même toujours possible de voyager à cheval. I ne exac- 
titude aussi scrupuleuse n'est pas, d'ailleurs, absolument essentielle; 
j'ai donc cru qu'il suffisait de donner à mon aréomètre de voyage 
h pouces de haut sur a pouces de diamètre. Je l'ai fait exécuter en 
argent, afin qu'il ne fut sujet ni à la rouille, ni au vert-de-gris, et qu'il 
ne changent pas sensiblement de poids, s'il était possible, pendant le 
cours du voyage. Cet aréomètre déplace 9 onces, 1 gros, 18 grains 
d'eau distillée, à 10 degrés ~ du thermomètre de M. de Réaumur, c'est- 
à-dire 0276 grains: il est aussi sensible que le précédent, de sorte que 
l'erreur de l'observation ne peut guère excéder un quart de grain, ce 
qui ne donne que gjj de la niasse, c'est-à-dire moins d'un demi-grain 
par livre. Cette exactitude est suffisante à la rigueur; cependant, à 
des personnes qui voyageraient en voiture, je conseillerais toujours 
d'employer un instrument plus grand. 



156 MÉMOIRES DE LAVOIS1ER. 

Nous voilà déjà munis d'un instrument suffisamment exact; ii a, de 
plus, l'avantage de n'être point fragile et d'être très-portatif; mais cet 
. instrument ne nous donne qire la pesanteur respective des fluides, je 
veux dire le rapport que ces pesanteurs observent entre elles; il ne 
nous donne la pesanteur spécifique absolue d'aucun, puisque celte der- 
nière suppose la connaissance et de leur poids et de leur volume. S il 
était possible de connaître la solidité de notre aréomètre, ce serait un 
moyen très-simple pour connaître celle du fluide déplacé, puisqu'elle 
est toujours égale; mais comment espérer de pouvoir la déterminer 
avec une exactitude suflisante? Il faudrait, en effet, ou supposer les 
éléments du cylindre de métal parfaitement réguliers, ou connaître 
des moyens très-sûrs pour en mesurer les inégalités; et, quand on 
pourrait y parvenir, comment apprécier la solidité de la partie supé- 
rieure, qui peut n'être pas exactement conique, ou celle de l'infé- 
rieure qui est absolument irrégulière? 

Puis donc qu'il est impossible de déterminer directement la solidité 
de notre aréomètre, voyons s'il ne serait pas possible de parvenir au 
même but par une autre voie. Essayons, par exemple, de déterminer la 
pesanteur spécifique absolue, autrement dit le rapport du poids au 
volume dans un fluide quelconque. Nous plongerons ensuite l'aréo- 
mètre dans ce fluide; nous observerons quelle est la quantité pondérique 
qu'il en déplace, et, par le rapport connu du poids au volume, nous 
en conclurons et la solidité du fluide déplacé, et celle de l'aréomètre, 
qui lui est égale. 

11 nous reste donc à déterminer la pesanteur spécifique absolue d'un 
fluide quelconque. Les physiciens ont poussé assez loin leurs recherches 
sur celle de 1 eau. Cet objet était assez intéressant, sans doute, pour 
lixer leur attention, puisqu'il est la base et le fondement de tous les 
calculs de l'hydraulique. Cependant, en consultant les physiciens les 
plus exacts, il reste encore une incertitude assez grande sur la véritable 
pesanteur de l'eau. Aucun n'a déterminé d'une manière précise, ni la 
qualité de l'eau qu'il a employée , ni la température de celte eau dans 
Je temps qu'il l'a pesée. Toutes ces circonstances sont essentielles et 



DE LA NATURE DES EAUX. 157 

donnent des différences très-considérables. La plupart des expériences, 
d'ailleurs, ont été faites avec des mesures différentes de la nôtre; les 
unes, avec le pied de Londres; les autres, avec celui du Rhin; or la 
réduction d une mesure à l'autre laisse toujours quelque incertitude. 
La différence des poids forme un nouvel embarras; non pas que nous 
ne connaissions maintenant le rapport exact des poids des principales 
villes de l'Europe, depuis que M. Tillet s'est occupé de cet important 
objet; mais il reste toujours l'inquiétude de savoir si les poids dont 
on s'est servi pour déterminer la pesanteur de l'eau étaient bien con- 
formes à l'étalon. Aussi la plupart de ceux qui se sont occupés de ret 
objet sont-ils fort distants entre eux , et l'incertitude roule encore envi- 
ron de 66 à 7'j livres. 

J'ai donc pensé qu'il était nécessaire, pour l'exactitude de mon tra- 
vail, de m'occuper tout de nouveau de cet objet. Je rendrai compte, 
dans un mémoire séparé, des moyens que j'ai employés, afin de mettre 
le public en état déjuger du degré d'exactitude qu'on en peut attendre, 
et de la conOancc qu'on peut y donner. Ce détail grossirait trop ci- 
mémoire, je me contenterai de dire ici que la pesanteur du pied cube 
d'eau distillée qui a résulté de mes expériences, est de 69 livres. 
10 onces, k gros, 58 tr ""'\58, le thermomètre de M. de Réaumur 
étant à 10 degrés \, c'est-à-dire à la température des caves de l'Ob- 
servatoire. 

Il nous reste encore une difficulté très-grande dans l'usage de l'aréo- 
mètre. La chaleur dilate l'eau; elle en augmente le volume; elle en 
diminue, par conséquent, la pesanteur; de sorte que le même aréo- 
mètre qui surnageait dans une eau froide, y est entièrement submergé 
lorsqu'elle est chaude. Cette considération est si importante, que 
quelques degrés de différence dans la température suffisent pour con- 
fondre ensemble deux eaux, dont l'une est très-pure, l'autre très- 
chargée de sel. On peut éviter cet inconvénient en ayant toujours, dans 
le laboratoire où l'on opère, deux vases, l'un contenant l'eau dont on 
veut connaître la pesanteur, l'autre contenant de l'eau distillée. Ces 
deux vases doivent rester longtemps dans le laboratoire avant que 



158 MÉMOIRES DE LAV0191BR. 

l'aréomètre y soit plongé, afin <jue l'eau c|u*ils contiennent ail le temps 
•le prendre exactement la température du laboratoire. La différence 
des poids dont on est obligé de charger l'aréomètre pour qu'il enfonce 
également dans ces deux eaux donne la différence de leur pesanteur. 

(le moyen, quelque simple, quelque exact qu'il puisse paraître, n'est 
pas sans difficulté; pour peu que l'un des deux soit plus exposé que 
l'autM à l'action d'un courant d'air, il en résulte des différences sen- 
sibles dans le degré de cbaleur des eaux qu'ils contiennent. Il est rare, 
d'ailleurs, qu'il n'arrive à la longue quelque cbangeuient dans la tem- 
pérature du laboratoire; alors ces deux eaux tendent peu à peu à se 
rapprocher du degré de l'air environnant; mais, si ces deux vases ne 
contiennent pas une égale quantité d'eau, la marche sera inégale; et 
le vase qui en contient un plus grand volume sera longtemps en 
relard. Je conviens qu'à la ville, avec beaucoup de temps et d'atten- 
tion, on pourra parvenir à prévenir ces inconvénients; mais ce temps 
et ces soins minutieux sont précisément ce qui coiUe beaucoup en 
voyage. De quelque zèle qu'on soit animé, les difficultés rebutent aisé- 
ment, et principalement en voyage, où l'on en éprouve nécessairement 
de différents genres. L'embarras de porter avec soi de l'eau distillée 
forme encore un nouvel obstacle; comment s assurer, d ailleurs, (nie 
cette eau, agitée pendant plusieurs mois dans un vaisseau de cristal, 
ne parviendra pas à l'attaquer lui-même, el à dissoudre une petite 
portion de la matière alcaline dont il est composé? Toutes ces difficultés 
m'ont obligé d'avoir recours à la méthode suivante, qui m'a paru plus 
commode, plus expéditive et plus sûre. J'ai déterminé d'abord, par 
expérience, le poids d'un volume donné d'eau, tel, par exemple, que 
celui du pied cube pour chaque degré et fraction de degré du ther- 
momètre ; j'en ai construit une table depuis le tenue de la congélation 
jusqu'à celui des grandes chaleurs de l'été. J'ai calculé ensuite à quelle 
portion du pied cube répondait chacun de mes aréomètres; puis, par 
une proportion, j'ai converti chaque ternie de la table en un autre 
relatif au volume de mes aréomètres. Il en est résulté, pour chacun 
d'eux, une table de correction pour le thermomètre , et. pour porter 



t)E LA NATURE DES EAUX. 159 

I exactitude aussi loin qu'il était possible, j'en ai fait le calcul de ao' de 
degré en 50 e de degré; il ne s'agira plus, d'après ces tables, que de 
déterminer, au moyen d'un petit thermomètre portatif, le degré de 
l'eau dont on veut connaître la pesanteur. On cherchera ensuite dans 
la table la correction relative au degré du thermomètre, et cette cor- 
rection, ajoutée ou soustraite suivant le cas de la pesanteur trouvée, 
donnera cette même pesanteur pour le degré des caves de l'Obser- 
vatoire. 

La construction de ces tables m'a donné l'occasion de suivre la 
marche de l'eau dans sa dilatation , et comme cette marche n'avait jamais 
été observée à l'aide d'un instrument aussi sensible, on n'avait pas été 
à portée d'en saisir les inégalités; je n'insisterai pas ici sur cet article: 
j'v reviendrai dans le mémoire que j'ai annoncé sur la pesanteur du 
pied cubique d'eau, qui suivra de près celui-ci. Les tables dont je viens 
de parler seront à la suite de rc mémoire. 

Nous avons déjà rempli un des principaux objets de ce mémoire: 
nous pouvons déterminer la pesanteur des fluides avec l'exactitude la 
plus scrupuleuse; mais, avant de remplir la tâche que je me suis 
imposée à l'égard des eaux, avant de passer à la deuxième partie dp 
mon travail, et de rendre compte des expériences sans nombre, des 
calculs pénibles que j'ai été obligé de faire pour parvenir à réduire le 
résultat de mes analyses sous la forme de simples tables telles que je 
les présente à l'Académie, qu'il me soit permis de m'arrèter un mo- 
ment et de considérer les avantages qui peuvent résulter «le l'applica- 
tion d'un aréomètre aussi sensible aux opératiops de la chimie. 

Les chimistes ne manquent pas de moyens pour connaître la quan- 
tité précise des matières solides, ou plutôt concrètes qu'ils emploient 
dans leurs expériences. La balance est une épreuve sûre qui ne saurait 
les tromper; il n'en est pas de même de certains sels, que toutes les 
ressources de l'art ne peuvent parvenir à réduire sous forme concrète; 
tels sont la plupart des acides et surtout les minéraux. La balance 
nous donne bien alors la somme du poids de l'eau et de la partie saline 
qui compose ces acides fluors; mais elle ne nous apprend pas dans 



160 MÉMOIRES DE LAVOIS1EH. 

quelle proportion ils se trouvent ensemble. C'est ici <|uc l'aréomètre 
va nous être d'un merveilleux secours. Nous prendrons d'abord chacun 
des acides dans l'état le plus concentré possible; nous déterminerons, 
par des moyens chimiques, la quantité de flegme et d'acide réel dont 
il est composé; puis, ajoutant à cet acide des quantités d'eau distillée 
connue. 'nous l'a liai bl irons peu à peu, et nous y plongerons l'aréomètre 
à chaque opération, pour en déterminer la pesanteur. Nous parvien- 
drons, par ce moyen , à construire une table qui exprimera , pour chaque 
de|;ré de pesanteur, la quantité de matière saline réelle contenue dans 
l'acide fluor, et celte table pourra s'étendre depuis le plus flegmatique 
jusqu'au plus concentré. Les sels neutres sont composés de trois êtres : 
il un acide quelconque, d une base et d'un peu d eau. L aréomètre nous 
donnera le moyeu de connaître la quantité réelle de I acide; la balance 
IIOU8 apprendra celle de la base; l'excédant du poids total du sel sur 
celui de l'acide et de la base qui sont entrés dans sa combinaison sera 
la quantité de son eau de composition; rien ne nous manquera donc 
plus, désormais, pour compléter l'histoire des sels. 

Tout ce que je dis des acides fluors, on peut l'appliquer aux disso- 
lutions des sels dans l'eau, on peut 1 appliquer aux dissolutions des 
résines dans les menstrues, et huileux et spiritueux; on peut 1 appliquer 
à I esprit de vin lui-même et à son mélange avec l'eau. L'aréomètre 
devient, en elle», un moyen de connaître la pureté de l'esprit de vin, 
de déterminer son degré de rectification, en un mot, de s'assurer de 
la proportion de la partie spiritueuse et du flegme. L'eau-de-vie n'est 
qu'un esprit de vin affaibli, et, s'il se trouve quelquefois, dans celles 
du commerce, quelques parties huileuses et résineuses, elles sont 
étrangères à sa composition, elles ne constituent point son essence. 
L'aréomètre nous apprendra de même à connaître, avec une précision 
singulière, quelle est la quantité réelle de spiritueux dans les différentes 
eaux-de-vie, et cet instrument, mis entre les mains de tout le monde, 
mettra les fraudes du commerce en évidence. Enfin la table des diffé- 
rents degrés de pesanteur de l'eau-de-vie comparée à la quantité de 
matière spiritueuse qui y est contenue formera naturellement un tarif 



Digitized by Google 



DR LA NATURE DES EAUX. 161 

avec lequel on pourra procéder, avec plus de certitude et de justice, 
à la perception des droits. 

J'essayerais de faire voir, si je ne craignais d'être trop long, quel nou- 
veau jour, quelle précision singulière, cette nouvelle façon de procéder ne 
manquera pas de répandre sur la science des combinaisons en général; 
cette science qui est la hase, ou plutôt , dans laquelle consiste toute la 
chimie. Quelques exemples pris dans la foule de ceux qui se pré- 
sentent feront mieux sentir que tout ce que je pourrais dire l'impor- 
tance de cet objet. Lorsqu'on verse dans une solution de sel de Glauber 
ou de tartre vitriolé quelques gouttes de dissolution de mercure par 
l'acide nitreux, sur-le-champ, en vertu des doubles affinités, il se fait 
une décomposition des deux sels; les acides changent de base, et il se 
forme, d'une part, un vrai nitre ou un nilre qnadrangulaire, de l'autre 
un turbith minéral, qui tombe au fond de la liqueur faute d'à voil- 
asses d'eau pour être tenu eu dissolution. Mais faut-il précisément la 
même quantité d'acide vitriolique pour tenir le mercure en dissolution 
qu'il fallait de celui du nitre; et les deux acides, qui ont changé de 
base, sont-ils employés sans reste dans la nouvelle combinaison? Si 
l'un des deux se trouve en excès, que devient-il? Demeure-t-il uni a 
sa première base, ou bien reste-t-il libre dans la liqueur? Voilà des 
questions que nous ne sommes point en état de résoudre. On en peut 
dire autant de la précipitation de l'argent qui se fait sous la forme de 
lune cornée, lorsqu'on verte, dans une solution de sel marin, quelque* 
gouttes de dissolution d'argent par l'acide nitreux; il en est de même 
de toutes les précipitations métalliques qui se font par les doubles 
rapports. Toutes les difficultés vont s'aplanir lorsque, muni de ce 
nouvel instrument, nous aurons pu construire des tables de la quan- 
tité d'acide de base huileuse alcaline ou métallique et de flegme con- 
tenue dans chaque espèce de sel; c'est alors que nous pourrons prévoir 
avec certitude quel sera le résultat précis de nos combinaisons. 

Ce plan de travail tel que je viens de l'exposer est immense , sans 
doute; mais s'il peut influer sur l'art, s'il peut y répandre la justesse 
et la précision, s'il peut en changer en quelque façon la face, quel 

III. J I 



162 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

motif plus digne pourrail m'engager à le suivre? Les expériences que 
je présente à l'Académie sur l'analyse des eaux, et celles que j'ai été 
obligé de faire relativement à cet objet, forment déjà une branche 
presque complète de ce travail; j'ai déjà construit, pour tous les sels 
qui se trouvent le plus communément dans les eaux, des tables qui 
expriment l'augmentation successive du poids de l'eau , relative à la 
quantité du sel. Ces tables commencent aux premières fractions sen- 
sibles du grain, et se continuent jusqu'à une quantité qui excède beau- 
coup celle qui se trouve dans les eaux minérales les plus salines. Les 
lois que suivent ces tables pourront fournir des conséquences intéres- 
santes sur la manière dont les sels se dissolvent dans l'eau. 11 en résul- 
tera même qu'ils ne s'y dissolvent pas tous de la même manière, (les 
tables sont le fondement des résultats que je donne aujourd'hui sur 
les eaux des Vosges et îles pays adjacents. L'explication de ces résul- 
tats, qui sont eux-mêmes rangés sous la forme de tables, sera comprise 
dans la seconde partie de ce mémoire ; j'y rendrai compte des expé- 
riences d'après lesquelles elles ont été construites. 

Par rapport à la dernière colonne de ces tables, qui exprime la 
hauteur des puits ou fontaines au-dessus du niveau de l'Océan, en 
lignes du baromètre, je renvoie, pour en rendre compte, à un ouvrage 
que j'ai entrepris sur une suite considérable de nivellements que j'ai 
faits en h'rance par le moyen du baromètre; il ne me sera pas pos- 
sible de m'occuper de longtemps de cet objet. 



SECONDE PARTIE. 

# • 

J'ai fait voir dans la première partie de ce mémoire combien l'ana- 
lyse des eaux était encore éloignée de l'état de perfection dont elle 
était susceptible. J'ai annoncé que les méthodes ordinaires étaient 
presque toujours infidèles et défectueuses, et qu'une connaissance 
exacte de la pesanteur de l'eau pouvait souvent prévenir ou rectifier 



Digitized by Google 



DE LA NATURE DES EAUX. 163 

les erreurs. Enfin j'ai indiqué des moyens surs, commodes et expéditifs 
pour déterminer cette pesanteur avec la précision la plus grande. Mais, 
en supposant cette pesanteur connue, quelle conséquence en pcut-ou 
tirer? Comment en conclure la quantité de sel contenue dans l'eau, soit 
que cette eau n'en contienne qu'un seul, soit qu'elle en contienne plu- 
sieurs? Voilà ce qui nous reste à examiner, et ce qui va faire le sujet 
de ce mémoire. 

Les sels dissous dans l'eau en augmentent le poids. Je ne connais, 
comme je l'ai déjà dit, aucune exception à cette rè[»le. Toutes les fois 
donc qu'on aura déterminé, par les expériences chimiques, qu'une eau 
ne contient qu'un seul sel, il suffira, pour en connaître la quantité, de 
déterminer d'abord la pesanteur de cette eau : on prendra ensuite une 
quantité d'eau distillée connue, on y fera dissoudre peu à peu du sel, 
jusqu'à ce qu'insensiblement on soit parvenu à lui donner une pesan- 
teur égale à celle de l'eau dont on veut déterminer la nature. On par- 
viendra, par ce moyen, à composer une eau artificielle tout à fait sem- 
blable à la naturelle, et dans laquelle il n'entrera rien que de connu. 

Cette façon de procéder est exacte et sure, il est vrai; mais elle est 
embarrassante : elle exige une consommation d'eau distillée prodigieuse, 
elle demande beaucoup de temps, beaucoup de soins et un tâtonnement 
continuel. Pour peu, d'ailleurs, qu'on ajoute un peu trop de sel sur la 
fin de l'opération et qu'on outre-passe le point d'égalité, on est obligé 
de faire des réductions et des estimations continuelles qui emportent 
presque toujours des erreurs. 

Au lieu de répéter ces expériences pour chaque eau en particulier, 
il m'a paru qu'il était plus simple de les faire une fois pour toutes et 
d'en dresser des tables; de sorte que, étant donnée la pesanteur d'une 
eau chargée d'un sel quelconque, on pût y trouver tout d'un coup la 
quantité pondérique de ce sel contenue dans chaque livre d'eau. Celte 
dernière méthode m'a coûté un peu plus de temps et de calculs; mais 
j'en ai retiré l'avantage de rendre mes expériences d'une utilité beau- 
coup plus étendue; elles pourront servir dans la suite, non-sculemenl 
à moi-même, mais à tous ceux qui s'occuperont du même objet; elles 



164 MEMOIRES DE LAVOISIER. 

leur épargneront un travail pénible et réduiront l'analyse de la plupart 
des eaux à une opération de moins d'un quart d'heure. Ces tables étant 
la base de tout le travail que je donne aujourd'hui, je vais m'y arrêter 
un moment et donner le détail de leur construction. 

Il est un degré de température au delà duquel l'eau ne peut plus 
diminuer de volume. Ce terme est celui où les augmentations succes- 
sives de pesanteur que l'eau acquiert par le refroidissement passent par 
zéro ; au delà de ce point, elles deviennent négatives. C'est à 7 degrés ± 
au-dessus de la congélation du thermomètre de M. de Réaumur que 
s'opère ce singulier phénomène. Lorsque l'eau est parvenue à ce degré, 
qu'on la fasse chauffer ou refroidir, elle augmente de volume, elle se 
dilate également dans les deux sens '. Les changements ne se font guère 
d une manière hrusque dans la nature; il est donc aisé de concevoir 
que cette dilatation doit être d'autant moins sensible qu'elle approche 
plus près du terme où elle est tout à fait nulle. Il doit même se trouver 
de certaines limites entre lesquelles elle est presque stationnaire. Ces 
limites s'étendent environ de 6 degrés } à 7 degrés |. Je le ferai voir 
d'une manière plus particulière dans le mémoire que j'ai annoncé sur 
la pesanteur du pied cube d'eau, suivant ces différents degrés du ther- 
momètre. Ce terme étant celui de tous où la pesanteur de l'eau varie 
le moins par l'effet du froid et de la chaleur, il m'a paru le plus propre 
au succès de mes expériences. Les caves un peu profondes ont été, 
pendant cet hiver, à peu près à ce degré, et, pendant plusieurs mois 
qu'ont duré mes opérations, la température a très-peu changé; j'en 
ai, d'ailleurs, tenu compte au moyen de la table de correction que j'ai 
déjà annoncée. 

J'ai pris de l'eau de Seine, je l'ai distillée dans des vaisseaux de verre 
à une chaleur très-douce. J'en ai fait une provision considérable, afin 
de pouvoir employer la même pendant tout le cours de mes opéra- 



1 D'où il suit qu'un thermomètre à l'eau 
serait un instrument très-inlidèle pour indi- 
quer l'augmentation du froid ou du chaud; 
qu'il monterait M lieu de descendre par le 



froid au-dessous de 7 degnk au thermomètre 
de M. de Réaumur, et qu'il descendrait au 
contraire par le chaud. 



Digitized by Google 



DE LA NATURE DES EAUX. 165 

tions ; je l'ai placée ensuite dans l'endroit où je voulais opérer, ayant 
soin que les vaisseaux où je la renfermais ne fussent pas exactement 
bouchés, et qu'ils eussent quelque communication avec l'air extérieur; 
cette précaution est nécessaire afin que l'eau puisse se charger d'air 
autant qu'elle est susceptible d'en dissoudre; il se trouverait, sans cela , 
des différences très-sensibles dans la pesanteur même de l'eau distillée. 

Je me suis muni en même temps des différentes espèces de sel dans 
le dernier état de purification que l'art puisse leur procurer; il est sur- 
tout de la plus grande importance de déterminer d'une manière exacte 
le point de dessiccation auquel ils ont été portés. Je les ai tous employés 
avec leur eau de cristallisation: cet état m'a paru le plus fixe de tous, 
surtout lorsque les sels ont été cristallisés à grande eau. J'ai pris sur- 
tout le plus grand soin pour qu'il ne restât aucune portion d'humidité 
interposée entre les cristaux, et pour qu'il ne s'échappât pendant la 
dessiccation aucune portion d'eau de cristallisation. 

Le sel de Glauber est un de ceux qui demandent le plus de précautions ; 
ce sel s'effleurit à l'air, il perd une partie de l'eau qui entrait dans la 
composition de ses cristaux, et cette eau forme environ la moitié de son 
poids. Pour avoir ce sel dans l'état où je le désirais, j'en ai fait dissoudre 
plusieurs livres dans de l'eau de Seine , et j'ai fait évaporer à un feu 
très-doux. J'ai rejeté les portions qui s'étaient cristallisées les premières, 
dans la crainte qu'elles ne continssent quelque peu de sel marin ; j'ai 
rejeté pareillement les dernières, dans lesquelles je craignais qu'il ne 
se trouvât quelques sels déliquescents, ou môme du sel de soude. Le 
sel de Glauber que j'ai obtenu par ce moyen était en très-belles ai- 
guilles de plusieurs pouces de longueur. Je les ai séchées avec du pa- 
pier gris, puis je les ai réduites en poudre le plus promptement qu'il 
m'a été possible. Cette poudre, jetée ensuite sur du papier gris, n'y 
laissait pas la moindre trace d'humidité ; d'où j'ai conclu qu'il était suf- 
fisamment sec. Je l'ai mis dans un flacon de cristal bien bouché pour 
m'en servir dans l'occasion. 

Le sel marin n'exige pas autant d'attention; je me suis contenté de le 
faire cristalliser à grande eau, observant toujours de rejeter les pre- 



166 MÉMOIRES DK LAVOISIBB. 

mières et le» dernières portions de la cristallisation. J'ai fait ensuite sé- 
cher les cristaux au soleil, avant et après les avoir réduits en poudre ; 
la chaleur «lu soleil, en effet, est hien inférieure à celle qui serait né- 
cessaire pour lui enlever les premières portions de son eau de cristal- 
lisation. 

Far rapport à la sélénite, la nature m'offrait, dans ses différentes 
espèces de gypse, tout ce que je pouvais désirer. J'y trouvais des cris- 
tallisations beaucoup plus en grand que toutes celles que l'art aurait 
pu me procurer; il ne pouvait me rester d'embarras que celui du choix. 
J'ai fait voir, en effet, dans les mémoires que j'ai donnés il y a plusieurs 
années sur le gypse, qu'il en existait de deux espèces, l'une plus so- 
lubledans l'eau et qui contenait plus d'acide dans sa composition; l'autre, 
au contraire, dans laquelle la terre était en plus grande proportion et 
«| u î se dissolvait plus difficilement dans l'eau. Cette dernière espèce de 
sélénite est celle qui se trouve le plus communément dans les eaux; il 
est très-rare d'y rencontrer l'autre : c'est donc celle qu'il était à propos 
que j'employasse dans mes expériences. La pierre spéculaire des environs 
de Paris, bien choisie, bien lavée et réduite ensuite en poudre fine, m'a 
paru la plus propre à remplir l'objet que je me proposais. C'est de cette 
espèce de sélénite dont je me suis servi pour construire la table qui se 
trouve à la suite de ce mémoire. 

La sélénite, à laquelle je donnerai par préférence le nom de sel gyp- 
seux, le sel de Glauber et le sel marin, sont les seuls sels pour lesquels 
je donne ici des tables : ce sont, en effet, presque les seuls que j'aie 
trouvés dans les eaux des pays que j'ai parcourus ; j'en excepte cepen- 
dant le nitre à base alcaline cl terreuse qui se rencontre quelquefois 
en abondance dans les puits des villes et des endroits habités. Ces sels, 
au surplus, peuvent être regardés comme étrangers au règne minéral; 
ils ne se trouvent qu'accidentellement dans les eaux, ils doivent leur 
origine à la grande quantité de matières animales dont le sol des grandes 
villes est continuellement imbibé. 

Si l'augmentation de la pesanteur de l'eau était toujours dans une 
proportion constante avec la quantité du sel qu'on y a fait dissoudre. 



Digitized by Google 



DE LA NATURE DES EAUX. 1&7 

rien ne serait plus facile que la construction des tables. Il suffirait de 
prendre deux ou trois points, puis par des parties proportionnelles on 
remplirait les intervalles. Lors, par exemple, qu'on aurait déterminé 
l'augmentation de pesanteur pour 7«j grains de sel par livre d'eau, ou 
diviserait par -•> , .•( Ton aurait l'augmentation de pesanteur pour chacun 
des grains. Il suffira de jeter les yeux sur les tables que j'ai construites 
pour s'apercevoir que la loi qu'elles suivent n'est point du tout uni- 
forme. L'eau acquiert à la vérité une augmentation de pesanteur à chaque 
nouvelle addition de sels; mais cette augmentation n'est pas toujours 
égale, elle reçoit elle-même des augmentations et des diminutions suc- 
cessives. Les différences premières seront donc toujours additives dans 
ces tables; les différences secondes, au contraire, tantôt additives, tan- 
tôt soustractives; mais ce qui est bien plus singulier, et ce qui ne man- 
quera pas de surprendre les physiciens, c'estqu'il arrive quelquefois que 
ces différences sont successivement additives et soustractives dans un 
même sel. Dans le sel marin, par exemple, elles sont d'abord posi- 
tives, elles diminuent ensuite peu à peu, puis, après avoir passé par 
ïéro, elles deviennent négatives. 

Je ne doute point qu'avec du temps et de la patience on ne pùt par- 
venir à rendre raison de ces inégalités. Il ne s'agirait que de démêler 
les différents éléments qui entrent dans la composition de chacun des 
termes de ces tables, de distinguer les quantités constantes d'avec les 
variables, et de chercher à découvrir la loi que suivent ces dernières. 
Cet objet est, à la vérité, absolument étranger à ce mémoire, puisqu'il 
est purement géométrique; j'espère cependant qu'on me permettra de 
m'y arrêter un moment. 

Je suppose qu'on unisse ensemble 1 o pouces cubiques d'eau et 1 pouce 
cubique d'un sel quelconque dont on connaît la pesanteur; J sera facile 
de calculer le volume et la pesanteur spécifique du fluide qui doit ré- 
sulter de cette combinaison. Cependant, si l'on compare le calcul à l'ex- 
périence, on trouvera une différence très-considérable. La pesanteur 
trouvée par expérience sera toujours plus grande que la pesanteur cal- 
culée. Cette différence vient de ce qu'une partie du sel se loge dans 



168 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

les pores fie l'eau, elle en augmente le poids sans en augmenter le vo- 
lume, d'où résulte nécessairement un excès dans la pesanteur spécifique. 
Quelques réflexions sur cet elïct de la solution des sels dans l'eau suf- 
fi raient pour nous donner une idée des différents éléments qui entre- 
ront dans la construction des tables. La pesanteur spécifique du sel 
et de l'eau formera les deux principaux; la porosité de l'eau donnera 
ensuite une petite équalion additive, et cette équation sera d'autant 
plus grande que les molécules constituantes du sel seront figurées 
de manière à s'arranger en plus grand nombre dans les pores de 
l'eau; d'où il suit que la configuration des parties élémentaires de 
l'eau et du sel entrera pour beaucoup dans le calcul. Il est aisé de 
concevoir que la porosité de l'eau doit diminuer à ebaque nouvelle 
addition du sel; d'où il suit que l'équation additive sera variable, 
qu'elle diminuera peu à peu, suivant une certaine loi, jusqu'à ce 
qu'elle devienne tout à fait nulle et se réduise à zéro. Si donc on re- 
présente cette équation par les ordonnées d'une courbe, elle coupera 
l'axe en ce point, 

L'eau de cristallisation et de composition qui entre dans les sels et 
qui varie dans ebacun d'eux formera encore un nouvel élément. Cette 
eau forme dans certains sels plus de la moitié de leur poids. Lors donc 
qu'on emploie une once de ces sels et qu'on la fait dissoudre dans l'eau , 
il n'y a réellement qu'une demi-once de sel qui serve à augmenter la 
pesanteur ; la demi-once d'eau de cristallisation et de composition, loin 
de contribuer à l'augmenter, produit un effet contraire, puisqu'elle 
augmente le volume. 

De ces différents éléments, considérés d'une manière générale, résul- 
teraient des formules analytiques applicables non-seulement à la dis- 
solution des différentes espèces de sels, mais encore aux dissolutions 
quelconques résineuses et autres, et aux mélanges mêmes des fluides 
entre eux. Il en résulterait une connaissance exacte de l'état de l'eau 
et des différents fluides, et une tbéorie précise des dissolutions en gé- 
néral. Tel était le plan que je m'étais proposé d'abord et que je n'ai 
pas abandonné pour toujours; mais il me manquait tant de choses pour 



DE LA NATURE DES EAUX. 16'J 

l'exécuter, il fallait tant d'expériences préliminaires pour pouvoir ras- 
sembler un nombre suffisant de données, que j'ai été effrayé du travail. 
Nous ne connaissons pas, en effet, d'une manière suffisamment exacte 
la pesanteur spécifique des différents sels; nous n'avons que des expé- 
riences très-imparfaites sur la quantité d'eau de cristallisation propre à 
chacun d'eux; enfin nous n'avons presque aucune idée de la quantité 
de leur eau de composition. Je me serais donc engagé dans un travail 
immense et qui m'aurait écarté de mon objet. 

il m'a paru plus simple de construire ces tables uniquement par 
expérience. J'ai fait dissoudre grain a grain chacun de mes sels dans 
une quantité connue d'eau distillée, observant continuellement, au 
moyen de mon aréomètre, l'augmentation de pesanteur. J'ai ensuite 
cherché, par la méthode des interpolations et par les différences pre- 
mières et secondes, la loi de cette augmentation. Enfin, à force de laHon- 
nements et de calculs, je suis parvenu a dresser des tables qui ne 
s'écartent jamais de l'observation de plus de 3, & ou 5 grains sur la 
pesanteur du pied cube, ce qui est une précision très-grande, et qui 
me paraîtrait incroyable à moi-même si je ne l'avais constatée par un 
grand nombre d'expériences. J'ai porté la précision du calcul jusqu'aux 
centièmes de grains; non pas que je prétende que l'exactitude des tables 
puisse jamais aller aussi loin; je n'ai en cela d'autre objet que d'en 
rendre la marche plus sensible, et la loi qu'elles suivent pins facile à 
saisir. J'ai même été pour les différences secondes jusqu'aux dix mil- 
lièmes et cent millièmes de grains. 

L'analyse des eaux qui ne contiennent qu'un seul sel se trouve ré- 
duite, au moyen de ces tables, à la plus grande simplicité possible. 
Elle ne consiste plus que dans une expérience très-facile el dans un 
calcul très-simple, que tout le monde est capable de faire avec un peu 
d'attention; mais, afin de guider d'une manière plus sûre ceux qui vou- 
dront travailler d'après cette méthode, nous allons tracer en peu de 
mots la route qu'ils auront à suivre : 

i° On examinera avec un thermomètre très-exact et bien comparé 
la température de l'eau qu'on veut examiner. La marche de ce thermo- 
iii. •* 



170 MÉMOIRES DE LAV01S1ER. 

mètre doit être extrêmement sensible, et il doit être divisé au moins 
en demi-degrés. 

•i" On y plongera l'aréomètre, et l'on écrira la quantité pondérique 
totale qu'il en déplace. 

3° On écrira au-dessous la quantité d'eau distillée que ce même aréo- 
mètre déplace à i o degrés l - du thermomètre, et on la retranchera de 
In précédente. 

6° On convertira par une règle de proportion cette différence trouvée 
sur l'aréomètre, en celle qu'on aurait eue sur un volume d'un pied cube. 
On pourra s'épargner l'embarras de cette proportion en dressant pour 
son aréomètre une table dans laquelle on trouvera ces calculs tout laits 
pour les grains et les fractions de grains. Cette table est très-facile à 
construire : il suflitdc faire le calcul pour un grain; on obtient les autres 
en doublant, triplant, quadruplant , etc. 

. r )° On cherchera dans la table de correction pour le thermomètre 
la quantité de grains qu'où doit ajouter ou soustraire pour avoir l'excès 
de pesanteur du pied cube, tel qu'on l'aurait trouvé si l'observation 
eut été faite à î o degrés 7 du thermomètre. 

6° Enfin, avec cet excès de pesanteur, ou trouvera dans une des 
tables jointes à ce mémoire la quantité pondérique du sel contenue 
dans chaque livre d'eau. 

Ouclqucs exemples rendront ceci plus sensible. 

J'ai soumis à mes expériences, le 16 septembre 1707, l'eau ther- 
male de la source qui fournit de l'eau au bain des Dames, à Plombières. 
J'ai constaté d'abord qu'elle ne contenait uniquement qu'un peu de sel 
«le GUllber, j'en ai ensuite déterminé la quantité par le moyen de la 
pesanteur, ainsi qu'on le voit ci-après : 



DE LA \ATITHE DES EAIX. 



171 



MODELE DE CALCUL 

PfU n L'ANALYSE DUS Ml X. 
EUUH PB f«AC TIIBWHLÏ M) BAI* MM PANES A PUMaiRBM. 

Oua utile d'eau déplacée par l'aréomètre « i 3 dejpés ; du thcr- 0ww )Jn< r t 

IllOlltètre (J ) 1 f).0^7 

Quantité d'eau distillée déplacée par le mémo instrument à 
lodqpfcj c» 1 18.1 55 

»*tt 1 90.80 

o - r Différence 0.87* 

n. 07 h.;jfi » 

o.ooîi^ Différence rapportée au pied cube. 1 3ft.6n 

1 -jii.tin Correction pour le thermomètre. . j 1 .3 1 

Excès de pesanteur du pied culte d'eau du bain des Dames sur 
celui d'eau distillée à 10 degrés ; du thermomètre 3 35.gi 



(Quantité de sel de (ilauber contenue dans chaque livre d'eau W*'"*,i 3. 

Il arrive très-communément que l'eau qu'on examine est plus légère 
en apparence que l'eau distillée à t o degrés ± du thermomètre, et cela 
par l'effet de la cliaieur. Celte circonstance apporte quelque différence 
dans le calcul; j'en vais donner un exemple, afin de ne laisser, autant 
qu'il sera possible, aucune difficulté. 

J'ai soumis à mes expériences, le (» juillet 1767, l'eau thermale des 
deux fontaines qui sont en face du grand bâtiment des bains à Luxeuil. 
J'ai constaté d'abord, par les expériences ordinaires, que ces deux eaux, 
qui sont absolument les mêmes, ne contenaient que du sel marin. J'y 
ai aperçu, à la vérité, quelques vestiges de sel de Glauber, mais il était 
en si petite quantité qu'il était presque inappréciable. J'ai déterminé la 



172 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

pesanteur de cette eau lorsqu'elle était à 1 7 degrés du thermomètre , 
et j'ai dressé le calcul ainsi qu'il suit : 



MODÈLE DE CALCUL 

rOIR UNE UD PLtS LÉGÈRE E> APPARENCE Ql'K L'EAU DISTILLÉE 
PAR L'EFFET DE LA CIIALEI'R. 



KAAME* DE L'EAU THERMALE DE HEI.'\ KUTIITO SOJIT M tUBÊ Dit liBAJID BATIMEAT 

des mns À LOXBOIL. 

Quantité «l'eau déplacée par l'aréomètre à ao.â5 degrés du 0ntn fm Cnm 
thermomètre 9 1 i5.4oo 

Quantité d'eau distillée, déplacée par le même aréomètre à 
1 0 degrés \ 9 1 l8.l56 

a 3 98.60 p.._, , 71 

_ J Différence ne B ative — a.705 

07 a i3.b7 " ' 



noj Différence négative rapportée au 

O0 ° 5 6> pied cube -ri «18.78 

4 48.78 Correction pour le thermomètre . . 1 3 38. 16 

Excès de pesanteur du pied cube de l'eau minérale sur celui 
d'eau distillée à 1 0 degrés i G 6 1 .38 

Quantité de sel marin contenue dans chaque livre d'eau 

Ce calcul est très-simple, il peut se faire en moins de cinq minutes. 
On pourra toujours avoir avec soi en voyage les tables portatives né- 
cessaires et opérer sur-le-champ. Dans le cas on l'on serait très-pressé, 
on se contentera de prendre le degré du thermomètre et la pesanteur 
de l'eau, on en tiendra note pour faire ensuite le calcul à loisir. 

Voilà à peu près à quoi se réduit l'examen des eaux qui ne contien- 
nent qu'un seul sel, et ce cas est le plus commun de la nature. Les 
grandes chaînes de montagnes qui sont composées de matières réfrac- 



DE LA NATURE DES EAU X. 173 

laites et vitrifiables, telles que le quartz, le spatli fusible, le granit 
même , le schiste >, n'en renferment point d'autres. L'inclinaison des cou- 
ches qui composent ces montagnes les distingue suffisamment des dépôts 
calcaires qui sont communément horizontaux, et parait leur assigner 
une origine tout à fait différente ; les eaux qui arrosent ces pays lie 
contiennent qu'un peu de sel de Glauher; quelquefois même elles sont 
absolument pures, et c'est surtout dans la partie la plus élevée des 
montagnes. Cette eau ne paraît différer alors en rien de celle que nous 
obtenons par la distillation dans nos laboratoires. Telle est la loi qu.< 
j'ai observée dans toute l'étendue des montagnes des Vosges; elle est 
commune sans doute à toutes les grandes chaînes composées de ma- 
tières réfractaires ou vitrifiables. Je n'ai vu qu'une seule exception à 
cette règle; elle regarde les eaux aériennes, plus connues sous le nom 
(['acidulé». Telles sont celles de Bussang en Lorraine, et celles de Sultz- 
bach en Alsace; encore ces eaux rentrent-elles dans la loi commune, 
puisqu'elles contiennent une portion de sel de Glaubcr. 

Les sources chaudes de Plombières appartiennent elles-mêmes aux 
pays de couches inclinées. Elles sortent de rochers de granit, dont les 
fentes sont garnies d'une terre argileuse très-douce au toucher. Ces 
eaux n'ont rien qui les distingue de celles qu'on trouve dans tout le 
reste des Vosges. Elles rentrent dans la classe générale et ne diffèrent 
des autres qu'en ce qu'elles contiennent un peu plus de sel de Glauher. 
Cette considération seule me paraît prouver d'une manière incontes- 
table que la chaleur de ces eaux leur est purement accidentelle, que ce 
n'est pas dans la nature des sels qu'elles contiennent qu'on doit cher- 
cher la cause de leur chaleur, qu'elle dépend, au contraire, de quelque 
circonstance locale et particulière qui ne tient en rien à leur nature. 

On se persuadera aisément que ce n'est qu'après un mûr examen 
que j'avance que les eaux de Plombières ne contiennent que du sel de 
Glauber. Je les ai soumises à toutes les expériences que l'art des com- 
binaisons peut fournir, et je puis assurer qu'il n'est aucun des résultats 

' Je ne parle ici que des schisles qui n'ont qu'on les observe dans presque toutes le* 
point de parties solublrs dans les acides . tels Vosges. 



174 MÉMOIRES DE LAYOISIER. 

que ces eaux m'ont donnés qu'on n'obtienne également avec une solu- 
tion de quelques grains de sel de Glauber. 

Je sais qu'on a prétendu que les eaux thermales de Plombières don- 
naient par évaporation une petite portion de sel de nature alcaline; 
mais cet alcali n'existe pas réellement dans ces eaux. Il provient, comme 
je l'ai déjà dit dans la première partie de ce mémoire, d'une petite 
portion de sel de Glnuber qui s'est décomposée par le mouvement de 
l'évaporation. Qu'on fasse dissoudre, en effet, dans une livre d'eau dis- 
tillée un grain d'alcali fixe de la soude, cette eau versée sur la dis- 
solution d'argent la troublera sensiblement. De l'alun en poudre s'y 
dissoudra promptement, mais la liqueur restera un peu louche en raison 
de la petite portion de terre qui aura été dégagée. Il n'arrive cependant 
rien de semblable avec les eaux de Plombières; elles ne donnent aucun 
précipité, ni avec l'alun, ni avec le sublimé corrosif; la dissolution 
d'argent par l'acide uitreux ne les trouble point sur-le-champ, mais au 
bout de quelques instants, comme cela arrive avec une solution île sel 
de Glauher. Ces eaux ne contiennent donc point de substance alcaline, 
du moins en quantité sensible. 11 est vrai que ces eaux, rapprochées 
par l'évaporation, verdissent le sirop de violette; mais cette expérience 
ne prouve rien, puisque le sel de Glauber produit un effet semblable, 
ainsi qu'on peut le voir dans un mémoire de M. le comte Saluées sur 
l'action des différents sels sur le sirop de violette. (Voyez les Mêlait';™ ■ 
fie la Société royale de Turin, t. III, p. t 55.) 

Toutes les sources tièdes et froides de Plombières contiennent du 
sel de Glauber; jeu ai examiné un assez grand nombre, ainsi qu'on 
peut le voir dans les résultats ci-joints. Les deux sources qui portent 
le nom de mvonneme» sont celles de toutes qui en contiennent le 
moins; elles approchent même beaucoup de la pureté de l'eau dis- 
tillée. Ces eaux ne m'ont donné aucun indice de savon naturel. C'est 
sans doute aux petits filons de matière argileuse, blanche et fine qui 
se trouve à leur source qu'est due la dénomination qu'on leur a 
donnée de savonneuses. On se persuadait sans doute que ces terres, 
qui ont un rapport apparent avec le savon, lui ressemblaient aussi par 



Digitized by Google 



DE LA NATURE DES EAUX. 175 

leur solubilité dans l'eau. La grande pureté de ces eaux et, ce qui en 
est une suite, la grande facilité avec laquelle elle dissout le savon au- 
ront servi à accréditer cette opinion. Du reste, la plupart des eaux des 
montagnes des Vosges ont autant de droit que celles de Plombières de 
prétendre au titre de savonneuses. 

Il me reste à parler d'un phénomène singulier qui s'observe dans le 
bautdes montagnes. J'y ai trouvé des eaux, qui paraissent sensiblement 
plus légères que l'eau distillée elle-même. Cette différence ne vient, à 
ce que je crois, que de ce que ces eaux tiennent une moindre quantité 
d'air en dissolution; l'air se dissout, en effet, dans l'eau a peu près de 
la même manière que les sels; il en augmente sensiblement le poids. 
Ce singulier phénomène a déjà été annoncé par MM. les commissaires 
de la Faculté de médecine de Paris, dans leur rapport sur la salu- 
brité de l'eau de l'Ivelte. Les expériences, que j'ai faites sur les eaux 
aériennes des Vosges, et dont je rendrai compte dans un mémoire 
séparé, le confirment encore, et ne laisseront aucun doute sur cet 
objet. Je dis que les eaux des montagnes tiennent moins d'air en disso- 
lution que celles des pays moins élevés, et. c'est une suite nécessaire des 
principes de la physique. Qu'on place de l'eau sous le récipient d'une 
machine pneumatique et qu'on donne quelques coups de piston, on 
verra s'échapper de l'eau de petites bulles d'air presque imperceptibles, 
et il continuera d'en sortir encore longtemps après qu'on aura cessé 
de pomper. Il suit de cette expérience que la quantité d'air que l'eau 
peut dissoudre n'est pas toujours la même; qu'elle est d'autant plus 
grande que le poids de l'atmosphère dont elle est chargée est lui-même 
plus considérable. L'eau du haut des montagnes est précisément dans 
le cas de celle qu'on a placée sous la machine pneumatique. L'air, en 
effet, y est plus rare, et le poids de l'atmosphère y est d'autant moindre 
qu'elles sont plus élevées au-dessus du niveau de la mer. L'eau doit 
donc y tenir moins d'air en dissolution; elle doit donc être réellement 
plus légère. 

Les montagnes des Vosges sont presque entourées de toutes parts 
de montagnes de sable. Les eaux qui arrosent cette étendue de pays 



I7n MÉMOIRES DR LAVOISIER. 

sont de lu même nature que celles des inonlagucs composées de couches 
inclinées. Je n'en ai trouvé aucune qui fut parfaitement pure; elles con- 
tiennent toutes du sel de dauber. On y trouve aussi quelquefois un 
peu de sélénile ou sel gypseux, mais toujours en très-petite quantité: 
c'est principalement sur les confins des terrains sableux et de ceux de 
(lierre calcaire. 

Les eaux thermales de Luxeuil, qui se remontrent dans ce terrain, 
forment une exception à la loi générale; au lieu de contenir du sel de 
(îiauber comme toutes les sources de ce canton, elles contiennent du 
sel marin. J'ai cru y apercevoir aussi quelques vestiges de sel de (dau- 
ber; mais il est en très-petite quantité et presque inappréciable. 

Les eaux de Luxeuil jouissent d'une grande réputation dans la pro- 
vince. On y vient en foule de Besançon. Aussi la ville n'a-t-elle rien 
épargné pour y rassembler toutes les commodités possibles. La crainte 
de grossir trop ce mémoire m'empêche de m'arrèter sur cet article. Je 
me contenterai de dire que la magnificence des bâtiments qu'on vient 
d'y élever, la commodité des bains qu'on vient d'y construire, et la 
police admirable qu'on v a établie, ne peuvent tarder à mettre ces 
eaux au nombre des plus célèbres de la France. Les sources chaudes 
de Luxeuil sont au nombre de sept : deux eu face du grand bâtiment 
des bains, qui sont absolument semblables entre elles, et qui paraissent 
avoir la même origine; celle du Bain des Capucins, celle du Bain des 
Cuvettes, celle du Bain des Bénédictins, celle du Grand Bain et celle 
du Bain des Daines. 11 ne m'a pas été possible de faire sur celle der- 
nière aucune expérience; on y travaillait encore lorsque j'y suis passé. 

Luxeuil a aussi son eau savonneuse, ('.est. de même que celle de 
Plombières, une eau presque pure; elle contient seulement une très- 
petite portion de sel de Glauber. On rapporte sur cette fontaine une 
anecdote assez singulière et qui est trop attestée pour qu'on puisse en 
douter. En 1719 une dyssenteric épidémique se répandit dans Luxeuil 
et dans les villages des environs. L'affluence de ceux qui venaient à cette 
fontaine pour y chercher du secours devint si grande qu'on fut obligé 
de mettre des gardes, qui la distribuaient par mesure à tous ceux qui 



DE LA NATURE DES EAUX. 177 

se présentaient. Cette fontaine est placée derrière le grand bâtiment 
des bains. Auprès d'elle on en voit une autre qui est ferrugineuse. Je 
n'entrerai ici dans aucun détail sur la nature de celte eau; je m'en occu- 
perai particulièrement dans le mémoire que je dounerai sur les cau\ 
ferrugineuses et, en même temps, sur toutes celles qui contiennent 
plusieurs sels compliqués ensemble. 

Les eaux thermales de Bains se trouvent aussi dans la partie sableuse 
de la Lorraine. Elles sont situées à trois lieues de Plombières, et n'en 
diffèrent qu'en ce qu'elles contiennent un peu moins de sel de Glaubei 
et, de plus, une légère portion de sel gypseux. Ces eaux n'ont rien de 
particulier que leur chaleur; elles rentrent, du reste, dans la classe 
générale des eaux des pays sableux. 

Outre ces différentes sources chaudes, on trouve, dans la partie 
sableuse qui environne les montagnes des Vosges, plusieurs imitâmes 
tièdes : telle est celle de Watwiller en Alsace, entre Thann et Gueb- 
willer. Ces eaux sont assez célèbres dans ce canton. Les Suisses, prin- 
cipalement ceux de Mulhausen, les fréquentent beaucoup, et viennent 
y prendre les bains. Cette source n'est qu'à i5 degrés du thermomètre 
de M. de Réaumur, c'est-à-dire 5 degrés au-dessus de la température 
des sources ordinaires. Elle est, par conséquent, beaucoup au-dessous 
de la chaleur qu'on a coutume de donner aux bains; on est obligé de 
la faire chauffer. Cette eau contient principalement de la sélénite et 
une petite portion de sel de Glaubcr; elle laisse un léger dépôt ocreux 
dans les conduits où elle passe ; ils s'en remplissent même et se bouchent 
à la longue; elle ne donne cependant aucune apparence de fer, ni par 
l'alcali phlogistique, ni par la noix de galle. 

On trouve encore, dans la partie sableuse des Vosges, quelques 
fontaines tièdes; telle est, par exemple, celle de Chaude-Fontaine, à 
une lieue et demie de Remiremont. La chaleur de celte fontaine est 
presque insensible en été; mais elle paraît très-forte en hiver. Le ther- 
momètre de M. de Kéaumur y monte à ao degrés au-dessus du terme 
de la congélation. Le bassin de cette fontaine n'a point été travaillé: il 
est dans son étal naturel ; on a seulement rapproché autour quelques 



tu. 



178 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

rochers de pierre de sable pour le défendre. Le bassin est presque 
comblé de sable ; on a quelquefois essayé de le nettoyer et de le 
creuser, maie il ne tarde pas à se remplir. La source est très-abon- 
dante, et sa force est si grande qu'elle fait bouillonner le sable en plu- 
sieurs endroits. Elle y forme des espèces de trémies placées à quelque 
distance les unes des autres. On voit s'élever, de temps en temps, de 
grosses bulles d'air de ces trémies; elles en donnent même commu- 
nément toutes à la fois. Cette eau ne contient, comme toutes les autres, 
qu'un peu de sel de Glauber. 

Nous avons vu , dans le haut des grandes montagnes, à couches 
inclinées, des eaux aussi pures que l'eau distillée; nous les avons vues, 
dans d'autres endroits de ces mêmes montagnes, chargées d'une petite 
quantité de sel de Glauber. Nous avons examiné ensuite les montagnes 
qui avoisinent les grandes et qui paraissent composées de débris; les 
eaux s'y sont trouvées moins pures que dans les montagnes principales, 
■nais toujours chargées du même sel. Nous allons parcourir, main- 
tenant, les pays composés de matières calcaires et dissolubles dans les 
acides; nous allons examiner les eaux qui se filtrent à travers ces 
couches horizontales qui ont été formées, peu à peu, dans le sein de 
la mer, cl qui nous laissent voir partout les débris des corps marins 
dont elles ont été composées. 

Les pays calcaires, considérés par rapport aux eaux, doivent su- 
bir une subdivision nécessaire. Les bancs qui les composent sont tantôt 
purement calcaires, tels que la pierre à chaux, la craie, le tuf, les 
coquilles, la pierre à plâtre; tantôt ils sont composés de sable et de 
grès. La nature des eaux tient à cette division générale; celles des 
terrains sableux contiennent du sel de Glauber; les autres contiennent 
île la sélénile. 

La plupart des sources résultent de la réunion de différents pleurs 
qui se fdtrent dans la terre, qui se rassemblent, et qui, après avoir 
coulé à travers des fentes qui leur servaient de canal , trouvent enûn 
une issue et se montrent au dehors. Parmi ces pleurs, il arrive souvent 
que les uns ont traversé des bancs de matières sableuses, les autres. 



Digitized iDy Google 



DE LA N AT IRE DES EAl'X. 179 

de matières calcaires, quelquefois même, successivement, des nues et 
îles autres. Le sel de Glauber et le sel gypseux doivent donc se trouver 
quelquefois dans la même eau, et c'est, en effet, ce qu'on observe 
dans un assez grand nombre de sources. 

Cette partie de la terre, je veux dire la partie calcaire, est celle on 
le fer se trouve le plus communément dans les eaux. 11 est tantôt avec 
le sel de Glauber et le sel gypseux joints ensemble, tanUYt avec chacun 
séparément. Quelques chimistes ont prétendu qu'il existait quelquefois 
en substance dans ces eaux. Je suis bien éloigné d'adopter ce sentiment. 
11 ne faut qu avoir jeté les yeux sur le règne minéral pour s'aperce- 
voir que le fer n'y existe jamais en substance, et, surtout, dans la 
partie calcaire du globe où les mines de fer ont toutes été formées 
par transport. Bien plus, le fer en substance ne peut subsister long- 
temps dans la nature; l'action seule de lair, l'acide universel qui y 
est répandu, et de l'existence duquel on ne saurait douter, suffisent 
pour le ronger et pour le dissoudre. 

Les pays calcaires contiennent encore une espèce d'eau qui parait 
n'avoir été bien connue que très-récemment. Ces eaux ne sont qu'une 
modification des eaux sélénileuses. On rencontre assez fréquemment 
aux environs de Paris, surtout dans les pays de plâtrières, des eaux 
qui contiennent un véritable foie de soufre à base terreuse. La source 
qui sort de la chaussée de l'étang de Montmorency est la première 
dont j'ai entendu parler. Plusieurs sources d'Issy et de Vaugirard et . 
en général," presque toutes les eaux croupissantes, lorsqu'elles con- 
tiennent de la sélénite, présentent le même phénomène. Ces eaux se 
chargent des parties extractives des végétaux qu'elles arrosent. Lors- 
que ensuite la fermentation vient à développer le phlogistique qui y 
était contenu, l'acide vilriolique s'y unit et forme un véritable soufre, 
par la voie humide, qui s'unit à la terre calcaire. Je ferai une sec- 
tion à part pour ces deux espèces d'eau, je veux dire pour les eau\ 
ferrugineuses et les sulfureuses. J'y joindrai aussi le détail des expé- 
. riences que j'ai faites sur quelques eaux très-compliquées, telles que 
celles de Bourbonne-1 es-Bains, celles de Bussang surtout, qui sont 

«3. 



180 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

ferrugineuses et aériennes, et sur quelques autres qui demandent des 
recherches particulières, et dont l'examen tient aux étioloflies les plus 
délicates de la chimie. 

Je n'ai donné, jusqu'ici, que des idées générales du résultat de mes 
expériences ; je me suis uniquement attaché a faire sentir quelle était 
la loi de la nature, et combien elle était invariable; à faire remarquer 
la correspondance exacte et toujours uniforme qui se trouve entre la 
nature de l'eau et celle des terrains à travers lesquels elle se filtre. Il 
me reste maintenant » donner le résultat de chacune des analyses sur 
lesquelles sont fondées ces conclusions générales, et qui leur servent, 
en quelque façon, de preuve. Ces analyses sont au nombre de plus de 
cent soixante : je n'en donne ici que cent vingt-six , ayant réservé, comme 
je l'ai dit, celles qui demandaient quelques discussions particulières 
pour un mémoire à part. Un volume n'aurait pas suffi, si j'avais entre- 
pris de rendre compte en détail de toutes les expériences que j'ai été 
obligé de faire pour parvenir à mon but; je me contenterai de donner 
ici une idée succincte des principes sur lesquels elles sont fondées. 

Le nombre des substances que l'eau peut dissoudre et charrier avec 
elle n'est pas très-considérable ; il se réduit à un petit nombre de sels. 
Les différentes analyses qui ont été données jusqu'ici et par les chi- 
mistes les plus habiles paraissent le prouver suffisamment. La théorie 
chimique, d'ailleurs, vient encore à l'appui et parait ne devoir laisser 
aucun doute. 

Les chimistes et les naturalistes conviennent tous qu'il n'existe que 
deux acides dans le règne minéral : l'acide vitriolique et l'acide marin. 
Ils ne sont pas d'accord, il est vrai, sur l'origine de celui du nitre : les 
uns pensent qu'il appartient au règne végétal, les autres, à la com- 
binaison des matières animales avec les végétales ; mais tous conviennent, 
au moins, qu'il est étranger au règne minéral. Reste donc à examiner 
quels sont les sels vitriuliques et marins qui peuvent se rencontrer dans 
les eaux. 

La plupart des demi-métaux ne sont point susceptibles de dissolution - 
dans l'acide vitriolique; ils exigent, du moins, un acide vitriolique très- 



DE LA NATUHE DES EAUX. 181 

concentré et bouillant. Or ces circonstances ne peuvent jamais se 
rencontrer dans la nature, où l'acide vilriolique même ne se trouve 
jamais à nu. On ne doit donc point s'attendre à trouver dans les eauv 
ni mercure, ni antimoine, ni cobalt, ni bismutb, dissous par l'acide 
vitriolique ; le zinc est le seul qu'il faudrait excepter. Ce demi-métal 
est attaquable par l'acide vilriolique; mais une circonstance singulière 
empêche qu'on ne le trouve dans les eaux. Si l'on fait dissoudre une 
petite quantité de vitriol de zinc dans de l'eau, au bout de quelques 
instants la liqueur deviendra loucbe et, peu à peu, il se fera un dépôt 
presque sans couleur, qui n'est autre chose qu'un vitriol de zinc avec 
le moins d'acide possible. Au reste, je ne regarde pas comme absolu- 
ment impossible de trouver quelques vestiges de vitriol de zinc dans 
les eaux. 

Il en est à peu près de même des métaux eux-mêmes, surtout des 
métaux blancs, auxquels les chimistes ont coutume de donner le nom 
de métaux lunaires. Ils sont de même indissolubles dans l'acide vilrio- 
lique, à moins qu'il ne soit bouillant et concentré. On ne doit donc 
point s'étonner s'il ne se trouve dans la nature, ni vitriol d'or, ni 
d'argent, ni de plomb, ni d'étain. Le fer et le cuivre sont les seuls 
que l'acide vitriolique puisse dissoudre aisément, et c'est ce qui fait 
que ces deux métaux, surtout le premier, se trouvent si communément 
dans les eaux. Il en est des dissolutions métalliques par l'acide marin 
à peu près comme de celles par l'acide vitriolique; elles se font toutes, 
à l'exception de celles du fer et du cuivre, avec beaucoup de difficulté; 
elles exigent même, la plupart, des manœuvres particulières que la 
nature ne peut employer. Toute cette section des sels doit donc être 
mise au nombre de celles qui ne peuvent se rencontrer dans les eaux. 

On ne connaît, -dans le règne minéral, que deux espèces d'alcalis : 
l'alcali de la soude et l'alcali terreux, je veux dire la terre calcaire. 
L'acide vitriolique forme, avec le premier, le sel de Glauber; avec le 
second, il forme la sélénite ou sel gypseux. Ces deux sels sont très- 
communs dans la nature, rien n'empêche qu'ils ne se trouvent dans les 
eaux; aussi s'y rencontrent-ils en abondance. De l'union de l'acide 



182 MÉMOIRES DE LAVOISIEK. 

marin avec ces deux alcalis, résultent le sel commun et le sel marin à 
base terreuse. Ces sels se trouvent quelquefois dans les eaux, mais moins 
fréquemment que les précédents. 

Le fer, le cuivre et peut-être le zinc, le sel de (îlauber, la sélé- 
nite, l'alun, le sel marin à base saline et terreuse et l'alcali Cxe de la 
soude sont donc les seuls sels qui puissent se trouver dans les eaux; 
l'expérience et la tbéorie s'accordent pour le confirmer. H ne s'agit donc 
plus que de trouver des caractères au moyen desquels nous puissions 
toujours les reconnaître, soit qu'ils se trouvent seuls dans les eaux, soit 
qu'ils y soient plusieurs ensemble. 

La présence du fer, du cuivre et du zinc est toujours facile à recon- 
naître. L'alcali phlogisliqué est une épreuve sûre. Quelques gouttes 
versées sur l'eau dont on veut connaître la nature donneront un pré- 
cipité bleu si elle contient du fer, mordoré si elle contient du cuivre, 
blanchâtre et presque sans couleur si elle contient du zinc. L'alcali 
phlogistiqué qu'on emploie doit être, surtout, bien saturé de matière 
colorante. Il ne doit faire aucune effervescence avec les acides, ni pré- 
cipiter la terre de la sélénite; on ne l'obtient dans cet état qu'en 
décolorant successivement du bleu de Prusse, jusqu'à ce qu'il n'ait plus 
aucune action sur lui, comme le prescrit M. Macquer, qui, le premier, 
a fait connaître celte liqueur aux chimistes. 

On reconnaît la sélénite aux expériences suivantes, pour peu qu'il 
se rencontre de ce sel dans l'eau : quelques gouttes d'alcali fixe occa- 
sionnent un précipité blanc; quelques gouttes de dissolution de mer- 
cure par l'acide nilreux donnent un précipité jaune connu sous le nom 
de turbith minéral; enfin la dissolution d'argent, d'abord ne trouble 
point la liqueur, mais, au bout de deux ou trois heures, on commence 
à apercevoir le précipité; il est de couleur grisâtre, peu décidé; peu à 
peu on le voit se rassembler au fond du vase. 

Le sel de Glauber a des caractères tout aussi distincts. Par la disso- 
lution de mercure, il donne un précipité jaune de turbith minéral. Par 
la dissolution d'argent, on n'obtient rien d'abord; mais, au bout d'une 
ou deux heures, la liqueur se trouble, et il se fait un précipité rou- 



Digitized by Google 



DE LA NATURE DES EAUX. 183 

geAtre, si le sel est en très-petite quantité, grisâtre, s'il est très-abon- 
dant. 

Le sel marin est encore plus facile à reconnaître. L'eau qui le con- 
tient, versée sur quelques gouttes de dissolution d'argent, donne sur- 
le-champ un précipité blanc en flocons, qu'il est aisé de distinguer, au 
coup d'œil, de tous les précipités connus. Un demi-grain par livre 
d'eau suffît pour donner une précipitation sensible. 

Le goût est à peu près l'épreuve la plus sûre pour reconnaître l'al- 
cali de la soude. Un grain par livre d'eau suffit pour donner à l'eau un 
goût alcalin très-sensible. Les eaux, d'ailleurs, qui contiennent de ce 
sel, précipitent la terre de l'alun, le mercure du sublimé corrosif, et 
toutes les dissolutions métalliques. 

L'alun ne se trouve guère dans les eaux; je n'en sache aucune dans 
laquelle il ait été découvert. Ce sel donne, par l'alcali fixe et par les 
dissolutions d'argent et de mercure, les mêmes produits que la sélé- 
nite; mais en quoi il en diffère, c'est qu'il donne un petit précipité 
verdâtre par l'alcali phlogistiqué , ce qui n'arrive pas avec la sélénite. 

Enfin le foie de soufre s'annonce par son odeur; quelques gouttes 
d'acide, versées sur les eaux qui en contiennent, développent une 
odeur d'œuf couvé qu'il est difficile de confondre avec aucune autre. 

On m'objectera , sans doute , qu'il peut exister, dans le règne mi- 
néral, des sels qui nous soient absolument inconnus, qui ne soient 
susceptibles d'aucune décomposition, sur lesquels les dissolutions métal- 
liques ne puissent avoir aucune action. La présence d'un tel sel n'est 
pas possible, dira-t-on, à reconnaître par les moyens que je propose. 
Je répondrai, d'abord, que les analyses qui ont été faites jusqu'à ce 
jour par évaporation , ne faisant aucune mention d'une telle espèce de 
sel, il est au moins très-permis de douter de son existence. Mais, en 
supposant même qu'elle existe, il n'est point encore impossible de la 
découvrir par la méthode que je propose et sans le secours de l'éva- 
poration. L'exposition des moyens que j'ai employés suffira pour le 
faire sentir. 

Je m'étais muni, en partant de Paris, des principales substances 



m . MÉMOIRES DE LAVOlSIER. 

qui pouvaient m'ètre nécessaires pour l'analyse des eaux. J'avais de 
l'alcali fixe très-pur en deiiquium. J'avais tenu exactement note de la 
quantité d'alcali et d'eau que j'avais employée: de sorte que je savais 
précisément combien une once ou une livre de ma liqueur contenait 
de flegme et de sel; j'en avais, de plus, déterminé la pesanteur spéci- 
fique. J'avais observé les mêmes précautions pour les dissolutions mé- 
talliques; je savais quelle était la proportion d'eau, d'acide réel et de 
métal qui y était entrée, et je connaissais, surtout, leur pesanteur 
spécifique. Lorsque je voulais opérer, je versais de mes dissolutions 
dans de petites mesures de cristal; je les pesais, puis je précipitais 
goutte à goutte et très-lentement; je repesais ensuite, et la différence 
du poids me donnait la quantité totale de liqueur que j'avais employée. 
Je savais toujours, par ce moyen, ce qui était entré de sel, d'acide et 
de métal dans toutes mes précipitations. 

11 est aisé de sentir que cette façon de procéder donne encore un 
nouveau moyen de déterminer la quantité des sels contenus dans l'eau, 
(l'est une espèce de preuve à laquelle on peut soumettre les opérations, 
et qui peut les confirmer ou les détruire. Je suppose qu'on ait conclu, 
par l'expérience de l'aréomètre et par les combinaisons, qu'une eau 
contenait 10 grains de sel de Glauber par livre d'eau, et qu'on ait 
employé, pour faire la précipitation, i5 grains d'une dissolution quel- 
conque d'argent ou de mercure, sur une masse de a livres d'eau ; on 
pourra, pour faire la preuve, dissoudre ao grains de sel de Glauber 
dans j livres d'eau distillée; on y versera ensuite de la dissolution 
d'argent et de mercure, jusqu'à ce qu'il ne se précipite plus rien. Si la 
quantité de dissolution qu'on est obligé d'ajouter dans cette eau factice 
est plus grande que celle qu'on a versée dans l'eau naturelle, on aura 
le droit d'en conclure que l'eau minérale ne devait pas son excès de 
pesanteur uniquement au sel de Glauber, mais qu'elle contenait un 
autre sel inconnu qui y contribuait aussi. C'est alors qu'il est nécessaire 
de recourir à l'évaporation. C'est ainsi que la pbysique nous fournit 
différents moyens de parvenir an même but. Il en est encore d'autres 
dont je parlerai dans la suite, et qui viennent à l'appui de ceux-ci. 



DE LA NATURE DES EAUX. 185 

Ces moyens s'entr'aident entre eux, et de leur concours résultent une 
certitude, une exactitude aussi complètes qu'on puisse l'espérer en phy- 
sique. Voilà le plan que j'ai suivi pour les eaux simples; il est commun 
à celles qui contiennent un grand nombre de sels, à l'exception qu'elles 
exigent quelques procédés particuliers dont je rendrai compte, comme 
je l'ai déjà dit dans un mémoire à part. 

La forme de tables m'a paru la seule que je pusse donner à un travail 
aussi étendu que celui dont je viens d'essayer de donner une idée. Je 
ne pouvais entreprendre d'entrer dans le détail des expériences sans 
m exposer à tomber dans des longueurs et des répétitions sans nombre, 
également ennuyeuses et inutiles. Le» tables ont d'ailleurs l'avantage 
d'être extrêmement commodes pour le lecteur ; il peut y trouver tout 
d'un coup le résultat qui l'intéresse, sans être obligé de le chercher à 
travers une foule d'expériences qui ne servent qu'à porter dans ses 
idées l'incertitude et la confusion. Cette forme est aussi celle qui a été 
suivie par MM. Majault, Poissonnier, Larivière, Roux et Darcet, dans 
l excellent rapport qu'ils ont donné à la Faculté de Paris, sur la salubrité 
de l'eau de l'Yvette. Après avoir constaté, par les différents moyens que 
la chimie peut fournir, la nature des eaux qu'ils avaient à analyser, 
ils ont rapproché, dans une table, le résultat de leurs expériences. Je 
ne pouvais suivre, sans doute, un plus excellent modèle. 

J'ai divisé mes tables en six colonnes ; elles présentent tout le résultai 
de mon travail dans l'ordre qui suit : 

i° Le nom des fontaines, puits ou rivières, dont les eaux ont été 

a" La pesanteur du pied cube de chacune de ces eaux à i o de- 
grés ; du thermomètre de M. de Réaumur; 

3° L'excès de pesanteur de ce même pied cube sur celui d'eau dis- 
tillée ; 

4° La qualité et la quantité des sels contenus dans chacune des 
eaux; 

5* La nature des terrains à travers lesquels elles filtrent ou qu'elles 
arrosent; 

m. *4 



186 MÉMOIRES DK LAVOISIER. 

6* Enfin la hauteur des puits, fontaines ou rivières, au-dessus du 
niveau de l'Océan, en lignes du baromètre'. 

Il ne me restait plus qu'à déterminer l'ordre suivant lequel je ran- 
gerais les eaux que j'avais examinées. Celui des terrains m'a paru le 
plus avantageux. 11 présente ces différentes eaux sous le véritable point 
de vue sous lequel elles doivent être envisagées; il les range toutes à la 
place qu'elles doivent occuper. Les eaux, d'ailleurs, arrangées suivant 
celle méthode, se trouvent toutes naturellement disposées suivant la 
nature des sels qu'elles contiennent et, en même temps, suivant l'ordre 
des pays. 

J'ai mis, en tète de mes tables, le résultat des expériences que j'ai 
faites sur les eaux des pays composés de matières réfractaires et vitri- 
fuibles, inclinées à l'horison. Ces eaux étant les plus pures de toutes, 
et par conséquent les plus simples, elles m'ont paru plus eu droit que 
les autres d'occuper la première place. J'ai rangé à la suite celles qui 
coulent dans des bancs horizontaux de sable et de pierres sableuses; ces 
eaux sont les plus simples après les précédentes; elles ne contiennent, 
comme elles, communément qu'un seul sel, maison quantité plus consi- 
dérable. Enfin les eaux des pays composés de couches calcaires horizon- 
tales viennent les dernières. Elles sont communément plus chargées de 
sel que les précédentes; elles en contiennent, d'ailleurs, assez souvent 
deux, surtout dans les pays où le sable, la pierre à chaux et les gypses 
sont communs, comme cela arrive aux environs de Paris. Ces cantons 
et ceux qui leur sont analogues sont ceux où les eaux pures et salubres 
sont le plus rares, et l'on peut regarder, comme un vrai présent de 
la nature, le petit nombre qui s'y rencontre. 

On a cru longtemps Paris privé de cet avantage. Presque toutes les 
eaux qui coulent des coteaux voisins de cette capitale sont trèa-chargées 

1 Lavoisier avait Tait les observations ba- de correction indispensable» pour remplir 
miuétrique* nécessaires pour déterminer ces celle lacune. Des indications précises de ni- 
hauleurs; mais il n'en avait pas terminé vellement ont paru, d'ailleurs, d'un intérêt 
sans doute les calculs dans sa jeunesse et il secondaire pour un travail qui n'a d'impor- 
avait laissé cette colonne en blanc. On n'a tance aujourd'hui que par les vues d'en- 
ds retrouvé dans ses notes les éléments semble qu'il «pose, (iïote de l'éJùeur.) 



Digitized by Google 



DE LA NATURE DES EAUX. 187 

de sel. Celles qui viennent des hauteurs de Ménilmontant, Bellevillu, la 
butte Chaumont, la butte Montmartre, contiennent une très-grande 
quantité de gypse en dissolution. 11 en est à peu près de même des co- 
teaux d'Issy et de Vaugirard; plusieurs de ces eaux mêmes sont incrus- 
tantes. M. de Parcieux, dont les yeux, toujours ouverts, ne sommeillent 
jamais pour le bien de l'humanité, a découvert, à une petite dislance 
de Paris, une rivière qui réunit, à la salubrité, la pente nécessaire 
pour pouvoir fournir de l'eau aux endroits les plu9 élevés de cette 
capitale. Les sources auxquelles elle doit son origine, et toutes celles 
qui la grossissent dans son cours, se filtrent à travers un terrain de 
sable; elle doit donc contenir du sel de Glauber; et c'est, en effet, 
ce qu'on y trouve, mais en très-petite quantité. Les commissaires 
nommés par cette Académie et par la Faculté de médecine de Paris 
l'ont démontré de la manière la plus complète et la plus authentique. 

L'eau de l'Yvette rentre donc dans la classe de celles des montagnes, 
c'est-à-dire des eaux les plus pures qui existent dans la nature. Il suf- 
fira de jeter les yeux sur le résultat des expériences que j'ai faites sur 
les eaux des pays calcaires, pour juger combien il est rare d'en ren- 
contrer de semblables. Ces expériences comprennent un espace de plus 
de soixante lieues de longueur sur une largeur assez grande, principa- 
lement du côté des Vosges. Cependant, dans toute cette vaste étendue, 
à l'exception des eaux des rivières de Marne, d'Aube et de Seine, à 
peine se trouve-t-il trois ou quatre sources dont la pureté soit plus 
grande que celle de l'eau de l'Yvette. 

La nature des terrains qui fournissent de l'eau à celte rivière, et son 
analyse, concourent donc à nous prouver qu'elle est non-seulement 
la plus pure qu'on puisse trouver aux environs de Paris, mais même 
qu'elle peut le disputer à celles qui se rencontrent à une très-grande 
distance à la ronde. Quand les expériences que j'ai faites sur la 
nature des eaux n'auraient servi qu'à me convaincre de cette vérité, 
quand elles n'auraient servi qu'à confirmer de plus en plus l'excellence cl 
l'utilité du projet de M. de Parcieux, je ne les regarderais pas comme 
inutiles, et je me croirais moi-même suffisamment payé de mon travail. 

■4. 



188 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 



La 



méthode d'analyse que nous avons donnée jusqu'ici n'est encore 
applicable qu'aux eaux qui ne contiennent qu'un seul sel. Elle devient 
insuffisante toutes les fois qu'il s'en rencontre deux ou plusieurs dans 
la même eau, et cela arrive assen fréquemment, surtout dans les 
pays calcaires. L'analyse de ces eaux est un peu plus embarrassante; 
elle demande quelques expériences de plus et surtout beaucoup de 
calculs. Elle peut, au surplus, se faire de même sans le secours de 
l'évaporalion et par le moyen de l'aréomètre seul, et la précision qu'on 
obtient par cette voie est infiniment plus grande que par les méthodes 
ordinaires. Il serait trop long d'entrer ici dans ce détail; il demande une 
quantité prodigieuse d'expériences préliminaires qui n'entrent point 
dans l'objet que je me propose aujourd'hui. Je m'en occuperai d'une 
manière particulière dans la troisième partie de ce mémoire. 



Digitized by Google 



i — • ^ .- •« 



RÉSULTAT DES EXPÉRIENCES SUR LES EAUX. 189 



RÉSULTAT 



EXPÉRIENCES FAITES SUR LES EAUX 



PATS COMPOSAS DK MATIÈRES RB>RACTAIBES OU TITRI FIABLES IWCUUÎKS À L'HORIZON. 
TELLES QUE SONT LES QUARTZ, LES SCHISTES, 
LES GRANITS , ETC. DANS LES MONTAGNES DBS TOSGKS ET PATS ADJACENTS. 



k. < 



Eaudiatillé* nu bain- 
intrio dan» do» 
Taieeeaui denerre. 
Eau de la fontaine 
publia un qui eut au 
milieu de la rille 
de hMMW . 
Eau de la fontaine 
de Piau- 
le» -Mini», 
laqurlle tombe dea 
coteaux voiuoa. 
Eau de la rivière 
nommée I" ."vu-un- 
. puisée à Gi- 
Cy» * n Fran- 



PRSANTECR 
»e piio et a» 

ir en mu< t i o* i , 4 
du ttWaoniut , 



Ah 

a» 



Eau de In (un Unie 
publique de Gi- 
rotnagny 



69 .5 A 58.5S 



fia • & 4 



69 i5 b 6.7A 



69 li & '■■>'■■■ 



69 iS 6 *o.ï 7 



Eau de la fontaine 
qui eat »ur le grand 
chemin qui monte 
de Giromngny 
ballon d-Alaai 
Cette tonree aort 
presque du pied 
ou dernier pied de 



EXCES 
di rtsisrii» 
du 

pied rab» de ce* mai 
Ml le pM cube 
d'«<i d«Ull*. 



. 6m. Cr.i.. 



QUALITE 
IT QCARTITÉ 
' de. tel. 

1» r«M 



\ A osai pi 
1 l'eau du 



NATURE 

tu» HMâm 

d'où 



69 16 S 69.A6 



II, 16 



66,0. 



S3.79 



négative. 
61, it 



o« ,ta ,6 de ael 
de Gluuber par 
lirr» d'eau. 



a*" de ael 

de GLiuber par 
li.re d'eau. 



17 groin a de 
ael de Glaubai 

par lure d'eau. 

Cette eau n'est 
plu» léger» que I 
1 l'eau distillée que \ 



Hocher» d'un 
fort dur 



Depuid sa aouw: 
joaqu A Giroinagnv , 
elle roule dana de* 
terrain» de granit et 
de quarte coloré. 

Elle eat amené* 
par dea canaux de 
aapin de» coteaux 
Toiatn» . qui «ont 
de quarte 



Tout le terrai 



parc» que, étant I adjacent A cette ht 
fort élevée, elle > laine eat de granit el 
contient moina I d'un gratter grnni- 
d'air que celle» I tcni 
i «ont dana de* I 



quitontdan» dri 



MÉMOIRES DE LAVOIS1ER. 



M>H3 
DU UECI 

lté eau» 

Ml été 



la rivière 
d'Oflrmi 
pot»o il Maeae- 
vaux. en Alsace. 

Eau d'un paiU peu 



PESAirrern 
•o ru» cris 
de tm «ui i io* i l 



<«t-*.*r« 

à ta trmptfratiirr 

dm eav<* 
4» t'ObKr*alnin. 



6« i5 5 iâ.36 



1 

EXCÈS 


Ils! l'T ! 


AU 1 kM 


US riSAMII H 






x 

on 


rt ociimTt 


DES TEEEalM 






J'où 


n h pied «h. 
d'eau dùuilér. 








•orient tta an. 








0na.aw.Mu 




Celle nviére, de- 




1 grain de ad 


puis sa «ou rte jusqu'à 


S.. 7 8 


de Glauber pur 


Maasevaux , «mie 


livre d'eau. 


dans de* terrains de 






quarti coloré. 



profuud à Thann, I 
en Alsace. Ce puits V69 i5 f> 11,69 
est peu éloigné de l 
il rivière. ! 

| 

£au dune source 
tlntit on fait usage 
i la maison de* J 



t6 i. 64,«» 



aiii* dana de* ca- 
naux de aapin. 

Eau de U ronlaine 
publique de Châ- 
teau- Lambert; elle 

cal amenée au vil- lgg ,5 5 liait 
lage de* coteaux ' 



de I 

PiiMang pour le* I - 
usages de la vie; / * 
elle ett amenée 1 



de sapin. 

Enu d'une fontaine \ 
diluée pré* K- 
glis* du village 
de la BreaN, au 
bord de la rinèr*. 

Eau de la rivière de 
l.i Moselle . puisée 
à Gomiinont. 



Eau thermal 
bain des D 
a 



■ lu 



69 if. 5 » 7 ,5S 



«9 i5 6 6*,5o 



Î 

tbennale, la 
chaude de 
les sourc 
rte Plombières; «Me l_ 
est proche le bain / ' 
de» Dame* ei n'en ! 



par le 



•6.19 



:.&.oi 



I0.95 



» S,ot 



I Î5. 9 > 



Ce puiu est creusé 
dans d^s quarts co- 
loré*, roules et dé- 
livre d'eau.' £•* P" **• 



««••".78desei 
de Glauher par 



s*\5 de sel 

de G 
livre 



Cette aourre sort 
de rochers de sckiste 



Cette source sort 
de rochers de granit , 
et tous le* coteaux 
d'alentour en «ont 



4 î»,6i de 



1 grain de sel 
de Glauher par 1 
livre <feau. 



Cette source sort 
do pied d'un coteau 
i',l de sel ) rami K>«, de rocher* 
de Glauber par \ de granit; elle coule 
•ur de* atterri see- 
ment* de la rivière. 

Tout le terrain 
qu'arrose cette ri- 
vière est composé de 
granit et de quart! 
roulé. 

Le* coteaux d'où 
sort cette source 
sont de granit; il y 
a dan* le I 
pierre de 
bancs 

Les coteaux d'où 
aort cette source sont 
d* granit; il y a 
dans le baut de ce* 
mêmes coteaux de la 
ierre de 



livre d'eau. 



4",78 de sel 
de dauber par 
livre d'eau. 



«•*.* de sel 
lie Glauber par 
livre d'eau. 



I 



delà 
eo I 



,4 de wi 
par 



== 



xJ by Google 



RÉSULTAT DES EXPÉRIENCES SIR LES EAUX. m 



las es» 

aol M tirée». 



Eau thermale du bain 
de. Capucin., à 



«V on eau 4 i«* i/a 
do UwnnoaBèlre , 

c'est-a-diie 
a la température 
dca carat 



KICKS 
M FUI rm a 

du 

[M"<! rulia ilr rfa «mua 



1"' 



o 5o,5* 



Eau thermale de la 
•aurcn nommée 
Fontitinfi du Cru— 

fout usage pour la ) 



e*ll«}7o • • »».«° 



Eau thermale qui cal 
« gauche eu arri- 
vantau grand bain 
I 



bu de ia fontaine 
do jardin de* Ca- 



I »5 



puant 
bieret 



I « Houi- 

conooe et 
Mua le 
d'an 



69 i5 6 »M8 



qui fort 
(Tu petit tnyan 
a gauche, en ar- 
rivant au grand 
bain; elle est moins 
que 1. 



lau d'une fontaine 



69 .6 7 7-7» 



«de qui eat dan 

sans., 

prie les Capucins , I 
vis-a-vis le grand 1 
bain n PloinbièrM. ' 

tijl de la fontaine de 
la maison des Ca- 
1 de Plotn- 
, qu'il, eu- 



Mutins 
hiere* , 



de la »»». 



«9 ta 7 St.,11 



69 16 6 87,81 



•fétu «Miter 




•1 63,9* 



. .nu.» 



QPJtUTÉ 
ET (Jl'iVTITl 
des •»!• 



MTtTBE 
des rntuM 

il' .u 

wrlnt m nui 



Les colenm d'nù 
sort cette source sont 
9 |v ,t de sel de granit; il ) a dau* 
de Glauber par I le bautd* ces nhon 
liirre d'eau. ] coleaui de la piei re 
de sable en bancs 



Les eotaani d uo 
sort cette tourre «ont 
—y*** do granit , 
et Ton trouve aussi 
dans le haut de ces 
m'uifi coteaut de In 




'4 3 M ,38 



a 1«,|5 



1 M.M 



io. 7 3 



tu 1 ',65 de sel 
de Glauber par 
livre d'rnn. 



3'',&6 de sel 
de Glauber par 
livre d e.n. 



b-,3 de «I 
de Glauber par 
livre d'eau. 



lys coteaux d'un 
sort cette source sont 
dit granit. Il y a dan 
le haut de ces mènit* 
cutenux des bancs di' 
pierre de table c 
bauc* bohiunbiui. 

Cette source coule 
à travers des boncs 
de granit dans les 
fentes deMinels on 
trouva de* veines on 
espèce* do «U01 
d'une terre argileuse 



source sort 
de rochers de granit, 
lesquels ont de* fan 
te* remplies de veines 
ou «lions de terre ar- 
gilense blanche , tré»- 
Bneel Ires-doute au 

<Toù 



«» L 
sel de 
par livre d'eau. 



t',6 de tri 

de Glauber par 
livre d'eiiu. 



| de granit. Il y a dans 
, le haut de cas mêmes 
I coteaux des bancs hn- 

rumitaux de pierre 

de ' 



de 
ni! 



192 



MÉMOIRES DE LAVOISIER. 



NOMS 
pu uni 



PBSANTECT» 

m mi* crn 

dVeeaeaai I 10" i/i 

a |a bmpanlura 
d« reiaa 



Eau de 1* fontaine 
de l'hôpital de 



gee de h Tlt. 

Eau de le fontaine 
publique qui eel 
mi r la place vi*-a- 
ri» de l'hôtellerie 
de l'Arbre-d'Or, é 
Kriuireuiont. 



69 16 6 



69 1 5 5 34.35 




du bc de Oê- 



Eau de la 

qui eat vÎM-via 
h» 



Enu de la fontaine 



6g 16 4 r.M.h 



»« 16 S «6.67 



69 i5 « 31.93 



69 .6 \ J8.5* 



Eau de U fontaine 
qui tel dant la 
cour de lauber, 

du Lion IooUe 1 
par M. Pairie, /*« "' S 5 
maître de poate . 4 



7,36 



Eau du puita de U 
poale de Ville, en 
debor» dab viHe. 



Eau de La rivière de 
la Meurtbe, poi- 
ee* daoa le cou- 
rant ao-deara» de 



70 t 5 i6,«î 



«9 16 6 40,37 



«rie pied, 



. 64.o6 



QUALITÉ 
rr iji iMiir 
•le» etia 
•team du» l'eau. 



rtaaiiae 



4 r ,4 de ael Cette fontaine aort 
de G lauber par • de rauau wm jtÊt 
livre d'eau. f de rocher» de granit 



47.67 



i r ,ôf> de aH 
de Glauber par 
livre d'eau. 



Celle eau ne 
0,00 contient aucun 



)3 grailla de 
ael de Glanber 
par livre d'eau. 



3",78 de ael 
livredW P " 

Cette eau <it 
que 



10.78 



o'',65 de ael [ 
de Glauber ei J 
s3 grain* de a*- F _ 
lénite. on ael rert den 
gvp*fui . par li- \ aon dana 
vre d'eau. de achat 

I 



1 M.79 



16 graine de 
ael de Glauber 
et i3 grains de 
aélènile ou eaj 
I iTpaeui par li- 
vre d eau. 



4'>4 de ael ' 
de Glauber par 1 



! 



Cette fontaine eat 
amenée à la ville par 
dea canaux de supin ; 
elle aort de coteaux 
de granit. Il y a dan» 
le haut de ce» même* 
coteaux dea banc* ho- 
ruontaoi de pierre 
de sable. 

Ton» le* coteaux 
de* environ* aon! de 
granit ; l'eau eat ame- 
né* tu village dana 
dea canaux de a* pin. 

Le ruiaawaau qui 
fournit de l'eau à ce 
be n'arme* que de* 
para compoee* de 
granit. 

Cette Bo w c* eat 
amenée dea coteaux 
votai na , qui aonteom- 
poee* de granit 

Cette aourca eat 
amenée dana dea ca- 
naux de aapin de* 
coteaux veasini, les- 
queb août de granit. 

Cette fontaine aort 
d'un ancien perce- 
Dent de mine ou- 
vert 

das rocher» 
de achttte dur. 

Ce puita eat rrruaé 
liai» une espèce de 
acbàate qui ee diaaout 
eu partie dana le* 
acide*. 

Cette rivière ao- 
ilesaua de Baccarat 
n'arro** que de* paya 
de |?ranit et un petit 
canton de pierre da 



Digitized by Google 



RÉSULTAT DÉS EXPÉRIENCES SUR LES EAUX. 193 



NOMS 
Ht» Util 

d'où 
te* raui 
ont iU tireet. 



PESANTKtft 
DC pieu et II 
i a .»• •/• 



c'esl-a-dirs 
a U température 

des (Bit) 
de l'Obierralolfe. 



tau de U fontaine i 
publique de Sohir- J 
mrrk. qui descend f 
de la montagne ''») 
de l'ancien rbà- 
Iran par «les ra- 
kW de sapin. 



Eau du puits de 
M. Pariant, pre- 

wtlï 



Eau <lu puila de I'IkV 
reur.a 



Eau de U fontaine 
publique do ll.iAn- 
l'Etape; elle Tient 
d'une demi-lieue 
du bois qui est 
du coté de Saint- 

r>ie. 

Eau da puits de l'hô- 
telier»! du Pied- 
de-Bœuf. a Sa- 



it 6 67,03 



70 o o 10,69 



■ S 6 So.io 



60 |5 7 i»,6« 



o o 



EXCES 
ng rummi 

du 

pied cube, de ces «aux 
lur le pied cube 
d'eau duldlee. 



9.o5 



3 34.li 



QUALITÉ 
it oiiKm* 
de. set. 
«.1er,» dan. l e... 



.i«\ 9 * d« 
de Glauber 
litre d'eau. 



nu roams 

i'mk 



d«ù 



par 



j «Mil 



13.51 



K'',i de sel 
de Gluuber par 
livre d'eau-, il y i 
a aussi uni- très- I 
petite portion de | 
sel marin eu di- 
^ minutiun du sel 

S'',7 d» «al 
de Glauber par 
livre d'eau. 



S»',5 de Ni 



Ide Glauber par J 
livre d'eou ; j'y l 
10.91 < lon pç 0nne 0IH f 

** : '"iide I 



( petite portion 
sel marin 

de 



3 63,9»' 



9*',i de ael 
de Glauber par i 
livre d'eau; j'i 
soupçonne une J 
petite portion de I 
— I marin 



Ce puits est e relise 
dan* de» dépôt* de U 
rivière; ce «ont dit» 
schiste» dura et dea 
granitt roule». 

Ce puits est, |e 
crois, creuse dans un 
«eliis» dur ou dan» 
1 des dépota quartieui 
■I Brnniteui de la ri- 
vière. 

Les coteaux d'où 
vient celte fontaine 
«ml de (jranit; dans 
le liant on trouve «lu 
«aide et de la piei re 
de sable 



Ce pnit» est creuse 
dans le sable et dans 
la pierre de sable. 



9 5 



194 



MÉMOIRES DK UVOISIER. 



RESULTAT 



nus 



EXPÉRIENCES FAITES SUR LES EAUX 



DBS PAYS 
ET DE HEURES 



DE COUCHES HORIZONTALES , 
QDI AVOISHEJT LES MONTAGNES 







NOMS 
DU UICt 

la mm, 

aal «W Ma 



F-iii de la fontaine de 
l'abbaye de Loi». 



fjuthiTTDnliMln hnin 



PESANTElll 

RL' PIED Ct AK 
«Ar wi mm a i»' t, !. 
du tbmnaniAtre , 
fW-A-Uire 

.tt l'OIxtnatoirc. 



Ll« 0«»t Cm Cri 



70 o i 7,76 



70 <> 1 Jt,»0 



Ean thermale du bain , 
de. Couette* | J7" 



Kaa iluTrn.il.' du ro- 
binet qui Ml Ml 

f»re du grand U„ „ j j 7>97 
lùtimenldeebaina ' 
d» l.uieuil, do 
eolè de l'eat 



Eau Ihenoale du ro- 
biu«l qui eet en 
Urv du frrandbiti- 
mrnl de* blinii I 



EmlkermaWtdu bain 

,à 



3 1.7.97 



70 n S 63.** 



F. mu» 



pire) rtibr Jr m mut 
nir W (*»<1 euh» 
dVao dUlillw. 



I 11. «S 



■1 n,6i 



b fio.î;, 



6 6t. 3 9 



fi 6,.J„ 



6 « 7 ,»6 



QUALITE 

AT OH1T1TI 
in tel. 



IU1U1 
ni* nmiiM 
doi 



I/'i rol.-aui d 

eelUs fontaine tir© m 



«able. 

Cette eau tort de 
dewou» de» roeuere 
d'une [iienr de sable 
fine en banc* bori- 
toalaui.quiaonteui- 
aiè me» fort rbftuda. 

Cette eau fort de 
deuuu» dea nxltcr» 
d'une pierre de ».vblo 
Irta line eu battra 
borixonlaui. et qui 
fort 



Cette «a aort de 



d'une pierre de sable 
lr**-fine en battra 
bonionUoi , et qiti 
•ont eux-mèmee fort 
chaud». 

Cette eau sort de 
dea*oit» de» roeher* 
horizontaux d'une 
l pierre de «able Irée- 



Cette eau tort «la 
deaaoue de» roebera 
boriionUtui d'une 
pierre de sable tree- 
flna, qui e»t elle- 



Digitized by Google 



RÉSULTAT DES EXPÉRIENCES SLR LES EAUX. 

_- 



195 



«m 

■M UIII 

(fou 
la nui 
«ut Ht tirie». 





dune 
prétendue 
neuee aUuee der- 
rière lejjrand M- 

Elu du pull» de l'Iii- 



PESaCTECB 
•c rim ci: ii 
it te» Mai a te* t/e 
du thmaornelr*. 

c'ejt-a-dir» 
Ife 



■ 



1 J»,Bi 



e 9 M & .s.4 9 



S »M6 



EXCÈS 
M numn 
du 

pied cube de cm «nui 
tar U pwd «ebt 
d'toe dwaïlw. 




QUALITE 
■T QCaUT.Ti 
de» k4i 
raauntw d»n» l'eau 



o 7 *6,»3 



SATCRE 



d'«. 



19 graine de 
36,91 1 tel de dauber 
' pnr lini' d'eau. 



Cette MU «ort àr 
destous de» rucher» 
boninDUuj «Tune 
pierre de «able tré»- 
fioe, <jui cet elle- 1 
même fort ebnude. 

Celle e«u tort de | 
deaeou» de» ban» bo- 
ruoutaux de pierre 
de uble trèa-flne. 



San therroalr de la 
fontaine de la Va- 
che, à Bain». 



| bu thermale du 
PeUl- Robinet, à 7° 
n.,.,. 



I Eau thermale 



7» 



0 »9,7S 



S6.96 




Kau de la 

UU« de Chaude- 
Konlaine.a aliène* 



Eau de la Moaelie, 
ptueée au* 
d'Epinal 



de pierre 



o 3 



(Un peu de tel 
marin a bâte 
oi.obi terreuae et 10 è > . 
1 11 graiui de wM . 

I de Glauber. / * 
I oui m 1 dette nouree tort I 
» .r.1 d'un terrain rompoaé 



0 S 60,37 



o 3 65, 16 



o '1 11,60 



Silénite, o'',oo. ( ^ eUt 
Sel de dauber. \ *+L.-— ^~ a 
ennrw^graiii». I de «aille et de pierre» | 



Cette eoure» eortl 
d'un terrain r«mp<»e 
de wble et de pierre. 



*7.«« 



Une tria-petite 
portion de *é- 1 
lénite , environ 
a>' M ,g. M de 
Glauber, 7»'. 1. 

«r'-. 7 def»l| •°" rw «"Jl 

„ J d un terrain coinpot* 

I deaeMeetdepierrei 



0 1 



6».97 



0 3 1S.10 



! ) d'un terraii 

«sa? 

Celte * 

6* — .*.3d«-«l \ 
le Gl*uber pir < «wm 

I 

1 



7""-,57de»el 
de Gl.ml.er par 
livre d'eau. 



1 [ Cette ton — 
1 'rt-ohU „!r d«n terrain eof»P"d 

Celte MMiree aert] 
terrain tabieux ; 
Jurriememedu 
«able ovee elle , etaon I 
baaain eu e»t ton jour» 
rimitili' 

La Moaelie uriote 
de* paya de granit | 
depuuHMmrcejaa- 
peu au-dei»a* I 
1 lia elle entre I 
de 




1% 



MÉMOIRES DE UVOI 



SIKH. 




Digitized by Google 



RÉSULTAT DES EXPÉRIENCES SUR LES EAUX. 197 

RÉSULTAT 

EXPÉRIENCES FAITES SUR LES EAUX 

DES PATS COMPOSÉS OK COIICHBS CALCAIRES BOflfZOHTALIS. 



G» eipi'i ieno» emlirassenl tout le tprrain calcaire qui environne Je tout*» paris le» ■HMtt D g f 
des Vosges, une partir de la Lorraine . de la Champagne, de la Brie Si du Valoi». 



NOMS 
BS» tut» 

d'.ô 

la» wui 

•Mit ii6 tirée*. 


PESANTEUR 
DO MED OHM 
<le c*« mu k io' i/o 
du th#rtiio«ii«trr, 

■ la Uwp*r»iurr 
iln OtftJ 

t.. Hrlwr-ïi.ldit.v 


EXCÈS 
Dl MS1STII « 

du 

pied enbt de et* un 
■or le pwd cotte 
d'eau dintlUe. 


QUALITÉ 
■T utuirma 
d>i«b 
«nnl'nu* d»n<* î'e»u. 


■UTIIIF. 
DIS T.MAIS'. 

d'ou 
sortent fe» t«u«. 




«o ,5 4 5».5« 


O... Cn>. O.S.. 

M i# M 






vaisseau» de verre. 








tau lien fontiuues de 
Ju»»cy, en Fran- , 
che - Comté. Elle 1 
tient de la cote «ir, 
laquelle «ont le» 


70 o o i.SS 


0 s ir.,o& 


••"",isdc«c- 
lénite par litre 
d'nau- 


Le coteau d<» l>- 
poeiii» , d'où vient 
cette source, e*t en 
grande partie com- 
pose de pierre» cal- 
ca.re». 


Eau du puil* |Hibl!c 
situé è droilo en 
entrant à Fater- 
ne; par le grand 
chemin de Yesool 


70 1 1 1S.60 


1 4 3*.o; 


Séleliilc el tri 


Le» pnitt île Fa- 
tertiey août creusé» 
dan» la pierre cal- 
caire ; ou (route de»- 
hhi* le» hanrs d<* 
pierre de «aide a Ira- 
ter» lesquels ne ni 
l'eau. 


Eau de la fontaine 
publique de Ve- 
toul, en Francho- 
Cooilé- 


69 là 6 6lt.oo 


0 s <j,4» 


o r "",9 do *e~ 
lénite ou rtpac. 
3*~-.35jo ael 


Cette eau »K'Ul de 
coteaui compote» de 
pierre* calcaire» ilani 
le haut , el, p»r des- 
. sou» , d'une piei re 
\ Mené feuilletée, rpii 
fait effervewnce 
atec le» acide». 


Eau d'un puits de la 
rille de Veaoul. 


70 i 3 Î7,»S 


1 6 70.65 




J'ignore quel est 
le fond du terrain 
' «ou» la vdïe, mai» ie 
1 croit que ce «ont ne» 
' dépôt» calcaire» de» 


■ 






1 



198 



MÉMOIRES DE LAVOISIER. 



*OMS 
DU Util 

M 
In mm 

«I *uf tir*V 



Ejiu d'une (mitaine 
qui <nt nu milieu 
du village de S«ui, 
prra Vrauul. 



un du puitt publie 
deTillermeLpre* 
legliae. 



Eau lia puil» pnhlie 
de Grange - le - 



Ean d'un pnila pu- 
blic de Montbé- 
lïnrd 



puil. de la 



Lan du puil» de I t ■ - "» - 
lellerie du Palaia- 
Bornl , a Kelbrt , 
dans le fiiubour»; , 
du roté de Ciro- 



Ean rie la Fou Unie 
publique du vil- 
lage de Bourogne. 

Eau de h fontaine 
d'Altkircli , ifui 
dreeend de la bau- 



PBSANTBCR 
do nid cm 
de <m ea«t a 10* i > 

4m lltrrmtii«etr? , 



» U température 

il»* cave» 
de l'OhaOTalnirr. 



70 o a 11, 61 



7u a S 



70 0 1 68,99 



70 o 6 46,87 



69 il fi 49,66 



69 16 7 43.5, 



o • «4.36 



70 o » 43,8 1 



I 



EXCES 
Dl PtslJTll'l 

du 

pied rub» de m eau 
mr le pin) cubt 
de 



6 «6.07 



o S io.4i 



« 1 58.79 



0 i 68,08 



o a 56, 7 3 



• 4 37,78 



0 6 lf.ll 



QUALITÉ 


NAITRE 


1T QlASTIti 


«s iméim 


àrt mU 


iToù 


eonlanu» daoa l'eau, 


•orient «m mm. 




Le terrain dan» 
lequel est relie source 
eat une pierre Ideur 
feuilleter, en partie 
diaaoluble dan» le» 

mMml 




! 8»"- ,6 de *e- 
lenite par litre 


Lee coteaui adjo- 
ceola et le »ol même 
où eat creusé le puita 
contiennent de la 
pierre ralrairi! 


6*""\68 de 
eAlénitc . à ce 
que |o envia, par 

| 


Ce puits ni ereaiae 
dan» un terrain de 
pierre* calcaires ; 
toute la Initie Mil- 
laquelle eut balte 
Grange-le-Bourg en 
parait rcBipOaée. 

Ce puita eat fort 
près de la rivière; il 
I pourrait bien être 
creusé dana dos de- 




1 poU.Tmi» lesroleaui 
adjacents sont de 
pierre calcaire. 




Ce porta est creusé 
dans un terrain ccui- 
poae d'abord île sa- 
ble, et, au-dessous. 


| 


| d'une inaruebleuilre 
qui «ert a marner h» 
terres. 




Ce pniU eat rrrW 




dépôts <le la Savim- 




reaae ; Ira coleaui 
s uisniN «ont de pierre 


,86 de 
adénite 00 ad 


Cette source sort 
d'un coteau de pou- 
dinguea calcaire*. 


^**V| <i* •*- 

lé-nite oo kI gyp- 


Cette source ami 
d'un coteau composé 
| de mauvais banca de 



Digitized by Google 
. - 



RÉSULTAT DKS EXPÉRIENCES SLR LES EAUX. 



199 



Eau du Hiiia , puisée 
a " 



Eau dr l.i fontaine 
publique qui est 
près |t pont du 
Rhin, a Bile 



PKSAfITEUH 
BC Pin cru 
dV cet nui a I»* i l 

du - 



I Ut 

des ai»™ 
«tl'Ohontaix. 



Eau dupuilade l'hô- 
tellerie du-Roi-do 



Eau du puitt dr l'hô- 
tellerie de* Troia- 
HlMJt , a GoUnnr. 
On boit de " tic 



6 9 lî. C io.Ji 



70 i &\.o3 



70 o 'i Si,*] 



70 o » 



Eau du puiti de J'haV- 
teHene du Boue . a 



Eau du pulls dr l'hô- 
tellerie des CMk, 



o o .;..*6 



7:0 u » 



70 u 4 43,09 



- 

BXtÉS 
du 

pied cuba de cm moi 
•ur U pied tube 
d'auu i^ull. 



0.7. 



0 ■ O8.J0 



o 7 14.65 



1 u 1 o.oâ 



« 3 



o b 11.16 



u ; 67.» « 



QUALITÉ 

ET QL IMITE 
■Je» arl» 



mtiiu: 

dis rxniuias 

! . 11 



.1, 



aéléiiite ou tel 
K) P m,ui par ti- 
ire dcau. 



l'n peu de wl 
marin à hase ti r- 
et Il a 1 5 
ma de ae| de 



i.U 



Inetre-pHile 
.le sel 



uurii à bâte ter- 1 
reuar , une petite I 
quantité de tel 
marin à baae al- I 
câline et S à 6 ' 
grains de tel de 
tilauber. 

L'uelièa-pelit* \ 
quantité de ael 
marin à base ter- 
reuse. Un prude 

•ri marin a base 
alcaline rl 8»\5 
deaeldeGlauber 
par litre d'eau. 



11 ik très-petite 
quantité die ael 
mari n à base ter- 
reuse, un peu de . 
1 à hase 
| alcaline et 10 à 
11 K raina de ael 
de GUuber 



Le Mda , an-dc«- 
xus de Biile, arrixe 
principalement det 
|»a>a de pierre» cal- 
caires ( aoy. la carte 
miiii ; mlo|;ii|iie de 
Suiaae par M Guet- 
tant.) 

Cette eau aient des 
coteaux voisins, qui 
sont tous coanposra 
de pierre» calcaires. 

Ce puits est creusé 
entièrement dan» les 
dépota de ta Uoller. 

Le terrain dnntlr- 
quel cal rreuaé re 
puits parait avoir rte 
foruie |»ar Je-« dépôt* 
du tlbiii. 



Le terrain dam le- 
quel rat creusé ce 
puits parait avoir été 
forme: par Ira dépôts 
du llhin. 



U terrain dans 
quel est creusé c 
puita parait avoir été 
formé par les dépota 



fnrme par I 
du Rhin. 



I 9VIH 1 

•chaux. 



Le terrain dan* le- 
quel c* puila est 
creusé cal composé, 
à la surface, d'une 
terre fine cl légère, 
aMe* épniaae , qui 
pourait bien avotrété 
déposée par le Hhin ; 
lea coteaux voisin* 
d* pierre à 



-200 



MÉMOIRES DE LAVOISIKH. 



MHS 
dis uam 

dT«i 

.01 #1» lit*. 


nr riKD CCOt 

Jr (tlNUl k IO* t/4 

du (h«rnM>in*lrr . 

c'nt-»-dinr 
k la If-mpératuir 

de |-UbKr..U»r t 




U». I.r.-.. (.„• r„,„. 


Eau du puii.de IïmV- 
IdkmAi Louvre, 


7u ■ j aj,*| 


f an lin Rlun , puj.ri 
j Strasbourg «(mi* 
le milieu «lu rou- 

Mat 


6g it> ; J»,3o 


tau dont ou boit A 
PIibUIhiiii^. 


70 n o 60,76 


Ou île U fontaine 
publique située 
sur m place iln 

vill«|>e d'Ilelmllg ; 
elle virntdr-. mon- 
tagne» voisine* . au 
l»i>r.l. à un quart 
il* lieue. 


Jt " l 70. Il 


Eau nV la fan lai ik 

i.ui.ii.]ii.' <i< ni. 

iimiiiI. 


70 0 1 6 'i,*7 


Ejll il 1 Wll-lIlTM' dll 
Sauvage , a |.nné- 
>ilt. 


70 0 7 c.07 


Eau du poils de l h>V 
U-H'-ri** du Cheval- 
Blanc . faubourg 
de GrrMvillrr. 
dans la bout, sur 
1» grande roule. 


70 0 r, il it 


Eau de In fontaine 
publique qni coule 
■or la place royale 
de Louis XV, À 
Nanry; elle fient 
de 11 'u.Willu-m 

1 





wcés 



pied cahedere.,.., 
«.r W pied cube 



Ql ALITÉ 
».T giismi 

des 



O b 



lnpr„ fatal 

manu a base 1er. 
I reuw et alra- 
41.70/ line, el environ 

] 6 mlM * «é- 
Mnla par Brra 

d'eau. 



61.75 



0 3 64.. 8 



o 6 11,6.1 



«> 7 5,89 



1 I.U<| 



1 o 30,70 



i-'-.J do ni 

Br * » 

4 |?raiti« de »rl 
de Ulnubr par 

line <iv«u 



y*""',! île »el 
lh GbsuV 'l |«r 
livre d'eau. 



»• •".•» |« ad 

« grains de sel 
dclil.-.uber. 



7*"'"'. 7 de xel 
|;;p*ui. 

•""■'.Mdaid 

I de Glauber 

I 

, *> grains de sel 

[ K) p»"- 

1 1 pr.iiii* de 
wl de Glauber; 
le Inut raèb-avec 1 
un peu de tel 
marin à bwe 1er 



• <>'— '.«.l de 
sel g,,»ou» par 
livre d eau. 



Sel gyptrui. 



NATURE 

IIIS TUIAI.1» 
d'oii 



terrain ou e»t 
ce puila est 
à re que je 



la. par I 

Hliui. 



I 



Le Rhin . au-det- 
►11» de Bile. iii-roM! 
de« pav. calcaires; 
de Baie «Strasbourg, 
il roule dan. un lit 
composé aouveul de 
quart! et de gr.mil» 
roule», 

Cette enu e»l d'une 
cit"rrie Ikàtio en pier- 
rea de sable 

Tous lei environs 
•ont roni|»ow» du 
pierres rulraire* à la 
»urface ; eu rrenaant 
à une certaine pro- 
fondeur, on trouvr la 
pierre de sable. 

Les coteam voi- 
sin* août rempotée de 
pierres calcaires ; il y 
en a qui contiennent 
du sable dan. le 
haut 

Ce puits paraîtrait 
être creusé dans de* 
dépota de la rivière 
dont U es* voisin. Les 
coteau» voisin» sont 
de pierres à plllre. 

Le terrain dans le- 
quel ee poils 



Cette bnlaine sort 
<f ao coteau calcaire ; 
elle est «menée à la 
ville dans dea canaux 
de bois. Il y cal a 
quelques bouts qui 



Digitiz 



RÉSULTAT DES EXPÉRIENCES SUR LES EAUX. 201 



MIMS 



dM 

l«SJ CSUi 

Ml rte liréev 



Eau de lu fontaine 
qui coule dan* l'bo- 
lellerie des Halle* 
il Nancy ; elle vient 

Eau du piûu ilr llio- 
teilerie du Lion- 
d'Or, ii Bayou. 

Eau de la fontaine 
publique de Vcxe- 
lise, qui vient des 
hauteur* voisine». 



l'hSvVna II 

BL' PIID CIBI 
de ta «vas. s la' l/l 
«lu iberinonskre . 

rV*l-o-<hn- 
à lu lemperslure 

«le» cuves 
il» lOWniloirr. 



Uf. 



Gtj lô 7 ïu.ao 



70 » o îh>.76 



Eau du poil» d'un 
particulier sur lu 



I 



Eau de ta fontaine 
piihlupie <!«• Pom- 
îvaire. qui vient de 
i.i hauteur du rdte 
de la Ville- sur - 



70 1 l> '«K.lio 



ru- 

du Palai*- 
Rovul , a Mire- 



6g li 7 *9-9' 



Eau de I» funtaiui- 
de Coutn-ieville , I _ 
qu'on regarde } '" 
comme minérale. J 

Eau de la Fontaine f 

ne «le Vau. j 7° 



Euu du pu il* de I'Imi- 
piUl royal 
litaire de 



Eau d une Mine qui 
est située sur Lett 
ImH s des hases du 
rhuleuu «le Laur- 



|fj.o.'> 



70 o 1 n.8u 



tt» l& 7 .*,«* 



BVTKS 

Dl 1 l-IMÏI II 



pitsi eufat .le Ml BMI 
sur Iv «ii»*l cillir 



I distillée. 



QUALITÉ 

ET «)l ASTIT» 

«l« Mut 

»s l'eai 



NiTOBE 
i>r» Tr-niiii»* 

d',«i 



o 3 



«..lo> NI 



5""*v>8 



Tous lea coteaux 
3 r "",58 de 1 «h ni us sont coid|»>- 
sel (!ï paeui par UP ,„,„,, „|. 

oiies. 

Le» cotraut voi- 
sins annt com|Mi«eii 
de pierres cal-air»» 
r Les coteaux, il un 
[ cette source sort sont 
de 1 composé*, «le pierres 
eypseui pur ( j chaux . lesquelles 
s tout posée» sur un 
banc de sable 

Opmls parait être 
3<> Rniin» de l rrta*: <laus un ter- 
sel de Glauber, \ raiii de sable traversé 
.1 6*,oj) mêlé d'une Ire»- < p nr ,\ n ïf .j„„ tfaM 
1 pelilr quantité / q U j tj« ut do |« 

de sel gypse" 1 - I ^ùle. 

, P , |. î Le* '«'««mot «l"»" 

u« * ue î. vieul celle fontaine 

■1 fiï,.iS «rl g,,^,,, par . „,„, composes de 

f livre d eau | p,crre» calejires. 
I 



1 Ce puits pourrait 
| bien être creusé dans 
_ ' les dépôts de rivière 

1 près de la 

| au marne niveau des 
' bancs de sable. 



fat'" ".M «le 
■1 cypseni en 
Blets par livre 
dVan. 

\ 5 rJ ".7» «le 
•'.l' 4 ?! 1 «1 Byi"»eui par 



ur BUUrLV SUll 

de rocJjrr» de pierres 



Les 

environs sont com- 
posés de pierres cal- 
caire»; je croirais 
qu'au - d' 



s. 

I1IS_ 



o ,9. m 
\ «-. I g^ pwux par 
o 5 3*1. livrrrf'pini.im 1 !^ 

/ d'un peu de iel J creoMut , on poiu- 
| m-rin. f M it trouver de U 

\ pierre do sable. 

j Cette source sort 
( «!«• rocliers «le pierres 
calcaires. 



0 s ' r >7.»7! 



,6» de 
i;y|>seiu par 



I 



livre d'eau. 



ni 



■m 



MKMOIKKS I)K LAVOISIKH. 



VI14S 

ki ustn 

M 
lu Mm 
.ml -W Urée. 



Eau dr h petite ri- 
vière nommée h 
flojpwn, pntȎenu- 
H^flniia il*? la forp» 

il» Um|Wi 

Eau «l'une fontaine si- 



ut pir.u CIBB 
'lr r*-» faut à 10* l/t 



4 la l»i?i|»ralnri' 

cniea 

.1» rOtwmliilf» 



1.1». Omri f.r». t.ma. 



7» 



pre» le 



Eau d'une fiU-rue a 
Cluiiiiiniif-en-Ba»- 
..,;r,y. 



Eau d'une autre ci- 
terne Iriw-pmprr, 
de In même ville. 

Eau d'une fontaine . 
qui r»t du li.vv de j 
la yilU 11 (.liall- I 
mnnt-en B«»»itfny, / 
au-de»»ou«dei'|[0- I 
pital. 



Eau de la Marne. / fl 
pui»«e a Jninrillo. ( 011 



Eau d'un poil» pu- / r 
blie.àJoinville. 

Eau du pain de TbiV 
Ipllcri.- du Dau- 
phin , dans I" fan- > -<i 
tMMirff dr Va»«y, 1 
du tM de Dur- 1 
»ar-Aubr. 

Eau de l«vnll,-e Saint- . 
Bernard , prè» i 
Clairvam ; elle eat ' 
distribuée de la [ <<u 
d.ma labhaye par 1 
de» rauaiiv 

Eau du poils de la j 



mvjerUMbria ' 

de I Em, a Bar- 1 
»ur-Aube. J 



6» it. « 



tf 1 a 7 ,yt 



il 6 5V55 



o U 6710 



16 fi 11.08 



7» » ï »».7« 



KV.KS 
ne Hllllll H 

dll 

|»M»I rul»e de ce» *nti\ 
*or le pied cube 

11m aWRi*. 



• I »«,.Ht 



Jl.O. 



m qm*titI 

Je« M>l« 



,loU 



livre d'eau. 



CrtliriiMnpnod 
ta source pré» Uiue- 
<iue el n arroar que 
dos terrain* cal- 
caire». 

I .<' eotean d'où wirt 
cette fontaine Ml 
compose de pierres 



Celle eau pa- 
rail contenir en- 
»iriHi * grailla de I 

lui ont tU four- | 
ni» tant limite | 
par le» pierres 
de la , 



Celle citerne eut 
bâtie en pierre» cal- 
caire». 



CrHUi citerne eat 
bâtie en pierre» Bol- 



Sel gypMiui. 

• '"■".S de sel 
im«e<n par li». 
d'eau. 



'•"•97 1 «e| gypneu» par 



de 



LerntrAnd'on »ort 
I cette fontaine e»l en 
librement 
du pierre» calcaire» 

La Marne depni» «a 
tourre jn»t|n a «loin- 
viHr n'arrose que des 
pnyB calcaire*. 

Juin ni If e«t envi- 
ronne, de coteau i de 



10 grain» en- 
viron de ni jryp- 
«eui. par livre 
d'eau et un peo 
à 



■ 1 31.50 



\u» de 



livré^iVaii. ' 



Le* einiron» do 
Va«y contiennent 
de» pierre» ralcairra 
en beaucoup d'en- 
droit». • 

ï 



Tout le terrain ad- 
jacente»! compose d« 
pierre» calcaire». 



j 7 grain» de tel 
\ eypaeut entimn 
u fi Sfi,»i< cl unpeode»*i 
/ marin à ba»e ter- 



lie» coteant d«* 
environ» de 
Aube aont de 
raleairea. 



i-ant de» 
> Bor-»ur- 
le paerrea 



KKSLLTAT DBS BXPBKIEXCBS SI R LES BAUX. 



203 



il'ou 
la m 

■t m 



fa i« 

publique Ml 
nu milieu rie 1 
daruvre 



Van- 



l'KSA>TEL*n 
•C PIED UHF. 
1res «lui m' ■/« 
du1h»rmn«De4re. 

A la trmjjératun' 
fl«» «aiw 

!■ ratMrttWn. 



Eau du puiUde lau- f 
berge de l'Leu , ti ) 
Vandreuvre. \ 



Lau du pmU de l'nu- J 
berge du Mulet, j 7° 
à Trtiye*. 



tau de la ntirre de 
Vienne , pil-areau- 
desVll» dr la |Mirlr 

ranejeU.aTroyes. 
avant qu'elle auil 
ineUtigre nier In 



Eau de la Seine , pui- 
sse au-dewu» de 
Troye» . près la 

|M>rte Call'et», 

«vanl M jonrttoti 
aiee I* Vienne 

Eau du pu il» de 
rMtaikru de la | 
Vieille-Porte, i 



| «9 



Eau du puits de l'ho- . 
telle™ du Signe- ' , 
de-la-CroU. 



6 y il KM 



0 7 '<9, i o 



i t fcT> 



7" 



En ii de la nviè 

d'Aube. puisée à ! ûy 
Arti«-«ur-Aube. 1 

Eau du p.i.l. de l'hiV . 
t. II. rie du Lion- f 
d'Argent, piei la <i«i 
rivière, à Ara»- ^ 



«Il de lu Seine. . 
puiaée à Nogent ( (,,, 
►iir-Scine.au-dea- l ' 
KM du piHil. 

I 



li. 7 in.H4 



•41 



là 6 17.17 



ifi 7 io.ïo 



lo 6 3<i,»7 



kxt.és 

m ristSTit * 



Ql ALITÉ 
«T orAMiii 
.l.i aria 



|H»,t enbr i|r rrs eam 
W le pird cale- 
d'eau diatillaV. enatrnu» Uan* l\au 



j.oa 



n « 



v * ri n h 

DM fMMIM 
aTM 

nrlrnl ers caui. 



|y terrain d ou 
l'"'*,'u» de sort relie fontaine 
M] gypseui. rnntirnl de» pierre* 

talcaires. 
1 Ce puil» eat creuse 
" & " \ tUin mi terrain r„m 
«■I Kvpse.u par * ^ pWrrM 
livre de*,i. 



lu grain» dr 
, «•! gypaem , un 
j peu de sel marin ( 
i a Es,6*< à base terreus 

| et alralme.et je | 
II» peu lie 

nilre. 



( '•' .ai de 
» -> il'.*7 „.| »,„*.„, pnr 

livre 'dW 



Le limil et ii lemin 
ou rc puitses; rrensi} 
r»t <!«■ enië 



3>"~.„ de 
vl gyparui par 



■ • .|..ii 



o i Ï3,a« 



\ i"'".uo de 

o 4 iti.sr. i-i i:y"" , ' u « i>» r 

li.re d'eau. 



> aS,7» 



lu.-ili 



i 



n I 



J""". 9 o do 
sel gypseut par 
livre deau. 

ï"~ .oi de 
ml gypae.ii par 
liire d eau 

li. granit dr ' 
sel gypseuieluri 

peu ilt tri marin 
a base lerreuae 

-.a» de I 



Ce puila est entiè- 
rement ereuaé dan» 
la rraie 



Ce pu lia eat creusé 
daua lacraieoudana 
de» députa eraycui 
delà riv.ére d'Aube. 



ii».C 6 J "I gypaeui par 
I litre d'eau. 



•J'.. 



20* MÉMOIRES DE UVOISIER. 



«CS LUI! 

d-<m 

M Ml 
Ml « tirée,. 


PKSA\TKl'R 
Itu l'un ci lit: 

Je ce* f» u v | i o' 1 .'» 
du Ibmnottirtn . 

cVit-a-dtie 
.1 la Iritiprniiiin' 
dm uin 

,u- nii».T,».« w . 


excès 

M HMHHM 

.1.1 

pied fil)» Il rf» .OUI 
■nr 1* pied rut» 
d'eau JltfllUr. 


Qt'AUTÉ 
rr 01 imiTK 
irj tah 
mHm IVaa, 


DIS TIHHII>< 

«.vient nn raai. 


Eau du pulls de Ibo- 
HJrrii* du Cheval- 
Barde, à tille. 
noie. 


li» o.... c... r„.... 

1 


U.c.. SWV tlM. 

0 1 /lo,K8 


i-'".&o de 

«H a^'pKTm (•( 

une irè*- pt'liti* 
1 jKirtio» de ««] 
| marin à bnw 
. terreuse. 


I Le fond du terrain 
[ nu c»l rreitsêce pu il» 
[ parait être une uiau- 
l »»i»e rraie. 


1 .m de la fontaine 
publique qui "1 
»ur lu place « l'ro- 
vin-; elle virllt dr 
wtrjr^r» qui corii>nl 
du roleau dr l'b.v 
pilai. 


1 

70 » 0 5 1,7 4 


0 3 fi 


a •'•■",<»} de 
«el .1» par 
livre "d'eau. 




Eau du paitl do rU- 

leHerH du Sun- 
wy,41tw| n> 


•« m ét 


•» M » | 


Sel gypM.UK 
ave* une petite 
portion dr «el 
marin à bov 
terreuse el alru- 
line 


On trouve en creu- 
«ni, premièrement, 
de la claiw ii.ibleuM 
rl de In ■nriiirt. ri 
dénoua . de la marne 
■ 1 . } -ii^i ■ 


Cau do la f.Mitainr 
publique Milice «n 

r 1 1 «Il 

milieu de \illrm- 
CotlervU. 

Enu dr |.i fontaine 


u *t m »» 


N M 1* 




Celle foiltiunr ré- 
»ulle d« plusieurs 
•otirrr* r.ieêembleV» : 
elle» tirent leur ori- 
gine dr la monta- 
gne du Koile, qui e«l 
compose* de nnble el 
île quelque* lita de 


située au bout de 
U rbniimec qui \ 
•«parc In deux [ 
cli.iaip. de In H.T | 
me. 


70 0 u 5o,io 


.1 3 H,t*J 


«■"'-.70 <h- 
sel gYpteux par 
livre 'd'eau. 




mu «Tune petite fou- \ 
HiiK.^ilu.VdaiisIf I 
boni du village dr J 
Flcury, danult' bat l 
dr In vallée, à f 
gauche r» allant 1 
«u« elang» de 1* ' 


70 0 0 3s,7<( 


0 S ,fi,»i 


V*~Vb de 
«•1 gypaeiu par 
lirredeau. 


Celle source sort 
d'un roleau compose 
de pierre* ealrairre. 


Eau d'une petite fon- 
taine dam le vil- 
lage dllaramont, 
donl boivent le* 


M «• 1» #1 






Celle source sort 
d'un coteau cempoaé 
de pierre» calcaire». 






1 



Digi 



RÉSULTAT DKS EXPÉRIENCES SUR LES EAUX. 205 



dis uni 

M 

M Mat 


■t riED Ct «H 
de «-.«m A lu" .,, » 
.lu Ibrrronmilrr. 

e't-rf-i-iLin- 
A In Uiiif^m l«r*- 

rate* 
iU 1'OU.r.i.tal-v. 


K\CBs 
ne rixmtiii 
.i» 

|iied (tibi- A| rr. Ml 

•ar li' -iml rub» 
d «n di.-ilbV. 


t>l AUTK 

Vf ot ASTITK 
Ml. 

oontrnj» OUI ''mu. 


-utibb 

ii[ s TEbHjii.\s 

«1*041 

«irten* M mm 


En» do II Ci-Maine 
Saiiil-Mm-lin, « , n- 

im Dnjpbu ai 

llnrurooiil, prH 

Viller.-OlUer.-U 


7" 


•M 

n 


On. U»... 


o«... r. ri . 
« 4 


■i Un 
W.8.. 


f. ,y* d« 

•"l g)'F ,M "" P* r 
livn> d'eau. 


CeOC »onix«! sort 
d'un rotMii compilé 
de pierres eideairen. 


Putl» de ld maison 
de M"" Ut B«-g-i«, 
■mr lapiner, à Vil- 
li>m-C«Uer<-U. 

Enit du |miU Sninl- 
(rfT>n;i-» , Blin- 
da n« la plaine du 
\illcm-ColliTilB. , 
prés l'aobaye de 1 
Saiul-Retni. 








«t M 


• r 




Jr criM» i|m a h»iit 
de la fouille de ce 
puiU eut de *.'blc 


M 


Ml 




■ ■ U 


i 




eusuitr»<mlU*f liniica 
de pierres calcaire» , 
et au fnnd la f im»c, 

fitrm ealenirr. 














Eau m NUl de l'hiV- 
lell.-nedu (irifliui, 
a Mllt—Bl. 


7» 


1 


3 fli.Hi 


' 7 


S.*l 






Eau du puils de rin>- 
leJlerie d<- l'Espo- 
rancc , « Brie- 
Comlo-ltoliert. 1 


N 


il 


7 «*.7 4 




i o,i6 























•206 



MÉMOIRES DE LAVOISIER. 



SIR LA \ ATI' RE DES EAUX 

l)K LA VILLE DE ROUEN 1 . 



Autant les chimistes modernes si; sont appliqués à l'analyse des eaux 
minérales, autant ils oui négligé l'examen «le celles qui s'emploient 
journellement pour les usages de la vie. .. 

Le moyen le plus usité pour analyser les eaux minérales a consisté 
jusqu'ici à séparer, par l'évaporation, les substances salines ou ter- 
reuses qui y étaient contenues; niais ce moyen, nécessaire en certain 
cas. n'est cependant pas aussi exact qu'on se l'est persuadé, et nous 
voyons des chimistes habiles donner des analyses des mêmes eaux qui 
présentent des différences incroyables. . . L'embarras d'ailleurs des vais- 
seaux à l'aide desquels elles s'exécutent étant incompatible avec In vie 
errante d'un chimiste qui voyage, M. Lavoisier a imaginé un aréomètre 
très-portatif ipii donne le poids des substances salines et terreuses qu'une 
eau potable contient. Les réactifs, d'un autre côté, en indiquent la na- 
ture lorsque les eaux ne sont pas très-composées; enfui, des tables re- 
latives aux substances le plus généralement contenues dans les eaux 
facilitent l'appréciation des quantités contenues. L'auteur renvoie aux 
mémoires de l'Académie des sciences de Paris pour les détails que son 
mémoire ne pouvait contenir. <rJe me suis assuré, ajoute-t-il, par de 
k nombreuses expériences, (pie les erreurs que l'on peut commettre 
«m'excédaient pas un quart de grain. - 

' Prèris ,<H,>t<jù<jnt des lmeiw,c de l'Aai- nier, nu pas étc retnimii. L'extrait repro- 

dèmit royale île Houe» depuis su fondation, iluit ici eu donne uni' iili-i' qui | uin.it assez 

I. III. p. iÎii. — \jr mémoire original. exacte | Sole de l'éditeur.) 
adresse n l'académie de Rouen par Loxni- 



Digitized by Google 



SUR LA NATURE DES EAUX DE LA VILLE DE ROUEN. 207 

C'est à l'aide de ces moyens simples qu'il a déterminé les substances 
contenues dans les eaux de Rouen , de la manière suivante : 



puni, la marée montant ; elle 
contient par livre 



rée montant. 



Eau des fontain. publiques 
de Rouen 



»«u« iiuu. 










Sgr. 


'. E r - 


Quelques 
atomes. 


j Sur. l 

1 


: F- 


s gr. 


1 ( {r. 




1 K r. 


6 ri 




1 


1 a gr. et ni- 
tre à base 
terreuse. 


5gr. 





Les rapports de ces eaux avec l'eau distillée sont pour ces diverses 
eaux comme : 

1" 100,000 : ioo,o33 

•i" 100,000 : 100,097 

3' 100,000 : 100,1 5fi 

V 100,000 : 100,139 



2U8 



M KM 01 H ES |)K LAV OlSIKH. 



RÉPONSE A l\ MÉMOIRE 

isrirrti 

B É FLEXIONS SUR LE PROJET DE M. DE PARCIEUX, 

l>K PAIRE VKMIl A IMIUS I.A ItlMKHE invKTTE. 

P»« LE l'ÈBK EÉUCIEN. I>K SAINT- NORBERT, (MIME l'ECU .W SSE. 



Le projet proposé par M. de Parcieux pour procurer à relie capitale 
une quantité d'eau saluhre suffisante pour fournir aux besoins de ses 
habitants a fait trop de sensation dans le public pour ne pas être en 
butte à la critique. Tel a toujours été le sort de l'humanité; tandis 
qu'une petite portion d'hommes emploie ses soins et ses veilles à 
éclairer la société; d'autres, jaloux d'un si rare avantage, semblent 
n'avoir pour objet que de rendre la vérité problématique et d obscur- 
cir autant qu'il est en eux les idées les plus claires et les plus solide- 
ment établies. 

C'est principalement aux compagnies savantes qu'il appartient de 
s'opposer aux progrès de l'erreur. Autant il est important pour elles 
de ne se décider qu'après l'examen le plus réfléchi , autant elles doivent 
mettre de fermeté pour soutenir les vérités quelles ont une fois 
adoptées. 

Si je n'avais eu que des physiciens à convaincre, j'aurais pu me dis- 
penser d'écrire; je les aurais renvoyés aux différents mémoires de 
M. de Parcieux; ils y auraient trouvé la réponse à toutes les objections 
contenues dans le mémoire du père Félicien. Ce sont ici tous les ordres 
de la société qu'il faut éclairer sur leurs propres intérêts, et prineipa- 



Digitized by Google 



SUR LES EAUX DE L" YVETTE. 209 

lemenl cette classe de citoyens qui, partageant le poids de l'autorité, 
ne peuvent être dédommagés de la pénible tache qu'ils ont à remplir 
que par le plaisir de contribuer d une manière plus particulière au 
bien de la société. 

M. de Parcieux, toujours animé d'un zèle patriotique, gémissait 
depuis longtemps de voir la capitale presque entièrement privée de 
l'élément le plus nécessaire à la salubrité et à la propreté d'une grandi- 
ville, à la commodité et à la santé des citoyens. Il avait parcouru long- 
temps les environs de Paris pour y découvrir des eaux, soit de source, 
soit de rivière, qui pussent être amenées pour les usages de cette ville. 
Parmi toutes celles qu'il avait examinées, les unes n'étaient pas d'une 
qualité suffisamment bonne; les autres n'avaient pas assez de pente; 
d'autres enfin ne pouvaient parvenir aux endroits les plus élevés de la 
ville qu'après avoir traversé des vallées immenses, des rivières même, 
et il fallait, pour les y conduire, construire des ponts-aqueducs d'une 
étendue prodigieuse et dont la dépense ne permettait pas de projeter 
l'exécution. 

Enfin, après un grand nombre de recherches inutiles, il crut aper- 
cevoir dans la rivière d'Yvette toutes les qualités nécessaires pour 
répondre à ses vues. Quelque importante que lui parût cette décou- 
verte , M. de Parcieux ne se permit pas de l'annoncer tout d'un coup 
au public ; il Voulait se mettre auparavant en état de lui démontrer la 
possibilité de l'exécution. Il s'assura d'abord que la pente était suffi- 
sante pour que l'eau pût parvenir aux quartiers les plus élevés de la 
ville. 11 prit la peine de tracer lui-même la roule que devait suivre le 
canal et d'en dresser une carte. Il eut la satisfaction de voir que la 
nature en avait fait tous les frais. Dans tout l'espace que le canal avait 
à parcourir, deux vallées de peu d'étendue, celle de Rougis près Cour- 
voy et celle de la rivière de Bièvre, étaient les seules qui s'opposassent 
au libre cours de l'eau, et les ponts-aqueducs nécessaires pour les tra- 
verser ne formeront pus un objet de dépense très-considérable, du moins 
relativement à la magnificence et à l'utilité du projet. 

Si l'estime et la reconnaissance du public sont la véritable récom- 

Mi. *7 



210 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

pense que doivent ambitionner les savants qui travaillent pour le bien 
• le la société, M. de Fameux n'eut rien à désirer a cet égard. Sou projet 
lut accueilli du public de la manière la plus flatteuse pour l'auteur. 
l ; n seul point, et c'était un des plus essentiels, ne paraissait pas suffi- 
samment éclairci, c'était la qualité de l'eau de l'Yvette. Un jugement 
solennel dissipa tous les doutes. Ce jugement fut rendu par les deux 
corps les plus capables de décider la question, l'Académie des sciences 
et la Faculté de médecine de Paris. Le public a entre les mains le 
détail des expériences faites séparément par ces deux compagnies. 
Il en résulte que l'eau de la rivière d'Yvette est plus pure (pie celle 
d'Arcueil et que celle de Ville-d'Avray même, qui jouit d'une si grande 
réputation, et qu'elle approche beaucoup de la pureté de celle de 
la Seine. 

C'est ce projet que le père Félicien vient attaquer aujourd'hui après 
la mort de son auteur. Si son objet est d'éclairer la société, on doit 
louer son intention sans doute. La lecture de ce qui va suivre mettra 
le public à portée de juger si cet objet a été rempli. 

Après quelques préliminaires, le père Félicien débute par un tableau 
pathétique des ravages que causera la rivière d'Yvette dans ses déborde- 
ments. Elle passera suivant lui par-dessus les bords du canal qui aura été 
construit pour la conduire à Paris; elle inondera les campagnes, entraî- 
nera les moissons, formera des marais au milieu des plaines et y entre- 
tiendra des eaux croupissantes qui infecteront l'air par leur mauvaise 
odeur. Ne dirait-on pas, à entendre le père Félicien, que la rivière 
d'Yvette, conduite par le nouveau canal, traversera des plaines im- 
menses éloignées de toute vallée, de toute rivière et de tout ruisseau? 
Cependant, s'il avait la moindre idée du local, s'il avait seulement jeté 
les yeux sur la carte jointe au mémoire de M. de Parcicux, il aurait 
remarqué (pie le canal projeté côtoie pendant plus de six mille toises 
le lit actuel de la rivière d'Yvette, qu'il côtoie pendant six mille autres 
toises celui de la rivière de Bièvre et qu'il s'écarte à peine, pendant 
tout cet intervalle, de cent cinquante ou de deux cents toises de l'une 
ou l'autre de ces rivières. Quand il serait donc possible qu'il se trouvât 



SUR LES EUX DE L'YVETTE. 211 

dans quelques circonstances plus d'eau dans le canal qu'il n'en pour» 
rait contenir, il serait toujours facile de lui ménager une issue, en la 
dégorgeant dans l'une des deux rivières qu'on vient de nommer. Mais 
une autre réponse beaucoup plus simple encore et que le père Félicien 
aurait dû prévoir, c'est qu'on n'introduira jamais dans le canal que la 
quantité d'eau nécessaire pour la consommation habituelle de Paris. 
L'excédant qui pourra se trouver dans la saison pluvieuse sera rejeté 
dès Vaugien même, c'est-à-dire dès l'origine du canal, el coulera pai- 
siblement par le lit actuel de la rivière. 

Cette première objection est suivie d'une autre que le père Félicien 
regarde comme beaucoup plus solide; il prétend que le cours de l'eau 
contenue dans le nouveau canal sera extrêmement lent, et c'est d'après 
les expressions mêmes de M. de Parcieux qu'il cherche à le prouver. 
Je ne m'arrêterai pas à justifier M. de Parcieux de la contradiction 
apparente dans laquelle on l'accuse d'être tombé; il n'est point ici 
question de disputer sur les mots; il s'agit d'examiner des faits. C'est 
ce que je vais faire d'après les opérations mêmes de M. de Parcieux, 
que je suppose exactes, et d'après des nivellements de M. Picard, faits 
en 1674'. 

J'ai déjà dit (pie la première opération de M. de Parcieux avait été 
de déterminer la pente naturelle de la rivière d'Yvette. H s'assura 
d'abord, par des mesures exactes et dont on peut voir les détails aux 
pages 33 et 3A de son mémoire, que les chutes des différents moulins 
qui sont situés en grand nombre le long de cette rivière formaient un 
total de 1 1 t pieds , r > pouces. Il observa ensuite que la vitesse de l'eau 
qui coulait librement de moulin à moulin était d'environ to A 1 •> 
pouces par seconde, ce qui donne, pour la pente de la rivière environ 
1 pied par 1,000 toises. D'où il suit que la rivière d'Yvette ayant à 
parcourir environ 3o,ooo toises depuis Yaugien jusqu'à la Seine, la 
seule pente qui la fait couler de moulin à moulin est de 3o pieds 
environ. La Seine, depuis l'endroit où elle a reçu la rivière d'Yvette, 

1 Mèmon tx île l'Aendêmit <itt teintée*, t. VI. 



47. 



212 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

qui porte alors le nom de rivière d'Orge, parcourt encore 10,000 
toises avant d'arriver a Paris, ce qui donne 10 pieds de pente d'après 
les nivellements faits par M. Picard. Si l'on ajoute ensemble toutes ces 
quantités, on aura 1 61 pieds 5 pouces pour la quantité dont la rivière 
d'Yvette, prise à Vaugien, est plus élevée que la Seine a Paris. Mais 
l'arrivée des eaux d'Arcueil près l'Observatoire est plus élevée que le 
sol de Notre-Dame de 67 pieds 0, pouces, et plus élevée que le niveau 
de la Seine de 95 pieds 5 pouces, d'où il suit que la différence de 
niveau entre la rivière d'Yvette prise a Vaugien, et l'arrivée des eaux 
d'Arcueil près l'Observatoire, est de 5 G pieds. La totalité de l'espace 
que le canal aura à parcourir sera au plus de 16,000 toises; la pente 
qu'on pourra lui donner sera donc de trois pieds et demi par mille 
toises, c'est-à-dire, en mettant tout au plus bas, au moins triple de 
celle de la Seine. Ces faits sont bien éloignés de cadrer avec ce qu'a- 
vance le père Félicien; c'est cependant du mémoire de M. de Parcieux 
•pie je les ai tirés; il pouvait les y trouver comme moi si l'esprit de 
partialité dont il était préoccupé ne l'eût empêché de les y voir. 

D'après ce qui vient d'être dit sur la pente considérable du canal et 
sur la vivacité du courant qui en est une suite, je pourrais me dispenser 
de répondre à une objection du père Félicien sur la congélation de 
l'eau de l'Yvette pendant les froids de l'hiver. Tout le monde sait que 
la rivière de Seine ne prend jamais que par l'embarras des glaçons. Ils 
se forment et s'accroissent peu à peu, jusqu'à ce que, arrêtés par 
quelque obstacle, ils soient forcés de se réunir et de former une masse 
continue. Jamais, sans cette circonstance, le cours des eaux ne serait 
suspendu. L'histoire de cette Académie, pour l'année «709, nous en 
fournit un exemple bien frappant. Pendant cet hiver, le plus rigoureux 
qu'on ait éprouvé dans nos climats depuis l'usage du thermomètre, la 
Seine ne prit pas entièrement entre le Pont-Neuf et le Pont-Royal; le 
milieu du courant resta libre. On a pu encore observer la même 
chose pendant les froids du dernier hiver. 11 est toujours resté, même 
pendant le temps de la gelée la plus forte, un cours d'eau non inter- 
rompu entre le Pont-Neuf et le Pont-Royal. Si les froids les plus 



SUR LES EAUX DE L'YVETTE. 213 

vifs qui se fassent sentir dans nos climats ne suffisent pas pour geler 
la surface d'une eau qui n'a qu'un pied de pente par mille toises: 
à plus forte raison ne pourront-ils pas suspendre le cours de celle 
dont la vitesse sera plus que triple. Des hivers d'ailleurs aussi rigou- 
reux que ceux de 1709, de 17/10 et de 1768 ne sont pas communs 
dans nos climats; les froids y sont rarement continus. Mais quand il 
serait vrai qu'il put survenir des gelées assez fortes pour former quel- 
ques pouces de glace à la surface d'une eau aussi vive, quand elle 
pourrait acquérir jusqu'à six pouces d'épaisseur, l'eau qui coulerait 
par-dessous serait encore assez abondante pour fournir à la consom- 
mation de Paris. * 

Je passe à une autre objection sur le déchet qu'éprouvera, suivant 
le père Félicien, le volume de l'eau de l'Yvette pendant les sécheresses 
de l'été. Je ne puis m'empêcher de lui reprocher ici d'avoir altéré h' 
texte du mémoire de M. de Parcieux, ou au moins de ne l'avoir pas 
entendu. Je vais rapprocher les expressions de l'un et de l'autre afin 
de mettre le public à portée de juger du degré de confiance qu'on doit 
accorder aux objections du père Félicien. 

On lit à la page 9 du mémoire de ce dernier : « Le déchet que les 
reaux de l'Yvette éprouveront pendant l'hiver ne sera pas moins iné- 
vitable en été, et le lecteur ne pourra voir sans quelque surprise 
«que c'est le même M. de Parcieux qui va m'en fournir la preuve : 
<t L'Yvette fait aller, dit-il, plusieurs moulins; mais trois mois s'étanl 
"écoulés sans pluie, et les eaux étant devenues trop basses, ils arr- 
êtaient pendant neuf à dix heures par jour, et vers la fin de juillet et 
k au commencement d'août ils chômèrent entièrement * Ne sem- 
blerait-il pas d'après cet exposé que la rivière d'Yvette a été absolu- 
ment à sec pendant une partie des mois d'août et de juillet, ou plutôt 
peut-on interpréter différemment les expressions du père Félicien'.' 
Bien n'est cependant moins conforme à la vérité; c'est M. de Parcieux 
lui-même qui va nous l'apprendre; on lit à la page 35 de son mémoire : 
■ Les moulins de Vaugien sont de l'espèce de ceux qui vont par-dessus, 
«•et ils allaient jour et nuit sans s'arrêter chaque fois que je les ai vus; 



214 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

- mais ils avaient chômé vers la fin de juillet et au commencement 
ir d'août (i jfiti), parce qu'il setait écoulé trois mois sans pluie. Ils ne 
ir chômaient pas à des heures réglées: lorsque l'eau devenait trop 
-fiasse, ils arrêtaient pendant neuf à dix lieures, après quoi ils allaient 
* vingt-quatre heures de suite; c'est comme s'ils avaient chômé sept 

- fieures par jour ou à peu près, r 

C'est ainsi que le père Félicien prèle des erreurs a M. de Parcieux. 
pour les combattre ensuite. Heureusement il ne sera pas difficile au 
public de se tenir en garde contre un pareil artifice; il reconnaîtra ai- 
sément la contradiction manifeste oui se trouve à la même page du mé- 
moire du père Félicien. Eu effet ."après avoir formellement avancé que 
la rivière d'Yvette était absolument à sec pendant les sécheresses de • 
l'été, il reconnaît l'instant d'après qu'elle coulera par intervalle. La 
conséquence qu'il tire de ce passage est bien plus singulière encore : 
« L'eau de l'Yvette, ajoutc-l-il, manquera donc à Paris pendant neuf à 
r dix fieures par jour. * Le père Félicien peut-il ignorer que, dans l'exé- 
cution du projet de M. de Parcieux , les moulins de Gif et Vaugien seront 
supprimés? Gomment a-l-il donc pu se persuader qu'on laisserait sub- 
sister les vannes et les retenues d'eau relatives à ces moulins, puisque 
dès lors elles n'auront plus d'objet? Ces moulins une fois supprimés, 
le cours de la rivière d ^ vette cessera d'être interrompu, elle sera 
rendue à elle-même, elle coulera librement et d'un mouvement uni- 
forme depuis Vaugien jusqu'à Paris. 

J'abuserais de la patience du lecteur si je voulais examiner l'une 
après l'autre les différentes raisons par lesquelles le père Félicien pré- 
tend que le volume delà rivière d'Yvette sera réduit presqu'à rien dans 
les clialeurs de l'été. Ge n'est pas par des raisonnements qu'on affaiblit 
des faits, surtout quand ils sont attestés par un physicien aussi exact 
que l'était M. de Parcieux. On peut voir aux pages 35 et 36 de son 
premier mémoire le détail des mesures qu'il a prises aux moulins de 
Vaugien et de Gif. Elles prouvent que, pendant les mois de juillet et 
août i 76a, temps où les eaux de la rivière d'Yvette étaient aussi basses 
qu'on les eût jamais éprouvées, elle fournissait encore plus de 1,000 



Digitized by Google 



SLR LES EAUX DE L'YVETTE. 215 

pouces d'eau. Les mêmes opérations ont été répétées pendant les sé- 
cheresses de l'été 1767, les plus grandes qu'on eût éprouvées depuis 
longtemps, et il en a résulté <|ue le volume des eaux de la rivière 
d'Yvette n'avait pas été réduit au-dessous de 1,100 pouces. 

J'avouerai que j'avais d'abord peine à concevoir comment le père Fé- 
licien pouvait prononcer avec tant d'assurance sur un article sur lequel 
il n'avait fait aucune expérience. Cependant, en comparant entre eux 
les différents passages de son mémoire, j'ai cru apercevoir ce qui avait 
pu l'induire en erreur. On lit à la page u : * Le projet de faire venir 
rune rivière à Paris, dans l'espérance de lui fournir douze cents pouces 

ton cent pied» d'eau offre au premier coup d'oeil de trop grands 

«avantages pour le regarder avec indifférence * On voit par ce 

passage que le père Félicien regarde douze cents pouces et cent pieds d'eau 
comme deux expressions synonymes. De ce que douze pouces font un 
pied, il a cru pouvoir en conclure que douze cents pouces d'eau faisaient 
cent pieds. H n'est pas étonnant qu'à ce compte il se trouve si peu d'ac- 
cord avec M. de Parcieux. Cependant, s'il avait étudié un peu plus à 
fond la matière dont il traite, il saurait qu'on entend par un pouce 
d'eau la quantité continue qui s'écoule par un trou rond, d'un pouce 
de diamètre, la surface do l'eau étant toujours supposée entretenue à 
sept lignes au-dessus du centre du trou. Il saurait encore que l'eau ne 
se calcule pas par pieds, mais que la mesure des eaux courantes se 
réduit toujours en pouces, quelque grande que soit la quantité d'eau 
dont on veut déterminer la masse. 

Mais, pour faire sentir au père Félicien la différence énorme qui se 
trouve entre ces deux expressions qu'il regarde comme synonymes, 
examinons un moment ce qu'il a pu entendre par l'expression de cent 
pieds d'eau; traduisons cette manière de s'énoncer en langage vulgaire, 
et voyons a combien de pouces cubiques répond un volume d'eau de 
cent pieds. D'abord il est évident que le père Félicien n'a pu entendre 
par cent pieds d'eau une ouverture de cent pieds carrés de surface, 
puisqu'une pareille ouverture serait à peu près suffisante pour débiter 
un volume d'eau égal à celui qui forme la Seine. La manière la plus 



2IG MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

raisonnable de l'entendre est donc de supposer cent ouvertures circu- 
laires d'un pied de diamètre, par lesquelles l'eau s'écoulerait d'un 
mouvement continu; mais, dans cette supposition même, l'expression 
de cent pieds serait encore environ cinquante-trois fois plus grande 
«pie celle de i ,200 pouces. Si l'on admet seulement, en effet, que le 
centre de chacune de ces ouvertures soit à un pied de la surface de 
l'eau, chacune d'elles, d'après les expériences de M. Mariotte, équi- 
vaudra à 639 ouvertures circulaires d'un pouce de diamètre, autre- 
ment dit elles fourniront en total G3,9oo pouces d'eau. 

M. de Parcieux avait proposé, comme une ressource propre à aug- 
menter beaucoup, en été, le volume des eaux de l'Yvette, de faire, le 
long du canal destiné à la conduire à Paris, des étangs ou réservoirs 
dans lesquels on pourrait détourner les eaux pendant la saison plu- 
vieuse, pour les laisser ensuite écouler dans les temps de sécheresse. 
Ce moyen n'est point du tout du goût du père Félicien, et cet article est 
un des plus longs de son mémoire. Je ne m'arrêterai point à discuter 
les raisons par lesquelles il prétend combattre l'idée de M. de Parcieux. 
Ses objections ne touchent point ou fond du projet, et, en supposant 
qu'il pût résulter quelque inconvénient d'approvisionner la ville de Paris 
d'une eau qui aurait ainsi séjourné pendant plusieurs mois, il n'en 
serait pas moins vrai qu'en tout état de cause il arriverait au moins 
à Paris 1,000 à 1,200 pouces d'eau dans les plus grandes sécheresses 
de l'année. 

On ne doit pas s'attendre que l'eau de l'Yvette soit toujours égale- 
ment claire pendant les différentes saisons. Les matières qu'elle char- 
riera avec elle seront de deux espèces : ou elles seront plus légères 
que l'eau, et alors elles nageront 0 la surface; ou bien elles seront 
plus lourdes; mais, devenues presque équipondérables à l'eau par leur 
grande division, elles seront entraînées avec elle. M. de Parcieux se 
débarrasse des premières par le moyen de grilles de fer ou de bois qui 
n'entreront dans l'eau que de quinze à dix-huit pouces et qui arrête- 
ront tous les corps flottants qui se présenteront à la surface. Par rap- 
port aux secondes, celles qui sont spécifiquement plus pesantes que 



Digitized 



SUR LES EAUX DE L'YVETTE. 217 

l'eau, il se propose d'établir, de distance en distance, des espèces de 
bassins de quatre à cinq toises de long, plus larges et plus profonds 
que le reste du canal. L'eau venant à séjourner dans ces repos, ou 
du moins à y perdre une partie de son mouvement, elle y déposera la 
plus grande partie des corps étrangers qui se trouveront mêlés avec 
elle. Ki i lin. après avoir acquis par le dépôt une pureté presque abso- 
lue, elle parviendra à un encaissement de gravier de plusieurs pieds 
d'épaisseur, à travers lequel elle se filtrera et dans lequel elle dépo- 
sera le reste des matières qui pourraient altérer «a transparence. Il 
sera nécessaire de nettoyer de temps en temps ces repos et quelque- 
fois le canal lui-même. M. de Parcieux donne dans son mémoire des 
moyens également sûrs et faciles pour y parvenir. Il pratique laté- 
ralement à chaque repos une ou plusieurs vannes qu'on lèvera pour 
le nettoyer, et par lesquelles on laissera couler l'eau qui aura servi à 
le laver. 

Le père Félicien renouvelle encore ici ses craintes sur le dégiU que 
les eaux éconduites du canal pourront occasionner dans les terres. Ces 
inquiétudes ne viennent, comme je l'ai déjà dit, que du défaut de 
connaissance du local. On a déjà vu que le canal projeté ne s'éloignait 
au plus, pendant un espace de 1 3,000 toises, que de i5o ou 900 
toises de la rivière de Bièvre ou de celle d'Yvette, qu'il traversai! 
d ailleurs successivement les ruisseaux île (îif, de Palaiseau, de Marsy, 
de Tourvoie, enlin la rivière de Bièvre. Il sera donc toujours aisé 
de ménager des rigoles qui aboutissent à quelques-uns de ces ruis- 
seaux. 

Le père Félicien porte l'esprit de critique jusqu'à douter s'il sera pos- 
sible de filtrer l'eau de l'Yvette à travers un encaissement de sable on 
de gravier, «car, ajoute-t-il, ou les trous pratiqués dans la muraille 
r destinée ù retenir le sable seront grands, ou ils seront petits. S'ils sont 
• grands, les eaux entraîneront une grande partie du gravier et en dé- 
truiront la masse en peu de temps; s'ils sont petits, le gra\ier les bou- 
r-chera et l'eau de l'Yvette, ou ne se filtrera point, ou ne s'y fdtrera 
rque difficilement : s'ils sont médiocres, ils participeront de l'un et 
m 18 



MÉMOIRES DE LAVOISIBB. 

ir 1 'autre inconvénient. * Ne dirait-on pu que le père Félicien ne connaît 
pas l'existence des fontaines domestiques sablées? l'eut-il ignorer ce- 
pendant que ces fontaines servent des demi-années, des années même, 
sans qu'on soit obligé de les nettoyer? Ne sait-il pas d'ailleurs que l'eau 
sera déjà très-pure en arrivant à rencaissement de gravier, qu'elle n'y 
déposera par conséquent qu'une très-petite quantité de limon. S'il 
avait réfléchi sur la manière dont l'eau se filtre à travers le sable, il 
se serait aperçu que les premières portions d'eau peuvent bien entraî- 
ner, à I» vérité, les parties les plus divisées, mais que bientôt, les par- 
lies plus grossières venant à se présenter vis-à-vis des trous, elles s'op- 
posent à la sortie des plus fuies, et ne laissent plus passer que l'eau 
pure et débarrassée de tout re qu'elle rliarriait avec elle. Ce méca- 
nisme est précisément celui qui s'observe lorsqu'on filtre à travers du 
verre pilé les acides minéraux. On met au fond de l'entonnoir trois on 
quatre morceaux de verre irréguliers, assez gros seulement pour qu'ils 
ne puissent s'échapper par l'ouverture; on répand ensuite par-dessus 
du verre réduit en poudre grossière, on réserve les parties les plus 
lines pour en former la couche supérieure. 

Knlin, après avoir beaucoup argumenté sur la prétendue difficulté 
de filtrer l'eau de l'Yvette, le père Félicien trouve une nouvelle objec- 
tion dans la liltration même de cette eau. *lf. de Parcieux, dit-il, 
f-n'a-t-il pas sujet de craindre que le préjugé contre l'eau filtrée ne 
rse réveille et ne fasse tort à son projet? a Quelle altération le père 
Félicien pense-t il doue que puisse causer à l'eau la filtration à travers 
nue niasse de cailloux et de matières vitriliablcs? Les eaux de sources, 
celles mêmes qui passent pour les plus salubres, sont-elles autre chose 
que de l'eau filtrée et n ont-elles pas traversé, dans l'intérieur de la 
terre, des encaissements immenses de sable, de pierres et de difi'ércntes 
matières ? 

Je ne finirais pas si je voulais m arrêter à une infinité de petites chi- 
canes que fait le père Félicien contre le projet de M. de Parcieux. Qu'on 
se serve, par exemple, d'un moyen plutôt que d'un outre pour balayer 
l'aqueduc; qu'on le fasse à pied ou en bateau; qu'on soit obligé de le 



SIR LKS EAUX DE L'YVETTE. 219 

faire une ou plusieurs fois |>eudant l'année, peu importe, et ce ne sera 
pas, je pense, ces petites considérations qui feront admettre ou rejeter 
le projet de M. de Parcieux. Sans entrer dans tous les détails, je nie 
contenterai de dire que la plupart des moyens qu'il propose m'ont paru 
praticables; je le dis avec d'autant plus de confiance qu'ils ont déjà paru 
tels à l'Académie. 

Les objections que j'ai parcourues jusqu'ici sont celles qui sont par- 
ticulières au projet de M. de Parcieux. J'ai taché de faire voir combien 
elles étaient peu fondées. La fin du mémoire du père Félicien en contient 
d'un autre |;enre; ces dernières sont communes à tous les projets qu'on 
peut proposer pour fournir de l'eau à Paris. Ces objections ne re- 
gardant qu'indirectement le projet de M. de Parcieux, j'ai cru pouvoir 
me dispenser de les discuter : elles ne sont point d'ailleurs de nature 
à faire beaucoup d'impression sur le public. On ne pourrait admettre 
en effet les raisonnements du père Félicien sans être oblij;é d'en con- 
clure qu'il est non-seulement inutile, mais désavantageux, même dans 
une grande ville, de jouir d'une grande quantité d'eau;je doute fort que 
le public soit de cet avis. Enfin le père Félicien va jusqu'à soutenir cet 
étrange paradoxe, que l'eau de la rivière d'Yvette, qui serait distri- 
buée non-seulement dans les divers quartiers, mais dans la pins grande 
partie des maisons mêmes de Paris, ne rendrait ni plus prompts, ni plus 
commodes les secours contre les incendies. Cette partie de l'adminis- 
tration publique est. peut-être le chef-d'œuvre de la police de cette capi- 
tale; il est certain que. dans l'état actuel des choses, on a fait tout ce 
qu'on pouvait faire; mais on aura, je crois, de la peine à persuader 
au public qu'il soit plus commode de charrier l'eau dans des tonneaux, 
comme on est obligé de le faire dans -les incendies, que de la tirer des 
fontaines et réservoirs publics qui se trouveraient partout sous la main . 
et qui seraient placés particulièrement dans la partie la plus élevée de 
chaque quartier. 

C'est assez avoir entretenu le public d'un projet dont les avantages 
sont prouvé» jusqu'à l'évidence, et dont l'exécution a été démontrée 
possible par une suite d'expériences et d'observations faites avec la 

iB. 



220 



MÉMOIRES DE LAVOISIEK 



plus grande exactitude. Plus on réfléchira sur le projet, plus on sera 
convaincu <jue, de tous les moyens proposas pour fournir de l'eau a 
Paris, celui de M. de Parcieux est celui qui réunit le plus d'avantages, 
«•t qu'il est à la fois le moins dispendieux, eu égard à la masse d'eau 
qu'il procure, el le plus digne de la capitale. 



Digitized by Google 



SUR LES EAUX DE L'YVETTE. 



2-21 



RAPPORT 

SU» 

LA BROCHURE DE M. D'AUXIRO^ 

RELATIVE AUX MOÏBNS I)E DO.YXBR l)E L'KAI 
À LA VILLE DK PARIS. 



L'Académie m'a chargé de lui rendre compte d'une brochure de 
M. d'Auxiron dans laquelle il s'est proposé de faire voir les avantages 
de la pompe à feu sur le projet proposé par M. de Parcieux, pour don- 
ner de l'eau à la ville de Paris. 

On peut distinguer en deux classes les objections contenues dans 
cet ouvrage. Les unes supposent au projet de M. de Parcieux un grand 
nombre d'inconvénients qui en rendent l'exécution difficile ou impra- 
ticable; les autres ne l'attaquent que sur la dépense. 

Je ne m'occuperai point ici de cette seconde classe d'objections; pre- 
mièrement parce qu'elles sont peu du ressort de l'Académie; seconde- 
ment parce qu'il faudrait, pour prononcer sur cet objet, un granil 
nombre de faits et de calculs qu'il ne m'a pas encore élé possible de 
rassembler; je me bornerai donc à rapporter et à discuter les objec- 
tions qui concernent en quelque façon la partie physique du projet 
de M. de Parcieux, afin de mettre l'Académie à portée de les apprécier. 

PRKMl M, i OBJECTION. 

Les 1 3,ooo toises de canal découvert mettent tout Paris dans le 
cas d'être empoisonné. 



•22-2 



MÉMOIRES DE LAVOISIER. 



REPONSE. 

11 sera facile de sentir le peu il importance de cette objection, si I on 
lait attention que la quantité d'eau qui coulera dans le canal sera de 
33,6oo livres par minute, en la supposant au plus bas; que cette même 
eau se confondra et se divisera avec une niasse beaucoup plus considé- 
rable tant dans son cours que dans les bassins et réservoirs dans les- 
quels elle aura à circuler, qu'enfin la majeure partie ou s'écoulera par 
les fontaines, qui seront continuellement jaillissantes, ou servira pour 
des usages domestiques de peu d'importance; de sorte qu'il n'y en 
aura que quelques portions qui entreront dans les aliments. Quel 
poison si subtil pris en aussi grand lavage pourrait donc produire un 
effet sensible, ou au moins quelle énorme quantité ne faudrait-il pas 
en employer? 

Mais en supposant qu'il fût possible de communiquer à l'eau, par des 
mélanges, une qualité malfaisante, cet inconvénient n'existe pas moins 
dans l'état actuel. Certainement l'aqueduc d'Arcueil ne serait point 
inaccessible pour quiconque aurait quelque intérêt d'y entrer, et le 
danger est infiniment plus grand en raison de la petite quantité d'eau 
qui y coule; enfin la plus grande partie de l'eau qui entre maintenant 
dans la préparation des aliments est transportée dans des. tonneaux 
depuis la Seine jusqu'aux quartiers les plus éloignés de la ville. Sûre- 
ment il est bien plus facile d'empoisonner un tonneau qu'il ne l'est 
d'empoisonner une rivière: cependant il n'est point d'homme raison- 
nable qui soit affecté de pareilles craintes, et on serait même fondé à 
les traiter de folies. 

seconde OBJECTION. 
L'eau de l'Yvette n'est pas aussi bonne que celle de la Seine. 

nÉl'ONSE. 

Les expériences qui ont été faites par la Faculté de médecine et 
par cette Académie sur l'eau de l'Yvette ont suffisamment établi qu'elle 



SUR LES EAUX DE L'YVETTE. 223 

devait être rangée dans la classe des plus salubres. S'il se trouve 
quelque différence entre la qualité de celte eau et de celle de la Seine, 
elle est si insensible qu'elle peut être regardée comme absolument 
nulle. 

TROISIÈME OBJECTION. 

Le canal étant découvert pendant une partie de son cours, l'eau sera 
exposée à geler. 

RÊPOSSE. 0 

On a déjà répondu à cette objection que le cours de la plupart des 
petites rivières n'était point suspendu pendant les plus fortes gelées; 
que la Seine même et les grandes rivières ne se gelaient en quelque 
façon que par accident et par l'accumulation des glaçons qui se trou- 
vaient arrêtés par quelque obstacle; qu'enfin, pendant l'hiver de 1701) 
et celui de 1 768, les plus rigoureux qu'on eût éprouvés dans ces cli- 
mats, la Seine n'avait point -été prise entre le Pont-Neuf et le PonU 
Royal. On peut encore ajouter à ces réponses que l'eau de l'Yvette 
aura environ trois pieds de pente par mille toises, qu'elle aura par 
conséquent une vitesse assez considérable, au moins à sa surface; mais 
qu en supposant qu'il put survenir des froids assez rigoureux et assez 
continus pour former quelques pouces de glace , il ne s'agira que de 
donner au canal peu de largeur et beaucoup de profondeur, au moyen 
de quoi la portion d'eau qui coulera sous la glace sera toujours assez 
abondante pour fournir à la consommation de Paris. 

QUATRIÈME OBJECTION. 

La glace, qui fait rompre les plus forts tuyaux, fera rompre le canal 
en mille endroits. 

RÉPONSE. 

De ce que la glace fait rompre des tuyaux fermés, il ne faut pas en 
conclure qu'elle fera rompre les parois d'un canal découvert; en sup- 
posant en effet que toute la masse d'eau pût se convertir en glace, 



•m MÉMOIRES DE LAVOISIËIt. 

il suffira de donner un léger talus aux bords du canal pour empêcher 
tout l'effet de la dilatation de la glace. 

CIXQMÈNE OBJECTION. 

M. d'Auxiron, page 8 de son mémoire, reproche à M. de Parcieux 
de ne point filtrer les eaux de l'Yvette : rLeur canal, ajoute-t-il, se 
-trouvera bientôt gorgé d'un limon qui les infectera, et ses tuyaux 
-île distribution dans Paris seront bientôt fatigués du dépôt qu'y 
ir feront ces eauf lorsqu'elles seront bourbeuses, et les tuyaux dureront 
-bien moins que si elles étaient filtrées, i Cependant, à la page .'{7, il 
lui lait un reproche tout opposé; voici ses propres termes: rJo suppose 
ir qu'on se servira d'une manière de filtrer plus simple et meilleure que 
-celle que M. de Parcieux a proposée, sans quoi on tomberait dans 
nies dépenses énormes et dans des inconvénients qui suffiraient pour 
r faire rejeter son canal, n 

Je passe sur cette contradiction, qui n'est sans doute qu'apparente, 
pour revenir au fond de l'objection. 

M. d'Auxiron prétend qu'il faudra, pour filtrer l'eau de Y\ velte, un 
encaissement de 7,000 pieds cubes de sable et de cailloux; il ajoute 
qu'il faudra en laver au moins le quart tous les jours, et que l'eau de 
lavette, mi sa petite quantité, ne pourra servir à cet usage; qu'il 
sera par conséquent nécessaire de porter et de rapporter tous les quatre 
jours la totalité de ces sables au plus prochain ruisseau, c'est-à-dire à 
une lieue de distance; il calcule d'après cela quel sera le montant de ce 
seul objet de dépense; il trouve qu'en y comprenant la quantité de 
chevaux qu'il faudra renouveler chaque année elle forme un total de 
'uj.tino livres. 

hk'poxse. 

Il ne me sera pas difficile de faire sentir combien cette évaluation est 
exagérée dans tous les points. 

Je crois d'abord pouvoir avancer que l'eau de l'Yvette sera presque 
toujours claire dès l'endroit même où elle sera reçue dans le canal; 



■ — • Di£j1TÎZS8"by'G€> 



SL'R LES EAl'X DE L'YVETTE. 225 

mais, en la supposant aussi trouble qu'elle le puisse être, il sera pra- 
tiqué de distance en distance, dès l'origine même de la partie décou- 
verte du canal, des repos dans lesquels l'eau perdra une partie de son 
mouvement et déposera le limon dont elle se trouvera chargée; ces 
repos ou bassins seront disposés de manière que l'eau puisse con- 
tinuer sa route sans les traverser, toutes les fois qu'on le jugera à 
propos, et principalement dans le temps où il sera nécessaire de les 
nettoyer. 

L'encaissement de sable ne sera donc, en quelque façon, qu'une 
affaire de forme et de satisfaction pour le public; il ne servira qu'à dé- 
barrasser l'eau de quelques insectes ou de quelques corps étrangers 
que le hasard pourrait y avoir fait tomber; loin donc d'employer un 
encaissement de 7,000 pieds cubes, comme le suppose M. d'Auxiron. 
à peine en faudra-t-il un de 5 ou 3 00. 

On se convaincra de plus en plus de ce que j'avance si l'on fait 
attention à la quantité moyenne de terre que roulent communément 
les rivières; d'après quelques expériences que j'ai faites en ce genre, j«- 
crois pouvoir lixer à h mains par pinte la quantité de terre étrangère 
que charrie habituellement l'Yvette pendant le cours de l'année. La 
quantité d'eau de l'Yvette sera au plus de a, 000 pouces, c'est-à-dire 
qu'il passera tout au plus à chaque minute, par un endroit donné du 
canal, une masse d'eau de 28.000 pintes, et par conséquent 1 1 a, 000 
grains de terre; on trouvera, en suivant ce même calcul et en supposant 
de 1 00 livres la pesanteur du pied cube de cette terre, qu'il en passera 
7,878 pieds cubes par an, c'est-à-dire trente-six toises et demie. De 
ces trente-six toises et demie, une partie restera dans les différents 
repos pratiqués à ce dessein, ainsi qu'on vient de l'exposer plus haut, 
une autre portion se déposera h- long des parois du canal; de sorte 
qu'à peine en parvimdra-t-il une quantité sensible jusqu'à l'encaisse- 
ment de sable. 

On ne croit donc pas Irop s'avancer en disant qu'il suffira de le laver 
deux ou trois fois dans l'année. 

Voilà a peu près à quoi se réduisent les principales objections de 

III. !IQ 



226 MKMOIHKS l)K UV018IER. 

M. d'Auxiron contre le projet de l'Yvette; je crois pouvoir assurer 

qu'elles n'y portent point d'atteinte. 

Quant h l'objet de la dépense, soit dans le projet de l'Yvette, soit 
dans celui de la pompe à feu. j'ai déjà pris toutes les précautions néces- 
saires pour nie procurer le plus d'éclaircissements qu'il sera possible, 
et je me propos»- d'en rendre compte à l'Académie. 

Fait au Louvre, le i3 décembre 



SL'Il L'ETABLISSEMENT D'UNE POMPE A FEU A PARIS. 227 



CALCULS ET OBSERVATIONS 

srn le pwojkt 

D'ÉTABLISSEMENT D'UNE POMPE A FEU 

POUR FOURNIR DK l.'KAt A M VII.LF. I)K PARIS . 



J'ai fait voir, dans un précédent mémoire et dan» différents rapports 
dont j'ai été chargé par l'Académie, combien la plupart des objections 
qui avaient été faites contre le projet d'amener a Paris l'eau de la 
rivière d'Yvette avaient peu de solidité; il m'en reste une dernière à 
discuter aujourd'hui, qui n'est pas la moins importante, et qui paraît 
avoir fait plus d'impression (pie les autres dans le public; je veux 
parler de la dépense nécessaire pour l'exécution. Mon objet u'est pas 
d'entrer ici dans l'examen de tous les projets qui ont été proposés 
pour donner de l'eau à la ville, de Paris; la plupart sont évidemment 
inférieurs à celui de l'Yvette, le public et l'Académie en sont suffisam- 
ment convaincus; la pompe à feu seule paraît en état de lui disputer 
l'avantage. En conséquence, c'est de la seule comparaison de ces deux 
projets que je me suis proposé de m'occuper ici; je me suis efforcé de 
mettre dans cette discussion toute l'impartialité dont je suis capable. 

M. de Parcieux a avancé, page t6 de son troisième mémoire, qu'une 
ou plusieurs machines à feu capables d'élever 1,000 pouces d'eau à 
la hauteur où doit arriver l'Yvette consommeraient par jour pour 
600 francs de charbon de terre : cet article seul forme une dépense 
annuelle de 919,000 livres. M. d'Auxiron annonce au contraire, dans 

AMrMIW de i Académie des snt ttt t • , fiitopc i "7 ' * 



228 MKMOIRES DE LAVOISIEIt. 

la préface de son mémoire, que l'entretien annuel de quatre machines à 
feu capables d'élever u.ioo pouces d'eau n'excédera pas i 00,000 livres. 
Ces deux assertions, en raison de la quantité d'eau et de la dépense, pré- 
sentent une diiïérence de plus de quatre cinquièmes dans les résultats. 

Lue si grande disparité sur un objet susceptible de calcul annonçait, 
ou l'incertitude des bases d'après lesquelles on était parti, ou des 
considérations importantes négligées, ou enfin des erreurs de la part 
de l'un des deux auteurs qu'on vient de citer. L'objet m'a paru assez 
important pour mériter d'être approfondi; je n'ai rien négligé pour en 
démêler la cause, et j'ai fait tout ce qui était en moi pour me mettre 
en état de lixer à cet égard les idées du public et de l'Académie. 

La reconnaissance et l'amitié m'obligent de dire que je dois à M. de 
Borda une partie des détails qui se trouveront dans ce mémoire; il a 
suivi avec le plus grand soin les effets de la pompe à feu établie dans 
les mines de charbon de terre de Montrelais, près d'Ingrande-sur- 
Loirc : il a bien voulu me communiquer, non-seulement toutes les 
proportions de celte machine, niais encore des relevés de la consom- 
mation tirés des comptes mêmes rendus par le directeur aux entre- 
preneurs; il y a joint d'excellentes observations sur les pompes à feu en 
général, et sur l'effet qu'on doit en attendre. De mon côté, dans deux 
voyages que j'ai faits l'a u née dernière à Valenciennes ', j'ai pris sur les 
lieux les renseignements les plus exacts sur les pompes à feu qu'on 
emploie dans les mines de charbon de terre des environs de cette 
\illc; c'est également sur le relevé des comptes, que j'ai établi les 
calculs de la dépense; je n'ai négligé aucune des précautions qui m'ont 
paru nécessaires pour m'assurer de l'exacte contenance des mesures du 
pays, et pour les rapporter au pied cube ou à la livre poids de marc. 

Le détail, la clarté et la précision avec lesquels on a rendu compte 
de la machine à feu de Bois-Bossu en Hainaut, dans l'Encyclopédie „à 
l'article Feu (pompe à kei), étaient biens capables de m'inspirer la plus 
grande confiance; et l'accord qui s'est trouvé entre le résultat des 

' En 1770. 



Digitized by Google 



SUR L'ÉTABLISSEMENT D UNE POMPE A FEU A PARIS. 229 

calculs faits sur cette machine et sur les deux que je viens de citer, 
m'ont donné une nouvelle preuve de leur exactitude réciproque. 

La pompe à feu est une machine assez connue aujourd'hui pour 
que je puisse me dispenser d'en donner ici la description; il en existe 
d'ailleurs deux très-exactes, la première dans l'Encyclopédie, à l'article 
ci-dessus cité, la seconde dans l'Architecture hydraulique de M. Béli- 
dor; je me contenterai donc de dire ici en peu de mots que le méca- 
nisme de la pompe à feu consiste en un balancier de a5 a 3o pieds de 
longueur, mobile sur deux tourillons; la force est appliquée à l'un des 
hras de ce balancier, et la résistance, c'est-à-dire l'attirail des pompes, 
est appliquée à l'autre. 

La force qui fait mouvoir cette machine n'est autre chose que la 
pesanteur de l'air; on fait alternativement, par le moyen de la vapeur 
de l'eau bouillante et par une injection d'eau froide, le plein et le 
vide dans un grand cylindre de fonte creux, dans lequel un piston 
peut librement monter et descendre. 11 est clair que, dans l'instant du 
vide, le piston qui est mobile dans le cylindre est chargé de tout le 
poids de la colonne d'air dont il est surmonté; il est donc forcé de des- 
cendre; or il ne peut le faire sans faire descendre avec lui le bras du 
balancier auquel il est attaché par une chaîne, et sans faire lever par 
conséquent le piston des pompes, qui tient à l'extrémité opposée de ce 
balancier. La vapeur de l'eau bouillante qui rentre l'instant d'après 
dans le cylindre a bientôt assez de force pour faire équilibre, et même 
pour vaincre le poids de l'atmosphère; le piston remonte, et ainsi 
alternativement. 

Quelque succinct que soit cet exposé, il suffira pour faire sentir 
combien il est aisé de calculer la force de la pompe à feu ; il ne s'agit en 
effet que de déterminer la surface du cylindre, ou plus exactement du 
piston qui est mobile dans son intérieur, et de calculer les proportions 
de la colonne d'air dont il est chargé; on sait que son poids est égal à 
une colonne de mercure de même diamètre et de a8 pouces de hauteur. 

Ce principe est la base des calculs contenus dans ce mémoire; on 
va successivement l'appliquer à trois machines à feu différentes; on 



Î30 MÉMOIRES DE LAVOIS1KH. 

* 

a supposé partout la pesanteur du pied cube d'eau de 70 livres, la 
pesanteur spécifique du mercure de l3,&g3, celle de l'eau étant sup- 
posée 1,000; enfin, par une conséquence nécessaire, on a supposé de 
9,980 livres la pesanteur d'une colonne d'air d'un pied carré de hase. 

MACHINE DE BOIS-BOSSU, DECRITE DANS lYUCYCLOpfelB. 

Le diamètre du piston de cette machine est de 3o pouces et demi, 
mesure de roi, c'est-à-dire de 730 pouces et demi de surface; il a 
donc à supporter, d'après les déterminations précédentes, le poids d'une 
colonne d'air de 1 «.afin livres : cette puissance est celle qui fait mou- 
voir la machine. Le diamètre des pompes, qui est attaché a l'autre 
extrémité du balancier, est de 8 pouces il lignes, et la profondeur 
don elles élèvent l'eau, de aùu pieds. Si l'on calcule d'après cela 
quel est le volume d'eau soulevé par la machine à chaque coup de 
piston, on trouvera qu'il est de 1 55, 968 pouces cubiques; ce qui 
équivaut à un poids de G,u88 livres. A cette quantité il faut ajouter, 
i° 938 livres pour le poids de l'eau élevée pour le service de la ma- 
cbine, par une petite pompe particulière, nommée pompe de la bâche; 
■>° le poids des attirails des pompes, qui peut être évalué à 3, 000 livres 
environ. (îes quantités réunies formeront un total de o,5a6 livres, les- 
quelles composent la totalité de la résistance; d'où l'on voit que l'excès 
de la puissance sur la résistance, dans la machine «le Bois-Bossu, est de 
1 ,736 livres, c'est-à-dire un peu moindre que du sixième. 

Le tableau ci-joint représente l'ensemble de ces résultats. 

ifalLTH N LA MACHINE A m DK Mllt-MMM'. 

I.mi-. 

Puissance 11,961 

, Poids de la colonne d'eau élevée par la grande pompe 6.188 

,, . . ' Poids de la colonne d'eau élevée par la pompe de ( , 

Insistance.- 1- 1 1 ,5,,, 
j la bâche a 38 1 

' Poids des attirails .1,ooo ' 

Excès de la puissance sur la résistance 1,786 

\près a\oir calculé U force de cette machine, si l'on veut en ron- 



Digitized by Google 



SUR L'ÉTABLISSEMENT D UNE POMPE A KEU A PARIS. 2A\ 

naître le produit, on observera, 1° qu'elle bat qualoree coups par mi- 
nute'; 2° que la levée du piston est de 6 pieds juste; l'effet de la 
machine est donc d'élever, à chaque coup de piston, une colonne d'eau 
de 8 pouces 3 lignes de diamètre sur 6 pieds de hauteur, c'est-à-dire 
3, SIiçd pouces cubiques un huitième. Ce produit, multiplié par i 6, don- 
nera 53,887 pouces cubiques pour la quantité d'eau élevée par chaque 
minute; ce qui, évalué suivant le langage des fontainiers. équivaut à 
80 pouces un sixième. 

Ce produit est celui qu'on obtient dans la supposition d'une hau- 
teur de 3/1 a pieds; mais il s'en faut beaucoup qu'on ait besoin d'une 
aussi grande élévation pour la ville de Paris : 1 10 pieds suffisent pour 
atteindre la hauteur à laquelle doit arriver l'Yvette. Si donc on réduil 
les i55,-j/j8 pouces cubiques ou 6, 288 livres que la machine peut 
soulever en une colonne de 1 10 pieds de hauteur, on trouvera pour 
le diamètre de la base, c'est-à-dire pour celui du piston des pompes. 
1 2 pouces ~ ; d'après quoi il sera facile de calculer le produit de la 
machine; il sera égal pour chaque coup de piston à une colonne d'eau 
de 1 9 pouces ~ de diamètre sur b' pieds de hauteur, c'est-à-dire de 
8,468 pouces cubiques et, en multipliant par iU, de 1 1 8,55 1 pouce* 
cubiques par minute; ce qui, exprimé suivant le langage des fontainiers, 
répondra à 176 pouces et demi. Il y aura peut-être en outre quelque 
économie à faire sur le poids de l'attirail des pompes, en raison de l.i 
moindre élévation, mais l'objet n'en saurait être bien considérable, par 
la raison qu'il est nécessaire de conserver une prépondérance marquée 
du côté des pompes pour faire remonter à chaque coup le piston «lu 
cylindre. Ces différentes considérations réunies portent à croire que la 
machine à feu de Bois-Bossu ne pourrait guère élever plus de 1 80 pouces 
d'eau à 1 10 pieds d'élévation. 

Par rapport à la consommation de la matière combustible, ou voit, 
à l'article xxxv du Dictionnaire encyclopédique, qu'elle monte à la 
quantité de six muids de charbon de terre, chaque muid de i3 pieds 

' On a lieu de croire cet effet exagéré ; le» raison» en teront exposées \>\m bat. 



232 MÉMOIRES DK LAYOISIKR. 

cubes, c'est-à-dire à 78 pieds cubes en vingt-quatre heure». Le poids 
moyen d'un pied cube de charbon de terre, ou, pour parler plus exac- 
tement, d'une mesure de charbon de terre d'un pied cube de capacité, 
est de 6q livres, ainsi qu'il résulte de plusieurs expériences que j'ai 
laites au port Saint-Paul, principalement sur le charbon de terre de 
Moulins. La quantité totale de ce charbon consommée par la machine 
est donc de 4,836 livres; en divisant cette quantité par le produit de 
la machine, en pouces, c'est-à-dire par 180, on aura J7 livres pour 
la consommation de charbon de terre nécessaire en vingt-quatre heures 
pour élever chaque pouce à Ja hauteur de 1 1 o pieds. 

UAGHIVK DE MONTflKl.AlS TUÉS D*l*CfU!U)E-Sl R-I.OIHK. 

Je ne lais que transcrire ici les proportions de cette machine, telles 
qu'elles m'ont été communiquées par M. de Borda, membre de cette Aca- 
démie; cette circonstance suflira seule pour répondre de leur exactitude. 

Le cylindre de cette machine est de 56 pouces anglais «le diamètre, 
ce (pii revient à â'< pouces 6 lignes de France; elle frappe huit coups 
et demi par minute; le diamètre des pompes est de 8 pouces 6 lignes, 
et la profondeur d'où elle élève l'eau est de 61a pieds. 

Le poids des attirails des pompes peut être évalué, tout compris 
et déduction faite de la quantité qui est supportée par le contre-poids, 
à 6,000 livres; enfin la levée du piston est de 6 pieds 3 pouces. On 



trouvera, en appliquant à ces proportions les calculs faits sur la ma- 
chine de Bois-Bossu, les résultats suivants: 

l.iin- 

Pesanlcur de la rolonne d'air qui fait mouvoir la machine 33.3oo 

Nombre de pouces runes d'eau que la machine soulevé à chaque 

coup de piston .'11 fi,fio8 ■ 

Pesanteur de la colonne d'eau que la machine soulève à chaque 

coup 1 fi, 880 

Produit de la machine à chaque coup, en pouces cubes /i T 3 55 - 

Produit par minute en pouces cubes 36, 1 70-f 

Produit par minute en pintes de Paris, la pinle supposée de 

hH pouces cubes 

Produit évalué en pouces des fontainiers !>3 ' 



Digitizechby Google 



SUR L'ÉTABLISSEMENT D'UNE POMPE A FEU A PARIS. 233 

11 faut maintenant transformer, comme on l'a fait précédemment, 
ces différents produits en ceux qu'on obtiendrait dans la supposition 
d'une hauteur de 1 1 o pieds. 

Il est évident qu'alors la masse d'eau soulevée par la machine à 
chaque coup de piston formerait une colonne de 616,698 pouces j de 
solidité, sur une hauteur de 1 10 pieds. On trouvera que le diamètre 
d'une pareille colonne serait de ao pouces ~\ ce sera le diamètre des 
pompes dans la nouvelle supposition : le produit de la machine sera 
d'après cela, à chaque coup (la levée" du piston étant toujours sup- 
posée de 6 pieds 3 pouces), de 23,676 pouces cubiques; ce qui donne 
pour le produit par minute 301,266 pouces, ou 6,192 pintes ' . et en 
pouces des fonlainicrs, 399 f. 

L'observation faite plus haut pour la machine de Bois-Bossu, rela- 
tivement au poids des attirails des pompes, est également applicable 
ici. L'économie de force qu'on peut faire sur cet article est d'autant 
moins considérable qu'une partie de leur pesanteur est soutenue dans 
cette machine par un contre-poids très-considérable , et qu'il n'en reste 
guère que ce qui est nécessaire pour faire redescendre le piston des 
pompes; on ne pense donc pas que, tout évalué, et en faisant en- 
trer cette dernière considération pour ce qu'elle mérite, 011 puisse 
élever avec cette machine plus de 3io pouces d'eau à une hauteur 
de 1 1 o pieds. 





BÉHULTAT DE U «ACBISE DE MOSTBF.UI*. 



Puissance de la machine 

1 Poids de la colonne d'eau 

Rpsislanee.J Poids des attirails, y compris celui de la pompe 



16,880 




L»rt». 

33.3oo 

33,88i> 



de la bâche 



Excès de la puissance sur la résistance 



io,4ao 



Il résulte, des relevés des registres des mines qui m'ont été com- 
muniqués par M. de Borda, que cette machine consomme, en trois 
cent trois heures de travail, 1,1 3a portoires de charbon, la portoire 
du poids de 1 35 livres; d'où l'on peut conclure que cette machine 




234 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

consomme, en vingt-quatre heures, t a, 1 ai livres de charbon de terre , 
ce qui, à raison de 3i o pouces d'eau, donne pour chacun une consom- 
mation de 39 livres en vingt-quatre heures. 

MAUIIKK À FEU DES POSSBS DMNZ1.N PRES V ALSACIENNES. 
SOMMÉE MACHINE DD COHBlUt . 

J'ai eu occasion d'examiner cette machine dans le plus grand détail, 
dans les mois de janvier et d'août de l'année dernière j'en ai mesuré 
moi-même toutes les dimensions, de sorte que je suis en état de ré- 
poudre de leur exactitude. 

Le diamètre du cylindre est de UU pouces, mesure de roi. 

Le diamètre du piston des pompes, de 7 pouces 6 lignes. 

La profondeur de la fosse est de o,5 toises, mesure du Hainaut; 
mais comme l'eau n'est élevée par la machine qu'à iG toises au-dessous 
du niveau de l'ouverture de la fosse, la hauteur jusqu'à laquelle l'eau 
est élevée n'est que de 79 toises. La toise, mesure de Hainaut, est 
de 6 pieds 5 pouces 7 lignes de la toise du Châtelet de Paris*; la 
hauteur à laquelle l'eau est élevée par la machine, est donc de 5, 1 8 1 
pouces, ou de 63 1 pieds 9 pouces, mesure de roi. 

Cette machine peut hattre, en forçant le feu, jusqu'à huit coups par 
minute; mais elle n'en hat pas habituellement plus de sept. 

La levée du piston est de o pieds f> pouces. 

Enfin le poids des attirails peut être estimé environ à 8,000 livres. 

11 est aisé, d'après ces données, de conclure les effets suivants : 



Lhfffii 

Pesanteur delà colonne d'air qui fait mouvoir la machine 93,363 ; 

Nombre de pouces d'eau que la machine soulève à chaque coup 

de piston 998,870 ; 

Pesanteur de cette même colonne 9,971 j 

Produit de la machine à chaque coup de piston en pouces cube* . 3,9 ■ 5 

Produit par minute en pouces cubiques 90,uoK^- 

Produit en pintes de Paris 696^ 

Produit en pouces des fontainiers 3o ; 



1 En > 770. rapport sur une toise étalonnée que j'ai rap- 

Je me suis assuré de lewctitude de ce portée de Valencicnne* . et que je conserve. 



Digitized by Google 



SUR L'ÉTABLISSEMENT D'UNE POMPE A FKl A PARIS. 235 

Mais, pour calculer l'effet de cette machine, il faut observer (un- 
ies deux bras du balancier ne sont point parfaitement égaux; celui qui 
répond au cylindre n'a que tU pieds, tandis que celui qui tient aux 
pompes en a i5. Pour avoir la véritable force de la résistance, il faut 
donc multiplier le poids de la colonne d'eau et celui des attirails par 
1 5, et le diviser par i h. 

Le tableau qui suit représente l'effet de la machine: on y a eu égard 
à la différence de longueur des bras du levier. 



«ésct.T\T ne LA n*cm«g de* rossKs D-ànzis. 

Puissaim- |3,&63{ 

Poids de la colonne d'eau élevée par les pom- 
pes, 9>*7»T- 
J Poids de la même colonne, multiplié par i5 
Résistance.' et divisé par 1 4 9.g33 j 

(Pesanteur des attirails de toute espèce, 8,ooo. 
Même pesanteur, multipliée par 1 5 et divisée 
par ih H, 671 i 

Excès de la pesanteur sur la résistance 4,938 



t8,5o.S; 



L'effet de la machine des fosses d'Anzin est, comme on le voit, de 
soulever une colonne d'eau de 3^8,870 pouces cubes |; mais il est 
évident que si cette machine, au lieu d'élever l'eau d'une profondeur 
de 63 1 pieds ±, ne l'élevait que de 110, comme dans la supposition 
de la ville de Paris, il est évident, dis-je, que la base ou diamètre de 
la colonne serait beaucoup plus grande, et que chaque coup de piston 
donnerait par conséquent un produit beaucoup plus considérable. 

Ou trouvera qu'alors le diamètre du piston des pompes aurail 
1 U pouces 1 o lignes \ ; 

Que le produit de chaque coup de la machine (la levée du pistou 
étant toujours supposée de f> pieds G ponces) serait de 1 1 ,kk'.\ pouces^ : 
d'où l'on conclura le* effets suivants : 

UltM, 

Produit par minute, en pouces cubiques 80, 1 0(1- 

Produit en pintes, mesure de Paris 1,668 ; 

Produit en pouces des fontainiers 119! 

3o. 



236 MÉMOIRES DE LAVOISIEH. 

Le poids de l'attirail des pompes n'étant soutenu dans cette machine 
que par un contre-poids de force médiocre, il serait peut-être possible 
de faire sur cet article une économie de force un peu plus considérable 
que dans les deux machines précédentes. On pense qu'au moyen du 
nouvel avantage que la puissance acquerrait par là sur la résistance, 
on pourrait porter jusqu'à i lut pouces la quantité d'eau que la pompe 
à feu des fosses d'Anziu pourrait élever à une hauteur de 1 1 o pieds. 

Il résulte des relevés des comptes rendus aux entrepreneurs de 
la mine, que cette machine consomme en vingt-quatre heures de 
travail consécutif vingt mesures de charbon de la pesanteur de 
a3o livres chacune, ce qui fait au total 4, 600 livres poids de marc; 
on vient de voir que le produit de la machine pouvait être porté à 
1 60 pouces des fontainiers; d'où il suit que la consommation de char- 
bon de terre, pour chaque pouce, sera de près de 33 livres en vingt- 
quatre heures. 

RÉFLEXIONS CKHBBALKS SIR L'EFFET DES MMPES À FEU ET SIR t. Cl II COKSOMM.4TH» . 

S'il n'y avait aucune perte de force dans la machine à feu, l'effet 
qu'on devrait naturellement en attendre serait de soulever à chaque 
coup de piston une colonne d'eau de même base que le cylindre, et de 
3i pieds 5 de hauteur; mais un grand nombre de causes concourent h 
détruire une partie de cet effet : 1" le vide n'est jamais absolu dans le 
cylindre, de sorte que jamais le piston n'est chassé par le poids total 
de l'atmosphère ; 9° une partie de la puissance est employée à soulever 
le poids de l'attirail des pompes, et ii en résulte une perte égale dans 
la quantité pondérique de l'eau élevée par la machine; 3° les frotte- 
ments et l'inertie de toutes les parties, l'étranglement des corps de 
pompes à l'endroit des soupapes, sont autant de causes qui détruisent 
encore une partie de la force; enfin il est nécessaire de laisser dans la 
pompe à feu un avantage assez considérable à la puissance sur la résis- 
tance , autrement les variations de pesanteur qui surviennent dans la 
pesanteur de l'atmosphère réduiraient souvent la machine à l'impossi- 
bilité d'aller. 



Digitized by Google 



SUR L'ÉTABLISSEMENT D'UNE POMPE A FED A PARIS. 237 

Le concours de ces différentes causes diminue de près de moitié 
l'effet des machines à feu; on trouve par le calcul que celle de Rois- 
Bossu, au lieu de soulever une colonne d'eau de 3 1 pieds ~ de hauteur, 
n'en soulève qu'une de 17 pieds 8 pouces; que celle de Montrelais n'en 
soulève qu'une de 16 pieds 1 pouce i; enfin que celle des fosses d'Au- 
zin n'en soulève qu'une de 1 2 pieds 6 pouces 7. 

La différence considérable qui se trouve entre ces trois résultats 
n'aura rien de surprenant si l'on considère que dans les deux pre- 
mières machines, et surtout dans celle de Montrelais, la plus grandi* 
partie du poids de l'attirail des pompes est soutenue par un contre- 
poids, de sorte qu'il ne reste d'excédant de force, du côté des pompes, 
que ce qui est nécessaire pour en faire redescendre le piston. La même 
chose n'arrive pas dans la machine des fosses d'Anzin. Le contre- 
poids qu'on a placé du côté des pompes est trop faible, et il existe de 
ce côté un excès de pesanteur qui diminue d'autant la quantité d'eau 
que devrait élever la machine. On a vu plus haut que la machine à 
feu de Bois-Bossu, décrite dans l'Encyclopédie, avait un avantage mar- 
qué sur les deux autres, relativement à la consommation du charbon 
de terre ; elle semble encore avoir quelque avantage relativement à 
son effet, d'où l'on serait tenté de conclure que, toutes choses égales, 
les petites machines à feu font proportionnellement plus d'effet que les 
grandes. Cependant la plus grande partie de ce prétendu avantage 
s'évanouira si l'on considère qu'il est peu probable que la pompe à feu 
de Bois-Bossu batte habituellement quatorze coups par minute. Les 
ouvriers sont presque toujours dans l'usage de forcer le feu lorsque 
des curieux se présentent pour examiner ces sortes de machines; de 
sorte qu'il est prouvé, par toutes les informations qu'on a rassemblées, 
que, pour ramener les choses à l'exacte vérité, il est nécessaire de ré- 
duire au moins à douze par minute le nombre des coups de piston de 
la machine de Bois-Bossu. Cette correction portera environ à 3i livres^ 
en vingt-quatre heures la quantité de charbon de terre nécessaire 
pour élever chaque pouce d'eau à une hauteur de 110 pieds, et il eu 
résultera une égalité presque parfaite entre l'effet de celte machine et 



J38 MÉMOIRES DE LAVOISIBR. 

celui de la machine de Valenciennes. («elle de Montrelais, comme nu 
l'a vu plus haut, consomme un peu plus de charbon de terre que les 
deux autres; mais la différente n'est pas fort considérable, et d est pro- 
bable qu elle tient même à la qualité du charbon'. Au reste, comme 
on a droit de supposer que les machines à feu destinées à fournir de 
IVau à la ville de Paris seront aussi parfaites qu'il est possible, et qu'on 
emploiera le meilleur charbon pour les alimenter, on portera tout au 
plus bas, et on partira dans tout le reste de ce mémoire d'après une 
consommation de 3o livres de charbon de terre en vingt-quatre heures 
pour chaque pouce d'eau élevé à une hauteur de i « o pieds. 

Après avoir essayé de donner une idée de la quantité de charbon 
de terre «pie consommera la pompe à feu, il reste à convertir cette 
même quantité en argent et à y joindre, par évaluation, les autres dé- 
penses qu'exige nécessairement un pareil établissement. 

I.'- charbon de terre de Moulins, pris à Charenton, se veud com- 
munément 5o francs la voie; celui d'Auvergne vaut quelque chose de 
moins, mais la différence est peu considérable, et il est de moindre 
qualité. On conçoit que dans une fourniture en grand il serait possible 
d'obtenir une réduction considérable sur le prix; aussi M. d'Atixiron 
avance-t-il dans un de ses mémoires que le charbon de terre destiné à 
l'entretien de la machine à feu ne coûterait pas plus de ko francs la 
voie rendue à Paris, et qu'une compagnie s'offre de l'y fournir à cette 
condition. Les différents éclaircissements qu'on s'est procurés pendant 
la rédaction de ce mémoire n'ont fait que confirmer ce qu'avance à cet 



' Les légères différences qui se rencon- 
trent entre lus machines à feu de Bois- Bossu , 
des fosses d Aniin et de Montrelais. et qui 
«■mlilcnt être au désavantage de cette der- 
nière, n'ont sans doute d'autre cause que la 
différence de hauteur à laquelle cea machines 
sont situées , par rapport au niveau de la mer. 
Il est constant que le sol de Montrelais est 
plus élevé que celui de la Flandre ; au lieu 
donc de calculer la puissance qui fait mouvoir 



mercure de -j8 pouces de hauteur, il faudrait 
peut-être calculer d'après le poids d'une co- 
lonne de s 6 |iouces J ou de «17 pouces tout 
au plus. On sent aisément que ceUe façon 
de calculer mettrait tout l'avantage du coté 
de la machine de Montrelais, et on a lieu de 
croire en effet qu'elle est la mieux construite 
des trois. Ces réflexions n'ont été faites que 
depuis la rédaction de ce mémoire. 



SUR L'ÉTABLISSEMENT D'UNE POMPE A FEU A PARIS. 239 

égard M. d'Au\ n on ; aussi les calculs qui suivent ont-ils été établis sur 
le pied de 4o francs la voie. 

11 n'est pas possible de déterminer ici si le charbon de terre destiné 
pour l'entretien de la machine à feu sera exempt des droits d'entrée 
de Paris, ou s'il y sera sujet; en elTet, une partie de ces droits appar- 
tient à la ville, une autre est aliénée et affectée aux payements de dif- 
férents oflices; enfin une dernière portion est donnée à ferme : l'exemp- 
tion, si elle était accordée, donnerait donc lieu à un grand nombre 
d'indemnités qui tomberaient toutes à la charge du roi. Dans l'impos- 
sibilité de rien statuer de précis sur cet objet, on a cru devoir calculer 
ici la dépense de la machine à feu telle qu'elle aurait lieu dans le cas 
de l'exemption et dans celui de la non-exemption ; l'événement déter- 
minera auquel de ces deux calculs U conviendra de s'arrêter. Les droite 
sur le charbon de terre, y compris les frais de décharge de bateaux H 
de gardes-nuits, forment un objet de ao livres', à quelques deniers 
près; la voie de charbon de terre reviendrait donc, en supposant le 
payement des droits, à 60 livres environ. 

Il résulte de trois expériences différentes, faites par M. Perronet au 
port Saint-Paul, et de quelques-unes que j'y ai faites moi-même l'an- 
née dernière, que le demi-minot de charbon de terre du Bourbonnais 
pèse 9 1 livres poids de marc , et celui d'Auvergne g 3 -j ; on les estimera 
ici, en prenant à peu près un milieu, à 92 livres. La voie de charbon 
de terre étant de trente demi-miuots, il en résulte que sa pesanteur 
totale est de 2,760 livres; d'où l'on conclura que le prix du quintal du 
charbon de terre sera, en supposant la perception des droits, de a livres 
3 sous 5 deniers f, et en supposant l'exemption, de t livre 8 sons 
1 1 deniers £ . 

La consommation du charbon de terre ne forme qu'une partie des 
frais de la machine à feu; il est un grand nombre d'autres objets de 
dépense dont il est nécessaire de donner une idée. 

Il est constant, d'après les recherches de M. de Parcieux el d'après 

' Ce mémoire a été rédigé avant l'établissement de» deux nouveaux «on» pour livre 
im P°** an «77»- 



240 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

les nouvelles sources découvertes par M. Perronei, que la quantité 
d'eau donnée par la rivière d'Yvette sera de 1,200 ou i,5oo pouces, 
mesure des fontainiers, pendant les plus grandes sécheresses de l'an- 
née; il n'est pas moins constant qu'en hiver, pendant la saison plu- 
vieuse, elle donnera jusqu'à 3, 000 pouces et davantage : la quantité 
moyenne d'eau qui arrivera à Paris, pendant tout le cours de l'année, 
peut donc être évaluée au moins à a, 000 pouces. Il ne faut pas croire 
qu'une seule pompe à feu puisse élever une masse d'eau aussi énorme 
à une hauteur de 1 10 pieds; l'effort d'une pareille machine serait si 
prodigieux qu'on ne pourrait trouver ni pièces de hois assez fortes 
pour former le halancier, ni point d'appui assez inébranlable pour ré- 
sister à la pression réunie de la puissance et de la résistance 1 . Il est 
probable d'ailleurs que les machines à feu portées au delà d'un certain 
diamètre seraient, toutes choses égales, moins avantageuses que les 
petites; on pense donc, en rapprochant ces différentes considérations, 
que les machines destinées à donner de l'eau à Paris devraient être 
construites de manière à élever environ 600 pouces d'eau, mesure des 
fontainiers, tout au plus à la hauteur de 110 pieds, et qu'il serait 
dangereux de les porter au delà. On ne pourrait, d'après cela, fournir 
:i,ooo pouces d'eau à Paris qu'en faisant marcher continuellement 
cinq machines à feu. Or il est aisé de sentir qu'à cause des réparatious 
fréquentes qu'on est obligé de faire, soit à la chaudière, soit aux autres 
parties de la machine, on ne pourrait se dispenser, pour entretenir un 
service continuel, d'en avoir toujours deux de relais. 

Sans avoir de calcul très-précis sur les frais de construction des 
pompes à feu, je crois pouvoir assurer ici qu'une de ces machines, ca- 
pable d'élever à 1 to pieds un volume de ioo pouces d'eau, mesure des 
fontainiers, construite à Paris, coûterait au moins 1 20,000 livres, sur- 
tout si l'on comprend dans ce prix l'achat du terrain , qui nécessairement 
a uuc valeur assez considérable , quel que soit l'endroit qu'on choisisse. 
A cette dépense première', dont l'intérêt représentera une dépense 

1 Le poids de la colonne d'eau que celle machine aurait a soulever à chaque coup de 
piston (en supposant qu'elle en batltt huit par minute) serait de plus de 190,000 livre*. 



SUR L'ÉTABLISSEMENT D'UNE POMPE A FEU A PARIS. 241 

annuelle, il on faudra ajouter plusieurs autres, qu'il serait trop lonp; de 
détailler ici; on se contentera de les rapprocher dans l'état suivant : 



CtLCl'L DBS OI!PE*SIS DE TOI TE ESPECE, TAIT POl R I : U!il.l-MMtM W POCR L'E.tTIIETIKI Dl'l 
NOMBRE DE mCHIIKS » rlV tECESSUBE POIR foi RM» CONTIM EU BHKIT 9,000 POl CES D'E.I> 
'» UNE HAt'TETB DE I 1 O PIEDS. 





DËM88BS, 


DÉPOSES, 
u DUIWI t«»«» 




Mué 


k 60 U\n-< la »oi». 


Intérêts à cinq pour cent de In somme de 






860,000 livres, à laquelle montera In construction 






de sept machines a icu, y compris deux de relais, 


litre». 






6 a .000 


6a.ooo 


Intérêts, sur le même pied, de la somme de 






600,000 livres, a laquelle moulera la construcliou 






d'une tour de 110 pieds d'élévation pour la dislri- 








3o,ooo 


3o,ooo 


Montant en argent du prix de ai.qoo.oon livres 








317,399 


676,088 


Réparations annuelles à faire aux sept machines, 








6a,ooo 


6a, 000 




4,000 


6,000 


Appointements de deux commis pour tenir les 






registres de réception et de livraison du charbon 








i,6oo 


1,600 


Vingt-hail ouvriers à 600 livres par an, à raison 




de quatre ouvriers par machine, attendu que, le ser- 






vice devant se faire jour et nuit, il est nécessaire 








1 6,800 


1 6,800 




1,600 


1 ,600 


Deux voitures, arec chacune un attelage de trois 






chevaux, pour transporter continuellement les crasses 








7,000 


7,000 






6a 1,088 



' On ne discute pas ici les difficultés qu'on éprouverait pour faire refluer l'eau à une si 

m. 3i 



242 MÉMOIRES DE LAYOJSIBR. 

On n'a point envisagé dans l'état qu'on vient d'exposer, ni dans les 
articles qui Pont précédé, le projet de la pompe à feu en lui-uiéine, 
mais seulement par comparaison avec celui de la rivière d'Yvette. Cette 
comparaison, il faut l'avouer, est trop rigoureuse par plusieurs raisons: 
i°la quantité de a,ooo pouces d'eau est très-considérable eu égard au 
nombre des habitants de Paris; elle répond en eiTet à 5o pintes environ 
par tète, et l'on pourrait certainement se passer à beaucoup moins; 
•>°on a supposé qu'il était nécessaire d'élever la totalité de l'eau au niveau 
de l'Estrapade : cependant il est évident qu'il suflirait de porter à cette 
hauteur 200 pouces d'eau tout au plus; le reste devrait être distribué 
graduellement dans les différents quartiers de Paris, en raison de leur 
élévation. 

Le problème de la pompe à feu, envisagé sous ce point de vue, de- 
vient infiniment plus compliqué; il faudrait, pour le résoudre avec pré- 
cision, déterminer, i° la quantité d'eau nécessaire pour la consommation 
de chaque quartier; a° la hauteur a laquelle il faudrait porter chacune 
de ces portions d'eau, en raison de leur élévation. On ne pourrai! 
acquérir les connaissances de détail qu'exige cet objet que par une 
étude très-approfondie du local et de la distribution de Paris; mais, en 
attendant que les circonstances rendent ce travail nécessaire, on croit 
devoir fixer entre Go et 80 pieds la hauteur moyenne à laquelle l'eau 
doit être élevée pour se répartir en quantité suffisante dans tous les 
quartier* de la ville; au reste, comme on ne veut rien hasarder sur 
un article aussi important, on va mettre ici, sous les yeux du public, 
le tableau de la dépense des pompes à feu dans toutes les suppositions 
qu'on peut raisonnablement faire; on supprime le détail des calculs 
pour ne pas grossir inutilement ce mémoire. 

grande élévation, dans la crainte de sur- verra en effet plus bas qu'une si grande élé- 
eharger ce mémoire de détails superflus; on vation était inutile. 



SUR L'ÉTABLISSEMENT D'UNE POMPE A FEU A PARIS. 243 



c»u:ll ur.» uepeises or. toute espèce, t**t pour i/ktablisseme^t qi ï NN PMITORMM ru 

SOJ.RRE DE «ACanïS A VZU SÉCESSURE POU» ÉLEVER a.OOO POICES D'EAU À ISK IHI TEI R 
OR 80 PIKDS. 





DÉMISES. 


OÉPK>Sf.S. 




■■ CI1IHJI M TIIU 

ïtaîuè 


11 MH 01 mil 




a ko litre* la »oW. 


Jt ©[> Htm t. IMfti 


Intérêts à cinq pour cent de la somme de 






750,000 livres, à laquelle montera la construction 






de six machines à feu, y compris deux de relais, à 


Dm* 


livre». 




3 6, 000 


36,000 


Intérêts, sur le même pied, de la somme de 






3oo 000 livres à lanuelle montera la construction 






d'une tour de 80 pieds d'élévation . pour la distri- 








1 5,ooo 


1 5.000 


Montuul en argent de la consommation annuelle 






nu (iioiixjii 111 w, 1 re . u après les e<4iiiNuiuns 11 






a3o.8a8 


346,245 


Réparations annuelles à faire aux six machines, à 




36,000 


36, 000 




A.ooo 


4,ooo 


Appointements de deux commis pour tenir les 






registres de réception et de livraison du charbon 








1,600 


1,600 


Vingt-quatre ouvriers à 600 livres par an, a raison 






i4,4oo 


i4,4oo 




1,600 


1,600 


Deux voitures, avec un attelage de trois chevaux 






chacune, pour transporter continuellement les crasses 








7,000 


7,000 




346,098 


4 6 i,84r. 



Si. 



Digitized by Google 



MÉMOIRES DK LAVOISIEH. 



ÉLEVÉS h L\ H4UTKI R NOYI!**K l>C 8(1 



POICES D-IW 



intérêts de la somme de 36o,ooo livres, ù laquelle 
montera la construction des trois machines, y com- 
prit celle de relais, à raison de cinq pour cent .... 

Intérêts, sur le même pied, de la somme de 
300,000 livres, à Inquelle montera ta construction 
d'une tour de 80 pieds d'élévation, pour la distri- 
bution des eaux 

Montant en argent de la consommation annuelle 
du charbon de terre, d'après les évaluations ci- 
dessus 

Réparations annuelles à faire aux trois machines, 
a raison de fi.ooo livres chacune 

Appointements du directeur 

Appointements du commis qui tiendra les registres 
de réception et de livraison du charbon de terre. . . 

Appointements d'un maître ouvrier ou piqueur. . 

(Jeges de douze ouvriers destinés pour le ser- 
vice des trois machines, n raison de 600 livres 
par an 

Une voiture, avec un attelage de trois chevaux, 
pour transporter continuellement les crasses du 
fourneau 



Mai 

* to tmm U Mie, 


MM 
i 6n U%m b »«f. 


liir»». 


Inrw. 


18,000 


l8,000 


t 5,000 


! 5,00() 




007,767 


18,000 


l8,0O0 


3,0OO 


3.0O0 


800 


800 


800 


80O 


7,900 


7.900 


3,5oo 


3,5oo 


306,798 


976,067 



SUR L'ÉTABLISSEMENT DUNE POMPE A F El 1 A 



PARIS. 245 



■fat C.tLCDI. DAJIS U SUPPOSITION Kl! J.OOO POUCKS D'EAI 
ÉLEVÉS À L» n*l)TEtm JIOTEtSF DK 70 PIEDS. 





OKPENSF.S. 


DÉPBSBS, 






t . 




à &o la «Mr. 


u6a li>ml« voie 


Intérêts u cinq pour cent de la somme de 






600,000 livres, à laquelle montera la construction 


liim. 


■mt. 


de cinq machines à feu, y compris deux de relais. . 


3o,ooo 


3o,ooo 


Intérêts, sur le mémo pied, de la somme de 






9Ô0.000 livres, à laquelle montera la construction 






d'une tour de 70 pieds d'élévation pour la dislrihu- 








1 a,5oo 


1 9,5oo 


Montant en argent de la consommation annuelle 






rln r'rtiirlwtfi fin li«i*ï*i» 




\ f\ O (il,! 


H iïtkîi t*n fiitvkâ a 11 11 1 ml 1 *vu K f 1 1 1*1* *i 1 > v omit ninpliinne 








3o,ooo 


3o,ooo 




4,000 


4,00(1 


Appointements de deux commis pour tenir les 






registres de réception et de livraison du charbon de 








1,600 


1,600 


Vingt ouvriers à 600 livres par an, à raison de 




t 3.000 


1 3,000 




1 ,600 


1,600 


Deux voitures, avec un attelage de trois chevaux 






chacune , pour transporter continuellement les crasses 








7,000 


7,000 




300,676 


4oi,665 



M KM OUI KS DE LAVOISIKH. 



MÊME 1111X01 D15S LA SIPPOSITIOS DK I.9O0 WCCM WTM 
ELEVES '» U IHliTFIB MOÏE5ÎIE l>E 70 PIEDS. 





impenses. 

11 aiun m mu 


DÉPENSES . 
u uiwn m niu 




MM 


MM 


Intérêts h cinq pour rcnt de la somme de 






3tio,ouo livre», à laquelle monteront les frai» de 






rnnstrurtinn do trois machines à feu, y compris celle 


Ihrw 


ll«rr>. 




l8,000 


|8,000 


Intérêts, sur le même pied, de la somme de 


aâo.ooo livre», à laquelle moulera la construction 






11 une loui uc 70 pieu- aeievaiioii |>our lu uisinuu- 








1 3, 600 


n,5oo 


Montant en argent de la consommation annuelle 








i'ji,ioa 


1 0 1 .77" 


Réparations annuelles à faire aux trois machines, 








1 8,000 


1 8,000 




3,ooo 


3,ooo 


Appointements du commis qui tiendra les registres 






de réception et de livraison du charbon de terre. . . 


800 


800 


Gages de douze ouvriers destinés pour le service 






des trois machines, à raison de 600 livres par an . . 


7,soo 


7 ,aoo 


line voiture, avec un attelage de trois chevaux. 






pour transporter continuellement les crasses des 








3,5oo 


3,5oo 






18/1,1 85 


344,778 



Digitized 



SIR L'ÉTABLISSEMENT D'UNE POMPE A KKU A PARIS. 247 



HÏH1S UltCl. DASS LA SCPPOSITIO.% DE '«,000 POliCC* UEAl 
ELEVES À U intJTFI » 1I0VKSSE DE (ÎO PIEDS. 





DÉPENSES , 


DÉPENSES. 




11 OUBMI1 Dl TERRI 


U CIllK» M m»i 




ëvalut' 






a io Ittrw )■ ime. 


a €0 li,r*i la iw. 


Intérêt» à cinq pour cent de U somme de 






680,000 livres, à laquelle monteront les frais de 






construction de cinq machines à feu , y compris 


Il ' M-- 


liifn. 




ai, 000 


•j/j,OOr> 


1 f 1 1 . i 1 1 ■ f *; (iip 1, milfi] rt f 1 1 j ' 1 1 1 1 1 ' In <i\ ni m<> rie* 
1 1 1 1 ' 1 ■ l H , Mil IL- III t 111 < f * -* 1 * ' 






300.000 livres, à laquelle montera la construction 






d une tour de 60 pieds d'élévation pour la distribu- 








1 0,000 


■ 0,000 


Montant en argent de la consommation du rhar- 








170,1 a.5 


309, boa 


Réparations annuelles à Taire aux cinq machines, 








3o,ooo 


3o,ooo 




6,000 


4.oo<> 


Appointements de deux commis pour tenir les 






registres de réception et de livraison du charbon de 








1.600 


1,600 


Vingt ouvriers, à raison de quatre ouvriers par 




is.ooo 


13,000 




1,600 


1,600 


Deux voitures, chacune avec un attelage de trois 






chevaux , pour transporter continuellement les crasses 








7,000 


7,000 




i63,393 


349,886 



•2/jK MÉMOIRES DK UVOISIKR. 



*iut <- \I.CI L 01.1* U M'ProSITIOM DK 1,-HiO «Mil» B'III 
ÉtBVKS \ I.A MUTEf» XOÎK11K !>lt ftO PIPtl*. 





nfcrK>sEs 


likPKNSKS. 




u tumm m tuu 














h 60 lun-, U voie 


Intérêt* à cinq pour cent de la somme de 






.Hlio.ono livres, n laquelle monteront les frais de 






construction de trois machines à feu, y compris 




litre». 




të.ooo 


|8,O0O 


1 r k 1 J • r' >\ 4 t£ III' lit Itliillllh 1 ■ 1 u < i 1 J 1 ift 1 ■ L'ik 11% fil (h « 1 ah 

iflUBraSt >ur ic iiiuiiic pica, ae ut son i un ut* 






1 1 1 1 ■ 1 1 1 é 1 1 1 \ \ i-»' w & 1 i/ii loi In tiirinlntii 1 *i rrintl rnr*l likii 

lOUfVUfi n>it> P n itH|UMn muiiifra ici iuiimiuiiiuij 






d'une tour de 6o pieds d'élévation pour la conduite 








10,000 


1 0,000 


Montant en aqjent de la consommation annuelle 




103,87a 


1 5J),8io 


Réparations annuelles n faire aux trois machines , 








18,000 


18,000 




3,ooo 


3,ooo 


Appointements d'un commis destiné à tenir les 






rej;islres de réception et de livraison du charbon 








800 


800 


Douze ouvriers à 6oo livres par an , à raison de 




7,-joo 


7,900 


1 ne voiture avec un attelage de trois chevaux, 






pour transporter continuellement les crasses des 








3,5oo 


3,5oo 






i64,37A 


ai6,3io 



Digitized by 



SUR L'ÉTABLISSEMENT D'UNE POMPE A EEl A PARIS. 249 



RÉCAPITULXTIOS (EIEIIALE DE U DÉPENSE DES POMPES À FEU, D»HS LES DIFFERENTES 
QCOX PEUT PAIRE POUR DONNER DE L'EAU À LA VILLE DE PARU. 



HAtTKL'B 
■oit*.*» 
4 h^wtb- 
"Il 1» pf»|«»» 

.IVW 

l'rau. 


(HASTITÉ 
NU 
i|u'oii i» pmpa.e 

d'e'lew» 


DÉPENSE 

llnDt I» Mip|«iMlKMI 
OU 


UÉPENSE 
dont la Mlppoulioo 

mi 


lierait Ao In. tarait. 


«lierait 60 U roif. 


loot comprii. 


rn capital . 
U dépeaue annuelle 
etalaée Kir le pied 
de 5 p. I(M>. 


jar Anne** , 
tout coinpri.. 


rn capital . 
la dépriue annarjb 
Salure wrkfM 
de S p. 100 


pieds. 
IIO 


ptfMM, 
9,000 


Il,tr». 

660,390 


li<FT». 

9,447,860 


Ihra, 

6oj,o88 


line.. 
13,601,760 


8o 


0,000 


366,628 


6,958,560 


66 ,,865 


9,0 36,900 


7° 


0,000 


300,676 


6,oi3,5oo 


601, 665 


8,o33.3oo 


f.o 


9.000 


■63,StS 


5,366,660 


369,886 


6,997,680 


8o 


1,000 


306.798 


6,095,960 


076,067 


5,680,960 


7» 


1,000 


186, .85 


3,683,700 


066,778 


6,895,560 


6o 


1,000 1 04,37/* 


3,287,680 


0 i6,3to 


6,3o6,ooo 



On aurait d.-siré-, après avoir présenté l'étal de la dépense des ma- 
chines à feu dans toutes les suppositions raisonnables, pouvoir rap- 
procher ici celle du projet de l'Yvette; mais, le travail de M. Perronet 
à cet égard n'étant point encore achevé, on ne pourrait s'arrêter qu'à 
des approximations vagues que 1 expérience ne manquerait pas de 
démentir; c'est donc à ce savant académicien qu'il appartient de 
prononcer définitivement sur les avantages de l'un ou de l'autre 
m. 3t 



250 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

projet; on se contentera en conséquence d'ajouter ici les réflexions 
suivantes. 

Il paraît clairement démontré que si l'on se contentait de 1 ,aoo pouces 
d'eau, et qu'on regardât comme suffisant de les élever à une hauteur 
moyenne de 60 pieds, le projet de la pompe à feu aurait un avantage 
assez marqué sur le projet de l'Yvette, du côté de l'économie; mais cet 
avantage se trouve en même temps compensé par un grand nombre 
il inronvénicnts que le public ne doit pas se dissimuler. 

i° On ne peut douter qu'une dépense une fois faite ne soit infini- 
ment plu» avantageuse au gouvernement qu'une dépense qui se re- 
nouvelle tous les jours; il est en effet constant que, dans les supposi- 
tions les plus favorables, la dépense des pompes à feu, qui s'accumulera 
chaque année, formera, au bout de trente ou quarante ans, une 
somme égale à celle qu'aurait coûté dans l'origine le projet de la rivière 
d'Yvette, et la charge annuelle n'en demeurera pas moins à perpétuité 
pour le gouvernement. 

i° La fumée épaisse que répandra continuellement sur Paris la 
combustion d'une masse aussi énorme de charbon de terre ne man- 
quera pas d'incommoder les habitants : on a vu que, dans la supposi- 
tion la plus faible, la consommation serait au moins de 16 milliers en 
vingt-quatre heures; or, quand même la quantité considérable de 
soufre, d'alcali volatil cl d'huile empyreumatique qui s'exhalera conti- 
nuellement dans l'air, et qui se mêlera avec l'atmosphère de la ville, 
ne serait pas malfaisante, il est au moins certain qu'elle sera d'une 
odeur très-désagréable. 

3° Enfin l'embarras de l'approvisionnement du charbon de terre, la 
difficulté de le conserver en grande masse, l'obstacle que les glaces, 
les basses eaux, les inondations, apporteront au transport, seront au- 
tant de causes qui réduiront souvent la machine à l'impossibilité de 
marcher, et, après une dépense première assez considérable, la ville 
de Paris se trouvera exposée, comme aujourd'hui, à manquer le plus 
souvent d'eau. 

Pour mieux faire sentir le poids de cette objection, qu'on doit re- 



Digitized by Googl 




SUR L'ÉTABLISSEMENT D UNE POMPE A FEU A PARIS. 251 

garder comme de la plus grande importance, et qui seule, peut-être, 
contre-balance tous les avantages des pompes à feu, je vais transcrire 
ici une lettre que j'ai reçue à ce sujet de M. Bellot, directeur de la 
verrerie de Sèvres : 

«La verrerie, dit M. Bellot, tire son charbon des mines de Saiut- 
«Étienne en Forez; c'est le seul qui ait l'activité nécessaire pour ses 
«fontes; celui d'Auvergne est faible, et celui de Moulins ou des mines 
«de Fins en Bourbonnais se consomme trop vile. Je crois que l'on 
«peut comparer celui des mines de Saint-Etienne à du bois de chêne 
«bien sain, et celui des autres mines à du bois blanc. 

« Ces charbons, qui arrivent dans des sapines dont chacune contient 
«de 3o à Uo voies, mesure de Paris, ne se vendent jamais au poids, 
«mais à la mesure; ces bateaux prennent beaucoup d'eau, et le char- 
- bon serait plus lourd à proportion qu'il serait plus mouillé. 

i La voie de Paris est de 1 5 minois ou de 65 boisseaux combles; les 
« prix ont souvent varié, et je serais embarrassé de dire au juste ce que 
crie charbon coûte à présent, les comptes se faisant à Paris chez M. le 
-marquis de Marigny, propriétaire de la verrerie. Vous pouvez vous 
n faire informer de ce qu'il se vend au port de Paris, et défalquer les 
«droits, dont vraisemblablement les pompes à feu seraient exemptes; 
« je crois que vous pouvez estimer ces charbons à 65 livres la voie. 

«Je doute qu'il fût facile d'en faire arriver une quantité suffisante : 
«avec de l'argent comptant, des soins et des précautions infinies, nous 
«tombons fréquemment dans le chômage, faute de charbon. Le port 
«de Sainl-Ramberl, où se fait le premier embarquement, est petit et 
« ne peut contenir qu'un certain nombre de bateaux ; il faut des fontes 
«de neige pour les pouvoir faire partir, et ils ne partent jamais que 
«chargés au plus de huit voies du pays, qui en font douze à Paris. Arrivés 
«àjtaannc, huit bateaux se réduisent à quatre jusqu'à Briare, où ces 
«quatre sont réduits à trois, quelquefois à deux. Il arrive souvent que 
« les crues d'eau cessent tout à coup et que les bateaux restent en fosse 
«pendant plusieurs mois; de plus le canal n'est ouvert que les deux 
« tiers de l'année. 



252 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

r Cette espèce de marchandise est très-difficile à faire arriver, et 

- plus difficile à conserver après son arrivée; on ne peut la laisser 
k longtemps dam les bateaux, qui, construits de mauvais bois, se pour- 

- rissent. Si on la met dans des magasins, elle seebauffe et dégénère 
-en peu de temps. J'ai vu la verrerie obligée de suspendre le travail 
'•avec du charbon pour plus de cent cinquante mille livres devant les 
"fours; la superficie était bonne; mais, lorsqu'il fallut pénétrer, on 
r trouva le feu et le charbon consommé. 

* Je crois que des pompes à feu ne peuvent, sans risque d'être sou- 

- vent inutiles, être établies dans des endroits éloignés de plus de cent 
-lieues des mines qui doivent leur fournir leur aliment, surtout si cet 
-aliment doit être embarqué sur une rivière qui n'est pas navigable 
-toute l'année; je n'ai pas entendu dire jusqu'à présent qu'il en eut été 

- construit dans des positions aussi désavantageuses. 

"Peut-être, Monsieur, croircz-\ous que je ne vous représente la 
"traite des charbons si difficile que parce que je crains la concur- 
r renée; mais prenez la peine de consulter des gens désintéressés qui 
-connaissent la navigation de la Loire, surtout dans son commence- 
irmant, et vous trouverez que je n'ai pas rapporté la moitié des dil- 

- licultés. 

"Je pourrais ajouter que les mines ne sont pas inépuisables, que la 
<• ville de Saint-Ktienne est seule en possession pour l'entretien de ses 
r manufactures de toutes celles qui sont dans les 2,000 toises de son 
r arrondisse m eut; que les bois pour la construction des bateaux de- 

- viennent rares et chers, et que tout ce qui concerne la manœuvre 
-augmentera à proportion de la quantité de charbon de terre qui sera 

- lirée de ce pays. 

-J'ai l'honneur d'être, etc.* 

dette lettre, dont le style, les détails et la précision font assez con- 
naître qu'elle a été écrite par une personne très au fait de la question, 
et 1res en état d'en bien juger, fera sentir, mieux que tout ce qu'on 
pourrait ajouter, combien on éprouverait de difficulté dans l'approvi- 
sionnement du charbon de terre pour l'aliment des machines a feu. 



SUR L'ÉTABLISSEMENT D'UNE POMPE A FEU A PARIS. 253 

Au reste, comme je me suis proposé Je ne rapporter ici que des faits, 
sans prendre de conclusions, je ne pousserai pas plus loin la compa- 
raison des deux projets; et après avoir mis les pièces du procès sous 
les yeux des magistrats, du public et de l'Académie, j'attendrai leur 
jugement. 

Je n'ai parlé dans ce mémoire que de trois pompes à feu, quoique 
j'aie rassemblé des détails sur un nombre beaucoup plus grand: mais 
je me suis fait une loi de ne donner ici que des calculs sûrs et dont 
je fusse en état de répondre. C'est par cette raison que je n'ai fait aucun 
usage de ce que rapporte M. Bélidor, dans son Architecture hydrau- 
lique, de la machine à feu de Fresues près Coudé; les résultats qu'il 
donne sont si éloignés de toute vraisemblance qu'on ne saurait douter 
qu'il ne se soit introduit quelque erreur dans les donuées. Cette ma- 
chine, d'après des calculs semblables à ceux qui ont été rapportés pré- 
cédemment, pourrait élever ao6 poucesd'eau à la hauteur de 1 1 o pieds; 
elle ne consomme en vingt-quatre heures que deux muids de charbon 
de terre, de 16 pieds cubes chacun; ce qui, à raison de 66 livres le 
pied cube, ne donnerait pour chaque pouce que 8 livres de consom- 
mation, c'est-à-dire environ le quart des machines de Bois-Bossu et 
des fosses d'Anzin, et le cinquième de celle de Montrelais. 

Il v a toute apparence que M. Bélidor, ainsi qu'il en convient lui- 
même, article i3aa de son Architecture hydraulique, a moins décrit 
la machine de Fresncs, telle qu'elle existait, qu'uue machine a feu 
quelconque, aussi parfaite qu'il la croyait susceptible de l'être : c'est 
dans celte supposition sans doute qu'il a porté a quinze le nombre des 
vibrations par minute, tandis qu'il est prouvé qu'on ne peut les amener 
cpie difficilement à ce point, et que ce n'est même qu'en augmentant 
la consommation du charbon de terre dans une proportion plus grande 
qu'on augmente l'effet de la machine ; il y a encore apparence qu'il 
s'est glissé quelque erreur dans la contenance du muid ; peut-être 
M. Bélidor n'a-t-il point eu égard à la différence d'une mesure rase à 
une mesure comble; enfin, comme les résultais de la machine de 
Fresncs diffèrent énormément de ceux des trois autres dont je ne puis 



254 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

suspecter l'exactitude, et que d'ailleurs ces dernières s'accordent toutes 
à très-peu de chose près entre elles, je me suis cru en droit de la re- 
jeter. 

C'est également à cause de la trop grande différence des résultats 
que je ne fais point usage ici des détails qui m'ont été communiqués 
par M. de La Lande sur la pompe à feu de Cbelsea en Angleterre. Cette 
machine élève à chaque coup dix-huit gallons d'eau de 190 pouces 7 
cubes, elle bat quatorze coups par minute, d'où l'on peut conclure 
qu'elle fournit une quantité d'eau de 7 1 pouces des fontainiers. Cette 
même machine consomme par semaine neuf chaldrons de charbons de 
terre, chacun de 36 boisseaux; chaque boisseau de la contenance d'en- 
viron 1 pied j, mesure comble; ce qui, à raison de 66 livres le pied 
cube, donne 10 6 livres pour le poids du boisseau, 3,76/4 pour le poids 
du clialdron, et enfin pour la consommation de la machine en vingt- 
quatre heures, 6,8 1 6 livres. Si l'on divise cette quantité par le nombre 
de pouces, on aura G 8 livres pour la consommation de chaque pouce 
d'eau. 

Celle consommation est à peu près double de celle des trois ma- 
chines dont on a donné les détails dans ce mémoire, et c'est encore par 
le motif de cette très-grande disproportion, qu'on n'a pas cru devoir 
la faire entrer dans les déterminations précédentes. On peut assurer, 
ou que cette machine est extrêmement imparfaite, ou qu'il s'est glissé 
quelque erreur, soit dans la quantité d'eau élevée, soit dans l'objet de 
la consommation. 



Digitized by Goo< 



LETTRE SUR LES EAUX DE PARIS. 



255 



LETTRE DE LAVOISIER 

SDR 

LES MOYENS D'AMENER L'EAU A PARIS, 

ET SUR L'ATLAS MINÉRALOGIQUE DE LA FRANCE. 



Je vous fais bien des excuses, Monsieur, de vous avoir fait attendre 
si longtemps pour si peu de chose; je vous prie cependant d'être per- 
suadé que ce n'est ni négligence de ma part, ni défaut de bonne 
volonté. 

Je ne m'étendrai point ici sur la nécessité reconnue de fournir de 
l'eau à la ville de Paris; on est effrayé quand on pense que les habi- 
tants de» quartiers reculés, c'est-à-dire le plus grand nombre «les ha- 
bitants de celte capitale, sont alimentés par de l'eau puisée dans la 
rivière, portée à dos d'homme ou sur des charrettes; on ne saurait 
douter qu'une telle disette d'eau n'entretienne la malpropreté du 
peuple et ne contribue beaucoup à rendre malsain l'air de la capitale. 
M. de Parcieux n'a pas été le premier qui ait été frappé de ces objets; 
il avait été proposé en conséquence, avant lui, différents projets pour 
fournir de l'eau à la ville de Paris; un des plus connus est celui pro- 
posé en 1739 par M. Pinson, architecte. Il consistait en une machine 
hydraulique qu'il voulait faire construire au milieu de la rivière, vis-à- 
vis Bercy ; cette machine devait apporter l'eau dans la ville et la distri- 
buer dans les maisons par-dessus les toits; ce seul exposé du projet 
suffit pour en faire sentir la ridiculité. 

En 1768, Il Dupuy, maître des requêtes, et M. Ferand de M011- 
thelon, de l'Académif» de peinture, proposèrent d'établir vis-à-vis 



•256 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

Conflans trente machines qui auraient conduit de l'eau dans de grands 
réservoirs au haut de l'Estrapade. 11 n'est pas difficile de sentir encore 
combien un pareil projet aurait été dispendieux et combien il aurait 
été embarrassant pour la navigation. 

Ce fut en 176a que M. de Parcieux annonça pour la première fois, 
au public, la découverte qu'il avait faite, aux environs de Paris, d'une 
rivière dont l'eau était très-saltibre et dont le lit était assez élevé pour 
pouvoir être conduite presqu'au haut de l'Estrapade. I n mémoire fort 
étendu, qu'il lut alors dans une séance publique de l'Académie des 
sciences, contenait des opérations et des nivellements qu'il avait faits 
pour s'assurer de la possibilité du projet. 

L'accueil que le public fil au mémoire de M. de Parcieux , le bien 
de la société, dont ce zélé citoyen était toujours occupé, ne lui per- 
mirent pas de perdre de vue le projet d'amener l'eau de l'Yvette à Pa- 
ris. Pendant qu'il en était occupé, il parut en 1 "j(i5 un ouvrage de 
M. d'Auxiron sur les eaux de Paris; cet ouvrage proposait, comme un 
moyen préférable à celui de M. de Parcieux, l'établissement d'une pompe 
à feu. 

Dans la séance du i a novembre 1 7G6, M. de Parcieux lut un second 
mémoire sur le projet de conduire l'eau de l'Yvette à Paris; il y fit voir 
d'abord que cette eau, malgré les bruits que quelques particulière in- 
téressés avaient répandus, était très-bonne et très-salubre, qu'elle était 
plus pure que celle de Ville-d'Avray et qu'elle ne différait pas beau- 
coup de celle de la Seine; enfin qu'elle ne contenait, par chaque livre 
d'eau, qu'un sixième de grain de sélénite, un demi-grain de terre cal- 
caire et un tiers de grain de substance saline, composée de sel de Glau- 
ber et de sel marin à base terreuse. Celle analyse fut constatée par- 
les épreuves les plus authentiques et par un rapport de la Faculté de 
médecine de Paris et de l'Académie des sciences. 

Le même mémoire de M. de Parcieux contenait quelques réflexions 
sur la difficulté d'amener à Paris aucune autre rivière que celle 
d'Yvette. 

•Enfin, M. de Parcieux revint encore sur le même objet dans un 



I.ETTRK Sllt ffKS RAl'X l)K PARIS. 357 

troisième mémoire, qu'il lut eu 1767 à l'Académie des sciences. Il y fil 
voir de nouveau avec beaucoup plus de détails et dans la plus grande 
évidence qft'aucune des rivières des environs de Paris ne pouvait rai- 
sonnablement y être amenée; que la rivière de Nièvre étail la seule 
qui eut une pente suffisante, mais il prouvait eu même temps qu'en 
prenant celte rivière à la hauteur nécessaire, elle ne donnerait pas le 
quart de l'eau fournie par la rivière d'Yvette. 

Ce même mémoire contenait encore des discussions très-intéressantes 
sur l'eH'et qu'on devait attendre des machines hydrauliques, des incon- 
vénients qui en résulteraient nécessairement pour la navigation dans 
Ja ville de l'aris; enfin les conclusions qu'on pouvait en tirer étaient 
que les deux seuls projets proposables pour donner de l'eau à la ville 
de Paris étaient celui de l'Yvette et celui de la pompe à l'eu; mais en 
même temps M. de Parcieux démontrait que le premier était infini- 
ment plus avantageux. 

Tel était l'étal de la question lorsque M. de Parcieux fut attaqué de 
la maladie qui l'a enlevé. Peu de temps après sa mort, le père Félicien 
de Saint-Norbert, carme déchaussé, entreprit une critique de son projet : 
je n'ai pas très-présents maintenant les différents points sur lesquels 
roule cette critique, mais ils se trouvent discutés dans un mémoire en 
•réponse que j'ai lu l'année dernière à l'Académie et qui est imprime 
dans le Mercure de France, d'octobre 1 7 0<). 

Depuis ce mémoire il a paru différentes brochures sur le même 
objet que je n'ai pas toutes entre les mains. L'une d'elles, de M. Ber- 
thier, contient un projet de pompe publique établie à la pointe de l'île 
Saint-Louis. L'auteur propose de construire une colonne au haut de 
laquelle l'eau sera élevée par une machine hydraulique et reçue dans 
une cuvette, d'où elle sera distribuée dans les différents quartiers de 
Paris. Ce mémoire est resté sans réponse par cette raison même qu'il 
tombe de lui-même et qu'il a été réfuté d'avance par M. de Parcieux. 

Knlin un autre mémoire fait par un physicien, et qui aurait été plus 
capable de donner atteinte au projet de M. de Parcieux, est l'ouvrage 
publié l'année dernière par M. d'Auxirou. J'ai été nommé commissaire 

Ht. .13 



258 MÉMOIRES DE ffAYOJSIER. 

par l'Académie des sciences pour l'examiner, et. d'après le compte que 
j'en ai rendu à la compagnie, elle a jugé que les objections faites par 
M. d'Auxiron contre le projet de M. de Parcieux , n'avaient pas autant de 
force que l'auteur leur en avait attaché, et que le projet de M. de Par- 
cieux était aussi praticable que cet académicien l'avait avancé. Il reste 
un objet intéressant qui ne parait pas avoir encore été suffisamment 
éclairci : c'est l'objet de la dépense dans le projet de M. de Parcieux et 
dans celui de la pompe à feu proposé par M. d'Auxiron. Ce dernier 
prétend que l'établissement d'une pompe à feu, en réunissant l'éco- 
nomie des frais de construction, ceux de réparation et d'entretien, des 
;;»ges d'ouvriers, etc. est beaucoup moins dispendieux que la cons- 
truction du canal projeté par M. de Parcieux. J'ai encore été chargé par 
l'Académie d'examiner cette question, et je suis occupé à rassembler 
les matériaux nécessaires pour y répondre; je le ferai incessamment. 
J'oubliais une circonstance qui fait trop d'honneur à M. de Parcieux, 
à son projet et à un ministre respectable pour n'en pas faire mention 
iri. M. Mainon d'Invau, alors contrôleur général des finances, s'étant 
lait rendre compte des différents moyens proposés pour fournir de l'eau 
à Paris, sentit combien le projet de M. de Parcieux était intéressant 
pour la salubrité et la commodité des citoyens; il donna ordre en con- 
séquence à M. Perronet , premier ingénieur des ponts et chaussées, 
dont le mérite supérieur est bien connu du public, de faire les nivelle- 
ments nécessaires pour vérifier les opérations de M. de Parcieux, de 
faire l'estimation de la dépense que cet ouvrage entraînerait en totalité 
et de lui en rendre compte. 

M. Perronet a déjà rempli la plus grande partie de cet objet, mais il 
n'en a pas encore rendu compte ni au public ni à l'Académie ; nous 
croyons cependant pouvoir annoncer d'avance que le résultat de toutes 
les opérations de M. Perronet a été à l'avantage du projet de M. de 
Parcieux. 

Voilà , Monsieur, à peu près tout ce que je sais sur la rivière d'Yvette. 
Par rapport à l'atlas minéralogique de la France annoncé par M. (îuet- 
tard, je vais vous mettre, en peu de mots, au fait de ce dont il s'agit. 



LETTRE SLR LES EAL'X DE PARIS. 259 

M. Guettard est le premier que je connaisse qui ait eu l'idée de 
représenter sur des cartes géographiques la nature des substances ren- 
fermées dans l'intérieur de la terre; il s'est servi à cet effet de carac- 
tères minéralogiques analogues à ceux que les anciens chimistes ont . 
employés. Dès 1766, M. Guettard avait rassemblé assez d'observations 
pour dresser une carte minéralogique de la France, divisée par ter- 
rains; elle se trouve dans les mémoires de l'Académie. Depuis cette 
époque il donna successivement des cartes plus détaillées des enviions 
de Paris, de ceux d'Étampes, de la Suisse, de la Champagne, etc. 

Ce plan d'ouvrage était trop étendu pour pouvoir être exécuté par 
un seul homme et sans le secours du gouvernement. M. Berlin, ministre 
et secrétaire d'Etat, ayant été frappé de l'importance d'un pareil ou- 
vrage, a bien voulu l'appuyer de sa protection. Il a envoyé en consé- 
quence M. Guettard dans différentes parties du royaume pour en 
dresser la carte dans un très-grand détail. Les Vosges étant un pays 
fertile en mines el en un grand nombre de productions minéralogique» 
très-intéressantes, il a désiré que cette partie fût donnée une des pre- 
mières au public. M. Guettard a bien voulu m'associer à ses voyages et 
à ses travaux. Ayant eu depuis occasion de voyager seul, je n'ai rien 
néglige pour concourir à l'avancement d'un ouvrage aussi intéressant, 
el dans ce moment même j'en suis encore occupé. 

On a laissé à chaque carte particulière deux marges assez étendues : 
on a placé, dans l'une, l'explication des caractères minéralogiques con- 
tenus dans la carte; dans l'autre, une coupe ou profil de l'intérieur des 
montagnes. De sorte qu'au moyen de ces cartes on peut connaître en 
même temps les substances qui se présentent, dans une province, à la 
surface de la terre et celles qui se rencontrent à différentes profondeurs. 

Il v a déjà seize cartes de gravées qui embrassent l'Ile-de-France, la 
Champagne, partie de la Lorraine, de l'Alsace et de la Franche-Comté : 
on ne négligera rien pour être en état de donner incessamment la suite 
de ces cartes. 

Vous me demandez, Monsieur, l'extrait du mémoire que j'ai lu sur 
l'eau; comme il n'est point encore connu du public ni de l'Académie, 

I*. 



200 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

et qu'il sera vraisemblablement réservé pour la première séance pu- 
blique, il ne m'est pas possible de vous satisfaire. 
* Je ne sais, Monsieur, si j'aurai rempli vos vues dans cette lettre; si 

vous aviez besoin de détails plus étendus, je vous prierais de vouloir 
bien m'écrirc à mon adresse à Paris. 

J'ai l'honneur d'être avec une parfaite estime et un sincère atta- 
chement. 



Digitized by Google 



RÉFLEXIONS SUR L'EMPLOI DU MIROIR ARDENT. "261 



RÉFLEXIOiNS 

SIIK 

LES EXPÉRIENCES QU'ON PEUT TENTER 

À L'AIDE DU Ml HOIR ARDENT. 

Du 8 août 177a 1 . 

La théorie de Stab! sur !c phlogisliquc et sur la réduction des mé- 
taux, avait été adoptée en Allemagne longtemps avant qu'il en eût été 
question en France. Dès 1697, ce célèbre chimiste avait exposé celle 
doctrine, et l'avait mise dans tout son jour dans ses observations chi- 
miques, médicinales et physiques. 

Ce n'est qu'en 1798, époque de la publication du cours de chimie 
suivant les principes de Stahl et de Ncuwton, que les chimistes français 
ont parlé pour la première fois des expériences de Stahl. On se per- 
suadera difficilement cependant qu'une doctrine aussi célèbre en 
Allemagne, aussi digne de l'être, ait été tellement confinée pendant 
douze ans dans le lieu qui l'avait vue naître, qu'il n'en ait rien pénétré 
dans les pays voisins et surtout en France. Les doutes qu'on pourrait 
former à cet égard se convertiront presque en certitude, lorsqu'on 
remarquera la conformité des priucipes de M. Stahl et de ceux ré- 
pandus dans les ouvrages de M. Geoffroy l'ainé. C'est principalement 
dans un mémoire publié parmi ceux de l'Académie pour l'année 1709, 
à l'occasion des expériences qu'il avait faites avec la lentille du Palais- 
Royal, que cette conformité paraît plus frappante; il y conclut que tout 

' Lu a l' Académie de» sciences, le 1 9 août 1 771 . nous le litre de Mémoir» sur U feu rlr- 



202 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

métal ou substance métallique est composé, i° d'une terre vitriGable 
particulière à chacun d eux, a° d une huile ou d'un principe inflam- 
mable, le même qui se trouve dans les végétaux, dans les animaux, 
dans le rharbon, et il y fait observer que cette substance peut se sé- 
parer des métaux, qu'on peut la leur enlever, la leur rendre à volonté, 
la faire passer d'un métal dans un autre, la prendre indifféremment 
dans les trois règnes de la nature, et que dans tous les cas elle rend 
également au métal son éclat, sa ductilité et ses autres propriétés. 

il est aisé de voir que ce système ne diffère de celui de Stahl qu'en 
ce que M. Geoffroy appelle matière huileuse ou substance inflammable 
ce que M. Stahl nomme phlogistiquc, et il faut avouer que, même au- 
jourd'hui, nous ne connaissons pas encore assez bien la nature de ce 
que nous nommons phlogistique pour pouvoir rien prononcer de très- 
précis sur sa nature. 

Soit que ce système hit celui de Stahl, soit que M. Geoffroy en fût 
l'inventeur, toujours est-il vrai que les expériences faites au verre ar- 
dent conduisaient à le former, et cela suffit pour faire sentir combien 
ce genre d'expériences est important. 

L'action de ce feu, supérieur à celui que nous employons dans nos 
laboratoires, n'a encore été appliquée qu'aux substances métalliques; il 
n'a point été fait d'expériences suivies sur les terres, les pierres, le* 
mines, et sur une infinité de substances minérales. Encore le peu d'ex- 
périences qui nous ont été transmises a-t-il été fait à l'air libre, sans 
qu'on ait apporté aucune variété dans les procédés. Les expériences 
par le verre ardent offrent donc encore une carrière toute nouvelle à 
parcourir. On s'en convaincra de plus en plus par les réflexions qui . 
suivent. 

Le feu que les chimistes ont coutume d'employer ne peut s'allumer 
ni subsister dans le vide; l'air est un agent nécessaire à sa conserva- 
tion. Le feu du verre ardent offre à cet égard un très-grand avantage, 
il peut pénétrer sous le récipieut de la machine pneumatique, et l'on 
peut par son moyen faire des calcinations et des combinaisons dans le 
vide. 



Digitized by Google 



RÉFLEXIONS SUR L'EMPLOI DU MIROIR ARDENT. 263 

On ignore si le cristal de roche est absolument fixe au feu du verre 
ardent, mais il est probable qu'il y résiste; voilà donc une matière avec 
laquelle on pourra construire des appareils distillatoires et sublima- 
toircs, à l'aide desquels on pourra rassembler les vapeurs et la fumée 
qui s'élèvent dans presque toutes les opérations faites au miroir ai dent. 
Cette même substance fournira des creusets transparents dans lesquels 
un pourra observer tous les progrès de chaque expérience. 

Enfin le verre ardent pourra servir à porter le feu le plus violent 
jusque dans le sein des fluides, et il en résultera encore un genre d'ex- 
périences absolument neuf. 

D'après ces vues géuéralcs sur les expériences qu'on peut tenter au 
verre ardent, il reste, pour mieux fixer les idées, à en faire l'applica- 
tion aux principales substances que nous connaissons; ou commencera- 
par dire un mot des supports. 

DES SUPPORTS. 

Les matières que l'on a regardées jusqu'ici comme les plus réfrac- 
taires, sont : le caillou, l'agate, le quartz, le cristal de roche, le grès, 
la porcelaine et les coupelles faites d'os calcinés. Ces matières sont infu- 
sibles par tous les feux que nous connaissons. Mais résisteront-elles 
au feu du verre ardent? On n'est pas encore en étal de l'assurer, 
mais on a tout lieu de l'espérer. On a cru devoir préparer, en consé- 
quence, à l'avance des creusets de ces différentes matières; on s'est 
muni de petites soucoupes d'agate, on a rassemblé des tessons de 
cristal de roche, môme de petits vases en forme de creusets. D'un 
autre côté, M. Macquer a fait faire a Sèvres des espèces de petites 
coupelles de porcelaine sans couvercle; il a eu soin de n'introduire 
dans leur composition que des terres très-réfractaires, et on a tout 
lieu de croire qu'elles résisteront à la violence de la chaleur. On se 
propose également de se munir d'un nombre suffisant de coupelles 
d'os calcinés. Enfin on choisira des pavés du grès le plus compacte, on 
les creusera un peu dans leur milieu, et on en espère encore un excel- 
lent service. 



264 



MÉMOIRES DE UVOIS1ER. 



EXPÉHIEXCES À TEXTKR SIR LE DUMAXT. 

Le «liauiatit est-il susceptible devaporation à l'air libre, ou bien 
simplement de division ou de décrépilation ? Ksl-il absolument fixe 
dans les vaisseaux fermés? A quoi tiennent les différences qu'on observe 
<»n raison des intermèdes dans lesquels il est placé? Ces questions sont 
extrêmement importantes; on propose, pour parvenir à les résoudre, 
i D de placer un diamant passablement gros dans le fond d'un creuset 
profond de cristal de roche et de l'exposer au feu du miroir ardent 
sans le couvrir; si le diamant n'est point susceptible de \olalilisation. 
mais simplement de décrépilation, il se divisera eu fragmenta très- 
minces qui se retrouveront pour la plupart dans le creuset de cristal; il 
en passera bien quelques fragments par-dessus les bords, mais cette 
quantité ne peut être bien considérable et la plus grande partie doit 
rester. Si, au contraire, le diamant est véritablement volatil tout se 
dissipera, on ne retrouvera absolument rien dans le creuset. 

Si celte expérience laisse encore quelques doutes, si l'on craint que 
les éclats du diamant n'aient passé par-dessus les bords du creuset, 
pour prévenir toute objection , on le fermera avec une couche légère 
de pâle de porcelaine. On sait que celte matière est poreuse et n'em- 
pêche point la destruction, ou au moins i'éparpillcment du diamant, 
mais elle sullira pour empêcher les particules les plus fines de passer 
par-dessus les bords du creuset. 

Mais, en supposant (pic le diamant décrépite, est-ce au contact de 
l'air, au refroidissement subi , qu'est dû le phénomène? Pour le découvrir, 
on pourra placer le diamant dans un petit vaisseau de cristal de roche 
bien bouché, même au milieu d'un ballon de verre exactement fermé, 
el dans lequel on aura fait auparavant le vide parla machiue pneuma- 
tique, et lui faire éprouver dans cet état la chaleur du verre ardent. 

DES MKTAIX. 

Indépendamment des expériences de M. Homberg et de M. Geoffroy 
sur les métaux qu'il faudra répéter, il sera bon d'essayer s'ils se cal- 



REFLEXIONS SI II L'EMPLOI DL MIROIR ARDENT. 265 



cinenl dans les vaisseaux fermés. Tous donnent une vapeur ou fumée 
par le verre ardent; il serait très-intéressant de trouver un appareil 
propre à la retenir et à la condenser. Des vaisseaux de cristal de roche 
rempliraient cet objet, mais il faut s'assurer auparavant s'ils résistent 
à l'effet du verre ardent. 

DES PIERRES. 

Celte partie est celle qui offrira le plus vaste champ d expériences: 
on aura à répéter toutes les expériences de M. Pott, toutes celles de 
M. d'Arccl, enfin toutes celles de M. Macquer. On soupçonne aujour- 
d'hui, Ion pourrait môme dire qu'il est presque prouvé que les pierres 
ne sont autre chose que des sels insolubles dans l'eau; la plupart, 
d'après ce principe, doivent être composées d'un acide et d'une base; 
le point important serait de parvenir à les décomposer, à séparer l'a- 
cide, soit par la violence du feu, soit par la voie de combinaison; on 
pourra, de même que les métaux, essayer de les mettre en fusion dans 
les vaisseaux fermés; enfin, chemin faisant, on pourra faire quelques 
combinaisons propres a imiter le flint-glass, le spath fusible et quel- 
ques autres pierres qui sont extrêmement pesantes; peut-être que, 
combinées avec le verre, elles lui donneraient le degré de réfringence 
convenable. 

Quelques expériences sur des mines de fer, de plomb, d'argent, etc. 
sur la blende et sur quelques autres substances métalliques, pourront 
donner des lumières sur la manière d'être des métaux dans ces com- 
binaisons. 

DES FLUIDES. 

J'ai vu quelque part, c'est je crois dans le Journal eneylopédique , que, 
si l'on reçoit les rayons solaires au milieu d'un grand bocal rempli 
d'eau , il se forme au foyer du verre une poussière qui tombe au fond 
du vase, et que l'auteur attribue aux rayons solaires fixés dans cette 
expérience. Rien n'est moins probable que ce l'ait, cependant il est in- 
dispensable de le répéter. 

m. n 



•2fi6 MÉMOIRES DK LAVOISIER. 

Les liqueurs spiritueuses ne s'enflamment que par le contact d'une 
flamme ; un corps en ignition , un charbon ardent , s'y éteignent; il parait 
que les rayons solaires brûlent à la façon des charbons et ne font point 
l'ottice de flamme, et c'est sans doute pour cette raison que l'esprit-de- 
\ m ne s'allume pas au verre ardent. Les expériences jusqu'ici n'ont été 
laites qu'avec des instruments faibles; en sera-t-il de même avec le 
miroir du Palais-Royal? L'effet sera-t-il le intime sur l'esprit-de-vin, sur 
I et lier et sur toutes les liqueurs spiritueuses? 

SUR L'AIR FIXE, OU PLUTÔT SUR L'AIR CONTINU DANS LKS CORPS. 

Il parait constant que l'air entre dans la composition de la plupart 
des minéraux, des métaux même, et en très-grande abondance. Aucun 
chimiste cependant n'a fait encore entrer l'air dans la définition, ni des 
métaux, ni d'aucun corps minéral. Lue effervescence n'est autre chose 
qu'un dégagement subit de l'air, qui était en quelque façon dissous 
dans chacun des corps que l'on combine. Ce dégagement a lieu toutes 
les fois qu'il entre moins d'air dans la combinaison du nouveau com- 
posé qu'il n'en entrait dans chacun des deux corps qui entrent dans la 
combinaison. Ces vues suivies et approfondies pourraient conduire à 
une théorie intéressante qu'on a même déjà ébauchée; mais ce qui doit 
ici lixer l'attention, c'est que la plupart des métaux ne font plus d'ef- 
fervescence lorsqu'ils ont été tenus longtemps au feu du miroir ardent. 
Sans doute que le degré de chaleur qu'ils y éprouvent leur enlève l'air 
qui entrait dans leur combinaison. Ce qui est très-particulier, c'est 
que les métaux dans cet état ne sont plus malléables, et qu'ils sont 
presque indissolubles dans les acides. Cette observation, qui a encore 
besoin de confirmation, peut fournir une ample matière à observations 
et à réflexions. 

Il serait bien à désirer qu'on pût appliquer au verre ardent l'appa- 
reil de M. Haies pour mesurer la quantité d'air produite ou absorbée 
dans chaque opération, mais on craint que les difficultés que présente 
ce genre d'expériences ne soient insurmontables au verre ardent. 



EXPÉRIENCES SUR LE MIROIR ARDKÎNT. 267 



EXTRAIT 

DES EXPÉRIENCES QUI OINT ÉTÉ FAITES 

SUR LE MIROIR ARDENT. 



11 existe un mémoire de M. Homberg, année 170a, sur l'exposition 
de l'or et de l'argent au miroir aident. 11 résulte des différences très- 
notables suivant que ces deux métaux sont puriGés par un procédé ou 
par un autre; il en résulte, si je ne me trompe, que l'or et l'argent 
employés par M. Homberg n'étaient pas parfaitement purs, qu'ils par- 
ticipaient plus ou moins des matières qui avaient été employées pour 
les purifier. 

L'or s'est converti eu verre dans toutes les expériences; par rapport 
à l'argent, il parait qu'il se vitrifie également; mais il forme un verre 
volatil, et la vitrification même n'est jamais complète. 

Il sera nécessaire, pour les opérations à répéter, d'employer l'argent 
pur précipité en lame carrée, et l'or purifié par le départ. 

Ces expériences ont été faites avec un charbon servant de support. 
N'est-ce pas la cendre du charbon qui a commencé la vitrification? 

Un autre mémoire, imprimé dans le volume de 1706, p. i58, con- 
tient des expériences sur le fer; il paraît que ce métal est composé de 
deux substances différentes, l'une beaucoup plus fusible que l'autre. 
La première fond comme de la poix; l'autre, qui est plus blanche, fond 
très-difficilement; elle parait peu malléable. Il paraît que cette matière 
bitumineuse est susceptible d'être combinée avec différentes matières; 
on peut la faire passer dans le cuivre. Il y a grande apparence que les 
différentes qualités du fer, peut-être même sa transformation en acier, 

M. 



•268 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

tiennent à la proportion de ces deux matières. Le fer tenu en fusion 
sur un charbon pétille; mais il paraît que le contact du charbon est 
nécessaire pour produire cet effet. 

Le même mémoire contient différentes expériences sur les métaux 
exposés au verre ardent; elles présentent des faits assez singuliers, 
mais qui ne paraissent pas poussés aussi loin qu'ils le pourraient être. 



MANIÈRE D'APPLIQUER LES RAYONS DU SOLEIL. 269 



RÉFLEXIONS 

■m 

LA MANIÈRE D'APPLIQUER LES RAYONS 1)1 SOLEIL 

AUX EXPÉRIENCES PHYSIQUES, 
DE LA MANIÈRE LA PLUS AVANTAGEUSE. 



La lentille du Palais-Royal , celle de M. le comle de la TowmT Au- 
vergne , le miroir de Villetle et quelque» autres, tout imparfaits qu'ils 
sont, produisent des effets supérieurs à bien des égards à ceux que 
nous observons dans les fourneaux chimiques; d'où il suit que, si l'on 
pouvait parvenir à perfectionner les moyens employés jusqu'ici pour 
appliquer les rayons solaires aux expériences chimiques, on obtien- 
drait des résultats surprenants qui ouvriraient une nouvelle route au\ 
savants et qui les conduiraient à un ordre de choses entièrement in- 
connu. 

Les moyens que les physiciens ont employés pour rassembler les 
rayons du soleil se réduisent à des lentilles de verre et à des miroirs 
de glace et de métal. H ne sera pas difficile de faire sentir que l'un et 
l'autre de ces moyens sont susceptibles de grands inconvénients. 

Les miroirs, à la vérité, comparés aux lentilles de verre ont des 
avantages très-marqués dont voici les principaux : t° les lentilles n'agis- 
sant que par réfraction, et, les rayons de différentes couleurs étant de 
réfrangibilité différente, il en résulte que le foyer des rayons ronges 
n'est pas le foyer des rayons bleus, et que les rayons ne coïncident 
pas en un même point; de sorte qu'à quelque distance que soit placé 
le corps qu'on veut exposer au foyer il ne reçoit jamais qu'une partie 



270 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

de l'effet ; i° une partie de la lumière dans les lentilles est réfléchie 
par chacune des deux surfaces du verre, de sorte qu'il n'y a jamais 
qu'une portion qui soit transmise; 3° la plupart des verres, surtout des 
verres d'un certain volume, étant composés de lames ou de fibres, 
indépendamment des deux surfaces extérieures, il se fait encore une 
perte considérable de rayons, en raison de la multiplicité des surfaces 
intérieures; h" toute grande niasse de verrea nécessairement des glaces, 
des souillures, des fils et des défauts d'une infinité d'espèces qui inter- 
ceptent encore une partie des rayons. Ces inconvénients n'ont pas lieu 
dans les miroirs; les rayons s'y rassemblent dans un espace beaucoup 
moindre; comme ils se réfléchissent tous d'ailleurs sous le même angle, 
quelle que soit leur couleur, ils ne sont pas sujets à l'aberration de 
réfrangihililé. 

Si les miroirs ont à cet égard de grands avantages sur les lentilles, 
ils ont d'autres défauts qui en rendent l'usage presque impraticable 
pour les expériences chimiques. Si l'on veut obtenir une image ronde 
au foyer, c'est-à-dire si l'on veut rassembler les rayons dans l'espace 
le plus petit qu'il soit possible, il est nécessaire de placer le miroir de 
manière que sa surface soit perpendiculaire à la direction des rayons 
du soleil; alors le foyer se trouve placé a une très-grande élévation; 
la direction des rayons est de bas en haut, et il est dès lors impos- 
sible de soumettre à leur action tous les corps qui coulent aisément, 
ceux en poudre, enfin tous ceux qui doivent être placés sur un support. 

M. de Cassini a donné, en 1767, un mémoire sur les moyens de 
remédier à ces inconvénients. Sa méthode cousistc à intercepter, par le 
moyen d'un miroir plan ou convexe, les rayons réfléchis par le mi- 
roir avant leurs points de réunion; leur direction par là, au lieu d'être 
de bas en haut, se trouve dirigée de haut en bas, et l'on peut dès lors 
opérer aussi commodément qu'avec les lentilles. On ne saurait se dissi- 
muler les avantages de cette méthode; mais ils se trouvent balancés 
par d'autres inconvénients très-réels. Le miroir plan ou convexe, se 
trouvant placé entre le miroir principal et le soleil, intercepte une 
partie des rayons; il fait une ombre qui diminue une partie de l'effet. 



MANIÈRE D'APPLIQUER LES RAYONS DU SOLEIL. 271 

Cet inconvénient serait d'autant moindre qu'on approcherait davan- 
tage le second miroir du foyer du miroir principal , parce qu'alors on 
pourrait donner au premier moins de diamètre; mais alors ce même 
miroir aurait une chaleur trop considérable à supporter; rétamage, 
s'il était de glace, serait exposé à fondre; le métal, s'il en élail com- 
posé, se ramollirait au moins, absorberait plus de rayons et perdrait 
peut-être son poli. 

Ces difficultés font sentir la nécessité de revenir aux lentilles, et, 
puisque les obstacles que présentent les miroirs paraissent de nature 
à ne pouvoir être surmontés, il reste à examiner s'il ne serait pas au 
moins possible de procurer aux lentilles quelque degré de perfection. 
On a déjà vu que le défaut de transparence des grandes masses de verre, 
les bulles qui s'y forment et la difficulté de procurer une fonte parfaite 
à la matière lorsqu'elle est en trop grande quantité, enfin celle de 
travailler les loupes et de leur donner la courbure convenable, étaient 
les principaux inconvénients que présentaient les loupes de verre. 
Celles à l'eau ne présenteraient pas les mêmes difficultés; leur trans- 
parence est parfaite, et les moyens de les travailler ne sont ni aussi 
dispendieux, ni aussi difficiles. Il est aisé de sentir d'ailleurs que la 
grandeur des loupes de verre est nécessairement fort limitée. Les creu- 
sets de nos verreries, même de celle de Sainl-Gobain, ne peuvent con- 
tenir qu'une certaine quantité de matière. L'ouvroir des fourneaux est 
proportionné à la grandeur des creusets. Si l'on voulait obtenir de 
grandes masses de verre, il faudrait changer toutes ces proportions, 
construire de nouveaux fourneaux, et l'on tomberait dans des dépenses 
très-considérables. 11 n'en est pas de même des loupes à l'eau; on peut 
employer, pour leur construction, des glaces ordinaires à miroirs, et 
on peut les porter jusqu'à 5 pieds de diamètre. 

Les loupes à l'eau simple ont donc déjà un avantage sensible sur les 
loupes de verre; mais elles en auraient beaucoup davantage s'il était 
possible de les rendre achromatiques; c'est cette question qu'il est im- 
portant d'examiner et sur laquelle on demande l'avis de M. Jeaurat. 

Les plus grandes loupes de verre qui aient été construites sont celles 



272 MKMOIHKS DE LAVOISIER. 

de Tschirnhausen, de 3.3 pouces de diamètre, donl l une appartient à 
l'Académie, et l'autre à M. le comte de la Tour-d'Au\ergne. Quoique 
le foyer de cette dernière soit beaucoup plus court (pie celui de l'autre, 
et que les rayons y soient rassemblés dans un espace plus étroit, il a 
été observé que dans l'une et dans l'autre de ces lentilles on obtenait 
un elTct beaucoup plus grand en rétrécissant leur foyer par le moyeu 
d'une seconde lentille. La vertu réfrangible de l'eau étant moindre que 
celle du verre, on sera obligé de recourir au même artifice pour les 
loupes à l'eau. En supposant qu'on donne h pieds de diamètre à la 
loupe à l'eau , on pourrait employer, pour rétrécir le foyer, une lentille 
de verre de 1 8 pouces; on ne pourra guère l'employer plus petite, parce 
qu'alors on ne pourrait embrasser tous les rayons sans l'approcher trop 
près du foyer, et elle v serait trop éebauffée. Ces deux loupes pour- 
ront être disposées comme un le voit dans la ligure ci-jointe. On pourra , 
d'après cela, produire l'effet acbromatique par différents moyens : 

i° En rendant la loupe A achromatique; 

En supposant que la loupe A ne fût pas achromatique, en cons- 
truisant la loupe de verre B de manière qu'elle pùt corriger l'aberra- 
tion de réfrangibilité de la loupe A. 

3° On pourra considérer les deux loupes A et B comme un objectif 
composé de deux lentilles placées à une certaine distance l'une de 
I autre, et l'on pourra combiner la courbure des surfaces de l une et de 
l'autre de manière à produire l'effet désiré. 

h" Enfin, on pourra augmenter, s'il est nécessaire, jusqu'à un cer- 
tain point, la vertu réfrangible de l'eau par une addition de sel, et sa 
transparence n'en sera nullement altérée. 

M. Jcaural est prié de vouloir bien examiner si ces méthodes sont 
praticables et laquelle lui paraîtrait préférable; mais, en supposant que 
la théorie put conduire à des résultats exacts et certains, il restera 
encore à examiner s'il ne se trouve pas de difficultés trop grandes dans 
l'exécution; on soumet, en conséquence, au jugement de M. Jeaurat, 
les réflexions qui suivent : 

r 11 ne paraît pas qu'on soit parfaitement d'accord sur la vertu 



MANIÈRE D'APPLIQUER LES RAYONS 1)1 SOLEIL 273 

réfraugible de l'eau et sur le rapport exact du sinus de l'anfde d'inci- 
dence à celui de l'angle de réfraction. 

•»" Ce lluide étant susceptible de condensation et de raréfaction par 
les variations du chaud et du froid, la vertu réfringente variera consi- 
dérablement pendant, le temps même de l'opération, de sorte que telle 
loupe qui était achromatique à tel degré ne le sera plus à tel autre. 

•.'{° Il n'est pas aisé de donner aux surfaces de verre une courbure 
absolument exacte; elle aura nécessairement beaucoup d'imperfections, 
et ces imperfections détruiront peut-être la plus grande partie de l'effet 
qu'on en espère. 

M.Jeauratest prié de vouloir bien peser les avantages et les incon- 
vénients et de donner son sentiment. 

V. li. Dans la solution qu'a donnée le sieur Jeaurat, il a supposé i|ue le strass et 
la glace de Venise ont au plus 3 ligne» d'épaisseur; mais si l'on peut pror urer au 
sieur Jeaurat de In matière qui ait le double de cette épaisseur, alors il sera à por- 
tée de rapprocher de la première lentille les deux autres lentilles, ce qui serait 
beaucoup mieux ; car le sieur Jeaurat trouve que la proximité du loyer de la première 
lentille est un point dont il faut s'éloigner le plus qu'il est possible. 



.ii 



35 



L>7 'i 



PREMIER ESSAI 
DU GRAND VERRE ARDENT 

DE M. TRI DAINE , 

iuBLi ai mon m t/nrmp. au comii!Scr,«r.\T or ««us noc-romu 
iik lvxmée 177/1. 

I'\B MM. «MWAIHR DE MOMTI6RY, MAGQUBI , CADBT, 
UVOISIKR KT BRISS0N 1 . 



Quoique la saison, trop avancée, ne nous ail pas permis d'entre- 
prendre les suites d'expériences intéressantes que nous nous proposons 
de faire avec cet instrument, nous croyons cependant devoir satisfaire, 
dès aujourd'hui, la curiosité du public sur sa construction, sur les mo- 
tifs qui l'ont fait entreprendre, et sur les avantages qu'on peut retirer 
d'une lentille beaucoup plus grande et beaucoup plus active que celle* 
qui ont été faites jusqu'à présent. 

Depuis que les physiciens se sont appliqués à connaître, à gouver- 
ner et surtout à augmenter l'action du feu dans les fourneaux, de nou- 
velles connaissances se sont introduites dans l'histoire naturelle et dans 
la chimie : des corps que l'on croyait réfractaires se sont trouvés fu- 
sibles, d'autres qui paraissaient très-fixes se sont trouvés volatils. 

Mais le feu des fourneaux paraissant moins pur que celui du soleil, 
en égard au mélange des substances étrangères qu'il peut entraîner du 
sein des matières inflammables, plusieurs physiciens ont cru devoir 

1 Lu «la rentrée publique, le ta novembre 1774. ( Hémotrct de l'Académie de* tciinn* .. 
année 178U. p. C«.) 



ESSAI Dl GRAND VER HE ARDENT DE M. TRI" DAINE. _>75 

comparer les produits obtenus dans les fourneaux à ceux des mêmes 
corps exposés au feu du soleil. 

MM. Macquer, Cadet, Lavoisier et Brisson, ont rendu compte l'an- 
née dernière des recherches qu'ils avaient faites, en exposant dilfé- 
renls corps au loyer du verre ardent de M. le comte de La Tour-d'Au- 
vergne, et de celui de l'Académie, connu anciennement sous le nom 
de I wc ardent du Palais-Royal, exécuté par les soins de M. Tschini- 
liausen, et rendu célèbre par les expériences de MM. Homberg el 
(ieoll'rov. 

Le diamètre de ces verres est de 33 pouces; la courbure de l'un 
est de 7 pieds de rayon et celle de l'autre est de 12 pieds, et leur 
loyer, rétréci par une seconde lentille, n'a que 5 à 6 lignes de dia- 
mètre. 

Le peu d'étendue de ce foyer fait que l'on ne peut éprouver l'action 
du soleil que sur de très-petites quantités de matières. Il était à désirer, 
pour pousser plus loin les recherches, qu'on ptU se procurer une len- 
tille d'un plus grand diamètre, et dont le foyer eut plus de largeur et 
en même temps plus d'activité; mais il paraissait presque impossible 
de couler une assez grande quantité de matière pour faire une bonne 
lentille de verre, l>eaucoup plus grande que celle de l'Académie, el 
d'ailleurs, les onfles, les stries et les bouillons, dont l'épaisseur du verre 
est ordinairement remplie lorsqu'on le coule en grande masse, sont au- 
tant de causes qui diminuent beaucoup l'action du soleil, en éparpil- 
lant ses rayons. 

Nous avons pensé, d après MM. Newton. Eulcr el de Buffou ', qu'un 
verre lenticulaire formé de deux grandes glaces, courbées en portion 
de sphère et réunies par leurs bords, pour contenir de l'eau ou de 
l'esprit-de-vin , serait plus homogène et plus actif que le verre de 
M. Tschirnhausen, et remplirait mieux les vues de l'Académie. 

M. Trudaine. l'un des honoraires de cette compagnie, qui lui donne 
en toute occasion des marques d'un véritable zèle pour le progrès des 

1 \..v. Mèmairr*, aimée 1748. p. S08, 

35. 



JTr. M KM 01 H KS DE L AVOISIHR. 

sciences , qu'il a toujours ciiitiv/îes , s'est déterminé à faire construire A 
ses frais cette lentille, sous la direction de plusieurs commissaires nom- 
més par l'Académie, sans craindre les dépenses qu'elle pourrait occa- 
sionner et les difficultés qu'il fallait vaincre. 

M. Bernières, contrôleur des ponts et chaussées, avait déjà fait 
quelques tentatives heureuses en ce genre; son mérite et ses talents, 
connus de l'Académie, inspiraient la plus grande confiance; mais il 
n'avait jamais courbé ni travaillé d'aussi grandes glaces; il a fallu 
même faire couler exprès à Saint-Cobain celles qui y ont été employées' : 
il a fallu construire de nouveaux fours à Paris, et prendre des précau- 
tions délicates pour donner à ces glaces courbées une épaisseur partout 
égale et une courbure exactement sphérique. Ces conditions ont été 
remplies, et la nouvelle lentille a été exécutée par M. Bernières, sans 
accident , avec toute la perfection dont elle est susceptible. 

Les deux glaces courbées forment deux portions de sphère de 8 pieds 
de rayon sur 8 lignes d'épaisseur, laissant entre elles un vide lenticu- 
laire de U pieds de diamètre, ayant au centre 6 pouces 5 lignes d'épais- 
seur; elles se joignent par leurs biseaux et sont embrassées par des 
cercles de cuivre. 

Cette lentille achevée, il fallait l'établir et la monter de façon qu'elle 
pût suivre avec facilité les mouvements du soleil, sans que les obser- 
vateurs eussent à changer déposition; c'est ce que le même M. Ber- 
nières et M. Charpentier, mécanicien, ont exécuté de concert, avec 
toute la simplicité et toute la commodité possibles. La lentille est mon- 
tée sur une espèce de chariot, qui tourne horizontalement autour d'un 
point fixe pour suivre le soleil dans les différents verticaux; un tour 
de manivelle suffit pour changer sa position; une autre manivelle, 
agissant sur deux longues vis de fer, relève ou abaisse à volonté la 
lentille, à mesure que le soleil change de hauteur. Un seul homme 
peut, sans fatigue, produire et diriger ce double mouvement, lors 
même que la plate-forme est chargée de huit ou dix personnes. 

' Messieurs rte Suint-Gobflin tml mi I hmimMolr do faire prt'scnl do ces glaces. 



Qigitized b 



ESSAI PL GR AND VER HE ARDENT DE M. TR UDAIXE. 277 

(jette lentille, qui peut contenir environ 160 pintes, a été remplie 
avec de l'csprit-de-vin , préférablement à l'eau, i° parce (pie l'esprit- 
de-vin a un pouvoir réfringent plus grand; 2 0 parce qu'il ne lait aucun 
dépôt; 3° parce qu'il n'est pas susceptible de se geler. 

Les premières épreuves que nous avons faites sur cette lentille ont 
eu pour objet de reconnaître si sa courbure ne s'était point altérée eu 
llécbissant sous le poids - de la liqueur dont, elle était remplie. Nous 
avons fait tracer et couper à cet effet un arc de cercle de 8 pieds de 
rayon, et dont la corde était de 3 pieds 1 1 pouces. On a succcssivemeril 
appliqué cet arc de cercle en toutes sortes de sens sur les deux glaces, 
la lentille étant alternativement pleine et vide; sa courbure a partout 
répondu très-exactement dans les deux cas à celle de l'arc mobile. Nous 
avons eu une preuve encore plus certaine que la lentille ne s'était point 
déformée, en mesurant son épaisseur au centre, r étant pleine; 
»■ après qu'elle a été vidée. Dans les deux cas l'épaisseur s'est trouvée 
rigoureusement la même, ce qui n'aurait pu être si les glaces avaient 
cédé au poids de la liqueur. 

Le second objet de nos recherches a été de reconnaître la distance 
et la largeur du foyer de cet instrument. Nous avons donc présenté la 
lentille perpendiculairement aux rayons solaires, et nous avons observé 
que le point où tous les rayons réunis occupent le moins d'espace, el 
où, par conséquent, le cercle lumineux qu'ils forment est le plus étroit, 
est distant du centre de la lentille de 10 pieds 2 pouces, el ce cercle 
lumineux a en cet endroit u pouces de diamètre; mais ce n'est pas 
là qu'est le vrai foyer brûlant, il est à H pouces 1 ligne plus loin, c'est- 
à-dire, à 10 pieds to pouces 1 ligne du centre de la lentille. Là on voit 
un petit cercle d'une lumière Irès-vive, qui n'a que i5 lignes de dia- 
mètre et qui blesse les yeux si l'on ne fait usage de verres colorés, mais 
qui est entouré d'une lumière rare, formant un cercle d'environ (» pouces 
de diamètre, et coloré vers les bords de bleu et de violet qu'on aper- 
çoit très-distinctement. 

Le cône de lumière formé par les rayons réfractés par la lentille a. 
vers sa pointe, à peu près le même diamètre dans un assez long espace: 



27JS MÉMOIRES l)K LAVOISIER. 

cela vient, comme l'on sait, de ce que les rayons des environs du centre 
ne coïncident pas avec ceux «les bords de la lentille, parce que ces der- 
niers ont une obliquité d'incidence plus grande que celle des premiers, 
ce qui les oblige à se réunir plus près de la lentille que les autres. 
Nous avons voulu savoir quelle en était la différence. 

Pour cela nous avons couvert la lentille d'une toile cirée, au centre 
de laquelle on avait fait une ouverture circulaire de . r > pouces de 
diamètre; les rayons qui ont passé par celte ouverture ont formé, à 
i o pieds i 1 pouces 5 lignes du centre de la lentille, un foyer très-bien 
terminé , d'environ î 6 { lignes de diamètre. 

Nous avons ensuite agrandi l'ouverture circulaire, en lui donnant 
successivement 3 pouces de diamètre de plus, et nous avons observé 
que le vrai foyer était d autant plus près du centre de la lentille, et 
d autant moins bien terminé, que I ouverture était plus grande. 

Après quoi nous avons fait l'inverse de tout cela en couvrant le centre 
de la lentille, premièrement d'un cercle de toile cirée de G pouces de dia- 
mètre: ensuite d'un de 9 pouces, d'un de 1 a ponces, etc. de diamètre; 
en augmentant successivement le diamètre de ce cercle de 3 pouces 
de plus; et nous avons observé que le vrai foyer était d'autant plus 
près du centre de la lentille que la zone découverte vers les bords était 
plus étroite. 

Enlin nous avons couvert la lentille presque en entier, ne laissant 
de découvert à In circonférence qu'une zone d'environ G à 7 lignes 
de large; le foyer, formé par les rayons qui ont traversé cette zone, 
/est trouvé distant du centre de la lentille de 10 pieds G ligues; 
de sorte que le point où ses rayons se réunissent est plus près de 
1*0 pouces 1 1 lignes du centre de la lentille que ne l'est le point où se 
réunissent les ravons des environs du centre. 

Nous avons profité de celte disposition pour mesurer I aberration 
de réfrangibilité. La lentille n'ayant rien de découvert que la circon- 
férence, dans une zone d'environ G à 7 lignes de largeur, la lumière 
était assez peu vive pour (pie nous pussions la regarder impunément 
avec les yeux nus. 



ESSAI DU GRAND VERRE ARDENT DE M. TRLDAINE. 27'» 
Nous avons observé que 

VtnU. l' un fogne. 

les rayons violets se croisent à y (> h i du centre «le la lentille. 

Les bleus à y 7 10 1 

Les jaunes . à 10 *j 3 

Les orangés a 10 :« 10 

Les rouges à 1 o 3 1 1 ~ 

de sorte que les rouges se réunissent à y pouces 7 lignes plus loin du 
centre de la lentille que ne le font les violets. 

Nous n'avons pas pu apercevoir la réunion des rayons verts; connue 
leur degré de réfrangibilité les place au milieu des autres, ils se trouvent 
trop mêlés avec les rayons des autres couleurs pour être apparents. 

Nous devons avertir que, lorsque nous avons fait ces expériences, le 
ciel était sans nuages; mais il y avait des vapeurs assez considérables 
dans l'air. Un tliermoutètre isolé à l'air libre et exposé aux rayons du 
soleil était à environ ao degrés. Il est probable que c'était là la tempé- 
rature de l'esp rit-de-vin de la lentille ; si cette température augmente 
ou diminue, toutes les distances dont nous venons de parler varient, 
mais c'est d'une petite quantité. 

Nous avons remarqué ci-dessus que le foyer des rayons des bords de 
la lentille était à 10 pieds G lignes du centre de la lentille; ce qui 
nous fait croire que le foyer brûlant d'une lentille se trouve vers le 
point où les rayons verts se joignent aux rayons jaunes. 

Nous venons de remarquer aussi que les rayons îles bords se réu- 
nissent plus prés du centre de la lentille que ne le font ceux du milieu: 
cela nous a fait soupçonner que les premiers donnaient plus de cha- 
leur que les autres. Nous nous en sommes assurés de la manière sui- 
vante; nous avons couvert la lentille d'une toile cirée, percée au mi- 
lieu d'un trou rond de 33 pouces de diamètre; la portion laissée à 
découvert pa^r ce trou est, à peu de chose près, la moitié de la surlace 
de la lentille. Nous avons tout de suite retiré la toile, et couvert le 
milieu de la lentille d'un cercle de 33 pouces de diamètre, ce qui a 
laissé, tout autour, à découvert, une zonti circulaire de 7 pouces et 



•280 M KM 01 II KS DE LAV01SIËK. 

demi de large. Dans les deux cas nous avons ou un loyer brûlant; 
mais, dans le dernier, il était sensiblement plus chaud que dans le pre- 
mier. j\ 7 ous aurons ci-après une preuve complète de ce fait. 

Passons maintenant aux effets que peut produire la lentille de M. Tru- 
daine. Pour en juger plus sûrement, nous l'avons fait par comparaison 
avec ceux de la lentille de M. le Hégent, qui nous étaient déjà connus. 

Le 5 octobre, vers une heure de l'après-midi, le ciel n'étant pas 
bien net, nous avons exposé, sur un charbon, au foyer nu de notre 
lentille une pièce de deux liards; environ une demi-minute après elle 
s'est trouvée complètement fondue et en bain. Sur-le-champ nous 
avons placé une pareille pièce au foyer nu de la lentille de l'Académie ; 
quoiqu'elle y soit demeurée deux ou trois minutes, elle ne s'est point 
fondue, elle s'est seulement un peu ramollie, el est devenue concave, 
tiraignant que la force du soleil ne fût moindre alors que dans le mo- 
ment précédent, nous avons porté tout de suite cette même pièce au 
loyer de la nouvelle lentille, elle s'y est fondue et mise en bain en 
moins d'une demi-minute. Il en a été de même d'un gros sou de cuivre; 
il n'a fallu qu'un peu plus de temps pour le faire couler. Jamais avec 
la lentille de l' Académie, et dans les temps les plus favorables, étatit 
même aidés d'une seconde lentille, nous n'avons pu opérer sur d'aussi 
gros volumes. 

La fusion du fer forgé demande beaucoup plus de chaleur que celle 
du cuivre, Nous n'avons pu produire l'activité nécessaire sans resserrer 
les rayons par l'interposition d'une seconde lentille. Nous nous sommes 
servis pour cela d'une lentille de verre solide, de 8 pouces et demi de 
diamètre et de pouces 8 lignes de foyer, placée à 8 pieds 7 pouces 
du centre de la grande lentille. Dans cet endroit, le cône de lumière 
a encore 8 pouces de diamètre; le foyer brûlant se trouve à 1 pied au 
delà du centre de la petite lentille, et a 8 lignes de diamètre. 

Nous avons exposé à ce foyer, dans un charbon creux, des copeaux 
de fer forgé, qui s'y sont fondus presqu'à l'instant en bain parfait ; ce 
fer, ainsi fondu, a bouillonné, puis détoné comme aurait fait du nitre 
en fusion; et il en partait une grande quantité d'étincelles qui produi- 



KSSA1 Dl G H A N U VKRHE ARDENT DE M. TRI DAIM). _>8I 

saicnl on l'air, et en petit, l'effet des étoiles d'artifice. Cet elîel a tou- 
jours ou lieu, toutes les l'ois que nous avons fondu au verre ardent, 
sur un charbon, ou de la fonte de fer, ou du fer forgé, ou de l'acier. 

Pour connaître l'effet des lentilles combinées sur de plus grandes 
masses, nous avons exposé au foyer de petits copeaux de fer forgé et le 
bout d'un clou ; le tout s'est fondu en quinze secondes, et s'est bientôt mis 
en bain. On y a ajouté un morceau de clou de . r > lignes de longueur 
et d'une ligne un quart d'équarrissage, qui s'est fondu de même; enlin 
on a plongé dans ce métal fondu, et par la tète, une vis à tète ronde, 
de H lignes de longueur, qui s'est aussi fondue en entier très-protnple- 
ment; le tout ensemble a formé un culot dur et cassant, et d'un grain 
très-fin. 

Quelques jours après, nous avons exposé au foyer un barreau d'acier 
de h pouces de long et de U lignes d'équarrissage, eu le présentant 
par le milieu de sa longueur; cette partie s'est fondue en cinq minutes, 
elle commençait même à couler et à tomber eu gouttes à la lin de la 
seconde minute. Au foyer, la fonte de fer se met en bain parlait en 
quelques secondes de temps : le verre ardent de l'Académie n'a jamais 
pu produire aucun effet semblable sur le fer. 

Ayant exposé à ce même foyer, dans un charbon creux, du platine 
en grenaille, il a paru se rassembler, diminuer de volume, et se pré- 
parer à la fusion. Peu après il a bouillonné et fumé; tous ses grains 
se sont réunis en une seule masse, sans cependant former un bouton 
sphérique, comme font les autres métaux. Après cette espèce de demi- 
fusion, ce platine n'était plus attirable à l'aimant, quoiqu'il le fût avant 
d'éprouver l'action du soleil. 

M. le baron de Sickingcn, ministre de l'électeur palatin, qui cul- 
tive les sciences avec autant de succès que de sagacité, avant fait pré- 
senter au même foyer une portion de platine qu'il avait dépouillé du 
fer par un procédé particulier, et qui n'était plus attirable à l'aimant . 
ce platine a perdu de son volume, a fumé et s'est réuni en une seule 
masse, qui s'est aplatie sous le marteau. Peut-être dans un temps 
plus favorable pourra-t-on mettre en bain ce mêlai si singulier, et 

m. M, 



282 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

jusqu'il présent si réfractaire aux tentatives qui ont été faites |>our le 
travailler. 

Après ces détails, il serait inutile de parler de la fonte de l'argent, 
beaucoup plus facile que celle du cuivre et du fer, si elle ne servait 
pas à faire connaître l'avantage de la largeur du foyer. Le »5 octobre, 
VI. le comte d'Aranda, ambassadeur d'Espagne, avant en la curiosité 
d exposer nu lover de notre instrument plusieurs pièces d'argent, un 
écu de 3 livres n été londu et mis en bain en quelques secondes; et un 
* écu de (i livres n'a employé qu'un peu plus de temps pour subir le 

' même sort. 

Pour avoir la liberté d'agir auprès du foyer et d'y placer les matières 
que nous voulions mettre en expérience, nous avons souvent couvert 
la seconde lentille avec une planche de sapin; la le cone de lumière 
formé par les rayons réfractés par la grande lentille avait S à g pouces 
de diamètre. Malgré celte grande étendue, la chaleur v était si vive 
que le feu prenait souvent à la planche: et, ce qui mérite d'être 
remarqué, c'est qu'elle ne brûlait que vers les bords du disque lumi- 
neux, et point au milieu : ce qui prouve bien clairement ce que nous 
avons dit plus haut, que les rayons qui traversent la lentille dans des 
points plus éloignés de l'axe produisent plus de chaleur que les autres. 
Il y a donc une grande différence entre les effets des lentilles relati- 
vement à l'optique, et leurs effets relativement au pouvoir d embraser 
les corps. Quant à l'optique, ce sont les rnvons qui passent vers l'axe 
de la lentille qui forment l'image la plus nette et la mieux terminée; 
e|, quant à la chaleur, ce sont les rayons des bords qui produisent le 
plus d'effet et «pi'il faut chercher à se procurer. 

Il nous restait a savoir quelle espèce de lentille serait la plus favo- 
rable pour raccourcir le foyer de la grande, et augmenter par là son 
activité. Nous en avons essayé plusieurs de différents diamètres et de 
différents foyers, savoir : une lentille à l'esprit-de-vin de a pieds de 
diamètre et de h pieds de rayon; deux lentilles de verre solide, ap- 
partenant à M. le baron de Sickingen, que nous avons cité ci-dessus, 
dont l'une a tK ponces de diamètre et .'J pieds de foyer, et l'autre a 



Digitized by Googl 



ESSAI DU GRAND VERRE ARDENT DE M. TRIDAI.NE. mi 

i .i pouces de diamètre «'I u pieds et demi de foyer. Toutes ont pro- 
duit moins d'elle! que notre petite lentille de 8 poures et demi de dia- 
mètre et de 99 pouces 8 lignes de foyer, et qui est cependant pleine 
de bouillons et de stries. 

Nous avons même essayé de mettre pour seconde lentille celle de 
l'Académie; elle a considérablement affaibli l'activité du foyer. Sans 
doute qu'elle fait plus perdre par les rayons qu'elle réfléchit ou qu'elle 
éparpille, qu'elle ne fait gagner en les resserrant. Pour augmenter cette 
activité rions y avons ajouté en troisième notre petite lentille de 
8 pouces et demi; l'effet est devenu un peu plus fort, mais bien 
moindre que lorsque nous n'avons employé que la petite, comme se- 
conde lentille. 

Tout cela nous fait croire que la lentille la plus convenable pour 
cet effet est une lentille de verre solide et bien pur, d'un foyer un peu 
court, comme 18 à a« pouces, et placée vers l'extrémité du cône lu- 
mineux (pie forment les rayons réfractés DOT la première, afin de res- 
serrer plus promptement les rayons, et les obliger à se réunir en 
formant des angles plus ouverts. Cette lentille s'exécute actuellement 
avec la courbure et les dimensions nécessaires. 

Nous en avons dit assez pour donner l'idée de cet instrument, «le sa 
forer et des avantages qu'on en doit attendre lorsque les beaux jours 
nous mettront à portée d'en reprendre l'usage. On voit qu'il est très- 
supérieur à tout ce qu'on a jamais fait en ce genre. Nous regardons sou 
exécution comme un beau monument des progrès de l'optique et de 
l'industrie. C'est un service essentiel que M. Trudaine a rendu, non-seu- 
lement à l'Académie, mais à tous ceux qui s'intéressent à la perfection 
des sciences et des arts. 



284 



MÉMOIRES DK LAVOISIER. 



DÉTAIL DES EXPÉRIENCES 

EXKCITKKS 

AU MOYEN DU GRAND VERRE ARDENT. 



DU VENDREDI \h AOUT 1772. 

f/p veut nord-est. le riel mé'dii>crement beau nvee minces, par un temps très-sec. vapeur 
comme poudreuse; à to heures 45 minutes. Avec la lentille de M. le comte de La Tour- 
d'Auveifme. île 7 pieds de foyer, et la petite lentille de I* Académie. 

I" EXPÉRIENCE. — GRES. 

1 11 morceau «le grès du pavé de Paris a été au loyer pendant (i mi- 
nutes; il a simplement blanchi dans l'endroit frappé par le foyer, sans 
s'éclater, ni donner aucun signe, ni de fusion, ni de calcinalion. 

A 1 1 heures, même disfiositîoii. 
2\ — SILEX. 

La pierre à fusil noire s'est éclatée et a sauté en morceaux; cliaullée 
ensuite plus doucement, puis remise au foyer, elle est devenue très- 
Manche et n'a point reçu d'autre altération pendant 1 o minutes. La 
pierre à fusil cornée s'est comportée de même. 

\ 1 1 heures Ho minute!.. 
3'. — FER. 

Une mine de fer en pierre très-dure, très-lourde, non rouillée, 
•ttirable naturellement à l'aimant, fondue en cinq ou six secondes en 
nu fer cassant, de couleur métallique, très-attirable à l'aimant. 



EXPERIENCES AU GRAND VERRE ARDENT. 



285 



A 1 1 heures 35 minutes. 
V EXPÉRIENCE. - PLATINE. 

Du platine qui avait déjà élé, i° vingt-quatre heures au four de 
porcelaine dure et qui y était devenu d'un blanc argenté, non atti- 
rante à l'aimant; a 0 qui avait été exposé pendant 1a minutes au foyer 
de la lentille de i3 pieds, raccourci par la lentille de 8 pouces de dia- 
mètre ci-dessus, et qui y était devenu noirâtre et un peu atlirable à 
l'aimant. Point fondu. 

A 1 1 heures Au minutes. 
5*. — ARDOISE. 

L'ardoise des bâtiments de Paris, fondue eu bouillonnant, dès qu'elle 
a été présentée au foyer, et changée en un verre filant, brillant . noir 
et opaque comme de l'émail noir. 

A 1 1 heures A.ï minutes. 
V, — PLATINE. 

Le ciel étant peu favorable à cause de beaucoup de nuages légers et 
vaporeux répandus partout, le platine ci-dessus, exposé au foyer pen- 
dant 26 minutes, n'a point fondu, s'est ramolli et s'est agglutiné plus 
fort qu'il ne l'avait encore été dans toutes les épreuves précédentes; 
toujours un peu altirable à l'aimant. 

A midi , le ciel voue |>ar une tapeur de nuages et le soleil faihle. 
* T. - CRISTAL DE ROCHE. 

Le cristal de roche un peu glaceux, quoique échauffé lentement, 
et ensuite pendant 6 minutes au foyer, s'est étonné et fendillé presque 
partout. 

A midi 5 minutes, m#me ct.it du ciel. 
8*. — CRISTAL DE ROCHE 

Un morceau de cristal de roche, plat, poli et mince, point glaceux, 
chauffé très-lentement ; on est parvenu à le mettre au foyer sans qu'il 



286 MÉMOIRES UE E.WOISIEH. 

se cassât. (Le foyer donnait sur le milieu du cristal.) Au bout de 
quelques secondes, le morceau de cristal s'est éclaté, et les fragments 
exposés ensuite au foyer ont décrépité eu parcelles tres-lincs. 

A midi 3o minutes. 

<r EXPÉRIENCE. TERRES DR l.Wl.l N ET 1)1 BORAX 

l ne petite coupelle de terre d'alun a été exposée au foyer pendant 
10819 minutes sans changement 

La terre du borax a été fondue aussitôt que présentée au loyer en 
un verre brun, noir, peu transparent et bien poli; elle est si fusible 
qu'à un demi-pouce du foyer elle coule. 

10'. ESPRIT-DE- VIN. 

On met dans une petite capsule de l'esprit-de-vin. Exposé au foyer, 
il bout avec beaucoup de vivacité et s'enflamme en peu de temps. La 
flamme est difficile à voir à cause de l'éclat du soleil. On objecte que 
re ne sont peut-être pas les rayons du soleil tj u i ont produit 1 inflam- 
mation, mais le bord de la capsule, qui a roiqji et qui a communiqué 
la flamme. On répèle l'expérience dans un gobelet de verre. On pro- 
duit une évaporation très-forte en vapeurs qu'on prendrait pour de la 
flamme, mais dans le fait il n'y a point d'inflammation. Le gobelet casse; 
on répète l'expérience dans une capsule de terre: l'esprit-de-vin y bout, 
s v dissipe sans s'enflammer. On avait eu la précaution d'agiter afin 
d'empêcher, par le contact du fluide, la capsule de rougir. 

I!*. — ESPRIT-DB-VIN. 
On répète l'expérience dans la même capsule eu n'agitant pas et en 
laissant rougir un petit coin de la capsule; alors l'esprit-de-vin prend 
feu, ce qui semble prouver que les rayons du soleil seuls n'enflamment 
point l'esprit-de-vin. 

1 1* (*,.). _ STEVriTK. 
I ne espèce de stéatite verte des environs de Sainte-Marie-aux-Mines, 



EXPÉRIENCES AU GRAND VERRE ARDENT. 287 

présentée au foyer, a fondu avec beaucoup de facilité en un \erre de 
couleur vert sale. Les environs de l'endroit fondu sont devenus jaunAlret- 
et comme striés. 

DU 15 AOUT 1772. 
M.W état du riel <pi'liier. — llarom. "«8 j>. i I. Therm. 17*, « 10 heure* 'if> minute,. 
12* EXPÉRIENCE. — PLATINE. 

Un morceau de platine qui avait été coupellé au plomb pendant 
60 heures sous le grand four de biscuit de la manufacture de Sèvres, 
et qui était en un culot à grains très-serrés, fort cassant, contenant en- 
core du plomb et «lu verre de plomb à sa surface, mis au foyer, a fumé 
el même produit une flamme assez haute et très-sensible pendant 
10 minutes; mais ensuite la flamme et la fumée ont cessé, ce que nous 
attribuons à ce que le soleil est devenu beaucoup moins vif, en ce qu'il 
était obscurci par des nuages légers. 

Ce morceau avait été apporté par M. Baume. 

\ midi 35 minutes , le soleil étant un peu nettoyé. 
13'. — SPATH DALF.NÇON. PETUNTSE DE M. <UIETTARl). 

Ou a exposé au foyer un morceau d'un spath fusible d'Alençon, qui 
a l'apparence de grès et qui en diffère néanmoins par le caractère par- 
ticulier d'être phosphorique quand il a été légèrement chauffé et qu'on 
le porte ensuite dans l'obscurité; il s'est fondu assez prompteinent en 
un verre verdàtre tirant sur le gris, dette pierre est le petuntse indi- 
qué par M. Guettard. 

A midi 4o minute, le soleil étant un |icu plus net. 
IV. Oit. 

On a mis au foyer un bouton d'or fin qui y avait déjà été exposé la 
veille, et aujourd'hui même pendant quatorze minutes dans du sablon 
broyé, auquel il avait communiqué une couleur rouge; ce bouton s'y 
était recouvert lui-même d'une espèce de vitrification ou scorie de cou- 
leur pourpre; il pesait juste 1 gros 36 grains ~. Il a été exposé de 



288 MÉMOIRES OK LAYOISIKR. 

nouveau pendant trente minutes dans un creux pratiqué dans un tes- 
son de la porcelaine dure de Sèvres non cuite, mais dégourdie; il s'y 
est fondu et a paru circuler avec quelques secousses de temps en temps, 
lorsqu'il a été lij;é, sa surface a paru plus nette qu'elle ne l'était au- 
paravant et d'une belle couleur d'or; les parties du support qui envi- 
mnnaienl le bouton étaient devenues de couleur pourpre. 

A i heurt* 10 ninulM. 
15* EXPÉRIENCE. COIN INDIEN. 

L ne tranche polie de pierre verte de la rivière des Amazones, connue 
SOUS le nom de pierre de circoncision ou de coin indien, et qui était 
assez dure pour faire feu avec l'acier, chauffée lentement à 3 pouces 
au-dessus du loyer, a fumé, et, après quelle a cessé de fumer, a été 
mise au foyer. Dans l'instant même elle a fondu et coulé, à peu près 
comme l'ardoise, en un verre brun opaque, moins dur que la pierre et 
ne faisant point feu avec l'acier. 

Cette pierre avait été apportée par M. Levasseur. 

10'. — AMIANTE. 

L'amiante ou asbeste a fondu en verre brun aussitôt que présentée 
au soleil. 

I7-. - MINE D'ÉTAIN. 

Un morceau de mine en cristaux noirs et dans du spath, donné 
par M. Levasseur comme mine d étail) de (lornouailles, mis au foyer 
a fumé, a répandu pendant longtemps une forte odeur de soufre et 
s'est fondu. 

17- (*-). — CAIÈNB. 

In morceau de mine de plomb commune, ou galène de plomb des 
\osges, fond sur-le-champ en une matière noire. Il y a beaucoup de 
fumée et peut-être même flamme. 



EXPÉRIENCES AU GRAND VERRE ARDENT. 289 



DU 17 AOUT 1772. 

Vent nord-est. le ciel couvert de nuages un peu entrecoupes d'ailleurs; l'nir un peu moins 
rJiaqp' de vapeurs que le i5. A 1 1 heures U inimité». — Rorornèlre. t8 p. -j I. Tlier- 

18- EXPÉRIENCE. - PIERRE PONCE 

La pierre ponce est fondue et vitrifiée aussitôt que présentée au 
foyer. 

\<r. — TERRE OU BORAX OE LA CHINE 

M. Cadet a apporté de la terre séparée du borax de la Chine, de la 
seconde purification. Cette terre, placée dans un |;ros charbon creusé, 
a commencé par se boursoufler un peu, mais beaucoup moins que le 
borax et l'alun; un instant après, en donnant une flamme blanche el 
rouge, elle s'est fondue et transformée en un verre bien fondu et 
brun, opaque, luisant, compacte, dans lequel on remarquait des veines 
d'un rouge comme la terre «le cuivre, et d'autres blanches comme de 
l'émail blanc. Ce verre, vu à la loupe, était transparent violet dans les 
parties minces, comme les verres dans lesquels il y a de la manganèse. 

20*. — SCHISTE TALQUELX. 

Le schiste talqucux, dont sont composées les Ardenues dans les envi- 
rons de Bouillon, qui ne fait point effervescence avec l'eau-forte, a 
fondu dans la seconde, avec bouillonnements, et a donné un verre 
brun, luisant et compacte. 

m— GYPSE DI COGNAC 
Du gypse très-blanc en filets . des environs de Cojpiac, mis au foyer 
pendant environ douze minutes, s'est calciné sans que les filets aient 
perdu leur figure, et ne s'est point fondu, quoique dans un moment 
assez favorable. 

ï*. - PIERRE A FAUX , ESPÈCE DE GRÈS. 

Pierre grise à aiguiser les faux, des environs de Bourbonne-les- 
Bains, fondue en un verre noir comme l'ardoise. C'est une espèce de 
l»rès argileux très-fin. 

m. 



290 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

A miili 46 minutes. 
23* EXPÉRIENCE. - OR. 
Le soleil étant assez net et l'air assez pur, nous avons exposé au foyer 
i/| grains v ;'. «l'or « ai carats, dans un petit creux pratiqué dans un 
petit bloc de {près dur; l'or s'est fondu très-promptement et est resté en 
bain tranquille, sans aucun mouvement de circulation ni d'ondulation, 
ni aucune vapeur sensible; étant figé, sa surface était nette, brillante 
et bien métallique: le creux «lu grès était teint intérieurement d'un 
rouge pourpré. Le petit bouton, repassé à la balance d'essai, pesait le 
même poids fort qu'avant d'avoir été exposé; mais il y avait quelques 
parcelles de grès qui y étaient adbérentes. 

23'«. - CRISTAL DE ROCHE. 

Un fragment d'un gobelet de cristal de roche a été présenté par un 
coin au foyer; il s'y est étonné et éclaté, quoique chauffé très-lente- 
ment; on ne désespère pas cependant de lui faire subir, sans le rompre, 
la chaleur du foyer en le faisant rougir auparavant. 

23*6. — AGATE. 

Une petite soucoupe d'agate a été échauffée lentement; sitôt qu'elle 
a commencé à sentir la chaleur, elle a fumé; il parait que c'est une 
portion d'eau qui s'évapore; tous les cailloux et agates donnent la 
même fumée; approchée plus près du foyer, elle s'est rompue en éclats: 
l'un d'eux, qui a essuyé longtemps l'ardeur du feu, s'est levé par feuil- 
lets, est devenu blanc, et on le divisait aisément en une poudre blanche 
friable. 

23* e. — ASBESTE. 

Asbesle ou amiante dure; elle fond sur-le-champ en un verre noi- 
râtre. 

23' à. — AMIANTE. 

L'amiante fond également dans la seconde, et forme un verre jaune 
brun. 

23' e. - TALC. 

Le talc fond également dans la seconde, et coule en un verre brun. 




EXPÉRIENCES AU GRAND VERRE ARDENT. 291 



DU 18 AOUT 1772. 

Ia- ciel henu avec quelque» nuages, l'air assez pur, quoique poudreux. — Harom. -ift p. 

Therm. 1 8* & io heures. 

24- EXPÉRIENCE. - TERRE DE L'EAU DISTILLÉE. 

La terre résultant de la troisième distillation de l'eau (mémoire de 
M.Lavoisier) a été placée dans un trou pratiqué dans du grès, a noirci 
au premier moment, et s'est un peu éparpillée comme si c'était par 
l'impulsion du foyer; en quelques secondes elle a fondu en un verre 
grisAtre et médiocrement transparent. 

25*. - QtARTZ CRISTALLISÉ. 

Du quartz cristallisé de la mine de Saint-Jean, près Gironiagny, a 
supporté le foyer sans décrépiter et sans autre altération pendant 
douze minutes. 

26'. GLAISE VERTE. 

De la glaise verte du haut des plâtrières de Bagnolet, exposée en 
morceaux assez gros, a éclaté avec grand bruit parce qu'elle n'était 
pas assez sèche. Mise en poudre dans un mortier d'agate et exposée 
au foyer, même impulsion que ci-dessus (26*), et fond presque aus- 
sitôt en un verre brun opaque, caverneux en dedans et lisse en dessus. 
La portion de terre qui n'a pas été fondue faute d'avoir été au foyer 
est devenue jaune d'ocre. 

Vers 1 1 heures il se forme (le petits nuages légers qui passent de moment en moment sur 
le soleil, mais ils sont peu considéra hles. et le soleil est assez net dans les intervalles. 

27V SPATH. 

On met au foyer du spath fusible en poudre. C'est un spath des 
environs de Giromagny, blanc, en colonnes fort surbaissées, ce qui lui 
donne l'apparence de cristallisation lenticulaire. Le moment était assez 
bon; le spath fusible na pas décrépité; il n'a fait aucun mouvement; 
il a bruni d'abord, après quoi il s'est rapproché un peu de la couleur 
blanche; les parties se sont pelotées, mais il n'a pas fondu; mis sur 
la langue, il y laissait une impression de dégourdi. 

;» 7 . 



292 MÉMOIRES DE LAVOfSFER. 

28* EXPÉRIENCE. SABLE MAGNETIQUE. 
I n sable attirable par l'aimant, apporté par M. Baimié et qui vient 
de la province des Deux-Ponts, a été fondu sur-le-champ en une ma- 
tière noire, opaque, qui s'est trouvée encore attirable à l'aimant. 

29". — MINE l>E FER. 

La mine de fer cristallisée et chatoyante de l'île d'Elbe, présentée au 
foyer dans un assez bon moment, s'est fondue en un globule avec diffi- 
culté et seulement au centre. 

30*. DIAMVST. 

Un diamant, pesant .3 grains et demi un seizième, après avoir été 
chauffé doucement, mis au foyer, a sauté, s'est élevé au-dessus du 
*.ase, s'est étonné et fendillé comme le cristal de roche; il s'en est déta- 
ché un éclat, et à la loupe on en discernait plusieurs qui étaient prêts 
à se détacher. Ce diamant a perdu un seizième de grain de son poids. 

— granit noirâtre 

Un granit noirâtre tirant un peu sur le verdi) lie, et dont les grains 
ne diffèrent qu'en ce qu'ils sont plus ou moins foncés, s'est fondu sur- 
le-champ; il a donné une vapeur très-sensible avec odeur de soufre et 
d'acide sulfureux. Ce granit, au premier coup d'oed , ressemblerait à une 
terre; cependant le local d'où il a été tiré semble décider le contraire; 
on pourrait aussi lui trouver quelque rapport avec le basalte: cette 
pierre est très-commune dans les Vosges, du côté de Giromagny et du 
Ballon d'Alsace. 

33*. LIMAILLE DE FER. 

On a mis de la limaille de fer dans le creux d'un charbon noir; on 
l'a présentée au foyer, elle y a fondu sur-le-champ. L'expérience de- 
mande quelques précautions, parce que le charbon chauffé trop vite 
décrépite. 

SS\ - MATIERE FERRUGINEUSE. 

Lne personne (M. Perrier) a présenté une matière en feuillets très- 
minces, qui sont brillants, et qui ressemblent A des feuillets de fer 



Digitized by Googl 



EXPÉRIENCES AU GRAND VERRE ARDENT. '293 

batlu très-minces et très-brillants. Cette matière a été tirée de dessus 
des gueuses de fer; elle était mêlée de quelques fragments de fer; pré- 
sentée au foyer à plusieurs reprises, on a observé que les particules 
de fer fondaient, mais que les feuillets fumaient, qu'ils diminuaient 
insensiblement et disparaissaient entièrement sans se fondre aucune- 
ment. 

34' EXPÉRIENCE. MAGNÉSIE MF NITRE. 

La magnésie du nitre, faite par l'alcali fixe, a été exposée longtemps 
sans qu'on ail remarqué aucune altération; mais, mêlée avec la limaille 
de fer, elle s'est fondue très-promptement en matière noire. 

35". LIMAILLE DE FER. 

La limaille de fer exposée au foyer sur un grès fond aussitôt qu elle 
est présentée; on a observé une flamme assez grande dans celle fusion : 
il en est résulté une scorie noirâtre, cassante, mais très-attirable à 
l'aimant. 

36*. - PIERRE A CHAUX BLEUE. 

On a exposé au foyer un morceau de pierre à chaux bleue, qui M 
tire entre des bancs de schiste couleur d'ardoise, aux environs de 
Bouillon-en-Ardennes; on emploie dans le pays cette pierre pour faire 
de la chaux. Elle a fondu promptement en matière noirâtre: sans 
doute elle est mêlée de schiste. 

37'. — QUARTZ. 

On a exposé une espèce de quartz à veines douces au toucher, de la 
mine Saint-Pierre, près Giromagny; son toucher gras la faisait soup- 
çonner être de la nature des jades; elle a fondu avec assez de facilité; 
celte pierre est verdAtre. 

38'. - QUARTZ NOIRÂTRE. 

On a exposé une pierre d'un noir tenant du violet, d'un grain très- 
fin; on la qualifiait de quartz; elle était tirée du grand chemin de Gi- 
romagny au Ballon d'Alsace , entre la goutte Thiéry et la grange Mor- 
vaux, et l'on est dans l'opinion dans le pays que la rencontre de ces 



m MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

pierres annonce l'approche «l'une mine d'argent ; elle a fondu en 
un verre noir opaque, qui semblait annoncer quelque chose de mé- 
tallique. 

3<r EXPÉRIENCE. — ÉTAIN. 

De l'étain (in de Mélac. mis dans une capsule de terre et exposé 
de suite au loyer, s'est fondu en un globe blanc, brillant comme de 
l'argent: il était agité d'un mouvement très-sensible, et il en sortait 
continuellement une fumée abondante, blanche, et si ardente qu'on 
est resté incertain si c'était une vraie flamme, ou une fumée éclairée et 
lumineuse. Le creuset est resté environ douze minutes; après ce temps 
le creuset, retiré, contenait une matière fondue, mais non vitreuse, 
opaque, brune, très-dure et cassante. Examinée à la loupe, on y a 
observé des endroits vitrifiés en verre verddtrc et transparent; cette 
matière était recouverte en partie par une chaux très-blanche, et les 
parois du creuset étaient enduites d'une fleur très-blanche. 

40". - ÉTAIN. 

Le même étain, mis au foyer dans un creux pratiqué dans un mor- 
ceau de grès, s'est fondu en fumant comme le précédent, puis calciné 
et fondu en une matière dure, couleur de chamois et rougeiltre dans 
certains endroits; cette matière était toute recouverte d'une jolie arbo- 
risation et ramification de chaux blanche, qui, vue a la loupe, parais- 
sait composée d'aiguilles transparentes comme du verre. 

A a heures i/a. ciel sans images, air poufavs- 
41*. — CHAUX D'ÉTAIN. 
De la chaux blanche d'étain, ou potée d'étain des potiers d'étain, 
mise sur un grès au foyer, a fumé pendant longtemps, ne s'est point 
fondue, mais a végété très-joliment en arborisations composées comme 
la précédente d'aiguilles transparentes, au bout desquelles il paraissait 
\ avoir des points brillants. 

42'. - TERRE MARTIALE. 
La terre martiale: déposée d'elle-même de la solution de vitriol 



Digitized by Googl 



EXPÉRIENCES AU GRAND VERRE ARDENT. 295 

martial et lessivée, mise a» foyer, a noirci sur-le-champ, a donné beau- 
coup de fumée, laquelle n'était autre chose qu'un acide sulfureux vola- 
til très-su lToquant; sur la fin , la fumée a cessé; et peu après la matière a 
fondu en gouttes d'une matière noirâtre dans le milieu, peu compacte 
et attirable à l'aimant; les bords étaient d'un beau rouge d'ocre rouge. 

M- EXPÉRIENCE. — OCRE ROUGE. 

L'ocre rouge du commerce s'est fondue sur-le-champ en une matière 
noire; il y a eu quelques vapeurs, mais en petite quantité; on est resté 
incertain si ces vapeurs étaient sulfureuses; la matière fondue était 
noirâtre comme du mâche-fer, friable et très-attirable à l'aimant. 

DU 19 AOUT 1772. 

I.e ciel sans nuages, mais l'air poudreux, et paraissant charfft 1 de vapeur», vent mnil-ol. 
Baromètre, a 8 p. "thermomètre , 19" 1/0, à 10 heures. 

44*. — TRIPOLI. 

Un morceau de tripoli s'est fondu en très-peu de temps en un verre 
blanc, laiteux et assez luisant, mais, vu à la loupe, plein de petites 
bulles à la surface. 

45*. - PIERRE A RASOIR. 

On a exposé une pierre à rasoir de l'espèce commune, dont un coté 
est noir et couleur d'ardoise, l'autre presque blanc. La partie brune 
schisteuse a fondu comme l'ardoise. La partie blanche, ou cos, a fondu 
aussi très-promptement en bouillonnant en verre fauve transparent. 

46". - GRES A AIGUISER, 
line espèce de grès ou de granit tendre mêlé de parties cristallines 
et de parties noires servant de pierre à aiguiser; fondu en un verre 
blanc verdâtre transparent. 

A midi, le riel MUVCrt presque partout de petit* nuage* lt'ger> formant loniHM 

HO voile de gaie. 

47*. - SABLE DES FONDEURS. 

Le sable des fondeurs de Fontenay-aux-Hoses, près Paris, a fondu 



296 MÉMOIRES DE LAYOISIKR. 

en un verre olivâtre bien lisse. (Le thermomètre du hangar était alors 
à -jio degrés un quart.) 

M" EXPÉRIENCE. - SPATH CALCAIRE. 

Spath calcaire en aiguilles, des environs de Villers-CotlereLs, en 
poudre, s'est calciné en chaux vive; il n'a pus été possible de le fondre. 

M». - GYPSE. 

Gypse régulier de la montagne de Saint-Germain, en poudre, pen- 
dant 8 minutes n'a point reçu d'altération sensible. (Mauvais soleil.) 

MT. — AGATE. 

\gate arborisée de Manheim, devenue d'un blanc, laiteux; l'arbori- 
sation effacée, à l'exception de quelques petites taches noirâtres. 

A midi -u> minutrV 

SI*. - MARNE BLANCHE. 

Marne blanche du banc qui sépare les deux masses de plâtre des 
plâtrières de Bagnolet, fondue aux trois quarts, en prenant beaucoup 
de retraite, en une matière sale, verdâlre, un peu vitrifiée. 

K i heure. nièn>e état du ciel. 
52*. — ZINC. 

Le zinc mis au foyer sur un morceau de grès s'est fondu et recou- 
vert aussitôt d'une chaux blanche; il en sortait une fumée fort épaisse, 
accompagnée de llocons de laine philosophique; la matière s'est gon- 
flée en deux endroits qui formaient comme deux petites montagnes, 
du sommet desquelles il sortait des brandons de fumée épaisse, comme 
d'un petit volcan; toute la masse s'est recouverte de fleurs blanches 
cristallisées, et les bouches des monticules étaient recouvertes et en- 
vironnées d'arborisations très-jolies et composées de petites aiguilles 
blanches et transparentes comme le plus beau cristal. Pendant tout le 
temps de cetlc expérience, nous avons senti une odeur de soufre très- 
marquée; cette odeur a même continué d'une manière très-sensible 



Digitize 



EXPÉRIENCES AL <;ilAM) VERKE AHDENT. 297 

longtemps après que le zinc a été retiré du foyer; les environs des grès 
Servant de supports étaient tout recouverts de fleurs blanches. 

5:r EXPÉRIENCE. - PIERRE D'ALUN. 

La pierre dont on lire l'alun de Rome était demi-transparente, d'un 
blanc un peu verdiltrc; il s'y esl formé d'abord un cercle noir alen- 
tour du foyer; ce même endroit est devenu ensuite d'un très-grand 
blanc sans se fondre; elle a un peu fumé. Sa saveur, qui élait alumi- 
neuse, esl restée la même. 

5V. - LA TERRE DE BORAX. 

La terre de borax, mêlée avec un tiers de charbon en poudre, a 
donné un verre brun opaque avec des veines rouges et blanches. Le 
verre de la terre de borax fondu ces jours passés au foyer y ayant été 
remis plusieurs fois, ce verre a fumé continuellement, a donné de la 
flamme, puis est devenu transparent et de couleur verddtrc comme 
les bouteilles à vin. 

55'. — MINE DE PLOMB BLANCHE. 

In morceau de mine de plomb blanche mis au foyer s'est fondu en 
un instant, en répandant une grande quantité de fumée, a laquelle 
MM. Lavoisier, Brissou et Baume, bien placés pour en reconnaître 
l'odeur, n'ont trouvé d'autre odeur que celle du plomb que Ton vitrilie. 
I ne partie de la matière fondue a été coulée et s'est trouvée être de 
la lilbarge; le reste, exposé de nouveau au foyer, s'est vitrifié avec le 
grès qui lui servait de support et a formé du verre île plomb. 

W. CINARBE. 

Ull morceau de cinabre naturel, non aiguillé, donné par M. Le- 
vasseur, sous le nom de cinabre solide, exposé au foyer, a un peu 
décrépite, a jeté des fumées sulfureuses; il est resté une partie terreuse 
et pierreuse blanche qui s'est fondue, partie en verre blanc opaque, 
partie en verre noir, et qui conservait sa forme. 

m. 38 



MEMOIRES D\i LAVOISIKR. 



DU 22 AOUT 1772. 

\x- temps a été très-beau depuis 5 heures jusqu'à 8; il n'y avait que de légers nuage* au 
ciel, j|s ont irtsensihlemenl augmenté, el a y heures le riel était entièrement couvert. 
Vers i heure, le temps a commencé a se rouper un peu. et depuis cette heure jusqu'à 
'.i heures t/a le soleil s'est montré par intervalle* nues longs. Il souillait mi vent sud- 
ouest assez fort, et les nuages marchaient vite. — A i heures i/*. 

5r EXPÉRIENCE. - TERRE A PIPE. 

On a exposé au verre ardent de la terre à pipe Manche, de Rouen; 
elle a décrépilé avec violence el bruit; mais un éclat mince a soutenu 
la chaleur et a fondu assez bien en un verre jaunâtre transparent. 

58*. — MINE DE FER BLANCHE. 

De la mine de fer blanche de Bischwiller, en basse Alsace, a fondu 
sur-le-champ; elle donnait peu de fumée; la matière fondue avait 
presque l'apparence d'un amalgame de plomb ou d'étain avec le mer- 
cure; c'est-à-dire qu'il n'avait pas de consistance ni de liaison. Quoique 
la mine, avant l'exposition au verre ardent, eût un coup d'œil spa- 
thique jaunâtre , après la calcinalion elle était noire comme de la fonte 
de plomb. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que 1 endroit où donnait 
le foyer s'est creusé comme si la matière en fusion se fût imbibée à me- 
sure qu'elle se liquéfiait. La matière noire fondue s'est trouvée atlî- 
rablc par l'aimant. 

59'. - VERBE DU VESUVE. 

M. Fougeroux nous avait remis un tesson de verre noirâtre comme 
relui de certaines bouteilles qui sont brunes. Ce verre a fondu avec 
assez de facilité, et on le maniait et on l'allongeait à volonté au foyer. 
(',<• verre était un verre naturel formé par le Vésuve. 

60'. - PIERRE D'ALI N DE LV SOLFATARE. 

Le même nous avait remis un petit morceau de pierre blanche, 
relie dont on tire l'alun de la Solfatare; elle avait été préalablement 



EXPÉRIENCES AU GRAND VERRE A H DENT. 29'J 

calcinée. Exposée au foyer, elle a fumé; la vapeur était blanche et 
presque sans odeur. On croyait seulement sentir une odeur très-légère 
d esprit sulfureux volatil. Il y a toute apparence que c'était de l'acide 
vitriolique qui s'évaporait. Cette pierre happait un peu à la langue 
avant son exposition au verre ardent; mais elle happait beaucoup 
davantage après. Elle était friable, n'avait aucun goul et était plus 
blanche qu'avant la calcinatiou au foyer; de ce qu'elle n'avait point de 
goût, il paraîtrait s'ensuivre qu'elle a été plus poussée au feu qu'il ne 
faut pour en extraire de l'alun, et que la chaleur du verre ardent a dis- 
sipé l'acide vitriolique. Elle a été plus de quinze minutes sans se 
fondre; à la fin elle ne fumait plus. 

00* EXPÉRIENCE (bu). — CRISTAL D'ISLANDE OU SPATH P A R A L L É 1 .0 G R A M M A T 1 0 1' E. 

Lu spath cubique parallélogrammatique d'une montagne près Lima, 
au Pérou, a été exposé pendant vingt minutes; il a un peu décrépité; 
la chaleur lui a fait perdre sa transparence; à l'endroit du foyer, il a 
pris une couleur grise jaunâtre opaque, et une apparence d'opale, 
eu un autre endroit, il paraissait se préparera la fusion, mais il n'a 
cependant jkis fondu. Ce spath est du genre du cristal d'Islande. 

et*. - GRENAT. 

Le grenat fond sur-le-champ et forme des gouttes liquides qui 
coulent. 

Ia> thermomètre est monté ju»qu'à 10*. entre ■> et 3 heures. 
I.e baromètre était b 17 p. 10 I. i/a. 

00 27 AOUT 1772. 

Baromètre. -iH p. 1 I. I heirnoinétiv du hangar. 17 0 y/3. — A ti heures t/A, vent nonl-ouest. 

W. - JADE. 

Un morceau mince «l'une pierre donnée par M. Levasseur, sous le 
nom de jade itccvlmtal , de couleur verdâtre, faisant feu avec l'acier, 
mis au foyer, le ciel étant fort coupé de nuages blancs vaporeux, a 

!»R. 



300 M KM 01 H KS I)K LAV01S1KH. 

fondu, à ce qu'il a paru, moins facilement que la pierre verte des Ama- 
zones, en un verre vert, transparent et bouillonneux. 

63" EXPÉRIENCE. - ARGENT ROUGE. 

Un petit morceau d'argent rouge de Sainte-Maric-aux-Mines, donné 
par M. Levasseur, a fondu même avant d'être au foyer; il en est sorti 
des vapeurs sentant le soufre et un peu l'arsenic; il a beaucoup bouil- 
lonné et a laissé un bouton d'argent qui paraissait les trois quarts du 
poids de la mine et qui a semblé Irés-pur et bien ductile. 

6V. ARGENT. 

Ce bouton d'trgen(, remis au foyer, a fumé considérablement, a cir- 
culé comme dans la coupelle, et il s'est formé un petit bouton de verre, 
olivâtre à la sommité, que nous soupçonnons être de l'argent vitrifié. 

DU 2» AOUT 1772. 

Ver* i i heures, le ciel n'étant Mttojtf par un vent du sud. — Thermomètre du hangar. 1 8*. 

6.V. - OR. 

A midi, un morceau d'or, exposé au foyer ou on l'a maintenu le 
mieux qu'il a été possible sur une petite capsule évasée en pierre de 
grès tendre dont se servent les lunettiers, après s'être fondu en un ins- 
tant, s'est mis à tourner sur son centre continuellement pendant un 
certain temps; ensuite ce mouvement a été intermittent; on en a VU 
sortir de temps en temps quelque fumée; des parcelles de grès qui 
étaient à sa surface étaient écartées du milieu dès que le mouvement 
de l'or les y portait . et étaient repoussées à demi vitrifiées. Enfin , après 
trente minutes, on l'a retiré; quand il a été figé et refroidi, on l'a exa- 
miné, il a paru très-brillant, très-net, cristallisé; mais on n'y a vu au- 
cune partie vitrifiée; il n'y avait non plus sur la capsule aucun cercle 
ni pourpré, ni doré. 

66'. - OR. 

Un autre boulon d'or a été mis ensuite au foyer sur un pareil 



Digitized by Googl 



EXPÉRIENCES Ali GRAND VERRE ARDENT. 301 

support et y a été tenu pendant quinze minutes. Les choses se sont 
passées exactement comme dans l'expérience précédente. 

67* EXPÉRIENCE. — SAFRAN DE MARS. 

Le safran de mars, préparé par le soufre, apporté par M. Mitouart, 
s'est fondu dès qu'il a été exposé au foyer; il en est sorti des vapeurs 
qui n'étaient point sulfureuses. Il y a plusieurs endroits qui ont repris 
le brillant et la couleur du fer, et qui s'attachaient fortement à I ai- 
mant; ce fer n'était point malléable. 

68". — PLATINE. 

Du platine, mis au foyer dans le creux d'un charbon, n'a point fondu . 
est resté agglutiné comme il était et n'a paru recevoir aucune altéra- 
lion pendant douze minutes; il a paru plus agglutiné qu'auparavant. 

69*. - ANTIMOINE DIAPIIORKTIQl'K. 

De l'antimoine diaphorétique, préparé et apporté par M. Mitouart. 
s'est fondu et demi-vitrifié en un instant au foyer, en fumant conti- 
nuellement; y ayant été remis avec un peu de poudre de charbon . 
cette chaux s'est réduite aussitôt en régule. 

70'. - SPATH. 

Le spath de Bergère-en-Brie , en filets opaques, s'est calciné comme 
le gypse en filets. 

71*. — MINE DE PLOMB. 

Une matière en poudre brillante, très-pesante, venant d'Espagne, et 
donnée par M. de Fouchy, a beaucoup fumé ets'est fondue en un instant 
en une espèce de matte non altirable à l'aimant, qui nous a paru une 
matte de plomb. La fumée a une odeur très-vive de soufre et un peu 
arsenicale. 

72'. - GRENAT. 

Des grenats se sont fondus sur-le-champ; plusieurs se sont réunis 



303 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

ensemble, mais ils ne formaient pins qu'une masse scorifiée noire 
opaque. 

73* EXPÉRIENCE. - ANTIMOINE ET MAGNÉSIE DU NITRK. 

De l'antimoine diaphonique, nuMé avec de la magnésie du nitre. 
a fondu sur-le-champ en un verre. 

DU 30 AOUT 1772. 

Vos i i heiii-ps iln nmlin. Ip Ipiii|is bsspï Iwvw. jivpc nungps. veut snrl-oiif>*l. 
Itommèlrp, p. 'IVrniomèlre du hangar, ic)* i ». 

74'. — OR. 

On a mis au foyer de l'or à vingt-quatre carats qui n'y avait point 
encore été exposé; celui-ci était sur un support de grés tendre; le soleil 
étant bon dans ce premier moment , l'or a fondu en un instant ; on en a vu 
sortir de la fumée; sa surface était très-nette, il paraissait avoir un mou- 
vement intestin; mais les nuages qui sont survenus ont interrompu 
l'opération, et elle a été reprise à une heure par un très-beau temps; 
les mêmes phénomènes se sont représentés. L'or fondu était en un glo- 
bule parfaitement rond, extrêmement lisse, poli, brillant et resplendis- 
>ant; il réfléchissait dans son milieu l'image du soleil en petit comme 
un miroir convexe, et cette image était très-nette et très-bien ter- 
minée. Il y avait, à la surface du globule d'or, quelques parties qui 
paraissaient comme «le petits grains de grès; elles se tenaient constam- 
ment dans la partie inférieure à l'opposite du soleil, et, quand on les 
tournait du côté du soleil, elles revenaient très-promptement à leur 
place ordinaire. 

M. le duc d«> Ghaulncs, qui était présent et à qui j'avais fait remar- 
quer la fumée, objecta qu'elle pouvait partir du support et non de 
l'or, et il proposa, pour nous en assurer, d'ôter l'or et d'exposer le 
support; ce que nous avons fait, et, en effet, quoique l'or n'y fût plus, 
nous avons continué, à voir sortir de la fumée. 

L'or est resté plus de trente minutes, pendant cette expérience, à 
la plus grande ardeur du foyer; après qu'il a été figé et refroidi, sa 



EXPÉRIENCES AU GRAND VERRE ARDENT. 303 

surface paraissait comme terne et d'une couleur plus pâle. L'ayant exa- 
miné à la loupe, j'ai reconnu distinctement, i°que la surface du bou- 
ton d'or, qui paraissait sphérique, était tonte chagrinée et comme re- 
couverte d'une matière moins jaune et moins brillante que l'or; a 0 que 
ce que nous avions pris pour des parcelles de grès attachées dans un 
endroit de sa surface était une scorie vitrifiée en un verre paraissant 
presque noir, mais que je crois d'un pourpre ou violet très-foncé. 

Le support, que j'ai aussi examiné à la loupe, m'a offert les parti- 
cularités suivantes : i° le grès était devenu très-blanc en quelques en- 
droits; *° il était fondu en quelques endroits en un cristal blanc trans- 
parent; 3° l'endroit sur lequel l'or avait séjourné le plus longtemps 
était creusé et vitrifié aussi en un verre transparent, blanc, mais qui 
m'a paru avoir une très-légère teinte d'améthyste; il y avait aussi dans ce 
creux, à la surface de cc^vcrrc, une très-grande quantité de parcelles 
d'or ayant tout leur brillant métallique; U" il y avait sur ce même sup- 
port des endroits teints d'une fort belle nuance purpurine, et ces en- 
droits, examinés à la loupe, se sont trouvés en même temps remplis 
d'une quantité considérable de parcelles d'or bien jaune et bien brillant. 

75' EXPÉRIENCE. — RÉUCLE D'ANTIMOINE. 

Un morceau de régule d'antimoine placé dans un support de grès 
tendre des miroitiers qui a été reconnu susceptible de fondre au verre 
ardent, s'est fondu en un instant, a jeté une fumée considérable; le 
régule paraissait, étant en fonte, blanc, lisse et brillant connue de l'ar- 
gent fin. H s'est évaporé de la sorte sans se calciner en apparence, sans 
qu'il en soit resté à peine de vestiges; le grès a été seulement, dans la 
partie creuse qui contenait l'antimoine, couvert d'un enduit vitrifié d'un 
jaune pâle vcrddtre avec quelques taches noires; il y avait aussi quelque 
apparence de veines purpurines. 

70'. - SAHftoiNK. 

lin morceau de i idoine orientale, donné par M. Levasseur. s'est 



304 MÉMOIRES DE LAV01SIEH. 

calciné comme l'agate sans se réduire en poudre; l'intérieur est de- 
venu d'un beau blanc opaque, comme il est arrivé avec la pierre à 
fusil noire des crayéres. On remarquait dans la fracture, après la cal- 
cination, des couches circulaires de couleur de safran de mars calciné. 
L'endroit où frappait le foyer s'était tuméfié; et, préparé a la fusion, 
cet endroit n'était pas blanc comme le reste, mais grisâtre. 

77' EXPÉRIENCE. - SA Kit K. 

Ijii morceau de safre du commerce, dans un support de grés des mi- 
roitiers, s'est fondu en un instant eu un verre noir opaque; il y a de la 
fumée dans le commencement, mais sans odeur d'arsenic: sur la lin. la 
fumée diminuait beaucoup. 

77* bu. — COBALT. 

Lu morceau de cobalt blanc de Suètlc. dans le même support, s'est 
fondu en un instant; il en est sorti une quantité trés-considérable de 
fumée avec odeur d'arsenic et de soufre sur la fin. Il est resté un 
enduit noir plombé qui paraît avoir attaqué et rongé le grés, et, au 
milieu, un beau bouton de régule de cobalt à moitié recouvert de la 
même matière noirâtre plombée, en une couche fort mince. 

78*. - MANGANÈSE. 

Un morceau de manganèse sur le même support s'est fondu sur- 
le-champ en une matière noirâtre plombée, qui, en refroidissant, s'est 
comme cristallisée a sa surface. 

78*. — PIERRE D'AIMANT. 
Lu morceau de pierre d'aimant donné par M. le comte de La Tour- 
d Auvergne, exposé sans support, s'est fondu promptement en une ma- 
tière qui paraissait très-lisse étant en fonte, mais qui, après avoir été 
refroidie, était terne; la matière fondue et refroidie paraissait cristal- 
lisée en lilels et en lames. 

80'. - COBALT. 

Des fleurs de cobalt données par M. Lçvasscur, exposées sur un grès 



EXPÉRIENCES AL' GRAND VERRE ARDENT. 305 

des miroitiers, se sont fondues très-promptcmcnt, ont donné beaucoup 
de fumée arsenicale,' la masse fondue était noire; elle a laissé, sur la 
capsule un cercle de matière noirâtre, bleuâtre et violette, qui parais- 
sait imbibée dans le grès. 

I)U 31 AOUT 1772. 

\ midi, le ciel beau par intervalles . a ver nuages; vent Mid-onot. vapeur don» Pair 
W disixtsiliou à I orni^i'. — Harom. «7 p. io I. Tberm. du hangar, 1/9. 

81" EXPÉRIENCE. - GRÈS A MEI I.E. 

I n morceau de grès à meuie, tendre et talqueux; fondu en un verre 
transparent, bouillonneux, blanc et cristallin. 

82". — GRÈS DES LUN'ETTIERS. 

Un morceau de grès tendre non talqueux , dont se servent les luncl- 
tiers, et du même morceau de meule que celui qui avait servi de sup- 
port à l'or dans l'expérience d'hier, exposé au foyer dans un bon 
moment, a commencé par noircir et fumer, ensuite a blanchi et un peu 
fondu en cristal blanc transparent; on n'y apercevait alors aucune 
fumée. 

83*. - GRÉS DES PAVÉS. 

Lu morceau de grès dur et blanc du pavé de Paris a résisté comme 
dans les expériences précédentes. 

84*. - BASALTE. 

Du basalte de Ja chaussée d'Antibes, donné à l'Académie par 
M. Darcy, et qui était en colonnes régulières, a fondu sur-le-champ 
comme l'ardoise; on a cru sentir une odeur sulfureuse assez vive; mais 
c'est une expérience qui mérite d'être recommencée. 

85'. ÉMERI OU PIERRE DE CLOCHE. 

Ln morceau de pierre de cloche ou émeri du Canada , du cabinet 
de M. Cuettard, a fondu à peu près aussi facilement; cette pierre est 
d'un grain fin et noir et a en tout beaucoup de rapport avec le basalte. 

m. 3 n 



m, 



MÉMOIRES DE LAV01SIBR. 



DU 5 SKPTKMRRK 1771 

A 10 heure» i/a, ciel beao avec p«i fie nuages. \rni sud-miest. 
Baromètre, |>. TherniiHnélre, tg* 3/4. 

81* EXPÉRIENCE bu. — TERRE DE BORAX. 

Deux gros de terre de borax préparée par M. Cadet, séparés par le 
filtre de différentes dissolutions du borax de la Chine , ont été exposés 
dans un tèt à scorilier à (|uatre ou cinq reprises environ, chaque fois 
pendant huit ou dix minutes. Cette terre a offert les mêmes phéno- 
mènes décrits ei-dessus. Le verre qui en est résulté est d une couleur 
verte foncée; il a constamment donné des preuves de volatilisation. Les 
vapeurs qui s'en échappent alors sont régulièrement de couleur blanche, 
jaune et rouge; elles sont entourées d'un cercle d'une couleur verte 
sensible, et, dans les premières évaporations de cette terre, on sent 
une odeur métallique à travers laquelle M. Marquer et moi (M. Cadet) 
avons senti une odeur d'ail très-sensible; les deux gros de cette terre 
ont déjà diminué d'un gros i a grains. 

82 1 6u. OR. 

On a chauffé pendant un quart d'heure au-dessus du foyer, dans le 
cône, un petit parallélipipèdc de grès blanc très-dur et très-pur; en- 
suite on l'a approché peu à peu du foyer et on l'y a laissé pendant plus 
d'un quart d'heure; il a d'abord un peu fumé, après quoi il est resté 
sans aucune altération. On y a mis de l'or à ai carats qui s'est fondu 
en un instant, a un peu fumé d'abord et s'est couvert d'une espèce 
de pellicule un peu terne. Au bout d'un quart d'heure, le globule 
était parfaitement net, lisse et resplendissant; il réfléchissait l'image 
du soleil, en petit, parfaitement bien; il était tranquille sans uucun 
mouvement apparent et sans aucune fumée; il a été tenu ainsi au foyer 
en tout pendant quarante-cinq minutes; après quoi on l'a laissé re- 
froidir dans son petit creux; il s'est figé promptemenl; sa surface était 
très-brillante et d'une belle couleur d'or, mais paraissait ridée à la vue 



EXPÉRIENCES AU GRAND VERRE ARDENT. 307 

simpie. A la loupe , ces rides étaient des ramiGcations en feuillages. Le 
petit creux dans lequel le globule reposait était fort blanc; il était en- 
vironné d'un cercle pourpre à la surface du petit bloc: sur ce cercle 
et en dedans on a aperçu des parcelles d'or. 

L'or de l'expérience précédente a été refondu au foyer dans son 
creux et coulé dans une capsule de porcelaine. Le fond du creux dans 
lequel était l'or s'est trouvé moins blanc et d'une couleur grise; il y 
était resté des parcelles d'or. 

83" EXPÉRIENCE bu. MARBRE. 

Un morceau de marbre rouge de Languedoc a blanchi au foyer et 
s'est calciné sans fondre. 

H*'*.* -LAVE. 

In morceau de lave poreuse s'est fondue en un instant en un verre 
noir brillant. 

85' kii. — PLATINE. 

I ne petite masse de platine fort agglutiné, qui avait déjà été exposée 
deux fois au foyer, remise aujourd'bui au loyer dans le creux d'un 
charbon , a été exposée au foyer par un très-beau soleil pendant vingt- 
deux minutes, n'a presque point changé, est devenue un peu noire; il 
y a eu bouillonnement dans quelques endroits et une fusion pâteuse. 

86\ - TERRE DE VÉRONE. 

I n petit morceau de terre verte de Vérone (terre argileuse) a décré- 
pité beaucoup et enfin s'est fondu en un verre noir brillant; les par- 
ties qui étaient voisines de l'endroit vitrifié étaient devenues d'un jaune 
d'ocre; un peu de la matière fondue détachée a été attirée par l'ai- 
mant. 

87* ROUSSIER. 

La matière nommée rousxier, mine d'or des Pères de la Trappe, 
s est fondue en un verre noir brillant. Ce verre, vu à la loupe, était 
un mélange d'espèces de mamelons d'un noir brillant, entre lesquels 

39. 



308 MÉMOIRES DE LAVOISIF.R. 

avait coulé une matière fondue jaunâtre et rougcâtre, toute pleine de 
parcelles dorées et brillantes infiniment petites. 

88' EXPÉRIENCE. — MINE DE KER. 

Mine de fer, ù (ilels comme l'hématite, des environs de tîiroinaguy, 
nommée mine brûlée; fondue, avec fumée qui n'a point d'odeur bien 
sensible, en une matière opaque de même couleur à peu près qu'était 
la mine. 

««T. - PIERRE DE BOULOfiNl. 
La pierre de Boulogne s'est fondue d'abord par points bouillonnants 
qui se sont réunis et ont formé des places continues bien fondues en 
un verre peu brillant et peu transparent; il s'en est exhalé des vapeurs 
sulfureuses. 

î»0\ — PIERRE OLLAIRE. 

Pierre ollaire ou sléatile de Yertauge en Auvergne, de M. Lavoisier; 
fondue en un verre gris blanc, terne et plein de bouillons. 

9t'. — GNEISS. 

Du gneiss des Allemands, mis dans du spath calcaire des environs 
de Giromagny, de M. Lavoisier; fondu promptement avec une fumée 
épaisse sentant le soufre; tous les environs couverts de beaucoup de 
fleurs blanches. 

Nota. Le schorl, auquel cette matière ressemble un peu pour le coup d'œil, se 
fond en verre noir Glanl avec quelques fumées, mais qui n'ont pas l'odeur de soufre 
et ne sont point accompagnées de fleurs blanches. 

W. - QUARTZ ARTIFICIEL. 

La terre quarlzeuse tirée de l'acide du spath phosphorique et de 
Peau, envoyée de Suède par MM. Schéele et Bergman, a résisté au 
foyer comme le grès blanc. 

»3'. — ARGILE. 

Argile noire de la coupe de la montagne de Saint-Gcrmain-en- 
Laye,a décrépité, blanchi, fondu en sentant beaucoup le soufre. 



Digitized by Google 



EXPÉRIENCES AU GRAND VERRE ARDENT. 309 
9V EXPÉRIENCE. — ARGILE. 

Argile grise mêlée de gypse, de la même montagne; fondue en un 
verre noir. 

DU M SEPTEMBRE 177i. 

Vent ouest, cid beau avec nuage», lendemain d'un orage; à midi et demi. 
Baromètre, «8 p. Thermomètre du hangar, «7*. 

95*. — JADE. 

Un morceau de jade; fondu aussitôt que présenté au foyer, en bouil- 
lonnant avec une odeur légèrement animale, en un verre noir, très- 
poli et très-brillant. 

96*. — ROUSSIER. 

Ln morceau de mine de fer dite roussier, ou mine d'or de Pon toise et 
des Pères de la Trappe, pierre grenue, sableuse, colorée par de l'ocre, 
présentée au foyer, a noirci; la partie d'ocre s'est fondue et a formé 
un enduit vitrifié sur les grains de sable; beaucoup de parties sont de- 
venues attirables à l'aimant. 

DU 13 SEPTEMBRE 1772. 

Ciel beau avec nuage*, vent est; à 10 heures 1/9. — Baromètre, 98 p. 1 I. i/s. 
Thermomètre du hangar. 17*. 

97*. — ARGENT. 

De l'argent de coupelle, mis dans un creux d'un grès blanc dur, a 
fondu très-promptement; peu de temps après on a remarqué à sa sur- 
face une pellicule comme poudreuse, blanchâtre, qui s'agitait insensi- 
blement; le bouton s'est nettoyé, et la poudre en a gagné le bas; l'ar- 
gent a été tenu pendant 3o minutes sans autre changement; an boni 
de ce temps on a essayé de le couler; mais, outre qu'U se figeait en peu 
de temps, il paraissait adhérent à son creux au point qu'en le secouant 
on n'a pu en faire tomber que quelques gouttes, qui n'offraient rien de 
particulier. 



310 MÉMOIRES DE LAVOISIEM. 

Le tour du creux, vu à la loupe, paraissait demi-fondu, d'un olive 
foncé et tout parsemé de parcelles d'argent. 

Pendant que cet argent a été au foyer, il ne paraissait pas fumer 
sensiblement, mais quand on remuait le support, on voyait une petite 
fumée blanchâtre pendant quelques instants. 

98* EXPÉRIENCE. IRGENT. 

On a fondu un petit bouton du même argent sur un charbon, et on 
la laissé exposé au foyer pendant dix minutes; on a observé à sa sur- 
lace des matières ternes et poudreuses très-minces; il s'exhalait conti- 
nuellement une fumée assez épaisse qui paraissait envelopper le bouton 
d'argent et en sortir, laquelle était accompagnée d'une vapeur légère, 
semblable à la flamme du charbon; ce charbon, après qu'il a été éteint, 
vu à la loupe, s'est trouvé tout parsemé d'une infinité de particules 
d'argent; le même bouton, porté à la balance, pesait après l'opération 
:?9 grains | un peu fort; il a été remis sur le même charhon pendant 
vingt-cinq minutes: repassé à la balance, il pesait a 6* grains ~ et ~. 

On a observé la même fumée que la première lois; étant refroidi, 
nous avons trouvé vers le bas un peu de scorie ressemblant un peu à 
du mâchefer pour le coup d'œil, et un endroit vitrifié verdâtre, demi- 
opaque ressemblant à du jade. 

W. - CHARBON. 

JSota. Un charbon, mis toul seul ensuite au foyer, a d'abord décrépite" et un peu 
fumé, ensuite on a aperçu la flamme légère qui lui est propre, mais sans aucune 
fumée épaisM> comme celle qu'on avait vue sur l'argent. 

100". — GYPSE. 

Une petite coupelle de gypse a été chauffée doucement hors du 
foyer pendant un quart d'heure et a un peu fumé; ensuite mise au foyer 
elle s'est gercée, a pris beaucoup de retraite, s'est fendue en plusieurs 
endroits, et enfin s est fondue aussi en plusieurs endroits en une ma- 
tière qui avait des soufflures, et qui formait des masses blanc de lait 



Digitized by Google 



EXPÉRIENCES AU GRAND VERRE ARDENT. 311 

demi-transparentes comme de la porcelaine. Comme les fentes n'al- 
laient point d'abord jusqu'au bas de cette coupelle, on a mis dedans 
un peu d'or à ai carats, pareil à celui des expériences précédentes. 
Cet or, ayant été fondu en un instant, s'est formé en globule, et s'est 
agité en différents sens avec des mouvements irréguliers, et plus sen- 
sibles que tous ceux qu'on avait aperçus dans les expériences précé- 
dentes. 

La coupelle s'étant fondue tout à fait, on n'a pas pu continuer cette 
expérience. 

I0r EXPÉRIENCE. - COUPELLE D'OS CALCINÉS. 

Une coupelle d'os calcinés, exposée par degrés au foyer, a noirci, 
s'est un peu fendue, et a promptement fondu en un verre brun, comme 
celui des bouteilles à vin. 

102*. — PIERRE CALCAIRE. 

Pierre à bâtir, ou moellon calcaire des environs de Paris; s'est gercée, 
beaucoup creusée à l'endroit du foyer, et l'intérieur de ce creux était 
tout tapissé de boutons fondus demi-vilrifiés. 

103*. — SPATH. 

Un spalb d'un filon de mine de plomb des environs de Giromagny. 

104*. - BLENDE. 

Une blende des environs de Giromagny, nommée telle par les mi- 
neurs; fondue très-promptement en une matière noirâtre de couleur 
de mâchefer, et très-attirable par l'aimant. 

105*. - MINE DE FER. 

Une mine de fer (donnée par M. Lcvasseur), ayant une cavité rem- 
plie d'une matière argentine. 

I0€'. - OCRE. 

Ocre des nouvelles eaux de Passy; fondue en matière ferrugineuse, 
noirâtre, scorifiée, très-attirable par l'aimant. 



313 



MÉMOIRES DE LAVOISIBR. 



lOr EXPÉRIENCE. — MARBRE VERT POIREAU. 

Marbre vert poireau (donné par M. Lcvasseur), fondu très-promp- 
lement en verre noirâtre. 

108*. - MARBRE VERT ANTIQUE. 

Marbre vert antique (M. Lcvasseur); fondu en matière opaque, d'un 
brun foncé de couleur chocolat, attirable par l'aimant. 

Not*. L'endroit fondu par le foyer avait éié scié; à remettre sur une surface que 
le fer n'ait pas touchée. 

DU 16 SEPTEMBRE 1772. 

Ciel beau avec nuages, vent nord. — Baromètre. 98 p. 9 I. Thermomètre (?). 

Vers 1 1 heures t/a. 

109'.— OR. 

On a mis de l'or à xh carats dans le creux d'un charbon; il s'est 
fondu en un instant; le bouton pesait envirou un gros; il s'est couvert 
en peu de temps d'une pellicule terne qui tournoyait tantôt d'un sens, 
tantôt de l'autre, avec plus ou moins de rapidité. Au bout de cinq à six 
minutes on a aperçu un peu de verre au milieu de cette pellicule; on a 
aperçu aussi une fumée assez épaisse qui paraissait sortir du bouton 
d'or. 

On l'a laissé figer; la pellicule au milieu de laquelle était la vitrifi- 
cation paraissait comme de l'or mat. La vitrification, vue à la loupe, 
était parsemée à sa surface de petits grains d'or, et le charbon qui ser- 
vait de support était aussi tout parsemé de petits grains d'or. Le reste 
de la surface supérieure du globule d'or paraissait, à la vue simple, de 
• ouleur noirâtre, et à la loupe comme couvert d'une scorie demi- 
vitrifiée. La partie inférieure du bouton d'or qui touchait le charbon 
éhiil de couleur de bel or jaune. 

1 1 0'. — OR ET PLATINE SUR UN CHARBON'. 

On a mis 26 grains d'or fin avec six grains de platine dans le creux 



Digitized by Google 



EXPÉRIENCES AU GRAND VERRE ARDENT. 313 

d'un charbon; l'or s'est fondu très-promptement et a entraîné le platine 
dans sa fusion. Les grains de platine paraissaient se jeter sur la surface 
de l'or, comme des grains de limaille sur l'aimant: le tout s'est mis 
sur un seul globule, qui s'agitail, se tournait, se couvrait d'une pelli- 
cule; il s'est formé dans la partie latérale inférieure un petit globule 
séparé, qui était attaché à la surface du plus grand, était emporté dans 
sa rotation, et ne s'y est point confondu. Le bouton étant refroidi, re- 
passé à la balance d'essai, avait perdu \ grain i; il était dans la partie 
supérieure d'une couleur plombée, et jaunâtre dans la partie qui tou- 
chait le charbon; la partie plombée ayant été ralissée avec un couteau, 
l'or a paru dessous d une couleur plus pâle et moins belle que celle de 
l'or pur. 

L'alliage de a h grains d'or (in avec G grains de platine formait un 
bouton recouvert, dans toute sa surface contiguë à l'air, d'une croûte 
telle qu'elle a été décrite. 

Le demi-globule qui y était adhérent latéralement, sans s'y être 
mêlé, était si dur que la lime ne pouvait presque point mordre dessus. 

Le dessus du bouton d'alliage contigu au charbon avait une couleur 
de cuivre jaune qui, dans quelques endroits, tirait beaucoup sur celle 
du cuivre rouge, comme cela arrive dans des alliages de similor. Ce 
bouton ayant été frappé de quelques coups de marteau sur le tas d'a- 
cier, le tubercule dont on a parlé s'est détaché, et l'endroit où il était 
adhérent s'est trouvé très-net, très-brillant et de la couleur du beau 
cuivre jaune. 

La surface intérieure, concave et moulée sur la convexité du bouton 
d'alliage, était assez lisse, un peu brillante et de couleur noirâtre, un 
peu métallique, avec quelques soufflures. Réduite en plus petites par- 
ties dans un mortier de porcelaine, ses parcelles n'étaient point sensi- 
blement attirées par le barreau aimanté. 

Le bouton d'alliage a souffert quelques coups de marteau sur le tas 
d'acier sans se gercer; mais, quand il a commencé à être aplati environ 
jusqu'à l'épaisseur d'une demi-ligne, il s'est formé des gerçures sur les 
bords; l'intérieur de ces gerçures était grenu, mais d'un grain assez fin. 

m. 4o 



314 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

La surface, ayant été nettoyée avec une lime douce, a paru de cou- 
leur de beau cuivre jaune. 

La fine limaille qui en a été détachée s'est attachée au barreau ai- 
manté. 

IIP EXPÉRIENCE. — CREUSETS DE SAINT-GOBMN. 
Creusets de la glacerie de Saint-Gobain; fondus avec difficulté. 

M 2*. - TERRE A PIPE. 

Terre à pipe des environs de Dieppe, employée en Hollande pour 
faire des pipes; fondue avec difficulté. 

113'. — CREUSETS D'ALLEMAGNE. 

Creusets d'Allemagne; fondus avec difficulté. 

Not*. Il était a heures 1/2 quand on a expose" ces dernières matières, et l'air 
■fêtai! pas bien pur. 

DU 2 OCTOBRE 1772. 

Soleil un peu voilé par des vapeurs et nuage» léger», vent ouest. — Baron). »8 p. * I. i/a. 

Therniom. i5* i/». 

MA'.— MINIUM. 

On a mis du minium sur un grès dur; fondu aussitôt que présenté 
au foyer avec beaucoup de fumée et réduit en litharge très-brillante. 

Il 5-.- MINIUM. 

Autre portion de minium sur un tesson de creuset: converti de même 
en litharge très-brillante. 

1I6\ — MINIUM. 

Autre portion de minium aussi sur un tesson de creuset et tenue 
pendant huit minutes; elle a rongé le creuset et a fail avec lui un beau 
verre de plomb. 



Digitized by Google 



EXPÉRIENCES AU GRAND VERRE ARDENT. 315 



117* EXPÉRIENCE. — MINICM. 

Lne plus grande quantité «lu même minium dans une capsule de 
porcelaine dure et tenu pendant douze minutes; converti en litharge 
brillante. Point de verre de plomb, parce que le creuset n'était point 
rongé. 

Notji. Toutes ces lithargcs étaient en écaille» brillantes n leur surface, et striées 
intérieurement; elles avaient en plusieurs endroits la couleur du soufrt- fondu, et 
dans aucune de ces expériences nous n'avons trouvé du plomb réduit. 

I18\ — SPATH PESANT EN LAMES. 

Du spath pesant, en lames blanches et opaques, des environs de 
Giromagny, mis au foyer, a décrépité, a paru se calciner comme un 
gypse. L'intervalle des lames a paru noircir et s'est fondu le premier, 
après quoi ce spath lui-même a fondu en une espèce de verre blanc 
opaque. Comme le spath parait le plus pesant de tous ceux qui ont été 
précédemment exposés, on l'a mis dans le creux d'un charbon; il s'y est 
fondu de même et avait une saveur très-marquée de foie de soufre cal- 
caire, et celui qui n'avait pas élé dans le charbon avait une saveur de 
chaux vive. Pendant ces deux expériences on a senti l'acide sulfureux, 
particulièrement dans l'expérience sur le charbon. 

119". - MERCURE PRÉCIPITÉ PEH SE. 

Du mercure calciné, uoirïuié communément précipité per se, donné 
par M. Cadet, exposé dans le creux d'un grès dur, jaillissait continuel- 
lement en parcelles comme une pluie; la pince de fer avec laquelle on 
tenait le grès était toute couverte d'une poussière en partie rouge, en 
partie grise, qui. vue à la loupe, était, la première, du mercure préci- 
pité per se, et la seconde, des globules de mercure revivifié; la poudre 
reçue sur un papier élait en partie rouge et en partie grise, c'est-à- 
dire du mercure revivifié. Nous avons attribué cette revivification à l'at- 
touchement du fer: ce que nous vérifierons. 



31 fi 



MÉMOIRES DE LAVOIS1ER. 



120' EXPÉRIENCE. — SPATH PESANT D'AUVERGNE. 

In autre spath pesant, d'Auvergne, mis dans le creux de charbon, 
u fondu en masse blanche opaque, peu compacte, comme celui ci- 
dessus, avec des vapeurs sulfureuses; on n'y a rien trouvé de métallique, 
ft la matière fondue avait une forte saveur de foie de soufre terreux. 

191*. - CHAIRE ARTIFICIEL 

Du cinabre artificiel (donné par M. Cadet), mis au foyer, s'est éva- 
poré en entier avec une forte odeur de soufre brûlant; il n'est rien resté 
dans le trou du grès sur lequel il était. 

1 22*. - MERCI RE. 

Du mercure revivifié du cinabre, mis dans une capsule de porcelaine 
dure, s'est évaporé en entier sans aucun résidu. 

1)1 fi OCTOBRE 1772. 

Il a fait un brouillard as*ei é|wiis ce matin; il est maintenant tlUsipl. mab le temps nest 
pas enrore pnrfniteriMvit net. à io heures 3o minutes. — Baromètre, <>'i p. h I. Thermo- 
mètre, n" 

123*. — VERDET. 

Du verdel exposé au foyer a laissé échapper une fumée épaisse avec 
une vive odeur de vinaigre radical; le verdel a beaucoup diminué 
de volume; ce qui est resté, après la dissipation de l'acide, a formé un 
émail brun qui a enduit les tessons du creuset. Cet émail renfermait 
des portions de grenaille de cuivre arrondie. 

124'. - RLENOE OU SCIIORL. 

Une matière noire en feuillets, ressemblant à du schorl ou à de la 
blende médiocrement pesante, a souffert pendant dix minutes l'action 
du foyer sans altération sensible. La matière paraissait commencer à 
entrer en fusion à la surface, mais l'cficl n'augmentait pas. 

dette matière nous avait été donnée comme de la blende du Li- 
mousin. 



EXPÉRIENCES AU GRAND VERRE ARDENT. 



125* EXPÉRIENCE. — BLENDE OU SCHORL. 
La même matière a été mise en poudre grossière et placée sur le 
même tesson; elle a paru commencer à se liquéfier à sa surface; mais 
le tesson a fondu; il a incrusté la matière, mais sans se combiner 
avec elle. 

126*. — BLENDE 01) SCH0RL. 

lu petit morceau de In même matière, sur un charbon, a fondu 
un peu mieux et a formé goutte du côté du soleil; mais, quoique le mor- 
ceau fut fort petit, on n'a pu arriver à une fusion plus complète. Le 
petit bouton refroidi était très-dur; cassé, il présentait intérieurement 
une matière de même nature qu'avant d'avoir été fondu et qui avait 
même un peu plus de brillant métallique. 

127*. - SEL NEUTRE ARSENICAL. 
Le sel neutre arsenical, exposé au foyer sur un charbon, fond aus- 
sitôt avec beaucoup de vapeurs d'arsenic. 

128'. -SE!. NEUTRE ARSENICAL. 

Le même, sur un tesson de creuset, se calcine comme l'alun sans 
se fondre; il a un peu décrépité et commencé à fondre avec le creuset 
lorsqu'on l'a présenté parle côté; point de vapeurs arsenicales. Il en est 
résulté un émail qui, en refroidissant, s'est fendillé en petites lames 
comme un spath. 

129". — SEL NEUTRE ARSENICAL. 
Le même, sur le grès ( pierre), s'est calciné et a fondu par le côté sans 
vapeurs arsenicales. 

t3<T. - PRÉCIPITÉ RLANC. 

Le précipité blanc s'est exhalé entièrement. 

1S1*. — TLRBITII MINÉRAL 
Du turbith minéral (de M. Cadet), sur du grès dur. a noirci sur-le- 



sis MÉMOIRES DE LAVOISIEB. 

champ, a bouillonné en fumant beaucoup; presque tout s'est dissipé, 
il est resté seulement une matière blanche, verdâtre, fondue et poreuse 
comme une fritte. 

132' EXPÉRIENCE. — TURBITH MINÉRAL. 

Le turbitli minéral, dans le creux d'un charbon, a présenté les 
mêmes phénomènes, à l'exception des vapeurs, qui étaient ici très-sul- 
fureuses, et a laissé sur le charbon un peu de verre noir très-bien fondu. 

133'. — CINABRE. 

Le cinabre artificiel , sur un grès (pierre), a donné beaucoup d'odeur 
de soufre et s'est évaporé sans résidu. 

134'. - PRÉCIPITÉ VERT. 

Le précipité vert a beaucoup donné de vapeurs d'acide nitreux; le 
cuivre s'est réduit, puis fondu avec le support, qui était d'un grès tendre , 
en noir et vert. 

135*. SOUFRE NATIF. 

Soufre rouge natif (donné par M. le baron de Bormas); a beaucoup 
fumé, donné des vapeurs sulfureuses, a laissé une vitrification d'émail 
noir. 

136*. - PIERRE HÉMATITE. 

La pierre hématite en poudre, sur du grès dur, a fumé et s'est 
fondue en une masse noire très-attirable par l'aimant. 

137*. — ÉMERI. 

L'émeri, fondu en même matière attirable à l'aimant. 

138*. — PORPHYRE. 

Le porphyre, fondu en un instant en un verre noir très-peu attirable 
à l'aimant. 

139*. - ARGENT. 

De l'argent de coupelle, mis sur un charbon, s'est fondu prompte- 



Digitized by Google 



EXPÉRIENCES AU GRAND VERRE ARDENT. S19 

ment, a fumé continuellement et s'est couvert d'une scorie noirâtre 
demi-vitrifiée. 

liiO* EXPÉRIENCE. ARGENT. 

Du même argent, mis dans une capsule de porcelaine dure de 
Sèvres demi-cuite, et garnie intérieurement de sablon de Fontaine- 
bleau, lavé, calciné et broyé, a fumé continuellement, s'est gonflé à 
plusieurs reprises, ne se tenait point en globule bien rond, mais 
aplati, et il s'est formé autour une vitrification verdâtre. 

141'.— ARGENT. 

Mêmes phénomènes sur de la même porcelaine parfaitement cuite. • 
à l'exception du gonflement. 

ur. _ ARGENT. 
Mêmes phénomènes dans le creux d'un grès dur. 

DU 7 OCTOBRE 1772. 
Vapeurs dans l oir et nuage», vent sud. — Rarom. 98 p. n I. .1/4. Thennoni. 1 h' l/fl. 

143'. — HUILE DE VITRIOL. 

On a mis de l'huile de vitriol du commerce presque blanche dans une 
capsule de porcelaine dure de Sèvres cuite, sans couverte; elle a répandu 
une fumée très-considérable, blanche et épaisse, sans odeur d'aride 
sulfureux; on a cessé lorsque la vapeur a été évaporée aux trois quarts: 
en refroidissant, le reste de la liqueur a pénétré la capsule, et elle 
paraissait sèche; mais, lorsqu'on la représentait au foyer, elle ressuait et 
redevenait humide. 

144*.- NITRE. 

Du salpêtre de la troisième cuite, sur un tesson de creuset, s'est 
fondu en un moment, a donné des vapeurs d'acide iiitreux; le tout s est 
imbibé dans le tesson. 



320 



MÉMOIRES DE LAVOISIER. 



14V EXPÉRIENCE. - SEL DE GLAURER. 

Le sel de (Jlauber, sur du {jrès (pierre), s'est fondu avec assez de 
facilité on répandant une légère odeur d'acide sulfureux. Cette odeur 
a bientôt cessé, et il ne restait plus que quelques vapeurs sans odeur; 
le sel n'était bien fondu que dans le centre du foyer; il a pénétré en 
partie le support, dont aucune partie n'a cependant été fondue. Le 
njste du sel formait une plaque blanche paraissant composée de rayons 
dirigés vers le centre. 

146- - TARTRE UTRIOLÉ. 

Le tartre vitriolé, sur un pareil support, a fondu, un peu plus 
dillirilement «pie le sel de dauber, en une matière blanchâtre demi- 
transparente et comme demi-vitrifiée. 

147*. — RUBIS. 

Ln rubis (apporté par M. Mitouart) , d'une couleur assez pâle el assez 
inégale, a été exposé au foyer sur un grès dur; il n'a pas fumé, ni 
fondu, ni perdu sa couleur; il était seulement un peu attaché à son 
support. 

148'. ARGENT. 

De l'argent tin de coupelle, fourni par M. Tillct à M. Brisson, et 
qui a servi à ce dernier pour en déterminer la pesanteur spécifique, a 
été exposé au loyer dans le creux d'un grès (pierre) dur; il a fumé 
constamment pendant tout le temps qu'il y a été, et cette fumée était 
fort épaisse; on n'y a aperçu aucune odeur sensible. 

On a exposé à celte fumée une pièce de cuivre limé; elle a paru un 
peu blanchie, mais cela est douteux. 

L'argent est resté vingt minutes au foyer; après son refroidissement, 
il s'est trouvé en partie recouvert de grains de grès demi-vitrilié et 
verdâtre; l'endroit du grès sur lequel posait l'argent était verdâtre, 
demi-fondu autour; il y avait une teinte rouge briquetée, parmi la- 
quelle ou distinguait une quantité considérable de globules d'argent: 



EXPÉRIENCES AU GRAND VERRE ARDENT. SU 

le globule d'argent était si adhérent au grès qu'on n'a pu le détacher 
avec un couteau. 

On a fait tomber le foyer sur quelques-uns des endroits rouges; ils 
ont perdu cette couleur et sont devenus jaune verchUre. 

149* EXPÉRIENCE. - MATIÈRE PERLÉE DE KERkRINGlUS. 

La matière perlée de Kcrkringius, sur un grès (pierre), se fond avec 
facilité et presque sur-le-champ; il s'en élève des matières fort consi- 
dérables ; elle fond en un verre jaunâtre qui se dissipe avec le temps. 

1 50*. — MATIÈRE l'ERLÉE DE KERKRIVGIL'S. 

La même matière exposée sur un charbon s'est fondue sur-lo-champ; 
il s'en est élevé des vapeurs arsenicales, et l'antimoine s'est revivifié en 
un beau bouton ; il y a dans cette réduction une effervescence fort con- 
sidérable. 

IM*. - FLINT-GLASS. 

Du Dint-glass d'un objectif cassé, donné par M. l'abbé Bouriol, s'est 
fondu avec un peu de difficulté; il a formé une goutte qui a noirci 
presque sur-le-champ. Il a fumé parce que le plomb se dissipait, et, 
enfin, au bout de deux minutes, le verre est devenu parfaitement 
blanc : ce n'était plus alors qu'un verre ordinaire. 

152'. - TOPAZE DU BRÉSIL. 

Une topaze du Brésil, d'un jaune très-pâle, a été exposée au foyer 
pendant environ deux minutes; elle y a perdu toute sa couleur cl est 
devenue absolument blanche; mais, en refroidissant, elle a pris une 
couleur rouge pâle. 

Cette expérience demande à être répétée pour s'assurer si réellement, 
quand elle est chaude, elle est décolorée. 



322 



MÉMOIRES DR LAVOISIER. 



DU 16 OCTOBRE 1772. 

Ciel lieau sans nuages, aver un peu de brouillnnl. — Baromètre. a8 p. 4 I. 

Thermomètre, i j*. 

153- EXPÉRIENCE. - TERRE TALQUElSE. 

Terre noire comme bitumineuse cl talqucuse de la mine Saint- 
Jacques-Sainte-Marie; elle se gonfle au foyer et se fond presque sur-le- 
champ en un verre noir avec une légère odeur de soufre, comme il 
arrive à l'ardoise. 

15V. -MINE DE FER. 

Mine de fer en roche, brillante , qui teint les doigts comme la san- 
guine, des bois de la communauté de Viche, dans les Vosges. Avant la 
combustion, elle contient quelques particules altirablcs à l'aimant; 
i-xposée au foyer, elle y fond avec un peu de difficulté et donne du fer 
attirable à l'aimant. 

155". - SPATU FUSIBLE. 

Du spath fusible très-blanc, par lames, des environs de Sainte- 
Marie-aux-Mines, mis sur un grès, décrépite avec vivacité, se calcine, 
mais sans se fondre et sans odeur. Sur un charbon, il s'humecte, fuse 
avec une odeur vive de soufre; mais, quand l'odeur est passée et que 
l'acide est dissipé, la matière cesse d'être en fusion et ne forme plus 
qu'un foie de soufre à bas« terreuse. 

156*. — PÂTE DE PORCELAINE DE M. DE LAURAGUA1S. 

De la pâte crue de la porcelaine de M. de Lauraguais, mise en poudre 
sur un grès dur au foyer, s'est fondue en un verre cristallin, blanc, trans- 
parent, avec des bulles. 

157'. — SPATH CL'BIQl'E. 
Du spath Cttbiqae d'un blanc jaunâtre transparent, des environs de 



EXPÉRIENCES AU OR AND VERHE ARDENT. 



Giromaguy, accompagnant un filon de mine de plomb, mis en pondre 
sur un grès, n'a pas fondu ; remis dans le creux d'un charbon, il s'est 
fondu avec facilité en une boule de verre très-ronde, transparente tant 
qu'elle est demeurée en fusion, et qui est devenue d'un blanc opaque 
• en se figeant. 

Nota. Pendant que celte matière était en fusion, elle bouillonnait lorsqu'un 
soufflait dessus et, alternativement, elle devenait noire, et ce noir se tirait comme 
un rideau pour faire place au blanc. 

158- EXPÉRIENCE. — SPATH FUSIBLE EN LAMES LENTICULAIRES. 

Spath en lames lenticulaires posées de champ, de Sainte-Marie-aux- 
Mines, chaufTésur un grès, ne donne aucune marque d'altération; dans 
le creux d'un charbon , il a pris de la retraite sans se fondre complète- 
ment, et une couleur jaune sans odeur de soufre ni de foie de soufre. 

159*. MINE DE CUIVRE JAUNE, COULEUR D'OR. 

De la mine de cuivre jaune doré de Saintc-Marie-aux-Mines, sur un 
grès, a fondu sur-le-champ, avec beaucoup de vapeurs sulfureuses, en 
une espèce de matle aplatie, au milieu de laquelle il y avait une lame 
de cuivre qui paraissait assez pure. 

I6(T. - GRANIT ROUGEÀTRE. 

Granit rougcàtre à grains fins et pointus d'un brillant de verre, pris 
à une butte entre le champ Mersen et Narville; fondu et vitrifié, la 
partie rougedtre, qui parait spatheuse, en un verre très-blanc, un peu 
laiteux, et la partie noire, en un verre d'un vert foncé, bien transpa- 
rent et un peu altirable par l'aimant. 

161'. — ESPÈCE D'ÉMERI. 

Pierre très-dure ayant l'apparence d'émeri, prise dans la forêt «le 
Saint-Germain, au bas «le Poissy (donnée par M. Odelin); fondue dif- 
ficilement en un verre noir. 

Cette pierre, qui est de couleur brune un peu brillante, n'est point 

Ai. 



m MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

attirable à l'aimant avant d'avoir été exposée au foyer et l'est devenue 
ensuite. 

162* EXPÉRIENCE. CRAYON NOIR. 

Crayon noir dit vulgairement mine de plomb, dans du quarts, des . 
mines de Château -Lambert, dans les Vosges; a fumé avec vapeurs 
âercs sentant un peu le soufre et l'arsenic, s'est simplement calciné sans 
fondre. 

163*. SPATH FUSIBLE WJ IHU'SKN. . 

Spath fusible, fluor ou drusen des mines de Saint-Nicolas, près 
Sainte-.Marie-aux-Mines, mis en poudre dans le creux d'un charbon; 
fondu prornptemcnt en un globule de verre vert noirâtre très-lisse. 
Seul, sans support, a un peu fumé, est devenu très-noir comme du 
charbon de bois; point attirablc par l'aimant. 

Nota, i" L'intérieur de la boule de verre lisse ci-dessus était caverneux, d'un 
coup d'œil noirâtre, un peu métallique, ressemblant à du niàcliefer. 

a" Ce spath, quoique en poudre très-fine, décrépite, noircit, et saute singulière- 
ment dès qu'il est chauffé. Remis une seconde fois au foyer dans le creux d'un char- 
bon , il n'a pas fondu. 

164'. SPATH BLANC 

Un spath blanc de la vallée Saint-Philippe, près Sainte-Marie-aux- 
Mines, mis en poudre dans le creux d'un charbon, a noirci d'abord, 
a ensuite un peu blanchi, s'est peloté, mais n'a point fondu et est resté 
de couleur jaunâtre. 

165*. - PORCELAINE DE M. DE RÉAUMUR. 

Du cristal de Saint-Gobain qui avait été cimenté dans du sable et 
devenu blanc laiteux comme la porcelaine de M. de Réaumur, mis au 
foyer, a fondu en verre transparent, un peu verdâtre. 

166". — GRANIT. 

Un granit rempli de mica a fondu en un verre noir. 



EXPÉRIENCES AU GRAND VERRE ARDENT. 



325 



DU 17 OCTOBRE 1772. 

<!iel henu nvw quelques nuoges minces et e'pars, el un jmmi du vapeun; venl. 
Bnromètrc. 18 |>. h I. — Thennom&rc, \h* 3/â. 

167* EXPÉRIENCE. - ARGENT. 

On a chauffé pendant longtemps une lame d'argent au titre, sans la 
mettre précisément au foyer; elle a môme eu assez chaud pour être 
fondue et percée dans un endroit. Après cela, elle n'a point paru altérée 
dans sa couleur; il n'y paraissait aucune nuance extraordinaire, si ce 
n'est un peu de noir dans quelques endroits. 

168*. - ARGENT. 

On a fait la même expérience sur une autre lame d'argent lin à 
ii deniers, aucune couleur extraordinaire. 

169*. — ARGENT. 

On a exposé ces deux mêmes lames au-dessus d'un gros charbon qui 
était au foyer; l'argent n'a pris par là aucune autre couleur et a con- 
servé son blanc ordinaire. 

Enfin on a exposé la lame d'argent fin au-dessus d'un certaine quan- 
tité d'or qui était fondu au foyer dans le creux d'un charbon. Cet or a 
fumé par intervalles, et la lame d'argent s'est trouvée enduite d'une 
couleur jaune qui, vue à la loupe, était un assemblage d'un nombre 
infini de globules d'or infiniment petits. 

1 70*. — ARGENT. 

La même expérience a été réitérée dans un autre moment; la lame 
d'argent fin s'est enduite de couleurs dorées, pourpres et noires; ces 
dernières ne paraissaient provenir que de l'intensité du pourpre. 



MÉMOIRES DE LAV018IER. 



OU 18 OCTOBRE 1772. 
Même temps qu'hier 17. le soleil étant nébuleux. 

171' EXPÉRIENCE. — JASPE. 

Caillou du bord du Jard, près Plombières, nommé, jaspe sur le lieu; 
s'est comporté comme les agates. 

173*. - PIERRE PARTICULIÈRE. 

line pierre blanche, dure comme le marbre, ne faisant point effer- 
vescence avec l'acide, des environs de Plombières, n'a pas fondu. 

173'. — ESPÈCE DE MICA NOIR. 

Matière ayant l'apparence d'un mica noir ferrugineux et luisant, des 
environs de Sainte-Marie-aux-Mines, un peu atlirablc à l'aimant en 
cru; fondue en une espèce de scorie ferrugineuse très - attirable à 
l'aimant. 

174V — MINE DE PLOMB OU C ALÊNE. 

Mine de plomb de Bellegarde, près Namur, bocardéc et lavée, dans 
le creux d'un charbon; a donné beaucoup de vapeurs de soufre et 
fourni un beau bouton de plomb. 

t75\ — PIERRE POURRIE D'ANGLETERRE. 

Pierre pourrie d'Angleterre, celle qui sert à polir; fondue en un 
verre vert transparent, avec une odeur d'acide marin. 

I7Ô\ MINE DE FER. 

De la mine de fer en petits morceaux couleur de rouille de fer, rou- 
geiltre, de la mine des Violettes, paroisse des Ajors, pour le fourneau 
de Ruffec, espèce de mine lavée, mise au foyer, a fondu sur-le-champ 
en véritable fer attirable à l'aimant. Le fer était dans l'étal de gueuse. 
La mine, avant d'être exposée au foyer, n'était nullement attirable. 



Digitized by GooqU 



EXPÉRIENCES AL GRAND VERRE ARDENT. 327 



177' EXPÉRIENCE. MINE DE FER EN GRAINS. 

De la mine de Marault dans le Bassigny, en petits grains noirâtres 
non attirables, a fondu sur-le-champ en un fer de. fonte attirable à 
l'aimant; il paraissait que toute la mine était convertie en fer, sans qu'il 
restât de matière étrangère. 

178*. — MINE DE FER. 

La mine de fer de Fontaine-Française, en Bourgogne, en morceaux 
irréguliers brunâtres, dont quelques fragments sont attirables à l'ai- 
mant, a fondu avec facilité, et le fer en provenant était également cas- 
sant et attirable à l'aimant. 

DU 28 SEPTEMBRE 1772. 
Soleil un peu pâle, avec nuage» et vapeurs dan» l'air, à 1 1 heures 3/à. 

179*. - CHAUX D'ÉTAIN. 

Chaux d'élain, donnée par M. Rouelle et apportée par M. Odelin, 
mise sur un grès tendre talqueux ; fondue très-promptement avec fumée . 
sans aucune végétation ni chaux, en un verre transparent et compacte, 
brillant, sans soufflures comme le verre de plomb. 

La môme, mise sur du grès blanc dur, a fondu de même, mais *-n 
émail transparent. 

«80-. - BLENDE. 

Espèce de blende venant du Limousin, donnée par Millot, n'a poinl 
éprouvé de changement au foyer. 

181V - CHAUX DE FER. 

Chaux de fer provenant du résidu de la distillation de I eau-fort* 
par le vitriol, qui u était point attirable par 1 ,u tuant, mise au foyer 
dans le creux d'un grès dur; s'est fondue en une espèce de mâchefer 



328 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

vitrifié, qui, détaché avec un morceau de silex pour éviter le fer, «est 
trouvé très-allirable à fumant. 

182* EXPERIENCE. -OR. 

De l'or a été mis dans une petite capsule de pâte de porcelaine, 
enduite intérieurement de sahlon blanc bien broyé et bien calciné; cette 
capsule n'était point cuite, mais avait été Bêchée pendant plus d'un 
mois et tenue d'abord dans le cône hors du foyer, mais dans un endroit 
fort chaud pendant un quart d'heure, et ensuite au foyer même, aussi 
pendant un quart d'heure; l'or s'est fondu très-promplement dans cette 
capsule et s'est enduit d'un peu de poudre du sahlon qui en garnissait 
l'intérieur; au surplus, il est resté en fonte tranquille, pendant plus de 
vingt-cinq minutes, sans que nous y ayons remarqué aucun mouvement 
ni aucune fumée. Après avoir été figé, il était en un globule encore 
recouvert de parties sableuses, entre lesquelles on voyait, a la loupe, 
la surface de l'or très-brillante. 

Il y avait dans l'intérieur de la porcelaine des impressions circulaires 
jaunes et pourpres; vus à la loupe, les endroits jaunes nous ont paru 
un assemblage d'une infinité de parcelles d'or, mais d'une petitesse 
extrême ', 

183*. HYACINTHE. 

De l'hyacinthe très-peu atlirahle a donné un léger signe de fusion au 
bout de quelques minutes, et, au bout d'un quart d'heure d'exposition, 
elle était presque liée, mais non pas en une masse vitreuse parfaite; 
après le refroidissement, elle n'était point atlirahle. 

DU 1" OCTOBRE 1772. 

Ciel beau avec nuages, vent ouest-nord-ouest . à 1 1 heures 
Baromètre. 98 p. Thermomètre, ih'. 

18V. - TURQUOISE. 

L ne turquoise exposée au foyer a donné d'abord une fumée sentant 

' A voir au 



Digitized by Google 



EXPÉRIENCES AL' fi I) A X I) VERRE ARDENT. 399 

les os brûlas, s'est éclatée en plusieurs morceaux, et a fondu promp- 
tement en une fonte fluide comme de l'eau et bouillonnante comme de 
la friture un peu bumide; il en soi lait en même temps des jets en 
forme de gerbe. 

Après le refroidissement, cette turquoise avait conservé sa couleur el 
était en une masse opaque assez compacte, et, vue à la loupe, toute cou- 
verte d'aiguilles entre-croisées qui paraissaient cristallines et transpa- 
rentes. 

185' EXPÉRIENCE. MINE D'ÉTAIN. 

In morceau de cristal d'étain mis sur un tesson de creuset a décré- 
pité au foyer, mais n'a pas fondu; il est resté en cristal transparent 
comme une hyacinthe. 

Le même cristal, mis dans le creux d'un charbon, a fumé considé- 
rablement; cette fumée, qui était fort épaisse, n'avait aucune odeur de 
soufre ni d'arsenic; en même temps le cristal est entré en bonne fonte: 
l'étain s'est réduit; il était, après le refroidissement, couvert d'une 
scorie grisAtre, et les bords du creux du charbon étaient garnis de 
fleurs jaunes et blanches. 

\m: CHAI \ D'ÉTAIN. 

De la chaux d'étain calcinée par l'acide nitreux. exposée sur un grès 
dur, a fumé beaucoup. Celte fumée avait une odeur Acre et comme 
rance; la chaux d'étain s'est mise en végétation d'aiguilles cristallines 
très-blanches. 

187'. PIERRE D'AIMANT. 

Lue petite pierre d'aimant très-forte, mise dans le creux d'un char- 
bon au foyer, s'est fondue et s'est boursouflée considérablement; il en 
sortait de petites parcelles arrondies qui jaillissaient de tous les cotés: 
elle ressemblait A du mâchefer et n'avait plus de vertu magnétique, 
mais elle en a repris un peu en l'aimantant. 



:i30 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

* DU 10 OCTOBRE 1772. 

Ciel sans nuages, un pou de broirillnnl rurore; ver* le* 1 1 heures. vent. 
Baromètre, 98 p. i I. Thermomètre. i3' i/*. 

188* EXPÉRIENCE. ARGENT. 

Un bontftll d'argent do coupelle, pesant ~ «l'once, mis dans le creux 
d'un grès dur, s'est fondu à peine, a peu fumé, et, cependant, après 
neuf à dix minutes, il s'est trouvé attaché au grès par une vitrification 
jaune verdâtre. 

Du même arpent, mis dans le creux d'un charbon, a fondu beau- 
coup mieux et a beaucoup fumé. Nous avons exposé une lame d'or lin à 
celte fumée, et, après sept ou huit minutes, celte lame, ayant été retirée , 
s'est trouvée couverte d'une fleur blanche mate, comme si elle eût été 
exposée à la vapeur du mercure. Examinée à la loupe, elle paraissait 
couverte d'une infinité de petits globules brillants comme de l'argent. 
Km passant le doigt ou un papier sur l'endroit de cette lame (|ui avait 
été le moins chauiïé, on enlevait cette fleur, et la surface de l'or repa- 
raissait avec sa couleur; mais, dans les endroits qui avaient été plus 
chauffés, on ne pouvait enlever ainsi qu'une portion de cette Heur, et 
on distinguait à la loupe qu'il y restait une assez grande quantité de 
globules qui y étaient très-adhérents; en brunissant tous les endroits 
blancs, il en résultait une argenture des plus brillantes. 

189*. — OR. 

On a mis de l'or lin, à 26 carats aussi, dans le creux d'un charbon; il 
s'est fondu très-bien et très-promplement; il a beaucoup tourné, mais 
on n'y apercevait presque point ou même point du tout de vapeurs; 
une lame d'argent , qu'on avait tenue au-dessus de l'or en fonte pen- 
dant tout le temps de l'expérience, ne s'est point trouvée dorée. 

Nota. Il était alors midi ut demi , et, quoique le ciel fût absolument sans nuages, 
le Hileil avait très-peu de force à cause d'un reste de brouillard qui n'était pas 
encore dissipé. (Expérience à recommencer dans un moment plus favorable.) 



Digitized by Google 



EXPÉRIENCES AL GRAND VERRE ARDENT. 331 



DU 13 OCTOBRE 1773. 

Il avait beaucoup plu In veille et la nuit; fiel !>eau avec nuages; peu de vapeurs en l'air; 
vent ouest. — Baromètre, a 8 p. Thermomètre. i4'. 

190' F.XPÉRIKNCE. - OR. 

Nous avons exposé de l'or, environ quarante-huit grains, dans le 
creux d'un charbon ; il s'est, fondu en un instant comme à l'ordinaire 
et a un peu fumé. Nous avons exposé à cette vapeur une cuiller à café 
d'argent, par le côté du cuilleron : cet argent s'est enduit d'une cou- 
leur dorée dans les endroits qui avaient eu le moins chaud, noire dans 
le centre et sur les bords avec un peu de fleurs blanches sur l'extré- 
mité. On a frotté un papier blanc sur les endroits noirs, et il en a 
détaché un peu de matière pourprée. 

Nota. \m cuiller avait reçu, dans cette expérience, une chaleur assez considé- 
rable. 

( )n a réitéré cette expérience en exposant à la fumée de l'or le manche 
de la cuiller d'argent et en faisant en sorte qu'elle ne s'échauffât pas 
sensiblement; cette fois-ci le manche de la cuiller a été enduit unique- 
ment d'une poussière purpurine; le brunissoir passé sur ce pourpre 
l'enlevait sans l'incorporer avec l'argent ni l'appliquer en forme de 
dorure à sa surface. 

191*. - ARGENT. 

On a mis un petit morceau d'argent de coupelle dans le creux d'un 
grès dur; l'argent a eu peine à s'y fondre; il s'est attaché aussitôt au 
grès, en sorte que, quoique bien fondu, il ne formait point de bouton. 
Il a très-peu fumé, et la lame d'or exposée à sa vapeur n'en a pris 
aucune fleur, ni aucune argenture, quoiqu'elle y ait été pendant plus 
d'une demi-heure et par un très-bon soleil; cet argent était attaché au 
grès par une demi-vitrification verdâtre. 



m MEMOIRES DE LAVOISIBR. 

DU 14 MARS 1773. 
A midi 10 minutai. 

19-r EXPERIENCE. - FER ROUILLÉ, 

On a présenté «m foyer «lu verre ardent un morceau de fer plut 
rouillé à sa superficie et d'une ligne d'épaisseur: le fer s'y est fondu à 
l'instant même et parfaitement. 

193*. .MINE DE FER SPATHIQtfB. 

In morceau de mine de fer spatliique y a fondu aussitôt; il s'en est 
•'•levé des vapeurs blanches qui avaient une légère odeur d'esprit de sel. 

Lin morceau de la même mine qui contenait quelques grains de py- 
rite s'y est fondu également; il s'en est élevé une vapeur qui avait une 
odeur vive d'acide sulfureux, ce qui a empêché vraisemblablement d'y 
reconnaître l'odeur d'esprit de sel que nous avions remarquée dans la 
première expérience. 

194'. - TERRES 

La terre d'alun, précipitée par l'alcali fixe. 

La magnésie, précipitée par l'acide vitriolique. 

La magnésie, précipitée par l'alcali fixe. 

La magnésie, précipitée par l'alcali, du sel de scdlilz. 

Ces différents précipités blancs résistent constamment au foyer du 
verre ardent; on les a colorés chacun séparément avec un peu de noir 
d'ivoire; ces différents mélanges s'y sont fondus parfaitement. 

Les mêmes précipités blancs colorés avec du noir de fumée n'y ont 
point fondu et n'y ont point subi d'autre altération que d'y avoir perdu 
dans l'instant la couleur noire qu'on leur avait donnée. 

195'. - BORAX ARTIFICIEL. 

L'espèce de borax artificiel dont M. Cadet a donné le procédé à 
l'Académie y a boursouflé comme le borax naturel, et s'y est mis aus- 



Digitized by Google 



EXPÉRIENCES AU GRAND VERRE ARDENT. 333 

sttAt en parfaite fusion; il s'en est élevé une quantité de vapeurs dont 
l'odeur n'a rien offert de remarquable; on n'y a point distingué celle 
de l'esprit de sel, quoique cet acide soit celui qui a été employé à cette 
espèce de borax; dans le premier instant de fusion, il a donné un émail 
opaque verdâtre. Cet émail, peu de temps après, est devenu transpa- 
rent et s'est changé eu un beau verre couleur de saphir; si l'on continue 
d'exposer ce verre au foyer, il perd alors sa couleur bleue pour prendre 
celle d'aiglie marine, telle que la donne le verre de la terre du borax 
lorsqu'il est longtemps exposé au foyer. 

DU 16 JUILLET 1773. 

Le ciel était interrompu en quelque» endroits par de petits nuage*, 
le fond même n'était pas net; à midi. 

1%' EXPÉRIENCE. — ANTIMOINE DIAPHORÉTIQUE. 

On a d'abord exposé de l'antimoine diaphonique sur un charbon : 
il s'y est réduit sur-le-champ en globules. 

197'. - RECULE D'OR ET D'ÈTAIN. 

On a présenté ensuite dans une petite coupelle un régule partie 
étain, partie or, qui avait été revivifié du précipité d'or de Cassius: la 
matière s'est calcinée, a donné des flocons de laine philosophique, el 
le tour de la coupelle a été coloré en pourpre. La coupelle s'étant fondue 
et déformée, on n'a pu aller plus loin; elle avait formé, en se combi- 
nant avec la partie métallique, une cristallisation jaunâtre, dans la- 
quelle on voyait de petits prains jaunes qui paraissaient être de l'or. 

On a mis le même régule sur un grès; il n'y a pas en sensiblement 
de laine philosophique, mais l'élain s'est calciné, a formé des cristal- 
lisations blanches, parmi lesquelles on voyait des grains d'or; il \ avail 
une teinture pourpre autour. 

198'. - .MANGANÈSE. 

Du manganèse qui avait été purifié par de l'esprit de sel, et qui 
avait été donné par M. Parent, mis sur un grès, a fondu et fumé 



334 



MÊMOIRKS !)K LAVOISIER. 



avec une odeur qui tenait un peu de celle des matières animales brû- 
lées. La matière fondue était vitreuse, noire, presque comme, un verre 
d'ardoise, mais plus opaque encore et plus noire: rien n'était attirable 
à l'aimant ni avant ni après la vitrification. 

199' EXPÉRIENCE. - FLINT-GLASS ET ÉMAIL. 

On a mêlé avec sept ou huit parties de flint-glass en poudre un émail 
couleur de foie, préparé avec : minium une once et demie, sable deux 
gros, précipité cuivreux tiré du vitriol bleu par l'alcali fixe, deux gros: 
il a fondu sur-le-champ en un verre de couleur verte un peu sale, mais 
assez beau. 

2»0\ - FLINT-GLASS ET MANGANÈSE. 
Du flint-glass, mêlé avec le manganèse de M. l'aient, a donné un 
verre noir presque opaque: en le mettant en petits morceaux on en 
voyait la couleur, qui était d'un beau violet. 

SOI'. TERRE 1)1 ROR&X, 

La terre «lu borax, épuisée de sa partie gommeuse par la crème de 
tartre, a fondu sur-le-champ en une substance vitreuse, sale, jau- 
nâtre et spongieuse; il y avait autour une espèce d'efflorescence très- 
Manche qui avait un goût alcalin; sans doute c'est une portion de 
crème de tartre qui a été alcalinée. 

202\ *- MANGANÈSE. 

Une très-petite quantité de manganèse de M. Parent, combinée avec 
beaucoup de flint-glass en poudre, a donné un joli verre améthysle 
pâle. 

Le même manganèse de M. Parent, passé par l'esprit de sel, sur un 
charbon, a fondu comme sur le grès sans avoir l'air beaucoup pins 
métallique; il n'était aucunement attirable à l'aimant. 

203*. — MARCASSITE. 

La marcassite de la manufacture de faïence de Sceaux, celle qui 



Digitized by Go 



EXPÉRIENCES AU GRAND VERRE ARDENT. 335 

nasse pour donner ie beau bleu, mêlée avec beaucoup de flint-glass. 
et mise sur un tesson de porcelaine, a fondu en un beau bleu céleste 
foncé. 

La inique sur de la porcelaine, sans addition, a fumé, a donné une 
odeur désagréable un peu sulfureuse; elle a fondu en un verre noir 
avec une portion comme métallique. 

La même, dans de la poudre de charbon, a fondu en donnant une 
odeur d'arsenic très-forte et très-marquée; il est resté un bouton mé- 
tallique d'un grain fin, non altirable à l'aimant, qui ressemble beau- 
coup au cobalt. 

La mémo marcassile avant d'être fondue était tant soit peu attirai»!»- 
à l'aimant. 

On a mis en poudre le boulon métallique ci-dessus, et l'on a eu une 
poussière un peu attirable par l'aimant. 

DU a AOUT 1773. 

\jp ciel Ix'flii avw quelque* iiUBges; à 1 1 heurt». — Barom. p. i I. 3/4. Theniiwu, m 1 . 
204- EXPÉRIENCE. TERRE GLAISE. 

De la terre glaise gardée depuis environ un an dans un lieu très-ser. 
exposée au foyer, a décrépité avec une violence prodigieuse. 

205'. POUDRE DE DIAMANT. 

Un grain de poudre de diamant, dans un petit creuset de terre a 
pipe de Rouen , s'est fondu en verre gris. 

\cm. Cette terre se fond toute seule au foyer en verre transparent. 

I n grain de poudre de diamant, mis dans une capsule de porce- 
laine dure de Sèvres sans couverte, exposé au foyer, a fumé, diminué 
peu à peu de volume, s'est dissipé et n'a laissé qu'une tache jaune 
vitrifiée, provenant des matières hétérogènes dont il est probable 
que cette poudre était mêlée; elle avait été fournie par M. le baron 
de Bonnes. 



33C MÉMOIRES L)K LAVOISIER. 

De la niènie poudre de diamant, sur un morceau de grès dur, s'est 
évaporée et a laissé un enduit vitrifie, jaunâtre, comme dans l'expé- 
rience sur la porcelaine. 

iNota. In morceau de la même porcelaine, exposé seul au foyer, a résislé - «.ans 
qu'il s'y soit formé aucune vitrification, même superficielle. 

206' EXPÉRIENCE- — DIAMANT BRUT. 

In diamant brul'pesanl - ~, exposé au foyer sur de la porcelaine 
dure, s'est embrasé comme du fer rouge à blanc, a paru diminué dans 
l'espace d'environ dix minutes; après cela il était terne, et vu, à la loupe, 
il paraissait criblé de trous; repesé, il s'est trouvé du poids do •< grains 

207'. MINE DE l'LOMR BLANCHE. 

La mine de plomb blancbe de Poulawen s'est fondue en un instant 
et a répandu beaucoup de fumées, dans lesquelles nous n'avons re- 
connu aucune odeur d'acide marin. 

20*'. SABLE MAGNÉTIQUE. 

Du sable brillant, magnétique, venant d'Amérique, donné à M. Mar- 
quer par le feu archevêque de Bordeaux, s'est fondu en fumant en 
un globule cassant et scorifié, quoiqu'il fût dans un charbon; ce glo- 
bule encore chaud n'était point attirable à l'aimant; réduit en poudre 
et froid, il était attiré. 

Cette expérience a été réitérée en laissant moins longtemps au foyer, 
et le résultat a été le même. 

209'. SOUFRE. 

Du soufre tiré de deux livres de bismuth par la dissolution laite dans 
l'acide uitreux par M. Cadet, exposé au fover, a répandu beaucoup de 
vapeurs sulfureuses, et peu après il s'y est trouvé des globules métal- 
liques en quantité, qu'on soupçonne être du bismuth. 



EXPÉRIENCES AL' GBAND VERBE ARDENT. 



337 



DU 12 AOUT 1773. 

Ciel Im-jiii sans nuaj^s, mai» un |«*u de \a\*>ur*: ii midi .-I demi. 
RarnmèU-t», •»« p. 3 I. ThtrmonuMiv . «S 0 . 

210* BXF&BIERC& DIAMANT. 

Le diamant de l'expérience du 5 août a été remis au foyer sur 
un };rès dur pendant dix minutes; il a présent»'' les mêmes phénomènes 
et a paru encore diminué; on a vu comme une vapeur en poussière 
s'élever; mais ayant remis au foyer le même morceau de grès senl.il a 
présenté le même phénomène. 

Le même diamant a été remis au lover pendant sept minutes sur un 
support de biscuit de porcelaine dure de Sèvres; la porcelaine a très- 
bien résisté; elle paraissait d'un très-grand blanc, sans être embrasée; 
le diamant paraissait noirâtre, sans être embrasé; on n'y voyait aucune 
fumée ni aucune vapeur: en le retirant du foyer, l'endroit du support 
où avait donné le foyer était très-rouge et le diamant était rouge blanc; 
en trois secondes, il est devenu cerise, et tout de suite s'est dérougi. 

Le même diamant remis sur le même support, encore pendant sept 
minutes, a présenté les mêmes phénomènes, et s'est trouvé si diminué 
qu'à peine, suivant notre estime, pesait-il un quart de grain, poids de 
marc. 

Remis au foyer encore pendant une minute et demie, il a paru en- 
tièrement évaporé. Km examinant le support à la loupe, nous y avons 
aperçu encore une particule blanche, transparente, comme un petit 
grain de sablou, à la partie supérieure duquel il y avait un globule 
jaune transparent qui paraissait vitrifié'. 

air. — azur. 

De l'azur des quatre feux mis au foyer sur un têt de terre d'Alençon 
s'est fondu aussitôt ; il a beaucoup fumé; il en sortait une vapeur épaisse 

' A uaminw a» niirrosco|n\ 

m. * .43 



338 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

abondante, qui avait une forte odeur d'ail; pendant un quart d'heure, 
il a constamment fumé, et, ayant été retiré après, il nous a paru avoir 
conservé toute sa couleur. 

A s heure» 5 minute» i/a. 

•ll-r BXPÉBJENCB. - DIAMANTS BRUTS. 

Nous avons mis dans une cornue, sur un piédestal de verre et sur 
un support de porcelaine dure de Sèvres, sans couverte, i5 grains 
forts, poids de marc, de diamants bruts, au nombre de onze, à peu 
près de même grosseur; ils y sont restés pendant neuf minutes; on y 
a remarqué une fumée sensible pendant tout ce temps, et M. Lavoisier 
a vu distinctement bouillonner un de ces diamants, et jeter des glo- 
bules infiniment petits. Le mastic du fond de la cornue s'étant fondu, 
tout est tombé par terre, et l'expérience a été interrompue par cet 
accident. 

DU 13 AOUT 1773. 

Ciel beau, sans nuage» . mais un |K>udreu\ et vaporeux. A 1 1 heures tj-i. Avec In lentille 
de l'Académie, durit le foyer était raccourci par celle de M. Hrisson. — Bnrom. -î8 p. •< I. 
ThcfflMsn. s 4°. 

Le foyer de cette lentille nous a paru mieux terminé «pie celui de la 
lentille de M. le comte de La Tour-d'Auvergne; il a fondu et fait couler 
le boni d'une pincette que cette dernière n'avait pu fondre pendant 
l'hiver, mais seulement en été. 

air. DIAMANTS BRUTS. 

A midi juste nous avons mis sur un support de porcelaine dure de 
Sèvres, sans couverte, 1 1 grains-^ de diamants bruts en neuf diamants. 
Ce tesson a été placé dans un bocal rempli d'eau distillée servant de 
support, lequel était placé lui-même dans une cuvette de faïence con- 
tenant de l'eau distillée, el le tout a été recouvert d'une cloche ou ré- 
cipient de cristal; nous avons pompé, par le moyen d'un siphon, une 



Digiti, 



EXPÉRIENCES AU GRAND VERBE ARDENT. AV.* 

partie de l'air de dessous la cloche pour faire monter l'eau presque 
jusqu'au haut du bocal servant de support; nous avons fait tomber le 
foyer sur ces diamants ainsi enfermés; nous n'avons observé aucune 
vapeur, ni fumée, mais nous avons remarqué très-distinctement qu'un 
de ces diamants, qui était à l'endroit le plus chaud du foyer, bouillon- 
nait à midi quinze minutes; ce diamant nous a paru diminué des trois 
quarts, et l'endroit du tesson de porcelaine sur lequel posait ce dia- 
mant a été vitrifié et creusé, apparemment par ce diamant, qui lui ser- 
vait de fondant. A midi vingt et une minutes, ce diamant était presque 
entièrement disparu , il ne restait qu'un très-petit point noir. Pendant 
ce temps, l'eau de dessous le récipient s'est abaissée, et est sortie pres- 
que entièrement du récipient; cm a cessé alors, il était midi vingt-trois 
minutes. 

L'appareil de l'expérience des diamants étant refroidi, on a levé In 
cloche, et les diamants, examinés à la loupe, paraissaient tout criblés, 
spongieux et caverneux comme des pierres meulières et des pierres 
ponces; étant repesés, ils ne pesaient plus que 7 grains ~. 

Les huit diamants qui sont restés de celte expérience étaient, en 
général, sans brillant; leur surface était remplie d'aspérités et d'inéga- 
lités; ils avaient, en général, une couleur brune, mais plus ou moins: 
quelques-uns étaient presque noirs, d'autres marrons, d'autres gri- 
sâtres. Il y en avait un qui était creusé intérieurement en forme de 
calotte, ce qui se distinguait facilement à la vue simple. 

Tous, vus au microscope avec une lentille faible d'un pouce de foyer, 
paraissaient singulièrement altérés et détruits en grande partie; la plu- 
part étaient caverneux comme des pains de fleur d'oranger; un d'entre 
eux paraissait feuilleté comme un spath; un autre était creusé dans son 
intérieur, et ce creux se voyait à l'extérieur par une fente longitudi- 
nale. Deux de ces diamants, du nombre desquels était celui qui avait 
été creusé en calotte, étaient percés à jour; aucun ne paraissait déci- 
dément fondu et vitrifié; mais le support de porcelaine sur lequel ils 
étaient était inarqué de beaucoup de petites taches noirâtres et bril- 
lantes; ces taches, vues au microscope, étaient des points vraiment vi- 

43. 



340 MÉMOIRES l)K LAVOISIKR. 

Irifiés don) quelques-uns paraissaient même raves; sur la plupart, ou 
distinguait encore «les parcelles de diamant, et le tout était entouré 
d'un cercle jaunâtre en forme de simple tache ou maculature superfi- 
cielle. 

Il résulte de là, i" qu'il y a en des parcelle» de diamant qui se sont 
détachées et qui ont sauté à quelque distance; 'j° que ces parcelles île 
diamant ont servi de fondant à la porcelaine, dont ils ont procuré la 
fusion et la vitrification; cette même porcelaine était restée parfaitement 
intacte et inaltérée partout où elle n'avait pas eu ainsi le contact im- 
médiat des parcelles de diamant. 

.Nota. Tous les diamants n'ont point été, pondant le temps de l'expérience, expo- 
sés au rentre du foyer, et n'ont pas, par conséquent, éprouvé le même depré de 
rhalenr. 

•21V EXPÉRIENCE. PLATINE. 
I n morceau de platine qui avait été coupcllé au plomh, et auquel 
le foyer de la lentille de M. de La Tour-d' Au vergue n'avait occasionné 
aucun changement sensible, est devenu blanc et brillant comme de 
l'argent au foyer de la lentille de l'Académie. 

215*. AGATE. 

L'agate y a été calcinée comme ci-devant, mais point fondue. 
216*. DIAMANT DE CAÏENNE. 

I n caillou transparent, nommé diamant de Cayenne, s'est gercé 
sans se calciner ni se fondre. 

217V - CAILLOUX DE SAINTE- LUCIE- 

De petits cailloux transparents, que l'on rainasse tant sur les terrains 
que dans les ruisseaux du morne du Bucq, à Sainte-Lucie, donnés par 
M. Iligaut, ont résisté sans se fendiller ni subir aucun changement. 

218'. VITRIOL DE PLOMB. 
Du vitriol de plomb fait par précipitation, exposé au foyer sur un 



EXPÉRIENCES AL CIUM) VERRE ARDENT. ' 341 

tesson de biscuit de porcelaine dure de Sèvres, s'est fondu, « vitrifié 
en partie la porcelaine et formé un verre transparent jaunâtre. 

Du vitriol de plomb, fait par distillation d'un mélange d'une partie 
de mine de plomb biancbe de Poulawen el de deux parties d'acide 
vitriolique concentré: même effet 

1>U \h AOUT 177:5 
l>eau -*ons nnnges. «'online c«t jouis derniers, — Knmin. -tS y. Theniiorn. 97*. 

2111* EXPÉRIENCE. MÉTAUX SOLS L'EAU. 

On a mis sur un support de porcelaine, dans un bocal rempli d'eau, 
une pièce de cuivre, et l'on a fait tomber le foyer dessus: il n'y a point 
•eu d'altération. 

LU morceau de plomb, substitué au cuivre dans le même appareil, 
a été un peu blanchi à l'endroit du foyer, et il y avait quelques point', 
un peu boursouflés. 

2-20\ DIAMANTS. 

Nous avons replacé h grains £ £ des mêmes diamants de l'expérience 
d'hier, i3, dans le même appareil, et ils ont été exposés au même 
foyer a midi trente-cinq minutes; l'air était plus chargé de vapeurs 
qu'hier, et le foyer paraissant moins actif; à quarante-deux minutes, 
le plus gros des diamant*, qui était aussi le plus blanc a bouillonné 
en dessus. 

On a retiré les diamants à une heure dix minutes; les diamants ont 
diminué et. sont devenus beaucoup plus noirs, le foyer, peu actif, a 
causé des vapeurs. 

Ces diamants étaient au nombre de six, parmi lesquels se trouvaient 
le plus gro9 et celui qui avait été creusé en calotte dans l'expérience 
du i3. De ces six diamants, cinq étaient d'un noir mat et velouté, pré- 
cisément comme s'ils avaient été enduits de noir de fumée dans la 
flamme d'une lampe; ils noircissaient le papier et les doigts. Vus au 
microscope avec une lentille faible de treize lignes de foyer, ils ont 



' MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

paru «lu inèïiie noir, remplis de creux irréguliers et d'aspérités , comme 
ils l'étaient après l'expérience «lu i3; celui qui était en calotte élaiî 
encore, après celle tlu th. diminué et mangé de la moitié. On dis- 
tinguait sur ces diamants, noircis dans l'expérience ci-dessus, des par- 
ties d'un blanc mat qui paraissaient comme des filaments cotonneux et 
un peu ramifiés. On y voyait aussi des points brillants très-petits qui 
■semblaient avoir le coup d'ceil et l'éclat d'une matière métallique, ce 
dont nous ne sommes pourtant pas certains, à cause de la petitesse de 
ces points, et de l'erreur que peuvent causer à cet égard les accidents 
d<* la lumière. 

Le plus gros des six diamants de cette expérience du \ k avait con- 
servé sa couleur grise blanchâtre, et un peu de transparence dans sa 
partie supérieure; il p rnissa.it aussi moins altéré et moins creusé que- 
les antres; mais sa partie de dessous, celle qui touchait au support, 
était noire, quoique un peu moins que les cinq autres diamants. 11 y a 
lieu de croire que ce diamant n'avait pas été aussi bien exposé à l'ac- 
tivité du fover que les autres. On a lavé et brossé dans l'eau un des 
plus noirs de ces diamants; il s'est dénoirci en partie, est devenu gri- 
sâtre, et a repris un peu de transparence, quoiqu'il lui restât, malgré 
cette opération, une teinte brune noirâtre assez forte. 

Il résulte de ces observations que la noirceur de ces diamants n'était 
qu'extérieure, qu'une partie «le la matière noire, et sans doute char- 
bonneuse dont ils étaient enduits, n'avait plus d'adhérence au diamant 
et s'en détachait facilement par le frottement des doigts, du papier, de 
la brosse; mais qu'une autre portion de cette même matière noire 
adhérait encore très-fortement aux diamants. 



TABLE DES MATIÈRES EXPOSÉES AU VERBE ARDENT. 348 



TABLE 



MATIÈRES QUI ONT ÉTÉ EXPOSÉES Al VERRE ARDENT. 



Acide vitriolique enntmtii tiS 

Agate j i j 

Agate arborisée «le Manheùu 5» 

Akpiifoux. ou crayon noir des mines 

de Château -Lambert, dan» les 

Vosges i6-j 

Alun Je Home; pierre dont on le lire. h'.\ 

Alun (Terre d"). ,v ..... . y 

Amiante el asbeste i fi 

Antimoine, chaux d'antimoine, ou 

matière perlée de Kerkringius. . i içj, 1 5o 

Antimoine diaphonique t>u, i uG 

Antimoine diaphonique et innfpiésie 

du nitre 7 3 

\rdoise » 

Argent 61 

llasnlte de la chaussée d Antilles.. . . tjà 

lîlende toi, 180 

Blende «m schorl ia&. tlfi, iafi 

Borax nrtiliciel uj5 



li 



Algelil 107. ititS. |6). 170 

Argent rouge (Mine d'i tiX 

Argent sur du gres . 0,7. 1 fc», 1 i«. 1 H». 1 y 1 

Argent sur la porcelaine iha. i4i 

Argent sur le churlion i3<i 

Argile Manche, ou terre à pijie de 

Rouen à 7 

Argile noirâtre de lu montagne Saint - 

Germain 98 

Argile du même endroit 0,4 

Argile ou terre à pipe d'Esclavelle 
près de NeufchAtel. en Norman- 
die il- 

Asbeste et amiante 1 6 

Azur ... j 1 1 

Borax , sa terre Si 

Borax (Terre du) lu. Ni. joi 

llorax (Verre de i 56 



344 



M KMOI RKS l)K LAVOISIKH. 



Ki|,.f 

Cadlnuv ■.> 

Cailloux de Sainte- Lucie ai; 

I II. (i l M III IJtJ 

Chaux d'élain 4i, 17g. 18G 

Chaux de fer 181 

Cinabre 56 

Cinabre artiliciel 1 -j 1 . 1 33 

Cobalt de Suéde. . . 77 

Coin indien 1 , r i 

Cos un pierre à rasoir blanche 45 

Coit|>elle il ns calcinés un 

Crayon noir dit vulgairement minrdr 

I) 

Diamant 3o 

Diamant bnil . . .906, 910, 019, 9i3, 990 

E 

Émail avec flint-glass 1 gg 

Rmcri 1 37 

Kmeri du Canada .. 85 

Kmeri ( Rapèen d' ) , pré* fomy 1 fi 1 

F 

Fer ( Mine de I de l'Ile d Elbe 19 

Fer (Mine de). 3. io5. i5&. 176. 177, 178 
F«t ( Mine de), pierre d'aimant. ... 79 
Fer ( Mine de I blanche de Bisdns iller. 58 

Fer en limaille .'55. 3-j 

Fer en sable, attirable à l'aimant.. . 98 
Fer (Mine de), espèce d'hématite de» 

environ* de Ciromagny 88 

Fer, ocre rouge du commerce M 

Fer précipité sou- la forme d'ocre 

de Pansy 106 



E.|-r. 

plomb, dans du quartz île» mines de 

Châtuaii-I jimbort . dans les Vosges, i t!a 

Creuset d'Allemagne ii3 

Grauel de la verrerie de Saint-Co- 

bain 111 

Cristal «le roche 7, 8 

Cristal d'Islande, ou s|mth parallélo- 

graiumatique ,. . . 60 

Cuivra jaune ( Mine de) .couleur d'or, 
des environs île Sainte-Marie-aux- 

Mines 1S9 

Cuivre sous l'eau 919 

Diamant (Pondre rie) . aoS 

Diamant de Caycnne -h fi 

Ksprit-de-vin . ... 10.11 

Main 3g . 40 

Étain avec or , 1 97 

Étain (Mine d') 17. t85 



Fer ( Mine de), pierre hématite. . . . i3ti 
Fer précipité du vitriol sou* la ligure 

il 'ocre . il 

Fer rouillé 1 g-j 

Fer. safran de Mars O7 

Fer sous une forme singulière 33 

Fer spatliiijue (' Mine de ) 1 g3 

Fleur de cobalt 80 

Flint-glass 1 6 1 

Flint-glass avec émail 199 

Flint-glass et manganèse . aoo 



Digitized by Google 



TABLE DES MATIÈRES EXPOSÉES AU VERBE ARDENT. 345 



F.»|^r. 

Galène OU mine de plomb 71 

Galène de Bellegarde-lei-Namur . . . 174 
Glaise vertedes plâtrièresdeBagnolet. 20 

(ironil avec nùca iH 

Gneiss des Allemands des environs 

de Gironiagny 91 

Granit noirâtre. i|es environs de fii- 

mniHgny 3i 

liranit rotigeâtre àtt VotgM 1 6u 

('.rénal 61, -jt 

Grés 1 

Gréa i» nu-un» 81, 86 



Grès à meule des environ» de Bour- 

bonne ij 

Grès (Espère de) d'Alenrcn; c'est le 

petuntsc de M. Guettant i.'î 

Grès des luneUiers 81 

Grès de» pavés de Pari* 83 

Gypse 1 00 

Gypse de Cognar 91 

Gypse de In montagne Sainl-Ger- 

t, 

Gypse pliosphoriquc ou pierre de 



H 

Hématite t3fi Huile de vitriol. 

Hématite de Girornngm 88 Hyacinthe 



■83 



Jaspe des Urds du .lard, près Ploni- 



.64,9! bières. G est une pierre quarl- 



'7' 



l-ave 



■Ile de fer Sa, 35 



M 



Magnes»- du nitrc 31 

Magnésie du nitre. mélangée avec de 

l'antimoine diaphonique 73 

Magnésie précipitée 19& 

Manganèse 78 

Manganèse 198. 9o-j 

Manganèse aver flint-glass 400 

Manie blanebe des plâlrières de Ba- 

gnolet Si 

rouge du Languedoc 83 Ai* 



Marbre vert-antique 108 

Marbre vert-poireau 107 

Marcassite ao3 

Matière (èrrugineuM-. . 33 

Matière perlée de Kerkringius . . i4g, i5o 

Mercure lis 

Mercure précipité blanc i3o 

Mercure précipité prr st 119 

Mercure précipité vert i.Vi 

Métaux sous l'eau. j 1 9 

V. 



346 



MÉMOIRES DE LAVOISIER. 



Mica (Espèce de) noir des environs 

de Sainte-Maric-oux-Mines 173 

Mine d'argent. Voy. Argent. 
Mine du cuivre. Voy. Cuivre. 
Mine d'étain. Voy. Kt.iin. 
Mine de fer. Voy. Fer. 



Nilrc. 



Mine de plomb. Voy. Plomb. 

Mine de plomb blanche .if» 

Minium sur un grès 1 1 A 

Minium sur un tesson de creuset. 1 15, 1 ili 
Minium sur de la porcelaine 117 



N 



0 



Ocre déposé»? |>ar les eaux île Pa»\ . 1 06 

Ocre de vitriol 4-i 

Ocre rouge du n.mtmw 43 

Or a\ec élain 197 

Or et platine mêles ensemble sur un 



i4. i8v 



Or sur de la porcelaine 

Or sur du gabion broyé .... 

Or sur le grès j3. 6h. 66. 76. «•> 

< >r siu" un charbon 1 09, 1 89. 1 u» 

Os calcines, moulés en coupelle .... loi 



un 



Petuntse. ou terre « porcelaine de 

M. Guettant |3 

Pierre à chaux bleue des environs de 

Bouillon 36 

Pierre « faux, ou Mpê w de grès des 

environs de Bnurbomve 94 

Pierre à fusil g 

Pierre à rasoir, blanche et noire. . . . 4fi 
Pierre blanche dure non calcaire des 

environs de Plombières 1 7 J 

Pierre calcaire ma 

Pierre d'aimant 79 

Pierre d'aimant 187 

Pierre de Boulogne , espèce de gy pse. 89 
Pierre dont ou tire l'alun de Rome . . 53 
Pierre ollaire de Verlauge, en Au- 
vergne 90 

Pierre particulière nommée coin in- 

Jien 1 ô 

Pierre pouce 18 



Pierre pourrie d'Angleterre \-]ï> 

Platine 4,6. 19.68,85.914 

Platine el or mêlés ensemble sur 1111 



rbon . 



Plcuiib sous l'eau -119 

Plomb (Chaux de) ou minium sur 

un grès n'i 

Plomb (Chaux de) sur de la jwree- 

laine 117 

Plomb (Chaux de) sur lui tesson de 

creuset 1 lii, 1 16 

Plomb (Mine de) blanche 'ji.7 

Plomb ( Mine de) ou galène - 1 

Plomb (Mine de) ou galène île Belle- 

garde, près Nnmur. 17a 

Porcelaine de M. de Réaumur iti. r > 

Porcelaine (Pâte de) de M. de Lau- 

raguais tftti 

Porphyre . 1 38 

Précipité, blanc i3o 



Digitized by Google 



TAU LE DES MATIÈRES EXPOSÉES AU VEBRE ARDENT. 8*7 



F.tprr 

Précipité verl i34 

Pseudo-galène ou crayon noir, nommé 
alquifmu-, des 



Biffe 

mines ilt- Chaleau-I.amhert , dans 

le* Vosges in j 



Q 



Quartz à veùips douces des environs 

de Giroruagny 3" 

Quartz rrislallisé aS 

Quartz noirâtre des environs de Gi- 



romagny 38 

Quartz verdâtre. espèce de jaspe 
du bord du .lard, pris Plomhiè- 



17» 



R 



Régule d'antimoine 7$ 

Régule d'or et d'étain . . 197 

r. ou mine d'or de Pontoise. 96 



appelé mine d'or de* Prru 

delaTrnppr 87 

Rubis 1*7 



Sable des rondeurs de Konleiiiiy-am- 

Roses A 7 

Sable magnétique a8 . toU 

Safran de Mars 07 

Sarrau du commerce 77 

Sardoine 70 

Schiste noir dur ou pierre ii rasoir 

noire 6 fi 

Schiste ou ardoise 5 

Schiste ou blende médiocrement pe- 
sante ItS. It6 

Schiste tatqueuv 90 

Sel de Gluuher 1 45 

Sel neutre arsenical 1117. 198. 199 

Silex s 

Soufre 909 

Soufre rouge natif. 1 35 

Spath blanc de lu vallée Saint-Phi- 
lippe, près Sainte Marie-aïu-Miiie*. 1 64 
Spalli blanc, en colonne surbaissée 
cotnm»- lenticulaire, des environs 

de Gironiagnv 97 

Spath calcaire île Bergère-en-Brie . 70 



au Pérou 

Stéalile de Vertauge en Auvergne. 

M. 



48 
1S7 
l* 



Spath calcaire des environs de Vil- 
lers-Golterets 

S|Mith cubique des environs dn Giro- 
magny 

Spath d'Alençon. Peluntse de M. Guet- 
tard 

Spath d'un filon de mine de plomb 
des environs deGiromagny io.'I 

Spath fusible en lames lenticulaires 
des environs de Sainte-Maric-aux- 
Mines iôS 

Spath fusible, fluor ou drusen îles 
mines deSainl-lWolas. prèsSairile- 
Mnrie-aïu-Mines i63 

Spath faible, très-blanc, en tantes, 
des environs de Sainle-Marie-aux- 
Mines i55 

Spath pesant. d'Auvergne i-jo 

Spath pesant, en lames, des environs 
de Giromagny 1 1 H 

Spath parallélogrammatique de Lima . 



60 
9° 



348 



MÉMOIRES DE LAVOISIRR. 



Talc dons du schiste »o 

Talc mi matière talqueuse des envi- 
rons de Sainte-Marie-aux-Mines. . t-j'.i 
Tarin vitriol* i46 

Tertï a ji i j m* blanche <lc Rouen. ... h-j 
Terre 4 pipe . pris île NeufchAlel . u 

Bedaralla 1 1 • 

Terre calcaire el antimoine diapho- 
nique 7 3 

Tem calcaire précipitée du nilre a 

base terreuse U 

Terre de borax 81. soi 

Terre de borax de la Chine. . . in 



Btfir. 

Terre de l alun 9. 

Terre de l'eau distillée 3 4 

Terre glaise . . ao4 

Terre miartieuse arlilicielle. envoyée 

de Suède 04 

Terre talqueuse d'un lilnn de mine de 

Soint-Marie-aux-Mines 53 

Terre verte de V érone *G 

Topaze du Brésil lûa 

Tripoli I« 

Turhith minéral i3i. i3s 

Turquoise iW4 



Véniel 

Verre de borax. 
Verre de 



Il3 Verre recuit, ou porcelaine de M. de 

54 Réauniur ■»;■ 

5g Vitriol de plomb 9lo 



/inc. 



Si 



Digitized by Google 



LETTRE A M. LEROY. 



LETTRE ÉCRITE A M. LEROY, 

PAR M. LAVOISIRR 1 . 



J'ai l'honneur de vous envoyer, .Monsieur mon cher confrère, un 
rapport très-détaillé que nous nous proposions de lire, M. Résout, 
M. de Vandermonde, M. Baume" et moi à l'Académie, sur le froid de 
177(1. Ce rapport était rédigé dés le carême dernier; mais, comme il 
était trop étendu pour une séance publique, nous crûmes devoir en 
faire un extrait qui effectivement a été lu à la rentrée de Pâques der- 
nière. I n voyage qu'a fait M. Bezout, des expériences que nous avons 
commencées, et que nous n'avons pas encore portées à leur lin. nous 
ont obligés de différer de faire définitivement notre rapport à l' Aca- 
démie; mais ce retard n'a eu que le bien de la chose pour objet, et 
notre but n'a été que de répondre d'une manière plus complète à la 
confiance de l'Académie. Vous jugez d'après cela combien il est dou- 
loureux pour nous de nous voir enlever le fruit de notre travail, et 
d'avoir entendu M. Raumé se parer aux yeux de l'Académie, dans une 
séance publique, de recherches et d'observations qui, pour une grande 
partie, nous appartiennent autant et peut-être plus qu'à lui. La confor- 
mité de nos résultats avec ceux de M. Baumé, l'identité d'une partie 
de ce qu'il a lu à l'Académie avec la minute informe que j'ai -l'honneur 
de vous envoyer ci-jointe vous convaincra de la justice de notre récla- 
mation. Nous vous en rendons sur-le-champ dépositaire, comme officier 

' EikIbUmIu i3 novembre 1 776. parafée U> tfi novembre, «vec le mémoire, par M. de 
ConoWl. 



35rt MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

de l'Académie, et nous espérons acquérir par là une Haie, jusqu'à ce 
que nous ayons pu faire parafer cette première esquisse île noire 
travail par M. le secrétaire. 

J'ai l'honneur d'être avec un respectueux attachement, 
Monsieur mou cher confrère. 

Votre très-humble et très-ohéissanl serviteur. 



Digitized by Google 



LKTTRK \ M. LIKUTAID. 



351 



ACADÉMIE. 



LETTRE A M. LIEUTALI). 

PREMIER MEDECIX DE SA MAJESTÉ . \ U COUR. 



ifi avril i 776. 

Monsieur, 

J'apprends que Sa Majesté désire connaître le résultat des observa- 
tions et des expériences de son Académie des sciences, sur le froid de 
cet hiver, et que vous vous proposez de les lui mettre sous les yeux. 
Je m empresse de vous Taire passer un extrait du mémoire abrégé que 
je lirai demain à la séance publique, au nom des commissaires de 
l'Académie, si toutefois l'abondance des matières qui rempliront la 
séance me le permet. Je m'estimerai bien heureux d'avoir pu concourir 
pour quelque chose à satisfaire un monarque dont je ne puis parler 
ni entendre parler sans attendrissement. Si je présumais que les tra- 
vaux dont l'Académie s'occupe pussent piquer sa curiosité, j'aurais 
l'honneur de vous rendre compte de temps en temps de ce qu'ils 
peuvent présenter de plus intéressant, et vous voudriez bien faire 
choix de ce que vous croiriez digne d'être mis sous les yeux île Sa 
Majesté. 

Je suis, avec respect, 

Monsieur, etc. 



352 



MÉMOIRES DK LAVOlsiKR. 



EXTRAIT DES OBSERVATIONS 

QUI BOIVRRT ÊTRE Ll ES \ M RENTRÉE MIOCIUINK DE l.*ACAI><Hfl ROVALE DES SCIE M. F S 

SUR LE FROID DE 1776 

ET SUR SA COMPARAISON AVEC CELUI DE 1709, 
PAR LE SIBIR LAV01SIKR. 

«•.«ont m i » uin trmtmr 



II ii existe plus à Paris aucun thermomètre authentique qui ait été 
observé en «709, cl sur lequel on ait marqué le degré de froid qu'il lit 
-dors. Le thermomètre même de M. de La Hire, qui avait été soigneu- 
sement conservé depuis le commencement de ce siècle, et qui avait 
servi à former la suite précieuse d'observations météorologiques con- 
signées dans le dépôt de l'Académie, a été brisé, il y a quelques 
innées, et l'on n'a pu retrouver ni la planche, ni la division, ni aucun 
fragment du tube dont il était formé. 

L'Académie, d'après cela, n'avait aucun moyen direct pour remon- 
ter au froid de i/«y, et elle ne pouvait parvenir à le connaître que 
d'après des thermomètres construits depuis celte époque, mais qui 
eussent été comparés avec l'ancien thermomètre de M. de La Hire à 
île très-grands froids. 

Les recherches de l'Académie, à cet égard, n'ont point été infruc- 
tueuses. Elle a eu le bonheur de retrouver un thermomètre qui avait 
été construit en 17.'}'.» par M. de Itéaumur, qu'il avait comparé pen- 
dant le giand froid de l'hiver de 1760 avec I ancien thermomètre de 
M. de La Hire, et sur lequel il avait marqué le froid rie 1709. Ce 



Digitized by Google 



OBSERVATIONS SUR LE FROID DE 1776, ETC. 353 

thermomètre a servi de base à toutes les expériences que l'Académie 
a faites sur le froid de cette année. C'est à lui qu'elle a rapporté les 
résultats de tous les autres thermomètres, et, pour y parvenir, elle les 
a tous plongés dans un mélange de sel et de glace. Elle les a ainsi 
ramenés, par un froid artificiel, à peu près au degré qu'ils ont marqué 
au plus grand froid de cette année, et elle a observé le degré que 
marquait dans le même instant le thermomètre étalon de M. de Réau- 
mur, qui était plongé dans le même mélange. 

Il résulte de ce travail : premièrement, que le froid de cette année, 
exprimé en degrés du thermomètre étalon de M. de Héaumur, n'a pas 
excédé 1 A degrés ou i3 degrés j, tout au plus, dans les quartiers mé- 
ridionaux de Paris, tels que l'Observatoire, le Luxembourg, l'Ecole 
militaire; 9° que le froid a été à peu près le même dans le quartier 
du Palais-Royal; 3° que les seules observations de M. Messier portent 
le froid h tu degrés |, c'est-à-dire à un degré au delà de toutes les 
autres observations, ce qui lient sans doute à des causes locales et 
accidentelles, dont il est difficile de rendre raison; u° qu'en partant 
des résultats de l'Observatoire, les seuls d'après lesquels on puisse éta- 
blir une comparaison exacte, puisque c'est dans ce lieu qu'ont été faites 
les observations du froid de 1709, le froid de 1 776 aurait été de •>. de- 
grés moindre qu'en «709; 5° que des trente-huit thermomètres que 
l'Académie a examinés, il n'en est aucun qui, rapporté au thermo- 
mètre étalon de M. de Réaumur, ne s'accorde à prononcer que le 
froid «le 177*» a été moindre que celui de «709 au moins de { de 
degré: 6° enfin que tous les thermomètres construits depuis plus de 
vingt ans, sous le nom de thermomètres de M. de Héaumur. ne s ac- 
cordent pas exactement au grand froid avec ceux construits par ce 
physicien, cl qu'ils donnent tous, surtout ceux à mercure, un degré de 
froid trop fort, souvent de plusieurs degrés. 

Les commissaires de l'Académie (les sieurs Bezoul, Lavoisier, Yan- 
dermonde et Baumé) doivent mettre incessamment sous les yeux de 
cette compagnie les moyens qu'ils estiment les plus propres à assurer 
pour l'avenir la régularité de la marche des thermomètres. 

m. H 



354 



MÉMOIRES DE LAVOIS1ER. 



ETAT DU FROID 

OBSERVÉ V PARIS À L'OBSKBVATOIRB ROYAL 

vamun lks années ci-après. 



1608 

iCcjf) 

1709 

1760 
1 -jfin 



»77« 



di M««ii 

nn<<ftf*KHai 
<lr U rottgrlnUfill 
ta Uirrooni^lrr 

*• M. Ii Ifanr, 



IKMAKQI I s 



Froid très-rigoureux <•! m peu près comparable 
\ à celui de 1709, mais 011 n'avait point alors de 



1 UM 

[ cisi 



id 

,5-; 
10 \ 

i3i 



thermomètre, et il n'a pas été observé «ver pré- 
ou. 
Environ. 

D'après différentes recherches. 011 a lieu de 
présumer qu'il a même été plus fort. 



Il parait qu'à l'observatoire de In marine, hôtel 
de Chtny, le froid n été uu peu plus fort. Les ob- 
servations de M. Messier le portent à lu degrés J, 



Quelques observations qu'on adopte, il est constant que le froid de 
776 a été au moins de j de degré moindre que celui de 1 709. 



Digitized by Google 



EXPÉRIENCES SUR LE FHOID DE 1776. 355 



EXPÉRIENCES 

FAITES PAR ORDRE DE L'ACADÉMIE. 

SI R LE FROID DR L'ANNÉE 177G, 

PAR MM. BEZOIT, UVOISIBR KT V VM)P.nMOM>K 1 . 



PREMIER MÉMOIRE. 



L'Académie, en nous nommant pour lui rendre compte des obser- 
vations faites sur le froid de 1776, un nous chargeant de les discuter 
et de déterminer, avec toute la précision que cet objet peut com- 
porter, le rapport de ce froid avec celui de 1709, nous a engagés 
dans un travail beaucoup plus étendu que nous n'avions lieu fie le 
présumer. 

Nous n'avons pas connaissance qu'il existe à Paris aucun thermo- 
mètre authentique qui ait été observé en «709: celui même construit 
par M. de La Hire, qui avait été soigneusement conservé à l'Observa- 
toire depuis le commencement de ce siècle, et qui avait servi à former 
la suite précieuse d'observations météorologiques consignées dans le 
dépôt de cette Académie, a été brisé il y a quelques années; de sorte 



' Mémoires de l'Acad. des science», 1 777- 
p. 5o5. — Ce mémoire a été lu. par extrait. 
i> r Académie, à sa séance de Piques « 77*»- 
II a elé dép*<< dam» «4>n entier entre les 



mains du directeur de l'Académie .le 1 3 lut 
vembre de la même année, et entre celles du 
secrétaire le 1 l> ; enfui il » élé relu dans In 
séance particulière du :<i juillet 1779. 

*5. 



:». r »f. MÉMOIRES DE LAYOISIER. 

que nous nous sommes trouvés forcés de renoncer aux observations 
directes. 

Notre première idée avait été de reconstruire un thermomètre 
semblable à celui de M. de La Mire, et d'y rapporter le froid observé 
à Paris, et principalement à l'Observatoire royal, pendant l'année l 77(1: 
• et objet d'abord ne nous avait pas paru impossible h remplir : nous 
savions, en effet, d'après les mémoires de l'Académie, que cet instru- 
ment marquait 68 degrés à la température des caves de l'Observa- 
toire, 3a quand il commençait a geler. f> au degré de froid de l'hiver 
de 1709. Or. avec ces données, les principaux points de la graduation 
paraissaient suffisamment déterminés. 

Mais, d'un autre côté, il fallait supposer que le thermomètre de 
M. de La Hire avait été fait avec un tube parfaitement calibré, que la 
température des caves de l'Observatoire était un terme absolument 
lixe, et qui n'avait point changé depuis soixante ans, que le degré où 
il commence à geler était le même que celui de la glace fondante; or 
nous n'avions rien d'assuré sur ces différents objets: il ne restait au- 
cun vestige, ni du tube du thermomètre de M. de La Hire, ni de la 
planche sur laquelle était tracée la division, nous ne connaissions pas 
I esprit-de-vin avec lequel il avait été formé ; enfin ces incertitudes 
réunies pouvaient s'accumuler toutes dans le même sens et donner lieu 
A des erreurs de plusieurs degrés. 

Arrêtés par ces difficultés, nous avons cru devoir rechercher si nous 
ne trouverions pas d'anciens thermomètres, dont la marche aurait été 
comparée avec celle du thermomètre de M. de La Hire, et sur lesquels 
on aurait marqué, par des observations de comparaison bien faites, 
le degré de froid de 1709. Le cabinet de l'Académie, qui contient un 
grand nombre d'instruments de physique précieux, n'offrit à nos re- 
iherches, à cet égard, qu'un thermomètre à esprit-de-vin à grosse 
boule, construit à la manière de M. de Kéaumur, et qui pouvait bien 
être un étalon fait par lui. Cependant, comme rien ne nous attestait 
I authenticité de cet instrument, cl que le froid même de 1709 n'y 
était pas marqué, il ne pouvait nous être que d'une médiocre utilité: 



EXPÉRIENCES SLR LE FROID DE 1776. |57 

mais il nous donna ridée de faire la recherche fies étalons originaux 
de M. de Réaumur, et nous fûmes assez heureux pour en trouver un 
entre les mains de M. lïrisson. 

Cet académicien possède un thermomètre, construit en i^i-.». par 
M. de Réaumur lui-même, qui a été observé par lui pendant tout le 
cours de sa vie, qui a passé a M. l'abbé [Mollet, et successivement à 
M. Brisson. Le froid de 1709 était marqué sur cet instrument, et 
comme nous le dirons bientôt, nous avons lieu de présumer qu'il n'y 
avait pas été légèrement marqué. Certainement à défaut de thermo- 
mètres authentiques qui eussent été observés, en 1701), par des obser- 
vateurs exacts, et après la fracture du thermomètre de M. de La Hire. 
nous ne pouvions rien trouver de plus propre à remplir notre objet : 
nous priâmes, en conséquence. M, Brisson de confier à nos soins re 
précieux instrument, et il voulut bien consentir qu'il fût détaché de sa 
planche toutes les fois qu'il serait nécessaire, et qu'il courût tous les 
risques inséparables d'une longue suite d'expériences. 

Quelque confiance que nous eussions en ce thermomètre, il était 
nécessaire d'en vérifier les principaux points, ne fût-ce que pour nous 
assurer que le temps ne l'avait pas altéré. 

11 est bon d'avertir que d'après une vérification faite, en fjU-i, par 
M. l'abbé Nollet, et dont il avait été fait note de sa main sur la planche 
même, ce thermomètre, mis dans la glace pilée, était descendu d'un 
seizième de degré environ au-dessous de la ligne marquée par M. de 
Réaumur pour le zéro de son échelle; ayant répété cette même vérifica- 
tion , et ayant laissé ce thermomètre pendant plus de vingt-quatre heures 
dans de la glace fondante, nous avons vu avec étonnement que h- 
terme de la congélation était encore d'environ un sixième de degré plus 
bas que M. l'abbé Nollet ne l'avait marqué, c'est-à-dire de près d'un 
quart de degré au-dessous de la ligne marquée par M. de Réaumur. 

Comme il est diflicile de supposer (pic ces deux physiciens aient 
commis une erreur dans une expérience aussi simple, et qui dev ail leur 
être aussi familière, surtout à M. l'abbé Nollet à l'époque où il l a faite, 
nous avons été forcés d'en conclure que le thermomètre de M. de Réau- 



358 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

mur avait varié depuis le temps qu'il avait été construit, et que 1* esprit- 
de-vin dont il était formé avait reçu quelque altération; nous crûmes 
même avoir trouvé une cause très-probable de celte variation. En effet, 
\l. de Kéaumur avait introduit dans la boule de ce thermomètre une 
quantité assez grande de grenaille de plomb, dans la vue d en diminuer 
la capacité intérieure, et ce plomb s était eu partie calciné à la surface: 
or il ne pouvait avoir été réduit dans cet état «pie par des principes 
qu'il avait enlevés à l'esprit-de-vin ; ce dernier avait donc souffert une 

allérati juelconque. et en ellet. eu remuant le thermomètre on 

voyait un léger dépôt gris limoneux qui s'était formé au fond et qui 
troublait toute la liqueur. 

iprès avoir ainsi éprouvé ce thermomètre dans la glace fondante: 
il ne nous parut pas moins important de le porter aux caves de l'Obser- 
vatoire; nous le laissâmes pendant deux jours sur In tablette ordinaire 
sur laquelle mi a coutume de poser les thermomètres dans ces caves, 
et nous obtînmes que l'entrée en fût interdite à toute personne pen- 
dant cet intervalle. \u bout de ce temps, nous trouvâmes la liqueur 
du thermomètre à iv degrés j, tandis que cette température avait été 
marquée par M. de Kéaumur à i o degrés ; sur l'échelle même du ther- 
momètre. 

tlelle seconde épreuve était une continuation de la première, elle 
annonçait également une altération, et dans le même sens; mais ici la 
différence se trouvant de trois quarts de degré, tandis que celle ob- 
servée à la glace n'allait pas à un quart, nous avons cru pouvoir soup- 
çonner qu'une antre cause se compliquait avec la première, et que. de 
deux choses l'une, ou la température des caves de l'Observatoire n'était 
pas absolument fixe, comme l'a pensé M. Le fient il et comme la re- 
connu plusieurs fois M. Brisson: ou que cette température avait été 
marquée trop haut par \l. de Kéaumur sur son thermomètre. Nous 
nous proposons de revenir sur cet objet dans la suite de ce mémoire. 

Ouoique ces observations tendissent à nous faire regarder comme 
moindre quelle ne paraissait l'altération survenue au thermomètre 
de M. de Réaumui . il n'en résultait pas moins qu'il avait reçu une alté- 



Digitized by Googl 



EXPÉRIENCES SUR LE FROID DE 1776. »5i) 

ration quelcoii(|ue; mais cette altération, quoique sensible, ne pou- 
vant, ainsi qu'on le verra bientôt, changer que d'une très-petite quan- 
tité les conséquences que nous avons à tirer; cette quantité même étant 
susceptible d'être appréciée avec une assez grande précision ; enlin ne 
pouvant d'ailleurs employer aucun instrument de celle nature qui ne 
comportât plus d'incertitude, nous avons pensé que ce moyen était 
encore le plus sûr que nous puissions employer pour remonter au 
froid de 1 7«>9- 

Ce premier point résolu, il ne s'agissait plus que de rapporter à ce 
thermomètre toutes les observations faites à Paris en 1776, et pour > 
parvenir il était nécessaire que les propriétaires des thermomètres qui 
avaient servi aux observations voulussent bien nous les confier, que 
nous les détachassions de leurs montures pour les ramener, par un 
froid artificiel, dans les environs du degré observé sur chacun d eux eti 
1776; enlin, que nous observassions le degré marqué par le thermo- 
mètre de M. de Kéaurour, plongé dans le même bain et amené a la 
même température. 

Quelque simples que parussent ces opérations, le nombre des ther- 
momèlres, qui se trouva de trente-huit, les rendait embarrassantes 
Placer un aussi grand nombre de thermomètres dans un bain de glace 
et de sel marin, comme on a été jusqu'ici dans l'usage de le faire pour 
produire un froid artificiel, nous a paru un moyen très-susceptible 
d'erreur. Comment répondre en effet que le mélange de la glace et du 
sel serait assez exactement fait pour que le degré de froid fût le même 
dans toutes les parties de la niasse? Ne pouvait-il pas \ avoir plus de 
sel dans une partie que dans une autre? Ce sel ne pouvait-il pas fondre 
plus ou moins aisément? Enfin le sel et la glace formant une masse 
concrète, qu'on ne peut pas remuer comme un fluide, la surface, qui 
a le contact de fair chaud , ne devait-elle pas se réchauffer plus vite 
«jue le centre, et le voisinage des parois du vase ne devait-il pas tendre 
le premier à se rapprocher de la température de l'air extérieur:' 
L'influence de toutes ces causes nous a paru pouvoir occasionner 
des différences très-sensibles dans les résultats, et nous avons cru, en 



360 MÉMOIRES DE LWOISIEII. 

conséquence, devoir procéder un peu différemment qu'on n'a coutume 
de le faire. 

Nous avons bien employé un mélange de sel marin et de glace pour 
produire le froid artificiel ; mais, au lieu de plonger les thermomètres 
dans le mélange même, nous les avons placés dans un vaisseau rempli 
d esprit-de-vin, «pie nous avons mis, en quelque façon, au bain-tnarie 
dans le milieu du mélange'. Celte précaution ne nous a pas paru même 
encore snflisaute ; on sait que le bain-mark ne prend jamais exacte- 
ment le degré de chaleur de l'eau qui l'environne, il est toujours de 
quelques degrés en relard. Sans discuter ici la cause de ce phéno- 
mène, il pouvait en être de même, jusqu'à un certain point, pour le 
froid, el il devait en résulter que les parois du vase intérieur seraient 
plus froides que l'esprit-de-viu contenu. Il était donc important que 
les thermomètres ne louchassent ni le fond ni les parois du vase. Il 
pouvait se faire, d'ailleurs, que toutes les couches du fluide ne fussent 
pas également refroidies, et, quoique nous nous fussions proposé de 
remuer souvent la liqueur, il nous a paru encore plus exact de sus- 
pendre tous les thermomètres à peu près à une même hauteur. 

line circonstance à laquelle nous devions nous attendre, c'est que le 
thermomètre étalon de M. de Kéaumur, comme beaucoup plus gros 
qu'aucun de ceux sur lesquels nous opérions, ne prendrait que lente- 
ment la température du bain, et «pie sa marche serait beaucoup plus 
retardée que celle des autres thermomètres; il était difficile de lever 
complètement cette difficulté, mais nous avions deux moyens de réduire 
l'erreur qui pouvait en résulter à une fraction de degré insensible, et 
pour ainsi dire nulle. 

Le premier consistait à saisir, pour la comparaison des thermo- 
mètres, l'instant où le gros thermomètre de M. de Réaumur, après avoir 
insensiblement descendu, serait demeuré quelque temps stationnaire; 

Le second, à maintenir fort longtemps le bain d'espril-de-vin au 
plus grand degré de froid auquel il pût parvenir, alin que tous les 

' Ou> irliH- nous a M fournie par M. Baumr. 



Digitized by Google 



EXPÉRIENCES SUR LE FROID DE 1776. 301 

thermomètres, gros comme petits, eussent le temps sullisaiit pour 
prendre la température commune. 

Nous avons rempli ce dernier objet en faisant , dans de très-grandes 
proportions, le mélange qui devait produire le froid artificiel. Nous 
avons employé en conséquence 100 livres de glace pilée et 5o livres de 
sel marin. Cette expérience a été faite dans le courant du mois de lé- 
vrier «776, et elle a commencé à « 1 heures l5 minutes du matin. Le 
thermomètre étalon de M. de Réaumur ne cessa de descendre jusqu'à 
pins de deux heures, il était alors à près de i3 degrés au-dessous du 
terme de la congélation, et le mélange extérieur étail à « 0 degrés en- 
viron; nous essayâmes en vain, en remuant pendant plus d'une demi- 
heure la glace et le sel avec des spatules de bois, de procurer au bain 
d'esprit-de-vin et aux thermomètres qu'il contenait un degré de froid 
plus fort: il était trop tard, et nous nous aperçûmes même, pendant les 
derniers instants que nous nous occupions de ce soin, que le thermo- 
mètre de M. de Réaumur était remonté de 1 a degrés à 1 s degrés ; . 
Nous nous hâtâmes en conséquence de fixer les soies que nous avions 
nouées d'avance autour des thermomètres, et de les assurer par un 
double nœud, le tout sans sortir les thermomètres au delà de ce qui 
était nécessaire pour apercevoir dans le tube le haut de la colonne de 
mercure ou d'espril-dc-vin. Nous nous étions si bien préparés à celte 
opération qu'elle fut faite en moins de cinq minutes. 

On conçoit combien il était important de mettre une grande célérité 
dans cette partie de l'expérience, afin qu'il n'y eftt pas de variation sen- 
sible dans le degré du bain pendant tout le temps de la fixation des 
soies. 

La colonne 8 du tableau joint à ce mémoire présente le résultat 
de cette première expérience pour chacun des thermomètres. 

Quelques précautions que nous eussions prises, nous ne tardâmes 
pas à sentir qu'ayant manqué le temps pendant lequel le grand ther- 
momètre de M. de Réaumur avait été stationnaire, il devait en résulter 
une erreur; en effet, ce thermomètre, pendant qu'il remontait, avait du 
nécessairement être en retard sur ceux dont la boule étail plus petite, 



362 MÉMOIRES DE LAVOISIF.R. 

et marquer par conséquent un froid plus grand que celui du bain; 
niais comme il nous était impossible d'apprécier avec justesse la quan- 
tité de cette erreur, nous crûmes devoir regarder cette expérience 
comme insuffisante, et nous nous déterminâmes à la recommencer, 
sauf à voir si un second résultat ne pourrait pas nous éclairer sur le 
premier, et nous mettre à portée d'en tirer parti. 

Le trop grand nombre des thermomètres ayant compliqué beaucoup 
cette première opération, et l'ayant rendue extrêmement embarras- 
sante, nous avons cru devoir choisir dans la seconde ceux qui, d'après 
les épreuves auxquelles ils avaient été précédemment soumis, nous pa- 
raîtraient avoir la marche la plus régulière. 

Notre choix s'est fixé sur les trois thermomètres à mercure numé- 
rotés 7, a3 et 30, et sur les cinq à esprit-de-vin numérotés 1, 9, i3, 
a5 et 34. Nous avons pris, pour placer ces huit thermomètres et celui 
de M. de Réaumur dans le bain d'esprit-de-vin , un vase beaucoup plus 
petit que le premier, afin d'obtenir un degré de froid plus considé- 
rable; enfin nous avons employé de la glace mieux pilée. D'après ces 
précautions, nous sommes parvenus à faire descendre le thermomètre 
étalon de M. de Réaumur jusqu'à iG degrés au-dessous de la congéla- 
tion, et, quand nous l'avons vu constamment slationnaire à ce degré, 
nous avons fixé avec beaucoup d'exactitude, et en même temps de cé- 
lérité, les soies à l'endroit où répondait la liqueur des autres ther- 
momètres; cette opération a duré trois à quatre heures, comme la pre- 
mière, mais la fixation des soies n'a duré que quelques minutes. 

La neuvième colonne, du tableau placé à la suite de ce mémoire en 
présente le résultat. 

On a vu plus haut que le but de la seconde expérience avait été en 
partie de nous éclairer sur l'erreur de la première : en effet, il est évi- 
dent qu'ayant, par un résultat exact, la relation de huit thermomètres 
avec celui de M. de Réaumur, et ces thermomètres ayant été communs 
aux deux bains, il était facile d'eu conclure le degré qu'avait du mar- 
quer le thermomètre de M. de Réaumur dans le premier bain, et par 
conséquent de déterminer de combien il était en retard. 



Digitized by Google 



expkrienc.es sun le froid de i 7 7 g. :m 

Le rapport rie dilatation n'étant pas le même pour l'esprit-de-vin et 
pour le mercure, nous avons cru ne devoir employer pour cette déter- 
mination que des thermomètres à esprit-de-vin , et en conséquence nous 
avons fait l'analogie qui suit. 

•Si le degré observé dans le second bain répond à 16 déférés du thermo- 
mètre de M. de Béaumur. à combien devait répondre le degré des mêmes 
thermomètres observé dans le premier bain? 

Le calcul nous a donné les résultats suivants : 

D'apri'.s l n * 1 17,33 : 16 :: 1:1,60 : x =■ 11,88 

. 'n'y 16,87 : iC :: 13,87 : x r= 1 1,97 

l n* i3 17,33 : 16 :: i3,ao : x = 19,37 

11 où 16,90 : 10 :: iq.OO : x = 11,0a 

Toliil '18,06 

Délerminatioti moyenne 19,01 

On voit, d'après ces calculs, que le thermomètre de M. de Réau- 
mur dans le premier bain, au lieu de marquer 1 -x degrés comme le 
donnait l'observation directe, n'en devait marquer que n. 

Si l'on considère de plus que. de ces quatre observations, trois s'ac- 
cordent presque parfaitement entre elles, et que celle n" i3 seule s'en 
écarte de plus d'un tiers de degré, on pourra former quelque doute 
sur l'exactitude de cette observation, et en l'écartant on aura pour le 
degré moyen du thermomètre de M. de Réaumur dans le premier bain 
11,89, ce qui ne diffère que d'un dixième de degré de la première 
détermination. 

Il sera aisé d'après cela de former pour le premier bain un tableau 
semblable à celui formé pour le second , et de tirer ainsi parti des obser- 
vations faites avec les trente thermomètres qui ne sont point entrés 
dans le second bain : il est vrai qu'on ne pourra pas accorder à ces dé- 
terminations absolument le même degré de confiance qu'aux autres: 
mais la conformité des résultats est cependant telle qu'elles se prêtent 
un appui mutuel. 

Quoique les deux expériences dont nous venons de rendre compte, 

46. 



:«M MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

et surtout la dernière, fussent suffisantes pour nous conduire aux con- 
séquences que nous avions à tirer, nous avons cru cependant, pour 
compléter davantage notre travail, et pour être en état de mieux juger 
de l'état des thermomètres qui nous avaient été confiés, devoir les 
éprouver dans de la glace fondante et aux caves de l'Observatoire. Les 
colonnes 6 et -j présentent le résultat de nos expériences. Celles faites 
dans les caves de l'Observatoire, ainsi que nous l'avons déjà annoncé 
à l'égard du thermomètre étalon de M. de Réaumur, nous ont présenté 
beaucoup plus de difficulté que nous ne nous y étions attendus: et. 
comme les mêmes causes d'erreurs que nous avons éprouvées ont pu 
influer sur l'exactitude des observations qui ont été faites jusqu'à ce jour, 
nous croyons qu'il ne sera pas inutile d'entrer ici dans quelques détails. 

La présence d'une ou de deux personnes dans ces caves suffit pour 
en changer en très-peu d'instants, sensiblement, la température, au 
moins dans les environs de l'endroit où elles se tiennent; cet effet peut 
produire aisément une erreur d'un demi-degré, et elle peut devenir 
beaucoup plus considérable si le nombre des assistants est plus grand, 
et si les flambeaux ou bougies sont multipliés. 

(«elle différence de température est très-durable, et des thermo- 
mètres qu'on a vus monter ainsi insensiblement en raison delà présence 
des assistants n'ont souvent pas repris entièrement leur température 
au bout de douze, quinze et dix-huit heures. 

On voit par là combien les observations du thermomètre faites dans 
les raves et dans les lieux souterrains exigent d'attention, puisque 
l'observateur porte même avec lui une source d'erreur, et qu'il faudrait . 
pour être assuré qu'elles fussent à leur véritable température, qu'il n'y 
l'Ai entré personne pendant les jours précédents. 

N'y aurait-il pas d'après cela quelques doutes à former sur l'exacti- 
tude d'une partie des observations qui ont été faites, jusqu'à ce jour, 
dans les caves de l'Observatoire? Nous sommes très portés à le croire, 
et il nous parait vraisemblable que nous n'avons trouvé leur tempéra- 
ture plus froide que ne l'avait déterminé M. de Réaumur, qu'en raison 
des précautions particulières que nous avons prises, et que peut-être 



Digitized by Google 



EXPÉRIENCES SUR LE FROID DE 1776. 365 

il avait négligées : nous reviendrons encore sur cet objet avant la fin 
de ce mémoire. 

Pour nous assurer d'abord que la chaleur du corps des observateurs 
n'apporterait, dans nos expériences, aucun changement à la tempéra- 
ture marquée par les thermomètres au moment de l'observation, nous 
avons cru devoir les tenir plongés dans un bain d'eau 1 . Nous avons fait 
faire dans cette vue une longue boîte de fer-blanc, dans laquelle tous 
les thermomètres pouvaient être rangés : cette hotte portait à ses deux 
bouts deux montants de bois qui étaienl réunis dans le haut par une 
traverse, a laquelle étaient attachés les thermomètres. 11 est évident 
que, d'après cette précaution, la chaleur de l'observateur ne pouvait 
occasionner aucun effet sensible sur les thermomètres pendant le peu 
d'instants que devait durer l'observation, puisque, cette chaleur se 
trouvant répartie dans une masse d'eau de douze à quinze pintes, elle 
ne pouvait en changer qu'à la longue la température. 

Nous avons cru devoir en outre laisser ces thermomètres pendant 
trois jours dans les caves de l'Observatoire, et pendant tout ce temps 
l'entrée en a été défendue. Nous avons jugé que cet intervalle était 
suffisant pour ramener la température à son degré naturel, en suppo- 
sant que la présence de ceux qui avaient placé les thermomètres l'eût 
fait varier de quelque chose. Enfin, pour marquer la hauteur de la li- 
queur dans les thermomètres, on s'est servi d'un pinceau très-fin, 
trempé dans de la peinture rouge à l'huile, et cette opération a été 
faite avec beaucoup de célérité. 

Nous croirions superflu d'entrer dans de plus grands détails sur nos 
expériences et sur les résultats qu'elles présentent; on les trouvera 
d'ailleurs réunies dans le tableau que nous avons déjà annoncé, et qui 
se trouve à la suite de ce mémoire. 

Nous nous contenterons en conséquence d'y renvoyer, et de rappeh-r 
succinctement ici le titre de chaque colonne : 

I* colonne n" i indique le numéro que nous avions donné à chaque tlienno- 



1 Cette idA» est de M. Boum.-. 



366 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

mètre, el que nous avions coté, tant sur la planche que sur la partie supérieure 
du tube. 

La rolonoe n° a indique le nom de ceux auxquels les thermomètres appar- 
tiennent et qui les oui observes. 

«'.elle n° 3, leur demeure, et par conséquent les quartiers de Paris où les ther- 
momètres ont été observés. 

Celle n° A , l'espèce des thermomètres, s'ils sont à mercure ou à esprit-de-vin. 

Celle n* 5, le nom des constructeurs. 

Celte n° 6 , le degré qu'ils ont marqué dans la glace fondante. 

Celle n" 7, le degré qu'ils ont marqué dans les caves de l'Observatoire, après 
plusieurs jours d'exposition. 

('elle n* 8, le degré qu'ils ont marqué dans le premier bain de sel et de glace. 

Celle n° «j, le degré qu'ils ont marqué dans le second bain de sel el de glace. 

Celle n° 1 0 , le degré de froid qu'ils ont marqué le 99 janvier 1 776. 

Celles n M 1 1 et 1 1 , le degré de froid du 39 janvier 1 776 , exprimé en degrés de 
l'échelle de l'étalon de M. de Iléaumur. 

Enfin nous avons marqué dans les colonnes 1 3 et 1 '1 le degré auquel serait 
descendu chacun de ces thermomètres, s'ils avaient été exposés à un degré de 
froid égal à celui de 1709. 

En réfléchissant. Hur les résultats présentés par ces différentes co- 
lonnes, et surtout par celles 1 1 et n, on remarquera, i° que le froid 
de 1776, rapporté au thermomètre étalon de M. de Réaumur, n'a pas 
excédé, le 39 janvier au matin, i3 degrés j dans les quartiers les plus 
méridionaux de Paris, tels que l'Observatoire, le Luxembourg, l'Ecole 
militaire; a° que le froid parait avoir été un peu plus fort dans les quar- 
tiers septentrionaux, tels que le Palais-Royal el ses environs; 3° que 
l'observation de M. Messier porte le froid à 1 h degrés, cest-a-dire à un 
demi-degré au delà de presque toutes les autres, ce qui peut tenir à 
l'élévation du lieu, à la manière dont les thermomètres étaient isolés, 
à l'heure à laquelle l'observation a été faite, et à différentes circons- 
tances locales; 4° qu'en partant des résultats de l'Observatoire auxquels 
il parait convenable de rapporter les nôtres, puisque c'est dans ce lieu 
qu'ont été faites les ohservations de 1709, et en supposant que le froid 
de 1709 ait été de i5 degrés 7, comme il est marqué sur le thermo- 
mètre de M. de Réaumur, le froid de 1776 aurait été moindre de 2 de- 



Digitized by Go 



EXPÉRIEiSCES SUR LE FROID DE 1776. 367 

grés; 5° enfin que, dans le grand nombre de thermomètres que nous 
avons mis eu expérience, il n'en est aucun qui, rapporté au thermo- 
mètre étalon de M. de lléaumur, ne s'accorde a prononcer que le froid 
de 1776 a été moindre que celui de «709, au inoins d'un degré. 

Mais une circonstance que nous ne devons pa6 passer sous silence, 
c'est que le 39 janvier n'est pas le jour du plus grand froid, comme 
une partie des observateurs l'ont conclu, puisque le thermomètre est 
descendu, le 3 1, entre sept et huit heures du matin, à l'École militaire, 
un demi-degré plus bas que le 29, et plus d'un degré plus bas, sui- 
vant les observations faites par M. Vallot, au pelit Luxembourg. Cette 
circonstance nous a été confirmée par M. de Borda, qui a observé la 
même chose rue des Capucines; enfin il résulterait, des observations 
de M. Vallot, que le 1" février, à six heures quarante-cinq minutes du 
matin, le thermomètre est descendu encore un peu plus bas que les 
jours précédents. Ce plus grand froid au surplus ne répond encore 
qu'à ih dcgiép de l'échelle de l'étalon de M. de Réaumur. 

Toutes les conséquences que nous venons d'exposer supposent deux 
choses : la première, que le froid de 1 709, marqué à 1 5 degrés ~ sur 
le thermomètre de M. de ltéaumur, l'a été d'après des observations 
exactes; secondement, que la marche de ce thermomètre, depuis 
que le froid de 1709 y a été marqué, u'a pas varié au point de ren- 
verser toutes nos conséquences, ou au moins de les altérer considéra- 
blement. 

Nous observerons , sur le premier de ces deux articles, que M. de ltéau- 
mur paraît avoir pris un soin très-particulier pour déterminer le degré 
de son thermomètre auquel répondait le froid de 1709; qu'il ne s'en 
est pas rapporté aux premiers résultats qui lui avaient été donnés par 
des comparaisons faites à des degrés éloignés, et qu'il s'est corrigé lui- 
même d'après des observations immédiates faites en 17/10, année re- 
marquable par un froid considérable : la discussion de cet objet se 
trouve consignée dans un mémoire qu'il lut à l'Académie en 1760, et 
qui fut inséré dans le volume de cette année; mais il est à remarquer 
que ce volume ne fut imprimé qu'après le froid de 1763, froid qui a 



368 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

beaucoup approché de celui de 1709. Si doue les comparaisons que 
M. de Réaumiir avait eu occasion de faire cette année eussent démenti 
celles faites eu 1760, il n'aurait pas manqué de se rectifier: ainsi on 
peut regarder comme constant que la marque mise par M. de Réau- 
mur, à 1 5 degrés ~ sur le thermomètre étalon que nous avons eu entre 
les mains, et intitulée froid de ijot), ne l'a été que postérieurement à 
ses dernières recherches, et bien en connaissance de cause. 

Quant aux altérations qui ont pu survenir au thermomètre de M. de 
Réaumur depuis que le froid de 1 709 y a été marqué, altérations qui 
nous ont été démontrées par nos expériences mêmes, nous ne pouvons 
nier quelles ne jettent quelque incertitude sur nos conséquences; 
mais en même temps il ne nous sera pas dillicile de faire voir que cette 
incertitude est renfermée dans des limites très-étroites, qu'elle ne roule 
que sur un quart ou un demi-degré tout au plus, et qu'il n'est pas 
même décidé si la correction à faire à nos résultats est additive ou 
soust ractive. 

Deux points fixes bien connus suffisent pour déterminer la gradua- 
tion d'un thermomètre; or ces deux points Hxes, nous les avons dans le 
thermomètre étalon de M. de Réaumur, au moment où il a été fait, en 
1730. et, depuis son altération, d'après les expériences que nous ve- 
nons de rapporter : l ien n'est donc plus aisé que de former pour ce 
thermomètre une nouvelle échelle appropriée à l'état où il était, lorsque 
nous avons opéré, et cette échelle, rapprochée de l'ancienne, d'après 
laquelle nous avons conclu, nous apprendra l'objet des erreurs que nous 
avons pu commettre. 

L'inspection de la figure jointe à ce mémoire rendra plus intelligible 
ce que nous avons à dire sur cet objet : l'échelle A, B représente l'an- 
cienne division du thermomètre étalon de M. de Réaumur : on y voit 
la température des caves, marquée à 10 degrés | par M. de Réaumur: 
cette même température trouvée à 9 degrés -y dans nos expériences; 
la glace fondante trouvée par nous à un quart de degré au-dessous du 
point zéro, marqué par M. de Réaumur; le froid de 1776. rapporté 
à 1 3 degrés -j sur cette même échelle, d'après les observations faites à 



Digitized by Google 



EXPÉRIENCES SUR LE FROID DE 1776. 309 

l'Observatoire; à th degrés, d'après celles faites par M. Messier; enlin 
le froid de i 709, marqué à 1 5 degrés j. 

Pour rectifier cette échelle et l'approprier à l'état oiï s'est trouvé ce 
même thermomètre au moment de nos expériences, il ne s'agit que de 
former une nouvelle division sur la ligne C, D, de placer sur cetlc 
échelle le terme de la congélation à un quart de degré au-dessous de 
celui de M. de Réaumur, et de marquer 1 o degrés { à l'endroit auquel 
s'est fixée la liqueur du thermomètre lorsque nous avons opéré dans 
les caves de l'Observatoire; puis, partageant avec le compas en 10 ;- 
l'intervalle compris entre notre zéro et la température des caves de 
l'Observatoire, et en continuant les mêmes degrés au-dessous du zéro, 
nous aurons une nouvelle division adaptée au même thermomètre, en 
comparaison avec la première : on y verra que le froid de 1776, qui 
était de i3 degrés ~ à l'Observatoire sur la première échelle, sera de 
près de 1 h degrés sur la seconde, et que celui observé par M. Messier. 
qui répondait à t U degrés, répondra presque à 1 h degrés ' : . On pour- 
rait obtenir ces déterminations d'une manière un peu plus précise par 
le calcul, et nous en allons donner la formule; elle dérive de l'analogie 
qui suit : 

Si g degré* \, distance que nous avons trouvée entre le terme de la con- 
gélation et la température des caves de F Observatoire dans l'ancienne divi- 
sion, répondent à 10 degrés | dans la nouvelle division du thermomètre, à 
combien répondront un nombre de nègres quelconque s 

Cette analogie donnera le rapport des degrés de la nouvelle échelle 
avec ceux de l'ancienne; mais, comme le zéro est plus bas de {- de degré 
dans la nouvelle échelle que dans la première, il faudra, pour avoir l<> 
nombre de degrés de la première échelle exprimé en nombres de la se- 
conde, faire une correction constante de y de degré, ou, plus exacte- 
ment encore, de o, a 6, laquelle sera soustractive au-dessous de zéro, el 
additive au-dessus. 

Si donc on veut savoir à combien de degrés y de la seconde échelle 

répondront un nombre de degrés a de la première, on aura la formule 

suivante : v _ 1g» 5 " n « t 

• V ~ 9,7* -°' ai> 

IU. !>•. 



.170 MÉMOIRES DE LAVOIS1ER. 

On trouvera, en substituant à a dans celte formule, t3 j, qui est 
le froid de 177(1 à l'Observatoire en degrés de la première échelle, 
que n* degré répond dans la nouvelle à 1.3,93, ce qui ne diffère pas 
d'un demi-degré de la détermination que nous avons donnée. 

Le froid de 177c» , que nous avons déterminé plus haut de lU de- 
grés d'après M. Messier, exprimé «h- même en degrés de la nouvelle 
échelle, répondra a 1 k,k~. 

En supposant donc que h* thermomètre étalon de M. de Kéaumur 
ent éprouvé une altération de trois quarts de degré depuis le moment 
où il a été construit, en tySo, jusqu'à celui où nous l'avons éprouvé, 
en 1776, ainsi que senibleniit l'indiquer la différence que nous avons 
remarquée à la température des caves, nos conséquences ne seraient en 
défaut que d'un demi-degré tout au plus, et le froid de «776 serait en- 
core d'un degré, ou d'un degré et demi moindre que celui de 1709; 
mais celte supposition, celle d'une altération de trois quarts de degré 
à la température des caves, loin de nous paraître admissible, est né- 
cessairement forcée, et c'est ce qui nous reste à établir. 

Nous ne concevons pas d'abord qu'un môme thermomètre puisse se 
trouver altéré de trois quarts de degré à la température des caves, 
tandis qu'il ne l'a été que d'un quart de degré au terme de la congéla- 
tion ; cette différence énorme dans deux parties de l'échelle assez voi- 
sines nous parait impossible dans toutes les suppositions qu'on pour- 
rait raisonnablement faire. 

D'après cette considération, nous nous croyons très-fondés à croire 
qu'il s'est glissé quelque erreur sur la détermination des caves de l'Ob- 
servatoire, marquée, par M. de Béaumur, à 10 degrés^ sur son ther- 
momètre. On a déjà vu plus haut que cette observation était délicate 
et diflicile; elle l'était plus encore avec un thermomètre aussi gros : il 
serait donc possible, ou que M. de Réaumur n'eût pas attendu dans 
son observation le temps suffisant pour (pie la liqueur de son thermo- 
mètre parvînt à la température des caves, ou que cette température 
eût été altérée, lorsqu'il a ohservé, par la présence d'un trop grand 
nombre de pei-sonncs. 



EXPÉRIENCES SUR LE FROID DE 177(i. 371 

Cette possibilité se convertira en une espèce de certitude si l'on 
considère que M. Brisson, qui a fait de fréquentes observations sur la 
température des caves de Observatoire avec des thermomètres exac- 
tement copiés, et à différentes époques, sur le grand étalon de M, de 
Réaumur dont il est ici question, l'a trouvé variable depuis 9 degrés j 
jusqu'à 10 degrés y ; et que M. de Luc , qui s'est étendu fort au long 
sur cet objet dans sou ouvrage, a déterminé cette même température 
de 9 degrés j à 9 degrés f du même thermomètre. 

Si donc le grand thermomètre étalon de M. de Réaumur ne nous u 
donné que 9 degrés y aux caves de l'Observatoire, surtout à la suite du 
froid long et rigoureux de 1 7 7 1> , ce n'est point une preuve d'altéra- 
tion; tout ce qu'on peut en conclure, c'est que M. de Réaumur n'a pas 
pris des précautions suffisantes lorsqu'il a marqué à 10 degrés ~ cette 
température, et que les caves étaient alors un peu plus chaudes qu'elles 
ne l'étaient lorsque nous avons opéré. 

Il nous paraît d'après cela très-vraisemblable que la température des 
c«ves de l'Observatoire doit être marquée à 9 degrés J 4 au-dessus du 
terme de la glace fondante, sur le thermomètre de M. de Réaumur. 
comme l'a conclu M. de Luc. Or, eu admettant cette opinion, l'altéra- 
tion survenue depuis iy3o à l'étalon sur lequel nous avons opéré, en 
supposant même qu'il en ait éprouvé une, ne sera plus que d'un quart 
de degré à la température des caves, comme nous l'avons trouvée à la 
congélation ; alors la formule ci-dessus deviendra 

ou, ce qui est la même chose, 

ce qui indique que les degrés de la nouvelle échelle seront égaux à 
ceux de l'ancienne, et qu'il suffira d'y faire une correction arithmé- 
tique d'un quart de degré, laquelle sera additive au-dessus de la con- 
gélation, et soustractive au-dessous. 

Le froid de 1770 à l'Observatoire royal ne se trouvera plus, dans 



372 MÉMOIIIKK DE LAVOlSIER. 

cette, supposition, que de i 3 degrés \ , et celui observé par M. Messier 
ii l'observatoire «le la Marine, de i3 degrés {; ce qui donne un résul- 
tat d'un quart de degré moindre que noir» première détermination. 

Cette discussion nous ramène si près de noire première consé- 
quence, les différences soit en moins, soit en plus, sont si polîtes , que 
nous ne croyons pas devoir y rien changer, d'autant plus que noire 
détermination même se trouve occuper un milieu assez exact entre les 
résultais que les différentes considérations nous ont donnés. 

Nous persistons donc à penser qu'on peut, sans risquer de se trom- 
per de plus d'un demi-degré, fixer le froid du 99 janvier 177O à 
i3 degrés \ pour l'Observatoire royal, et à 1 1\ degrés pour l'observa- 
toire de la Marine, le tout exprimé en degrés de l'échelle du thermo- 
mètre élalou de M. de Réaumur. et que ce froid a été environ de 1 de- 
gré i moindre que celui de 1709. 

On ne manquera pas sans doute de demander par quelle raison tous 
les thermomètres qui ont été exposés au froid de 1 776 , et sur lesquels 
nous avons opéré, se trouvent avoir une marche plus accélérée (pie 
celle de l'étalon de M. de Réaumur, qui nous servait de terme de com- 
paraison; autrement dit, pourquoi ils s'accordent tous à marquer nu 
degré de froid plus fort qu'il ne l'était réellement d'après celui de 
M. de Réaumur? 

Cet écart singulier de tous les thermomètres qu'on a cherché à cons- 
truire d'après M. de Réaumur lient à la réunion d'un si grand nombre 
dé considérations physiques que nous n'osons entreprendre de les dis- 
cuter dans ce mémoire. Nous nous proposons, si l'Académie l'approuve, 
de nous en occuper d'une manière particulière, et de lui indiquer les 
moyens que nous croyons les plus propres à ramener les thermomètres 
à une marche constante et uniforme. En attendant nous dirons ici, 
ou plutôt nous répéterons d'après plusieurs physiciens, que tout Huide 
aqueux susceptible de se congeler par le froid semble obéir à la fois à 
deux lois qui agissent en sens contraire; d'une part, le froid tend à le 
condenser; de l'autre, la cause qui le dilate au moment de son passage 
île l'état de liquidité fl celui de solidité agit longtemps avant les appro- 



Digitized by Google 



EXPÉRIENCES SIR LE FROID DE 1776. 37» 

chesde ce ternie, et l'énergie de cette dernière cause augmente à me- 
sure que la liqueur est plus près du degré de sa congélation. 

D'après cela , il est aisé de sentir que le thermomètre de M. de Réau- 
mur étant fait avec un mélange d'esprit-de-vin et d'eau, et par consé- 
quent avec une liqueur susceptible de geler, il doit avoir un»' marche 
retardée au-dessous de la congélation. Les thermomètres, au contraire, 
qui se vendent le plus communément à Paris, étant la plupart cons- 
truits avec de l'csprit-de-vin presque pur, ils doivent être moins retar- 
dés dans leur marche. 

A cette première cause de la différence qu'on observe entre la marche 
du thermomètre de M. de Réaumur et de ceux répandus dans la so- 
ciété, il en faut joindre une autre dont l'influence doit être plus grande 
encore; c'est la différence des échelles qui oui été adoptées par diffé- 
rents constructeurs. 

Tout le inonde sait qu'il faut un degré de chaleur beaucoup moindre 
pour faire bouillir l'esprit-de-vin que pour faire bouillir l'eau : il est 
donc impossible, surtout dans un thermomètre ouvert, et de la manière 
dont opérait M. de Réaumur, que l'esprit-de-vin puisse marquer le de- 
gré de l'eau bouillante, et il est évident que ce que M. de Réaumur 
appelait le terme de l'eau bouillante n'était autre chose que le terme 
de l'esprit-de-vin bouillant, ou, pour parler plus exactement encore, 
c'était le plus grand degré de dilatation dont l'esprit-de-vin fût suscep- 
tible dans un vaisseau ouvert sans se vaporiser. 

Tous les physiciens qui se sont attachés à construire des thermo- 
mètres d'après les principes de M. de Réaumur, et ceux surtout qui 
ont cherché à leur faire marquer le degré de l'eau bouillante, ont été 
arrêtés par cette difficulté, et ils se sont trouvés forcés d'apporter quel- 
que modification à l'échelle de M. de Réaumur. Les uns ont renoncé à 
prendre pour degré fixe supérieur celui de l'eau bouillante, et pour 
faire cadrer leur thermomètre avec celui de M. de Réaumur, dans le* 
parties inférieures de l'échelle, ils ont choisi un terme de comparaison 
plus bas, tel que la chaleur du sang ou la température «les caves de 
l'Observatoire. D'autres ont continué à prendre l'eau bouillante pour 



374 MÉMOIRES DE LAVOI8IER. 

degré supérieur; niais, pour raccorder leur échelle avec celle de M. de 
Réaumur dans les degrés inférieurs, au |ieu de marquer 80 à l'eau 
bouillante, ils y onl marqué 100, IO&, et jusqu'à 110. Cette der- 
nière graduation était celle de Cappy, dont l'adresse et l'intelligence 
pour la construction des baromètres et thermomètres étaient bien con- 
nues de l'Académie. 

On conçoit que ce changement dans la partie supérieure de l'échelle 
du thermomètre a dû nécessairement en faire un dans la partie infé- 
rieure et au-dessous du terme de la congélation, puisque les degrés 
dans les uns se sont trouvés être des quatre-vingtièmes parties de la 
distance de la congélation à l'eau bouillante, des centièmes et des cent 
quatrièmes dans les autres, enfin des cent dixièmes dans la division 
adoptée par Cappy. 

Ces modifications apportées à la graduation du thermomètre à esprit- 
de-vin ont produit un effet singulier, relativement à celui de mercure; 
et quoique la marche de ce dernier soit fort accélérée par rapport à 
celle du premier au-dessous du terme de la congélation, ainsi qu'il 
résulte des expériences de M. de Luc, la division en 106 et en 110 est 
parvenue à les accorder à peu près dans la partie de l'échelle qui 
avoisine le froid de 17/10 et de 1709. 

Nous n'indiquons ici qu'en passant ces différents détails, qui seront 
développés davantage dans un autre mémoire, et nous persistons à 
penser que l'Académie doit s'occuper de la réforme du thermomètre, 
el de faire construire des étalons exacts, qui seront déposés dans son 
cabinet. Si elle l'approuve, nous nous occuperons de cet objet. 

Nous nous proposons également de lui rendre compte, par un mé- 
moire particulier, des observations qui lui ont été adressées sur le froid 
des différentes provinces de France. 



Digitized by Google 



RÉSULTAT 

EXPÉRIENCES SUK LK F KO 11) DE 1776, 

FlltlS PM ORBRK DR L'd.UHHil 

PAR MM. BEIOUT. LAVOISIRR KT V \NDBRMONDR. 



376 



MÉMOIRES DE LAVOIS1ER. 



■s 

ii 

il 

'7 

SI 

M 
»S 



1« 
Si 

u 

Si 
35 
Sfi 

»7 

3* 



NOMS 



t • 



MM 

Dr Cil 



Dt M Cuti . 
Di u Luwc 
Ltvoum . . . 



<.U ABTIF.RS DE PABIS 



a l"l)h«Tvatoir>' . 



rue de* I ! apurai. . . 



ESPÈCE 



E«prii-d«--«in . 



UUm 



rw N«u«-e-<lra-Bati»-Knr«nli>. . 



j Utm... 
Mn-tiir* ■ 



LabW 1 



T»LU>T. 

V.I.I.Nt 

Vuxnt. 



Ruotn 
U duc 

MtKK». 



rar Caroline . 



•Ici,, 



Etprit-dc-vio . 



Esprit-de-vin . 



NOMS 



Ci PPÏ 

C.pp T , nenm.. 
AMier-Pcriau . 

oppy 



t»PPÏ 

Amer-Piriu. . 
Uoubert. . . . . . 

C#.ppj, iwrwu.. 

c«ppy 

AjikT-Penc». 



C.ppy, 
GwiWt. 



BoUly 

Asuer-Perica. . 



ThermrwnHn- .-u|.m «imtroit pur M. de Réaumur nii 1 73o , appartenant à M. Brixwii . 



Goegk: 



EXPERIENCES SUR LE FROID DE 1776. 



377 



F 



DKCRÉ! 



7 



9 

,oi 

H 

9A 



•+■ .o 



■•5 

«5 

9Î 
.•i 

9{ 

«o 

10 

to 

■I 



'ILS ONT MAI 



+ 10 ; 

+ ..i 

+ .o 

■+■ io ; 

* 9. 

♦ 95 
+ 95 
«■ 9 5 



dana le premier 
Ui. 

dearl ci iif|rla<* . 
» 



«»5 

-3{ 

•M 

.3 ;f.ibi«. 

■ 3 faible. 

••! 

■ '. 

■s. 

,4| 

- i«î 
.6 

■», 
'7 S 
•M 

10 

• 3 

•»{ 
•3i 

«» ; 
>• ; 

.3 
,3 1 



drwl .1 iU jlarr. 



•7i 



,6; 



- «75 



- »7 



.11 
il 



au froid 

a» 

■77*. 



- (4| 

- «». 

- .*î 



- ,6! 

- Il 



- .5{ 



- , 6i 

- .6 5 



FROID DE 1776 
«pnnW 
m 

drgrradel'clalon 

Éi 

SI .!•• ll.Mun il r, 

d'aprea 
le premirr haiu 



•3 i 



- il 5 

- »X 

- •»! 



•*5 
«»5 
>«! 

.Si 



- i«| 



• *A 



FROID DE 1776 
rspnnic 

<■ 

drgreadr THalon 
dt 

M. de llfautour, 

d'après 
le tetuen! hijn 
ilriele.de (lace. 



- .S{ 



1*1 

.Sj 



- ,3» 



•SA 



DEGRE 
aoqvrl dm. être 
amniue 

le f.oid de 

««i r clWun 
il-*» Ihmnoujélm 

pn-nu»f bain 
de «H cl de flac--. 



- -«A 

- .«{ 

- «7 5 

- <»5 

- -7 A 

- ,6} 

- «7t 

- .11 

- 

- <7A 

- 10 

- •?{ 

- Itl 

- »o| 

- '6H 

- Il 

- «7 i 

- .SJ 

- i«i 

- .5» 

- •«« 
.6 | 

- It| 

- «6îV 

'-; 

- 17 5 

- .s i 



DKM 

ûii_]i-i dm! ■■ 

enarmi. 

> Ma] J| |. 
•ur rlianii 

1m UuTBtfinirtrrt 

d'apre» 
le Mvind bain 
de»rl.(.le||le~ 
• i 



•65 

•6 A 



.65 



- ,6} 

- .S 



18 



Digitized by Google 



378 



MÉMOIRES DR LAVOISIER. 



SECOND MÉMOIRE 

SUR LE FROID DE 177b\ 

PAR 

MM I.AUHSIKH. RHISSt» KT BKZOIT'. 



La mission dont l'Académie nousavait chargés, MM.Bezout, Vandcr- 
uionde «*t moi, relativement au froid de 1776, s'est trouvée renfermer 
implicitement un plus grand nombre d'objets que nous ne l'avions 
prévu, et nous avons cru devoir les distinguer soigneusement dans le 
compte que nous nous proposons d'en rendre à l'Académie. 

Le premier de ces objets était de déterminer, avec autant de préci- 
sion qu'il était possible, l'intensité du froid de 1 776 par rapport à celui 
des années antérieures et surtout par rapport à celui «le 1709, le plus 
grand qu'on ait éprouvé de mémoire d'homme dans ces climats' 4 . 

Le second, d'éclairer l'Académie sur les différences énormes qui se 

mença presque subitement le â janvier au 
noir, jour auquel il avait plu une grande 
partie «le In journée et où le thermomètre 
était n !io parties. très- proche du tempéré, 
fixé à A8). I* i3 et le i4 janvier furent 
les plus froid». Le IhcrmomeUtt descendit îi 
5 parties le 1 3 et le 1 h janvier. Ce froid vint 
sans vent considérable, ta- vent était ti'ès- 
faible. et, ce qui est à remarquer, au sud; 
et lorsque le vent augmentait et tournait ver* 
le nord, le froid diminuait. F .a mer s'est ge- 
lée à quelques-une» des cotes de Provence 
où la plupart <1« > arlires fruitiers sont morts. 

'En îtîo/i . le froid n'était descendu qu'à 
7 degrés du même thmiMimètre. 

"Le premier dégel vint le j 6 janvier, mai» 



1 Présenté a l'Académie par MM. Ijivoi- 
sier, Hrisson et llerout. le (> décembre 1 777. 

* irM, de Fourhy est prié, de la part des 
commissaires de l'Académie, de vouloir bien 
inp|)orter. à la première séance, la note de 
H, de Héaumur sur le froid de 1709." — 
Xote de la main de iMoisier, jointe à la note 
animale de la main de Héaumur el trouvée dont 
le même dontier que le prêtent mémoire : 

*3% jainirr 1776. 

<-Kti 1700,, les séances furent tenues pen- 
dant la durée du froid, mais le samedi 
ufi janvier il n'y eut point d'assemblée îi 
cailM d'un grand dé^eJ. 

itLc froid du commencement de l'année n 
été excessif avec beaucoup de neige ( il com- 



Digitized by Google 



SUR LE FROID DE 1776. 37ï» 

sont trouvée» entre les observations de ce froid, faites en même temps, 
dans les mêmes circonstances et par des observateurs dignes de 
confiance. 

Le troisième , de lui rendre compte de l'état actuel des thermomè- 
tre! qui se débitent dans le public, des erreurs qui se sont glissées 
dans la division de ces instruments, enfin de lui faire part de nos idées 
sur les moyens de ramener la marche du thermomètre à des principes 
fixes et invariables. 

Nous avons rempli le premier de ces deux objets dans un mémoire 
assez étendu, dont la minute est déposée au secrétariat de l'Académie, 
dont quelques circonstances ont retardé la publication , mais dont nous 
avons lu l'extrait à la 9éance publique de Pâques 1777. On se rap- 
pelle que, n'ayant pu trouver de thermomètre authentique qui eut été 
observé en 1709, nous avons eu recours à un thermomètre original 
de M. de Réaumur, vérifié par M. l'abbé Nollet et dont M. Brisson est 
propriétaire; le froid de 1 709 était marqué sur ce thermomètre, et voici 
la manière dont s'explique M. de Héaumur lui-même sur la détermi- 
nation du degré de ce froid dans un mémoire publié dans le Herueil de 
l'Académie pour l'année 1760 et qui n'a été publié qu'en 174a. 

irLe nom iïannée du grand hiver est devenu propre à 1709, celui 
edu long hiver est du à aussi bon titre à 17/10; quoique le froid ail été 
-assez vif, à Paris, dans cette dernière année, il n'a pas été aussi consi- 
-dérable qu'en «709, mais il a duré plus longtemps. Les jours où il a 
'•été le plus grand ont été le iu janvier et le a5 février; dans l'un, 
•• I.) liqueur du thermomètre descendit à 10 degrés \ au-dessous de l;i 
r congélation; et dans l'autre, à 10 degrés y- assez grand vent, qui 
* régnait alors, contribua à nous faire paraître ces degrés de froid très- 

Ifi froid reprit peu de jours après. Ce fut Elle fut très-longue . car le |3 mars il gelait 
celte reprise qui Ht tout le mal, parce que, encore assez furt. le thermomètre étant il 



l'eau n'ayant pas eu le temps de s'emlioire i 'i parties et la gelée commençant quaml il 

dans la terre ni de se sécher sur les arbres, est a 3a. 

la gelée forte et subite qui revint saisit et *\*> baromètre a été observé à iH poi > 

pa toutes les racines du blé. et détruisit au temps du plus grand froid.- 



rou 



I urganifrulinn même dans les arbres délicats. 



Mf 



380 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

•^piquants, quoiqu'ils fussent encore éloignés du degré de froid de 
-l'année 1709. Nous ne savons pas assez précisément quel fut à Paris 
-le degré de ce froid si mémorable. Le seul thermomètre connu qui 
■ existe encore, et sur lequel le plus grand froid de 1 709 ait été observé 
-est à l'Observatoire et a appartenu à M. de La Hire. On le conserve 
-comme un instrument précieux, et il l'est devenu principalement par 

- rapport à l'époque dont nous parlons. La comparaison qu'il avait 
-faite, il ) a plusieurs années, de sa marche avec celle du thermo- 

- mètre construit sur nos principes, avait l'ait estimer le plus grand 
ff froid qui se lit sentir à Paris, en 1709, égal à celui qui peut faire 
-descendre la liqueur de notre thermomètre a th degrés \ ou 1 U de- 
-grés I au-dessous de la congélation; mais, ayant eu depuis occasion 
-de comparer la marche de cet ancien thermomètre et relie du nou- 
-veau, dans des degrés qui étaient plus au-dessous de relui de la 
-congélation que ceux qui avaient servi à faire la première comparai- 
-son, on a jugé que le froid de l'année 1709 eut fait descendre la 
-liqueur «le notre thermomètre à i5 degrés ^ ou à i5 degrés - au- 
-dessous de la congélation. On pourrait avoir ce terme avec une tout 
ir autre précision «nie celle que donne une estime toujours sujette à 
-quelque erreur; il n'y aurait qu'à tenir les boules de l'un et de l'antre 

- thermomètre dans un même vase rempli de glace pilée, et faire naître 
-dans cette glace, par les moyens que nous avons enseignés ailleurs, 

- un froid qui fit descendre la liqueur du thermomètre de M. de La Hire 
"au degré où elle descendit en 1709; celui où la liqueur du nôtre 
-serait descendue alors serait pareillement celui où elle serait des- 
-cendue en 1709. Si cette expérience n'a pas encore été faite, ce n'est 
-pas parce qu'elle est difficile à faire; mais on a craint d'exposer à 
-quelque risque le thermomètre de M. de La Hire, en I otant de dessus 
-son cadre et en le maniant et remaniant autant de fois que l'expé- 
rience le demanderait; et un instrument qui nous donne de si an- 
-ciermes mesures du chaud et du froid ne saurait être conservé avec 
-trop de soin. D'ailleurs il y a apparence qu'on ne se trompe que de 
-Irès-peu. soit par excès, soit par défaut, lorsque, par les dernières 



SUR LE FROID DE 1776. 381 

-observations qui out été faites, on a conclu que la liqueur de notre 
r thermomètre fut descendue, pendant le plus grand froid de 1709, à 
<r 1 5 degrés T on à 1 5 degrés y. Ce froid fut considérablement supé- 
rieur à celui de 1760, puisque dans cette dernière année la liqueur 
r n'a pas été plus bas que 1 0 degrés 7 . n (Mémoires de /' iradémie royale 
des sciences, 1 760, page 5/17. ) 

Si l'on compare l'époque à laquelle M. de Réaumur imprimait ce 
passage avec celle de la construction et de la vérification du thermo- 
mètre que M. Brisson nous a confié, on ne peut douter que la fixation 
du froid de 1709 à i5 degrés i n'y ait été marquée en connaissance 
de cause, et il est probable même que ce thermomètre est un de ceux 
qui ont été mis en comparaison avec celui de M. de La Hire pendant les 
froids de 1760 et de 17/I2. 

Une remarque qui ne nous a pas échappé et sur laquelle nous avons 
insisté dans le mémoire déposé au secrétariat de l'Académie, c'est qu'il 
est possible que le thermomètre qui nous a servi de terme de compa- 
raison ait reçu quelque altération depuis le moment où il a été cons- 
truit par M. de Réaumur; mais, comme cette altération n'est que d'un 
quart de degré tout au plus au terme de la glace pilée, il ne peut 
résulter de cette circonstance qu'une incertitude assez légère dans le 
froid de 1709. C'est à ce thermomètre de M. de Réaumur que nous 
avons rapporté toutes les observations faites en «770, et il en a résulté 
que ce froid exprimé au degré de ce thermomètre avait été, à l'Obser- 
vatoire, d'après les observations de M. Jeaurat et de M. Le Gentil : dans 
le quartier du Palais-Royal, d'après celles de M. Lavoisier; à l'Ecole 
militaire, d'après celles de M. Anlelmy, entre i3 degrés et i3 degrés ). 

Les observations faites par M. Messier à l'Observatoire de la marine 
et celles faites au petit Luxembourg par M. Vallot donnent 16 degrés 
complets. 

De ces observations multipliées nous avons conclu que le froid de 
1 709 avait étéd un degré et demi environ plus fort que celui de 1 77C) . 
et quand un voudrait contester sur les bases qui ont servi à nos déter- 
minations, quand on porterait à l'extrême les incertitudes qui peuvent 



382 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

exister sur le froid de 1709, il en résulterait toujours que celui de 
177G a été très-sensiblement moindre. 

(le premier objet rempli , nous nous sommes occupés des deux autres . 
et nous allons présenter aujourd'hui à l'Académie l'extrait de nos travaux. 

Tous les physiciens conviennent que le mercure est de tous les 
iluirles celui qui réunit le plus d'avantages pour la détermination des 
degrés de froid et de chaud. Premièrement, il est constant, d'après les 
expériences de M. de Luc, que les dilatations de ce fluide approchent 
beaucoup d'être proportionnelles aux degrés de chaleur réelle. 

Secondement, c'est un des fluides qui entre le plus tard en ébulli- 
tion, et son échelle, par conséquent, peut être portée à des degrés de 
chaleur qu'aucun autre fluide ne pourrait supporter. 

Troisièmement, sa marche dans les degrés de froid D'est point re- 
tardée comme celle de l'esprit- de-vin et de tous les fluides aqueux sus- 
ceptibles de se geler. Ces derniers se dilatent au lieu de se condenser 
dans les approches du degré auquel ils se gèlent, et cette dilatation 
influe sur la loi de condensation et de dilatation du fluide à des degrés 
même très-éloignés du terme de leur congélation. 

Quatrièmement, ce fluide est toujours le même, quand il est pur, et 
il est très-aisé de l'obtenir tel d'ailleurs: peu importe même qu'il soil 
porté à un degré de pureté extrême, parce que sa marche n'en est 
presque point changée. 

Mais si ces avantages sont grands pour les physiciens et pour ceux 
qui veulent une exactitude scrupuleuse dans les expériences, si le mer- 
cure est préférable à tous les autres fluides pour les expériences qui 
exigent des degrés de chaleur voisins et supérieurs à l'eau bouillante, 
s'il doit être le thermomètre exclusif pour tous les pays du nord où le 
.thermomètre descend habituellement au-dessous de dix à douze de- 
grés au-dessous du terme de la congélation, nous n'avons pas cru 
devoir entièrement proscrire les thermomètres à l'esprit -de-vin pour les 
usages de la société, surtout dans les climats chauds et tempérés, et 
nous avons été principalement déterminés par les raisons qui suivent : 

Premièrement, le mercure est beaucoup plus cher que l'esprit-de- 



Diqi tizedby 



SUR LE FROID DE 1776. 383 

vin, et les thermomètres dans lesquels on emploie ce fluide coûtent 
nécessairement davantage que ceux à l'esprit^de-vin. 

Secondement, le mercure est à peine visible dans le tube; on ne 
peut observer la nuit sans approcher de fort près la lumière; enfin les 
personnes qui ont la vue faible observent difficilement, même au grand 
jour. 

Troisièmement, les thermomètres ù mercure sont sujets à se casser 
en voyage, ceux à l'csprit-de-viu sont plus portatifs et plus solides. 

Quatrièmement, fesprit-de-vin se prête à des constructions de ther- 
momètres qui réussissent difficilement avec le mercure. 

Cinquièmement, peu importe dans la société si les degrés du ther- 
momètre approchent plus ou moins d'être proportionnels aux degrés 
de chaleur réelle; on n'a besoin que de rapports et non de quantités 
absolues. 

Sixièmement, il existe dans le public une quantité considérable de 
thermomètres à esprit-de-vin que, toutes choses d'ailleurs égales, il 
est à propos de ne pas rendre inutiles, ou au moins faudrait-il qu'on y 
fût forcé par des raisons solides. 

D'après ces considérations, nous avons pensé qu'autant il était né- 
cessaire qu'il existât un thermomètre exact à mercure pour les phy- 
siciens et les observateurs éclairés, et qui pût à jamais servir d'éta- 
lon, autant il était important de laisser au public les thermomètres 
à esprit-de-vin qui sont entre ses mains. Mais le point important 
était de donner un langage commun à ces thermomètres et surtout 
de donner aux artistes des moyens simples de les construire avec 
exactitude, et voici à cet égard le résultat de nos expériences et de 
nos réflexions. 

La marche de l'esprit-de-vin et celle du mercure étant très-différentes 
l'une de l'autre, et les degrés de dilatation de ces deux fluides à cha- 
leur égale n'étant point proportionnels, il était impossible de cons- 
truire des thermomètres à mercure et à esprit-de-vin qui s'accordassent 
depuis la glace jusqu à l'eau bouillante. Faire à l'un de ces deux ther- 
momètres des degrés inégaux, comme le propose M. de Luc, nous 



384 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

a paru un moyeu impraticable, et nous doutons qu'on pût y déter- 
miner les artistes; mais en même temps nous avons entrevu qu'il était 
possible d'accorder quelque portion de l'échelle, et en effet, après quel- 
ques tâtonnements, nous nous sommes aperçus qu'en divisant dans 
le thermomètre à mercure en quatre-vingt-cinq parties l'intervalle de- 
puis la glace jusqu'à l'eau bouillante il en résultait un thermomètre 
qui s'accordait assez bien, du moins dans les parties inférieures de l'é- 
chelle, avec le thermomètre à esprit-de-vin de. M. de Réaumur corrigé 
par M. Brisson. Cet accord est tel que ces deux thermomètres se suivent 
à un quart Je degré près depuis la congélation jusqu'à ving-deux de- 
grés, et ce n'est que vers trente degrés que la différence commence à 
être de trois quarts de degré. 

Les écarts des deux thermomètres sont, il est vrai, un peu plus sen- 
sibles dans les degrés inférieurs à la congélation; en effet, à dix degrés 
ils diffèrent déjà d'un degré environ; mais, les observations au-des- 
sous de la congélation étant moins fréquentes que celles au-dessus, 
nous avons pensé qu'il importait davantage que le plus grand accord 
des deux thermomètres fût dans la partie supérieure plutôt que dans 
l'inférieure. 

Nous sortirions des bornes que nous nous sommes prescrites, si nous 
••titrions ici dans les détails du choix de l'esprit-de-vin et du mercure. 
Nous donnerons, dans les mémoires dont nous ne faisons ici que l'ex- 
trait, les moyens d'obtenir ce dernier dans son état de pureté absolue 
sans presque aucuns frais. Nous y exposerons également les précautions 
» prendre pour faire en tout temps et en tout lieu des thermomètres 
parfaitement d'accord. Nous nous bornons dans ce moment à présenter 
à l'Académie douze étalons en mercure que nous avons faits nous- 
mêmes avec toutes les précautions possibles; les tubes en sont parfaite- 
ment calibrés et les divisions très-exactes. Ces thermomètres s'accor- 
dent tous entre eux à un vingt-cinquième de degré près , ce qu'on peut 
regarder comme une précision absolue en ce genre. Nous proposons à 
I Académie d'en déposer six dans ses armoires pour servir à jamais de 
ternie de comparaison : les six autres seront distribués, savoir : deux à 



Digitized by Google 



SLR LE FROID DE 1776. 385 

1'Observaloire royal, un à celui de la marine, un au Jardin du roi. Enfin 
l'Académie en pourra confier à ceux qui s'occupent avec le plus de 
succès d'observations météorologiques. S'il arrive quelque accident à 
l'un des thermomètres de l'Observatoire, il sera remplacé par un de 
ceux que l'Académie conservera dans ses archives; enfin si un jour 
la provision des thermomètres de l'Académie vient à s'épuiser, elle 
pourra nommer de nouveaux commissaires, qui reprendront les erre- 
ments de notre travail et qui, en opérant sur les mêmes principes, réta- 
bliront aisément un certain nombre de thermomètres exactement d'ac- 
cord avec ceux que nous présentons. 

La division de Fahrenheit est aujourd'hui si répandue, surtout en 
Angleterre, et même dans presque toute l'Europe, que nous avons cru 
devoir la faire graver à l'un des côtés de la division des thermomètres 
étalons que nous mettons sous les yeux de l'Académie : ainsi ils présentent 
cette division d'un côté et celle en quatre-vingt-cinq parties de l'autre. 

Quant aux thermomètres à esprit-de-vin, qui doivent rester pour les 
usages de ia société, nous ne changerons rien à leur construction et 
nous adoptons en tout la méthode pratiquée depuis longtemps par 
M. Brisson. 

Ces thermomètres doivent marquer zéro dans la glace fondante, q° { 
aux caves de l'Observatoire, \ à la chaleur du sang humain, enfin 
io6° | à l'eau bouillante. Ces différents points sont autant de repères 
qui se servent mutuellement de preuves les uns aux autres. 

Ce travail achevé, il nous restait encore un objet important à rem- 
plir: c'était de rapporter à ce nouveau thermomètre les froids el les 
chauds extrêmes observés à Paris, enfin de dresser des tables exactes 
qui nous donnassent le rapport de ce thermomètre avec tous ceux 
connus dans tous les points de l'échelle depuis les degrés extrêmes de 
froid jusqu'à l'eau bouillante. Nous avons rempli cet objet avec tout le 
soin donl nous sommes capables, partie d'après nos expériences, partie 
d'après celles de M. Micheli Ducresl et de M. de Luc ; tous ces détails 
seront exposés dans le mémoire que nous annonçons et qui n'est pas 
encore entièrement rédigé. Nous nous bornerons à dire ici que le 
m. &9 . 



386 MKMOIHKS DK LAVOIS1ER. 

chaud de 1768 sera marqué sur le thermomètre à la chaleur 

du sang à 3l*38, celle des caves de l'Observatoire à io° 17; le froid 
de 17Û0, à 1 i" 38, celui de 17^^ à i(>"95, celui de 1710 a I7°4i ; 
enfin celui de 1776 sera de 1 (î ; , comme la observé M. Mcssier avec 
un thermomètre divisé comme celui que nous adoptons; d'où nous 
concluons, comme nous l'avons déjà fait dans notre premier rapport à 
l'Académie, qu'autant qu'il esl possible de compter sur le degré de froid 
de 1709 rapporté par M. de Héaumur sur son thermomètre, le froid 
de 1 77<» a été moindre d'un peu plus d'un degré. 

C'est une grande question débattue depuis longtemps par les phy- 
siciens, de savoir si la température des caves à une certaine profondeur 
est un terme absolument constant. M. Micheli Ducrest était pourl'ailii - 
mative; il regardait la température des caves comme le degré moyen 
de chaleur du globe, il la croyait la même absolument partout, il était 
tellement persuadé de la fixité de ce terme qu'il l'a choisi pour un 
des points fondamentaux de la division de l'échelle de son thermo- 
mètre. Les différentes recherches que nous avons faites sur cet objet 
nous portent à croire que, si la température des caves n'est pas cons- 
tante, elle en approche beaucoup, et les différences sont si petites 
qu'elles n'excèdent pas la limite des erreurs qu'on peut commettre avec 
les thermomètres de comparaison existants. 

D'après cela nous avons cru qu'il serait agréable à l'Académie que 
nous la missions en étal de déterminer avec certitude dans la suite si 
la température des caves de l'Observatoire est variable ou non : nous 
axons fait construire à cet effet deux thermomètres à mercure copiés 
sur de bons étalons et qui ne marquent que deux degrés au-dessus 
de la température des caves et deux degrés au-dessous; la boule de ces 
thermomètres est très-grosse et le tube proportionné de manière que 
les degrés ont plusieurs pouces de longueur. 

Nous placerons ces thermomètres dans les caves de l'Observatoire, 
dans un bain de sable et sous une grille fermant à clef. 



Digitized by Google 



387 



OBSERVATIONS 

«ri 

LE FROID DE L'HIVER DE !77fi. 

DOCUMENTS RÉUNIS PAR LAVOISIER. 



Au premier feuillet de ce dossier se trouve une noie autographe 
ainsi conçue : 

(■La Lande est venu pour avoir l'honneur de voir M. Lavoisier et lui 
n communiquer des observations météorologiques laites à Kraneker. 
irpour servir à la discussion qu'il s'est proposé de faire sur le froid de 
-cet hiver 1 . - 



EXTRAIT D'UNE LETTRE DE J. F. HENNERT 

A M. DE LA LANDE 

Mrpci.1, la 9 mm 1770. 

Le mauvais temps ne m'a pas permis d'observer l'occultation de 
Héjjulus par la lune, arrivée le '.'> de ce mois. Des nuages couvrirent 



L'intention de lavoisier. caractérisée 
par cette indication . se trouve continuée 
par le classement fait |>ar lui-même (tes do- 
euuients qu'il avait réunis . et dont une par- 
pris place dans non mémoire sur le froid de 
1776, inséré au recueil de l'Académie de 
cette année 

Il a or-mW que ces matériaux, dont I his- 



toire de In météorologie pooRI tirer partie, 
ne devaient pas être négligés, quoique le 
temps eut manqué it Lavoisier pour rédi- 
ger les conséquences que leur comparaison 
avait pu lui suggérer, et dont le sens est suf- 
fisamment indiqué, du reste, par un des 
mémoires qui sont imprimés a la suite de 
relui-ci. 

(XoUde l'Éditeur.) 



388 MEMOIRES DE LAVOISIER. 

tour à tour la lune; je ne vis l'étoile, déjà sortie, qu'à quelque dis- 
tance de la lune, à 6 heures 5 t minutes. L'étoile parut d'une lumière 
extrêmement faible. Je ne comprends pas comment M. Loten a pu 
observer l'émcrsion, qu'il a marquée à 6 h 56' 3a", temps moyen de la 
pendule, ou fi h 6V 3i*, temps vrai, selon son calcul. Faites-moi le 
plaisir de me fournir des observations correspondantes. Pensez aussi 
aux observations de Saturne. Il n'est pas nécessaire qu'elles soient faites 
aux oppositions, pourvu qu'elles soient faites de deux à deux mois. 

J'apprends, par les journaux, que vous voulez faire réimprimer les 
tables anglaises de parallaxe, etc. mais sont-elles aussi utiles à la navi- 
gation qu'on le pense? Elles ne commencent qu'à io degrés de dis- 
tance. Or le mégamèlre de M. de Charnière ne mesure pas des arcs 
au delà de 8 degrés. Or il parait être assez démontré par expérience 
que les octants de Harlay produisent quelquefois des erreurs d'un ou de 
deux degrés. Ne feriez-vous pas bien de faire calculer les distances de 
la lune depuis 3o minutes jusqu'à « o degrés? 

Voici les observations faites à Franeker, par M. Van Swinden. pro- 
fesseur de physique, mon ami et mon disciple, sur le froid de l'hiver 
passé. Ce savant homme s'applique avec intelligence depuis huit ans 
aux observations météorologiques et au magnétisme, dont il publiera 
le résultat : 



. I>»d A,- RKm 

Le 19 janvier, 7'' matin, h- 1° 99' i'; 

8 o 99 ai Serein. Veut Est. 

9 ~ -, 1 . 

•j soir. . . -h 9 o | 



7- 



o 



11 — 3 \ s8 ni Serein. E. \ S. 

Le 90 janvier, «matin. — 

• o — 9 10 j 

a^oir. .. -+-6 10 J Serein. Aur. boréale. 

7 — • 

10 — il 

Le a « janvier, «matin. — a 98 9 Couvert. S. E. 

1a -+- 1 7 8 ] Brouillard. 



Digitized by Google 



OBSERVATIONS SUR LE FROID DE 1776. 389 

Thmaoni. dr Fihnn. B»ine». PM Ar Rhm. 



Le ai janvier, h soir. . . 


a 5* 








Aurore boréale 




+*1 


7' ; Couvert. S. 0. 


Le temps s'est radouci, mais la gelée a 


repris le 27. 




Tlvrninin. Ar F»hm>. 


H«r»m. Pied fa Ithir. 


Le 26 janvier, 6 k matin . 


■+■ A» 


agr 1 1 ; Serein. E. T ;V 


8. . 


3 




tt soir. . . 


'9 


a Couvert. 




S 




Le 27 janvier. 6 matin . 


n\ 

f « 


g 1 Serein. E. ± NI. 




— « 


Vent violent. 




— a 




a soir. . . 


-*" 


a ; Serein. 








11 


— 3| 


Serein. 


La a 8 janvier, 6 matin . 


- -H 


3 ; Serein. 


8 


H- 1 




9 soir . . . 




h 


5 


a 


3 ' Couvert. 




8 


9 ■ Couvert. 






3 




*°7 


3 i Couvert. 




16 





Le dégel est arrivé le 9 février. 



Digitized by Google 



MÉMOIRES DE LAVOISIER. 



EXTRAIT DES OBSERVATIONS 
SUR LE GRAM) FROID DU MOIS DE JANVIER I77«. 

twn i)OM mv.w, mirait i»ks uunnii.iA *m.i.ms. 

Le thermomètre était à mercure et selon la division <le Réauniur. 

(le grand froid commença dans la nuit du N au () de ce mois et 
liml le 9 lévrier, la neige commença dès le it, et ne cessa que le 16. 
Le 19. la pelée fut forte, sans vent et le temps beau. Le thermomètre, 
à >, heures du soir, marquait 5 dejpés \ de condensation, le baromètre 
•>8 pouces lijjncs [, le vent à l'est. Le •!<», même temps; mais, à 
•> heures I du soir, le thermomètre ne fut observé que de 5 dejjrés | de 
condensation, le baromètre à 28 pouces j de lijpie et le veut ouest. 

\oici les jours où le froid a été le plus vif (les 19 et 20, on a 
manqué l'observation du malin; malgré cet oubli, nous savons qu'à 
Nicuport. comme à Bruxelles, il y a eu 10 jours de jjrand froid) : 



lût M 


•trlM 


HlfWffltTW. 


MttSXÉfU 




ITât M 1 III. 


tS janvier. . . 


_ 1 


malin. 


(1 




..s 


» i 


S. E. 


Tivs-Ikmiu. mai» tré*-fr«iid <•! venl 
trro-piquant. 


•>(. 


K 




10 




»8 


« i 


N. E. 


Mm. 




s 




II 

1 1 


J 






N. E. 


Idem, li» tcnl fort cl événement 
froid i>l piquant. 


a 7 


». 


soir. 


9 

1 

1 






qh 


7 i 


malin. 


ih 




M S 


* 1 


N. E. 


ricau . eitraordin. fruid et piquant. 






» 








9 




1» 


I 
t 
















■ 3 




l8 


S { 


N. E. 




•9 


S M 


lir. 


s 










u 


7 


malin. 


19 


■ 


sft 


1 


F.. 


Beau, mai» encore moin» piquant. 






t 






Si 


7. 




1 1 




3 S 


fi 


S. E. 


Même temps qu'bier, mais plus doui. 
















l" février.. . . 


7 




i3 


ï 


■1 


4 


S. E. [C.ouverl, tent lre»-frniil el piquant. 


















qui M-mbUiit ramener la *nral>nn. 


















dance de» pointe» aifjués et jjla- 
nalvt qui avaient été emportées 


































ver» le *od. 




& M 


«r. 


7 













Digitized by Google 



OBSERVATIONS SI! Il LK KROID l)K 1776. S91 

Il est à remarquer que la gelée devait être moins forte, au niveau 
de la mer; cependant, dans la nuit du 27 au 28, dom Mann trouva 
quatre sortes de vin gelés, ainsi que l'eau-de-vie et le tafia, même 
très-ferme; il y avait des glaçons dans l'espril-de-vin rectifié de Londres; 
il en est parlé plus en détail dans le mémoire que dom Mann vient 
de donner sur la congélation de l'eau de mer. 

Le 29, le talia et l'cau-de-vie n'étaient plus si fortement {jelés que 
le 38. 

Le r r février, dom Mann se rendit à la côte, pour y examiner les 
monceaux de glace d'eau salée; le thermomètre y restait à 7 degrés 
de condensation, à h heures du soir; il trouva de la glace de mer tout le 
long de la côte, de 6 jusqu'à H pieds anglais d'épaisseur et très-salée: à 
une demt-iieuc île la côte, il y avait un autre rang de j[lnce, et, à la 
distance de a , 3 et 6 lieues de la côte, flottaient de très-grandes masses 
de glace. Le même dom Mann vit nombre d'oiseaux du cercle polaire, 
comme hérons de la baie d'Iludson, cygnes et xhand-jufrrr* ou cha&xe- 
merdfi (espèce de mouette qui se trouve sur les côtes de Spitzberg). 



EXTRAIT D'UNE LETTRE DU CHEVALIER D'ANGOS, 

.•mur.» »c KKniMRXT »r. vtvtm. ur. i/scWim tu: nom. 
\ M. MKSSIER '. 

Le thermomètre que vous m'avez procuré, qui est à mercure, mar- 
quait aujourd'hui v.8, à H heures ' du malin, iG B ,r> au-dessous île 
zéro, c'est-à-dire 1 degré plus bas qu'en 1709. Le 27, il était à 1 a". 
Le 20, à i-iV"). Voilà les points les plus bas où je l'ai ni, et je l'ai 
suivi constamment; le thermomètre est exposé au nord-est, et le temps 
où il descend le plus bas est toujours de S heures à 8 heures \ du 
malin. 

Douai est i".:i-> plus septentrional que Paris. 
' Datée do Honni, le »M janvier 1 7 7 0 . lue ii I .t<n<lémie l«- 7 fe\ner suivant. 



392 



MEMOIRES DE I.AVOISIEH. 



OBSERVATIONS FAITES EN PICARDIE 

• 9<) IIRLR5 Dr. MUIS. 

PENDANT LA GELÉE DE JANVIER DERNIER. 

I»0\>KES PAR M. KOUOEHOt' \ DE BOSD»ROÏ. 

Les observations suivantes ont été effectuées au château de Plain- 
ville, par le régisseur de la terre et le jardinier, l'un et l'autre «eus 
exacts et intelligents. 

Les thermomètres, construits par feu ^appy, étaient placés, l'un 
à l'est et l'autre à l'ouest, aux fenêtres du château, qui est construit 
sur une terrasse élevée de t 2 à 1 5 pieds au-dessus de tout le terrain 
adjacent. 

Le 1 7 janvier, les thermomètres, qui ont été presque toujours d'ac- 



cord, étaient descendus au-dessous de zéro, à 1 3 degrés 

Le «9,7 heures du matin, à t 1 

Le îo, même heure, à 1 5 ; 

I^c> a 1 11 

Le si , i 1 3 

Le a3 

Le 96 a 

Le 9 5 , à 1 3 [ 

Le 96, à 1 '1 

Le 97, à 17 

Le 98, à 18 

Le 99, à 90 

Le3o,à 18 

Le3i,à i(i 



Des observations analogues ont été elïecluées au château d'Hargi- 
BOOrt, à deux lieues au nord de Montdidier, par M. le marquis d'Har- 



Digitized by Google 



OBSERVATIONS SUR LE PROID DE 1776. 393 

gicourl, sur deux thermomètres du môme Cappy, tous deux placés en 

plein air, au nord. 

Le ao janvier, la liqueur était descendue au-dessous ,^ rv , 

de zéro à 17 

Le a 1 1 i 1 h 

Le a a , à 17 

Lea3,à i3 

Le a h , à ta 

Le aô, à 17 

Us6,ft 16 

Le «7, 4 \(> 

Le 9 H , ù . 17 

Le 9 9 , à 1 y ~ 

Le3o,à 18; 

Le 3 1 , à 19 

Le I er février, à ao -] 



OBSERVATIONS 
faites par «. u cnmu.ni TrncoT, ac oattiti de mu», mis falaise, 

AVEC I.S THERMOMÈTRE DE MERCl'RE 
SLIVAST LA DIVISION DE M. DE RÉAt MUR, FAIT l'Ait CAPI'Ï. 
Mi\M.|> PA» !|. tesos. 

Le 18, le thermomètre était à to degrés -j- au-dessous de zéro; il 
n n point été observé jusqu'au dimanche a. A 8 heures du matin, le 
mercure était à 16 degrés \ au-dessous de la glace; à midi, il était 
remonté de a degrés; à 1 o heures 7 du soir, il était redescendu a 
1 h degrés ~; le lundi a a, à 8 heures du matin, il était à >ô degrés; 
il éprouva peu de changements dans la journée; à 1 o heures { du soir, 
il se retrouva au mê.me degré que le matin. Le lundi 3o, à 8 heures 
du matin, le mercure était à i3 degrés 7; à 1 heure après midi, le 



394 MÉMOIRES DE LAVOI3IER. 

mercure «'-lait remonte de 9 degrés, de sorte qu'il n'était plus qu'A 
5 degrés au-dessous de la glace; aussi le vent était-il cliangé, étant 
au sud-est; à 7 heures ^ du soir, le mercure était descendu à i a degrés; 
le vent s'était remis au nord-est. Le mercure, dans le baromètre, élail 

a 57 pouces j. 

Depuis le dégel, les vents ont été constamment à l'ouest-sud-ouest, 
souillant en tempête, avec éclairs et tonnerre; le baromètre s'est tenu 
à a6 pouces 6 lignes. En général, depuis la fin de décembre 177!». 
jusques actuellement, le mercure s'est tenu très-bas. 



EXTRAIT D'UNE LETTRE 

ruTF.r. DK IIOCEft Lit 6 MARS . 

ÉCRITE PAR M. BOIIÎN, 

Mon thermomètre est de mercure, son calibre intérieur est d'envi- 
ron 1 ligne de diamètre; et la boule, faite en œuf, renferme a à 3 livres 
de liqueur. Je l'ai fait avec soin, aidé de Scanegatli (excellent souflleur), 
sur les principes de M. de^'Isle. Il a été mis à la glace fondante et à 
l'eau bouillante. Le point de la glace répond à 1 53 de la «livision de 
M. de l'Islc, dont 

Kftil louilluitr. [N 1;' • .1 : l.i.' iip'I i 

Le t" ternie est 80 degrés de Héaumur, a8 pouces o ligues. 
Le 3 e 79 J7 9 

Le U< ; 78 i 97 6 

Son exposition était à l'air libre, à la fenêtre de mon cabinet, sur 
!<• haut jardin et à l'ouest-nord-ouest J . 

' L'élévation dfl aetta fenêtre au-dessus * La fenêtre regarde If nord-nord est ; 

du jardin n'est que do six à sept pieds. Le mais le thermomètre , appliqué contre la 

jardin est petit et environné d'assez hauts partie orientale de la fenêtre . regarde l'ouesl- 

hiiliments de tôt» cotés. nord-ouest. 



OBSERVATIONS SUR LE FROID DE 1776. :W5 

Le 28 janvier, au lever du soleil, 1 5 degrés plein?. 

Le a 9, de même, 1 6 j 

Le 3o, à 6 heures 7 ii ; 

Le même jour, au lever du soleil, 1 5 

Les jours suivants, je ne l'ai jkis vu si bas. 

Le soir, sur les 9 heures, il a marqué, pendant les grands froids. 
9, t o, 1 1 , 1 a et 1 3 degrés. 

Je suis persuadé que le mercure n'a pas Unit de dilatabilité que 
l'esprit-de-vin; n'aurait-il pas aussi moins de condensation? 

Le thermomètre de M. du Lague 1 , fait à l'esprit-de-vin, placé en 
dehors vers le nord, mais dans une cour assez étroite 1 , au premier 
étage, n'a marqué que ii degrés j. 

Les bords de la mer ont gelé assez au loin, au Havre, à Fécamp et 
à Dunkerque, ce qu'on prétend n'être point arrivé en 1 709. Ne serait- 
ce point que les glaçons de la Seine auraient été portés vers la Hère 
par les courants? Selon la carte du sieur de Gaule pour les nouveaux 
phares, les courants pourraient occasionner cet effet. La Manche et le 
flot ne produisent-ils pas le même effet ? 

il y a encore cela de particulier, pendant ces grands froids, que h- 
vent, qui régnait à terre depuis le nord jusqu'à l'est, venait en mer 
de la partie du sud, de manière que ceux qui sortaient du Havre pour 
l'Amérique ont été obligés de relâcher en Angleterre, et que ceux qui 
venaient de Cadix éprouvaient un vent favorable, quoiqu'ils ne fussent 
éloignés de terre que de 17 lieues environ. 

Sans doute que vous aurez entendu dire qu'à Brest la liqueur du 
thermomètre n'est tombée, au plus bas, qu'entre h et S degrés. 



OBSERVATIONS FAITES PAR LAVOISIER. 

Le a8 janvier «776, deux thermomètres très-exacts, à espril-de-vin. 
l'un de Cappy, l'autre d'Assicr Perica , construits à quinze ans de dis- 

1 Professeur d'hyilro^raphio i\ Rouen.— ' Elle est (ircsque «irr.V . lie quatre it niM| lois.*, 
je pense, de coté. 



39f. MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

tance, ont donné, à 6 heures 3o', i3 degrés } très-exactement. Deux 
thermomètres à mercure, un d'Assier Perica, un de Gonber, cons- 
truits suivant la méthode de M. de Luc, ont donné 16 degrés \ , tous 
deux également. 

Le ay.à 7 heures et demie, les deux thermomètres à esprit-de- 
vin, 1 h degrés 7. Ceux à mercure, th {. 
Dimanche, à 7 heures 38 minutes. t'A -\ 
Le lendemain, 1 U. 



OBSERVATIONS 

DF. 

TROIS THERMOMÈTRES A MERCURE . 

PLACES \ L HÔTEL DE 9. E. L'AWASSADUII DF l.r.HI'KSKr» . 
1 M!.r<MC- DCSE AILE ISOLÉE OU S'AVANCE VMS l.R JARDIN Dl Ll'\f MMIPRli . 

40 



IIK JANVIER 177f>. 



Le 90 janvier, il 

a heures { , 

g heures, soir. . . . 
1 1 heures, soir. . . 
Le 21 janvier, à g heures, malin.. . 

midi, 3o minutes . 
5 heures [, soir. . . 
;i heures soir 



Le M janvier, à 8 heures, matin 
midi 45 minutes 
<> heures 7 , soir . 
1 1 heures 



........ 



ClADtATIO* bl litl ll>. 



V I. 



5-i 
5 

?! 

77 

8, 

3i 
5 

6; 
7 

77 

« 7 

°: 



n- 1. 



— X'. 

— 7 

— 10 

— 1 1 

— 1 » 

— i; 

— 7 

— 10 

— 10 

— 1 1 

— 3 

— a 

— a 



v 3. 



f>" 

«: 
9 

9; 

'•: 

«: 
9 

9: 

»7 

a 



Digitized by GooqI 



OBSKKVATIONS SUH LE FROID DE I77G. 



.'{97 



■ 


i.r.im ITI1.11 DE litrm H. 


V 1 




S* J. 




1 


h»' 

— 4 j 


— 4 




— 1 ; 


— « 


•j 

— .) 




— (» 


— » , 


— 0 | 


1 r A 


— 1 i 


a 

— *■» . 






— 0 ; 


/• . 

— 1 


f » 

— 0 " 


• J' 


' — " ' î 


— 0 


3 j 


1 _ . . 


3 1 


— f) 


— a - 




r 1 


— 7 ; 


— (i 




A ' 
— * 


— 9 ! 


— 7 • 


i heure 1 5 minutes après midi . . 


0 " 
— 0 - 


£L > 
tl - 


— 




fi ' 


_ s 

— 9 . 


0 

— n 


\je a 5 janvier, a il heures 1 5 minutes, soir 


fi ; 
— 0 


« 

— 10 


•j 1 

O ; 


Le afi janvier, à 7 heures ao minutes, matin 


u ! 

— ï 


— 1 1 , 


— 9 ; 


1 heure qo minutes après midi. . . 


U ■ 


7 


r 1 

— 5 1 




— 0 , 


— 9. 


— H 


1 1 heures 1 5 minutes, soir 


— 7 


— 10 


— 8 '. 


1 • • 1 ■_ *• 


— 10 | 


— i4 - 


— 1 -j 


■ di 


— 9. 


— 1 a 


— 10 ; 


I 1 * 0 ■ a 


Q 


— 1 1 


— s 




IO - 


■ t. 
— 1 fi 


— — | 9 


** e • 1 


Il] 


r 1 

10 ; 


-,3 


Le art janvier, à 3 heures 5o minutes, matin 


t t { 


— 10 


-•3, 


t> heures at> minutes, malin 


— 1 Q 


£ 1 

— 10 


— 10 


7 heures 3o minutes, matin 


— 4 0 - 


, fi ' 

1 U j 


1 (1 


7 h. 3o m. le 0 dans mon horizon. 


— tvt ' 


— 16^ 


— 16 


M li. ■ i'j. a fi ] 1 1 1 - 1 1 1 . . . Htnlin 

0 neures iu minutes, niaiin 


19 7 


— 1 f, 






— 8-i 


11 • 


- ol 


1 heures, soir 


— 7î 


— 10 ; 


- 8 -; 




— 7 y 


10 ; 


- «? 




— 9. 


— i3 




1 1 heures 3o minutes, soir 


— xo' ; 


-,«: 


— 1 1 


Le :i9 janvier, à h heures 16 minutes, matin .... 


1 1 7 


— i5i 


-,.v 


6 heures 43 minutes, matin 


" ï 


— 16 ; 


— 14 



198 



MÉMOIRES DE LAVOI8IEH. 





KliM'iTIOIt di linau 




V 1. 


V s. 


v 1. 


Ii' 'ii. in il vint* à - li pu roc 'I *\ mi iHliiM mnti n 


— n" 1 


— t6*i 


— i4* 


~ h 'i S m li» H nVïji un iH'ir rl<'w'- 

1 U* ^4K.' III. l\r \J U'J<1 Ull UlU CIv'C- 


— 19 - 


1 u ■ 


1 3 * 

* 






, 7 • 

— i 


1 | | 


IIIIMi \ii mifiiitns 


- * 

— 7 7 


— 1 o 


a i 

KJ 


:i iicurcs .ï ;» iniiinles mut 


■ 

— y ■ 


1 O 3 


81 


i\ Itmirns 1a minnfoa cnîr 


— 9 


— 12, 


• n 1 

IV J 


i « lipiirpt; f i \ tnimilf»tî soir 


— 1 1 


' a « 




minuit o ft minutait 


— ~~ 1 0 


. -1 I 


1 t ' 


1 a» *Kâi imik'iat' il tt 1 1 > 1 1 1 r 1 1 l ritraltrt 


* . 


1 3 | 


1 0 ' 


"7 Iipiiivk 1 *ï niiniiti*fl matin 


r, > 

— 9; 


< 1 1 
1 o - 




1 lirmroc /i h iiiimitj*w rii ilin 


— 9; 


. 1 ! 
' ** . 


« « 1 

» 


n hpnri's mutin 


7 


1 0 


7 1 


«) liPin k n& o lî ni inn Ira kai ■* 


— o 


~ 7 T 


6 ! 


'j htmrps i o minutes fcnir 




— 0 j 


— _ «7 L 
i 1 


<j heures 90 minute^ soir 


— 8 : 


— 1 1 i 


— l O 


i i 1 1 * * 1 1 rf* h i) tniniitps soir 


— t « 


— 1 5 







— 1 1 


— i5 i 


— 13 ^ 




— 1 1 


— i4 ! 




7 h. ItU m. le 0 dans mon horiion. 


-"7 


— 17 


— 11 




— to 


— i3 ] 


— 1 1 




— 5 


— 7l 


c 

— 0 




— 9; 


— 13 ; 


— »' J 


to heures 55 minutes, soir 


10; 


1 U j 


— - 1 u ^ 




— •« 7 


— .5; 


— i3 


MOIS DE FÉVRIER 1776. 










-,. : 


-,5; 


- i3 




— 1 1 


-•5 


-«»! 


6 heures 65 minutes, matin 


— ,3 ', 




— i6f 


7 h. 35 m. et à 7 h. Lb m. matin. . 


-«»{ 


— 17 


-t*i 


S heures, le 0 donnant a la fenêtre. 


-•if 


-.5} 


-i3 






- 


- 3f 



OBSERVATIONS SUR LE FROID DE 1776. 



l.»»W ATln!» M Util m II. 





V 1. 




v a. 


li* i" fi»u icr n A hoiirf*4 AF» rumnlr- »uiir 


_ 




, , , 


6«J 






»•! 


1 1 beurre, soir 




3 ; 




5 








minuit 




3; 


_ 


5 






4 ; 


I j» o IVîvrmi* à Kniiroa o /i tninulitu m.if in 


_ 






L 






3 : 


liPtii'fiu i'i î mmiih"- tunliri 




Q j 




h 






H lii'iu'i"»» i o ininiili'v matin 




9 •' 




h 






3 T 


n hftiirnfl 1t m inutile n-titiii 




o 




i 






O 7 


■ttisli A f» iiiiitiit/i^ 


■+■ 


3 7 




9 - 




■+■ 




a ■ li a t ■ nie o/iit* 


-+- 


3t 


-»- 


9 




-4- 


.1 


1 o t litL'i'uti' a — hnm*afl minnlitii niitiii 


-+- 


9 7 


-4- 


1 ' 




-4- 


i J 


i lu'iir* 1 fi inimitié niir* 1 -* mirli 


+- 


5t 


-4- 


k 




-4- 


&î 


'i Il flirt'*** unir 






-e 


lt 




-4- 


& ; 




■+- 


a ; 


-t- 


1 - 




-+■ 


9 - 


1 .■ A l.is rur à ■* lioimw A ^ m imitée mal în 


-+- 


3 : 




9 




-4- 


9 — 




-+ 


5 ~ 




h 




■+• 


5 


m heures 35 minutes, soir 


4 


6 


-4- 


5 




-f- 


r> T 




-4- 




-f- 


6 




-+- 






-4- 


8? 


-H 


8 




-4- 


8 ï 




-4- 


7 


-4- 


6 




-4- 


6 ; 


Le fi février, à 8 heures , r > minutes, matin 


-t- 


5- 


-4- 


h 




-t- 


4 ; 




■4- 


6 


H- 


5 




-4- 


5 '- 




-t- 


3' 


-+- 


9 ■ 




-t- 


3 



THERMOMÈTRE OBSERVÉ AUX CHARTREUX, 

DOM GKBMAIN. 

Le jg janvier 

I^e 3o 19 

Le 3 1 ii à 9 heures 6" 

\a- i" février i5 \. à 9 4 ;. 

Le 9 5 -i au-de>:>uf . 

Le I o 5 



MÉM 01 HE S DE LAV0I8ISB. 



FROID 

OBSERVÉ A L OBSERVATOIRE l)K L ÉCOLE ROYALE MILITAIRE, 
EN JANVIER ET FÉVRIER 1776. 
mari p»» ». Mimua. 

Le thermomètre d'observation est entre les mains de M. Baume, 
pi a bien voulu le comparer; c'est le plus grand des deux (jue je 
lui ai remis. II était placé sur le côlé d'une fenêtre, de manière qu'il 
regardait le nord, sauf une petite déclinaison vers l'est. La fenêtre 
regarde l'orient. 





tu pr« 




A 


A 




ITHT 11 LIT 


u 




Ml m an 




!.. - — 

mil 




m* midi. 


UHF. 




— s° 






— M" ' 


Le «6 


— 6 




- 


— 15 




— » 




— r, 


— i i 




— 6 




- ** 






— 




- si 


— 3 ; 

- 3. 




— .3 




— 5 


— «<> 




— 1 1 




— 3 


-,o; 




— 1 1 




— -j ; 


— 3 




— 3 




— « 


— /. 




— 7 




— » ; 


— 6 




— IO 




— 3\ 


IO ) 




— t$ 




— 6 


— 9 




-.3 




— '.» 


— ia : 




— i& 




- *M 


-«•-»: 






7 


-,3| 




-1* 




— 5 




Le Si . . 


-,g; 


- 4; 


-,3; 






- 3; 


_ r, 


Le a 


- r >: 


-H 1 





Digitized by Google 



OBSERVATIONS SLR LE FROID DE 1776. 101 
• OBSERVATION 

DONNER PAR M. FOL'GEROIX DR BO.NDAROV. 

Thermomètre observé de 7 heures à 7 heures ± du matin, placé rue 
du Petit-Musc, le long d une croisée exposée au nord-nord-ouesl, don- 
nant sur un jardin, le thermomètre à la hauteur de •»<> a a5 pieds du 



jardin. 

JANVIBB 177* 

l-c 1 7 i<>° 

Le flo i3 

Le a5 10 J 

Le 26 1 1 | 

Le 37 tW- 

Le s 8 , 8 heores du matin , plus bas qu'à 7 heures d'un j degré . 1 6 ^ 

Leag 17 

3o 1 '1 

Le3i i5i 

L'heure indiquée à certains jours signilie que le thermomètre a 
baissé encore depuis 7 heures du matin. 

PKVRIKH. 

Le 1", à 7 heures 65 minutes t^"' % 

I* 9, à 7 heures, à 6 heure 3o minutes, à 8 heures fi ! 



Ce jour, le dégel a commencé. 
Le 3, à 7 heures, un quart de degré au-dessus de In congélation. 



r>. 



101 



MÉMOIRES DE LAVOISIEH. 



DEGRÉS DE FROID ORSERVÉS À L'OBSERVATOIRE , 
r\rt «. jeauut. « i hecee mi livki du soleil. 

Wt.l l> THMItOWTIlE À S8riUT-DI!-ll! C01STBU1T PA» TÏP L'AMI' CB»f PK ■ ET TLltK Kl \0»t> . 

* 

À L'ELEMTIOH DE f»0 PIEDS. 



I* ift janvier o 

Le 17 11 

Le 2 5 10 

Le 96 9 

Le 97 19 

Le 18 il 

Le 39 i4 I plus grand froid. 

Le 3o 1 a 

Le 3 1 il 

Le ."février i3 

Les 6 

Le 3 o 



Vingt jours de gelée continue et sans interruption. 

D'une autre pari, M. Le Gentil, au rez-de-chaussée, avec un tber- 
momètre construit par M. de Réaumur même, a trouvé 16 degrés poul- 
ie plus grand froid. M. Cassini, avec un troisième thermomètre, 
construit par feu l'abbé Chappe, comme celui du sieur Jeaurat, a 
trouvé itij. EnGn un excellent thermomètre à esprit-de-vin a donné 
au procureur des chartreux, pour plus grand degré de froid, 16 j, 
ainsi quatre thermomètres, observés chacun séparément et par quatre 
personnes différentes, ont donné ihj. 



OBSERVATIONS SUR LE FROID DE 1776. 



103 



OBSERVATIONS DE M. BAUMÉ 

SUR DEUX THERMOMÈTRES 

THERMOMETRE À ESPRIT-UE-VIIV. 



Ei- >7 janvier, 1 1 


heures, soir. . . . 


1 6 degrés. 








Le 9» — 7 


heures, malin . . 


'7 


■ 1 1 


heures, soir. . 


. 1 5 degré». 


Le "»y — 7 




•7 


à 11 




i3 


Le 3o — 7 




■6 


àn 




. 1 g 


Le 3i — 7 




.3, 


an 




. tt 


Le i" février. 7 




il 


à mi 




■ 7 



THERMOMETRE « MERCI RE, 

Le thermomètre de mercure n'a été observé que le a 8 et le -19 jan- 
vier. Il marquait : 

Le 38 , à 7 heures du malin 17 degré», à 1 1 heures du soir . 1 ;'» degrés. 

\je 99, i 7 17 ait 1 '< 



OBSERVATIONS FAITES PAR ASSIED PER1C* 

SUR LES 9 REIRM «PRE* «HUIT. 

Le t6 janvier présente année, je me suis transporté à Belleville 
avec quatre thermomètres, savoir : deux en mercure et deux en esprit- 
de-vin, suivant l'échelle de M. de Réaumur. Placés tous les quatre sur 
une machine de bois, attachés au haut d'une pique, les deux en mer- 
cure ont descendu , au-dessous de la congélation de la glace . de 1 9 de- 
grés, dans l'espace de if) à 17 minutes, et les deux en esprit-de-vin 
sont descendus au même degré en 9 8 minutes. 

Et, le même jour et à la même heure, le baromètre était à 37 pouces 
y lignes, placé au même endroit des thermomètres. 

Le 17 du même mois, les mêmes thermomètres, environ sur les 

:».. 



MÉMOIRES DE LAVOISIER. 



9 et 3 heure» après minuit, sont descendus à 1 3 degrés au-dessous de 
la congélation, et les baromètres étaient à 27 pouces 10 lignes |. 

Le 27 du même mois, les mêmes thermomètres sont venus à 1 5 de- 
grés ; , et les baromètres étaient à 07 pouces 11 lignes, entre 6 et 
F» heures du matin. 

\a: m 8, les thermomètres ont descen du à 17 degrés, et le baromètre 
à 27 pouces 10 lignes. 

I,es mêmes jours que ceux ci-dessus, il a été observé a\ec deux 
autres thermomètres, l'un en mercure et l'autre eu esprit-de-vin , pla- 
cés sur deux planches. La nuit du 16, ils sont descendus à 10 degrés. 

La nuit du 1 7, les thermomètres sont descendus à 1 1 degrés '-. 

I<a nuit du 37, les thermomètres sont descendus à 1 5 degrés ~. 

La nuit du 28, les thermomètres enchâssés dans des planches et 
posés, à Belleville, en plein champ, ont été à 16 degrés {. 

Les mêmes jours que ceux ci-dessus dits, j'ai fait faire l'observation 
à Paris; il s'est toujours trouvé environ 2 degrés de différence en 
moins. 



votre petit thermomètre, sur les 7 heures \ du matin. 

Le 27 janvier, le thermomètre était à 9 degré» au-deasou* de la congélation. 



OBSERVATIONS 



FAITES AD CHÂTEAl DES BRKTUiNOLKS. 



PRÈS RICHEUKl. ES l'OITOl . 




Lea8 
Le 09 



9 
I 



Pendant ces trois jours, la Vienne a charrié des glaçons. 



OBSERVATIONS SLR LE FROID DE 1776. 405 
Le 3o janvier, le thermomètre était à 1 1 degrés au-dessous de la congélation. 

La Vienne étail prise. 

Le 3i janvier, le thermomètre était à 1 9 degrés , au-dessous de la congélation. 
Le i" février 7 

Les 1 ; 

Ce froid commença le samedi 1 3 janvier, au soir; il tomba toute la 
journée de la pluie et de ia neige qui fondait à mesure, et, sur le 
soir, la gelée commença; le lendemain matin il se trouva un peu de 
neige, mais à peine la superficie de la terre était-elle couverte. Au bout 
de 7 à 8 jours, il vint a jours de dégel, qui fondit toute cette neige: 
après quoi la gelée reprit tout de plus belle. Pendant ces premiers 
8 jours, le thermomètre a pu descendre à 7 ou 8 degrés, et la Vienne 
a charrié des glaçons, mais je ne l'ai pas observé avec votre thermo- 
mètre, et je n'en ai pas tenu registre. Cependant, quand j'ai vu que 
cela devenait sérieux, je l'ai observé avec attention. Pendant tout ce 
temps le vent, qui à certains jours était assez fort et très-glacial, a 
varié à peu près de l'est-nord-est au sud-est; de temps en temps te 
ciel étail couvert, et il y a presque toujours eu quelques nuages rares 
et légers qui venaient ordinairement d'environ le sud-ouest. A l'égard 
du baromètre, je n'ai pas tenu registre des observations que j'en 
ai faites; mais je me souviens qu'il a toujours été aux environs de 
a8 pouces, et qu'il a peu varié. Ce froid ne paraît pas, jusqu'à présent, 
avoir fait tort aux arbres ni aux grains, et même, sitôt que le dégel 
est venu, ces derniers sont devenus aussi verts que s'il n'eût pas 
gelé. Je note que les artichauts, soit qu'ils fussent couverte ou non, 
paraissent tous gelés, ainsi que les cardons; il y a aussi beaucoup 
de carottes et de salsifis gelés. Présentement, les grandes eaux sont 
fort fréquentes, et il est à - craindre qu'elles ne gâtent les grains des 
terrains bas. 

Le thermomètre était exposé au nord, à la fenêtre du rei-de- 
c-.haussée, en dehors. 



m 



MÉMOIRES DE LAVOISIER. 



OBSERVATIONS 

FAITES DANS Ll MOIS DE JANVIER 1776 PAR M. BOSQUILLON DE JENLIS. 

•VOCII X «OXTDIIMER. 

ItIR DEU1 THERMOMETRES QUE M. Dl EOl'GEROCX DI ROVDIDOT. DE L'ACADEMIE DES SCIEKCBII . 
AVAIT FAIT COUTIIini, QCILQCM A*<I<E8 AUPARAVANT. 
PAR LR SIEUR CAPPT. 

lis étaient tous deux places en plein air, l'un exposé dans une cour, 
à l'est, l'autre au nord, dans un jardin qui domine sur une vaste 
plaine. 

Suivant les observations de M. Picard, la latitude de la ville de 
Montdidier est de 69 degrés Uo minutes 1 0 secondes. 

Jusqu'au 10 janvier la liqueur des deux thermomètres n'était pas des- 
cendue au-dessous de 7 degrés. Ce jour il tomba de la neige en assez 
grande quantité; elle continua le t 1 et le 1 -j. Les personnes les plus 
âgées ne se rappellent pas d'en avoir tant vu. La hauteur moyenne 
était de G à 7 pouces. La liqueur descendit insensiblement, le samedi 20, 
à H heures du matin, heure à laquelle les observations ont été faites, et 
la liqueur était à : 







ii 1 . 'ii. i ; 






de Cpp,. 




«M 


37P 10* 




ifi 


a 7 8 







97 10 






37 10 




-M 


97 1 1 






98 




-7; 


l8 . 






»7 9 



Depuis le uo, jusque* et y compris le 26, les thermomètres res- 
tèrent entre le 1 t c degré. 

Le plus grand froid observé a Montdidier. en 1 768, était de 1 5 de- 
grés, le mardi 5 janvier. 

Iji différence entre les deux thermomètres n'a été que d'un { degré. 



Digitized by Google 



OBSERVATIONS SUR LE FROID DE 177G. A07 

J'ai été curieux de vérifier quelle était, pendant ces fortes gelée*, 
la température d'une cave creusée, de 18 à 3o pieds de profondeur, 
dans le roc, composé de craie caillouteuse: la liqueur d'un autre 
thermomètre de Cappy se tint à 7 degrés au-dessus du point de glace. 
Dans les plus grandes chaleurs, et lorsque la liqueur d'un thermo- 
mètre placé au nord, dans le jardin, était montée à 29 degrés i, celle 
d'un thermomètre placé dans la même cave n'était qu'à 7 degrés \ au- 
dessus du point de glace. Ainsi la différence n'est que d'un j degré. 

Le vent, pendant ces grands froids était nord ou nord-est. 

J'ai cru, Monsieur, que vous verriez avec plaisir ce résultat des 
observations que j'ai faites sur le grand froid que nous avons ressenti 
ici. il n'a pas tenu cependant à deux de vos confrères de nous per- 
suader qu'on s'était récrié mal à propos, et que le froid n'avait été que 
comme en 1 768. 

La différence considérable entre les observations de M. Messicr et de 
MM. de Jeaurat et Gentil pourrait décréditer un peu les thermomètres. 
Sans doute on vérifiera d'où provient cette différence. Il est certain 
que tout le monde a senti la rigueur excessive de ce froid. Ne pour- 
rait-on pas penser que la différence remarquée entre les thermomètres 
provient en partie de ce qu'ils étaient placés dans des lieux plus ou 
moins élevés au-dessus de la neige qui couvrait la terre. 



OBSERVATIONS FAITES A DIJON, 

P4B M. M\RET. 

V Dijon, jo r<Wrier 1776. 

L'intensité du froid de cette année a été si grande qu'elle fera né- 
cessairement époque. Comme la multiplicité des points où l'on aura 
observé ce froid peut inlluer sur la connaissance des causes qui peu- 
vent le faire varier, j'ai pensé que l'Académie recevrait avec indul- 



408 MÉMOIRES DE UVOISIER. 

gence ce résultat des observations météorologiques que j'ai faites eti 
cette occasion. 

H y a t h ans que je fais avec exactitude de ces espèces d'observa- 
tions, et, pendant cet intervalle, le froid a été extrêmement rigoureux 
en 1767 et en 1768, mais un peu moins que cette année. Peut-être 
y aurait-il à gagner de comparer la température de chacune de ces 
années avec celle de 1 77 G, du moins quant au temps où le froid a 
été le plus rigoureux; et, pour favoriser cette comparaison, si on la 
jugeait nécessaire, j'envoie aussi un relevé de mes registres pour le 
mois de janvier 1767 et 1768, mois dans lequel le froid eut le plus 
d'intensité. 

Des tableaux présenteront les élévations du mercure dans le ther- 
momètre de Réaumur, aux différentes époques du froid. 

D'autres tableaux offriront l'élévation du même fluide dans le tube 
<1<> Toricelli. 

Je dois dire, pour les rendre intelligibles, que je fais mes observa- 
tions entre 7 et 8 heures du matin, entre midi et une heure, et environ 
à minuit. 

Vous trouverez, Monsieur, sur le tableau du baromètre, pour l'an- 
née 1768, que le mercure est descendu à 36 pouces 6 lignes, et, sur 
celui de 1770, qu'il est monté à 07 pouces 10 lignes l'abaissement 
à 37 pouces 6 lignes est très-extraordinaire, et le point où il s'est élevé 
est aussi fort rare. Son abaissement ordinaire est à a G pouces 8 lignes, 
et sa plus grande élévation 37 pouces 10 lignes; d'où il résulte un 
balancement de îu lignes, qui, pour hauteur moyenne, en ce pays-ci, 
donne 37 pouces 3 lignes. 

La température ne pouvant pas être jugée, relativement à se» 
effets, par le seul instant de la plus grande condensation du mercure, 
j'ai pensé qu'on devait, quand on voulait s'en faire une idée, faire 
entrer comme données, dans la solution de ce problème, la somme 
des degrés d'intensité antérieurs à celui qui s'est rendu le plus remar- 
quable, et qu'il était nécessaire de les mettre en opposition, de manière 
à faire sentir les progrès de la condensation, comme aussi d'opposer 



OBSERVATIONS SUR LE FROID DE 1776. 409 

la somme des degrés de raréfaction à celle des degrés de condensation , 
pour juger de la différence qui en a résulté, soit sur le corps humain, 
soit sur les autres corps sublunaires. 

Dans cette intention, j'ai formé une espèce de progression des cinq 
jours qui ont précédé et des cinq jours qui ont suivi le froid de 1 767, 
1768 et 1769. J'ai donné pour exposant aux dates de ces jours une 
somme formée de l'addition des degrés de condensation aux trois dif- 
férentes heures où j'observe, en commençant à les compter depuis le 
dixième degré au-dessus de zéro, terme fixé pour le tempéré, afin de 
pouvoir ajouter les degrés qui seront au-dessus de zéro. 

On voit par là que le froid de 1768, dans le commencement de 
janvier, fut le même qu'il a été en 1776 à la fin de ce même mois 
et au commencement de février, que celui de 1767 s'en éloigna peu; 
mais que, dans cette année, la même intensité de froidure se soutint 
plus longtemps qu'elle ne s'est soutenue dans les deux autres, puis- 
que, en 1768, elle diminua en raison de 70 à 5i en deux jours, et, eu 
1776, en raison de 65 à hk d'un jour à l'autre. 

Je fais observer ici, dans le tableau de comparaison, que, pendant 
le froid de 17C.7, les vents dominants furent l'ouest et le nord-ouest; 
que les froids furent noirs, le ciel couvert de nuages et souvent l'air 
rempli de brouillards, et qu'aussi, même pendant la durée du froid, 
il y eut beaucoup de catarrhes, de fluxions de poitrine, même d'un 
caractère putride ; 

Qu'en 1768 le nord dominait dans le temps du froid, que le ciel 
était beau , que la terre était couverte de neige et qu'il y avait très- 
peu de malades; 

Qu'en 1776, pendant le même temps, les nord, nord-nord-est et 
nord-est dominaient, se succédant assez régulièrement du matin au 
soir. Le nord-est soufflait le 3i janvier et le 1" février, jour du grand 
froid. 

Une attention importante à faire est que me* tableaux ne présentent 
que la température du même endroit, qui n'est point exposé au nord 
direct et jamais au soleil. C'est le montant extérieur de l'embrasure 

m. 5» 



410 MÉMOIRES DE LAVOISIBB. 

d'une fenêtre tournée au couchant, donnant dans une cour vaste, 
mais dont la hauteur des bâtiments empêche les rayons de soleil de 
frapper le thermomètre. 

J'en mis un , la nuit du 3 1 janvier au i rt février, au fond d'un jardin . 
attaché à une charmille tournée au nord-est; il était, à 7 heures du 
malin, à 16 degrés, tandis que l'autre était à i5. J'ai observé constam- 
ment que, quand il gelait à glace dans ma cour et la rue, mon thermo- 
mètre était à 1 degré au-dessus de zéro, et à 9 lorsqu'il ne gelait encore 
qu'à la campagne, dans la plaine. 



OBSERVATIONS FAITES A LYON, 

PM M. LATOIRETTE. 

11 fifvifar 1776. 

Nous venons d'éprouver un froid excessif. Pour en apprécier l'in- 
tensité, il est nécessaire de recourir à la comparaison. L'histoire nous 
transmet le souvenir de trois hivers rigoureux, nommés gratuls hivers 1 : 
celui de i5/i6, celui de 1608 et celui de 1709. Les Transactions 
philosophiques font encore mention de celui de i683, en Angleterre*. 
Mais, quoiqu'on fasse remonter au commencement du xvn' siècle l'in- 
vention du thermomètre, par un paysan hollandais 3 , on ne trouve pas 
d'exactes observations avant le nôtre. Cet instrument n'était pas assez 
perfectionné pour fixer, avec quelque précision, la graduation du froid 
et de la chaleur. 

Le point extrême de froid déterminé pour la France, jusqu'à ce 
jour, est le froid de l'année « 709. Voici les principaux degrés constatés 
à Paris. En 1 760, le mercure du thermomètre gradué par M. de Réau- 
mur descendit à 10 degrés au-dessous du point de la congélation. En 

1 Chronologie du père HninauL et a Galilée, etc. (Voy. Deluc, \l<xlijic<>ti<m* 

« Voy. Cnllect. nc«J. t. VI. p. a45. «fcratfm. I. I. p. *ao. aux note».) 

: Quelques-uns la donnent a Sanctorius 



Digitized by Google 



OBSERVATIONS SUR LE FROID DE 1776. 411 

175^1, il descendit à 12 degrés; eu 1762, à i3 '-: à plus de \k, 
dans l'hiver de 1767 à » 768 1 ; enfin en 1709, à i5 

Or le froid qu'on vient d'éprouver à Lyon, quoique cette ville soit 
moins septentrionale que Paris, a été de près de deux degrés plus fort. 
11 est vrai qu'il n'est pas, à beaucoup près, comparable à ceux qu'on 
a observés dans les contrées boréales : de 3o degrés à Pétersbourg, 
en 1769; de 37 à Torneo, par M. de Maupertuis, en 1737; et de 
fifi jusqu'à 70 , dans quelques parties de la Sibérie, suivant M. Delisle* ; 
mais notre hiver n'en doit pas moins être réputé très-rigoureux pour 
des coq)S accoutumés à une température modérée. 

Il y avait eu quelques jours de gelée dans le mois de décembre 1775. 
Le 19, le thermomètre fut. a h degrés au-dessous de la glace, et les 
eaux de la Saône, qui se trouvaient alors prodigieusement basses, 
furent prises au-dessus de la ville; ce qui ne dura pas: le 9 1 . elles 
fondirent et s'écoulèrent. 

Depuis lors, jusqu'au 1 fi janvier, le vent du sud. la pluie, des 
brouillards humides et épais, avaient multiplié ces maladies catar- 
rheuses et épidémiques désignées sous le nom deffrippe, que presque 
toute l'Europe a ressenties. A Lyon , le 1 3 janvier, la liqueur du baro- 
mètre descendit et resta quelque temps à sfi pouces 7 ligues, au-des- 
sous du terme de tempête. 

Le 16 janvier, la gelée commença par un vent du nord. Heureuse- 
ment il tomba en même temps beaucoup de neige. Depuis le 1 6 jus- 
qu'au 27, le mercure du thermomètre de Reconnu se maintint entre 
fi et 7 degrés au-dessous de o. La neige revint à diverses reprises el 
couvrit la terre de 1 o à \ k pouces, suivant l'exposition. Les eaux de ht 
Saône, précédemment assez grosses, ayant baissé considérablement . 
furent prises à leur surface, du 26 au 27. 

Le 29 matin, le thermomètre descendit à 9 degrés au-dessous 
de o. Il y revint le 3o au matin. Le soir, à minuit, le temps étant 

' Suivant If, de Parcieiu. ou «lait Yé*tr ' Voy. Mcm. ttt l' Académie ilts triture». 

Iupt phi» bas. (Voy. Mém. lit l'Aead. 1768. année 17/19. p. 1 et suiv 
p. 54.) 

Et. 



OBSERVATIONS SUR LE FROID DE 1776. 413 

II eôt été fort à regretter, dans nos climats, qu'un temps aussi ri- 
goureux se fût maintenu. Heureusement le soleil parut le même jour 
( I er février); le froid diminua sensiblement dans la journée, sans qu'il 
y eût cependant aucune apparence de dégel; entre tt heures et mi- 
nuit, le mercure n'était resté qu'à 9 degrés. Le baromètre, qui jus- 
que-là était demeuré à peu près au temps fixe, descendit, dans le 
jour, de quelques lignes. On remarqua aussi, le soir, quelques parties 
brillantes sur les murailles, signe qui précède souvent le dégel; mais, 
suivant la commune opinion, on ne l'espérait réellement que pour 
le 6, jour de la pleine lune. 

Cependant le lendemain a février, entre 6 et 7 heures du matin, 
il s'éleva un vent du sud très-fort, qui bientôt, aidé de l'action du soleil, 
décida le vrai dégel. La liqueur du thermomètre remonta avec une telle 
promptitude qu'entre midi et une heure je la vis, à un thermomètre 
très-sensible, à près de 10 degrés au-dessus de la congélation; de 
sorte qu'ayant été la veille, à 6 heures -j- du matin, à plus de 1 7 degrés 
au-dessous du même point, la liqueur avait réellement parcouru, en 
près de 3o heures, environ 37 degrés; variation prodigieuse, qui n'a 
pu exister sans se faire singulièrement ressentir à l'économie animale 
et végétale. 

Cependant tout doit faire espérer que les suites de cette rigoureuse 
saison ne seront pas funestes, comme le furent celles de 1 709. La terre, 
couverte d'environ 1 pied de neige, n'a éprouvé que de faibles effets de 
la congélation. Le givre qui couvrait les jeunes pousses d'arbres et les 
bourgeons n'a point été fondu par le soleil pendant la gelée, et ne les 
a point exposés à l'action alternative et meurtrière de la gelée et du 
dégel '; ils n'ont point été revêtus de verglas, véritable glace adhérente 
qui leur nuit bien plus que le givre, qui n'est que superficiel. Le vrai 
dégel lui-même, à peine suspendu pendant les deux premières nuits, 
n'a point été réellement interrompu. 

D'un autre côté, le soleil, dissipant les brouillards, est venu, presque 



' Voy. Qbserv de MM. Bniïon <?l Duhamel. Aead. du teimet* , 1737, p. 65 etsuiv. 



41â MÉMOIRES DE LAVOISJEH. 

journellement, assainir l'air, et le vent d'esl, l'un des plus salutaires 
dans nos climats, a dominé plus ou moins directement pendant presque 
toute la gelée, dont la durée totale a été de 1 7 jours; mais le froid vio- 
lent n'eu a duré que h, et diminuait constamment dans chaque jour- 
née. Le froid excessif du t" février au matin ne se lit ressentir qu'une 
heure ou deux. 

Ce n'est pas la première fois qu'on a observé que les plus grands 
froids ne sont pas toujours produits par les vents du nord. Ce vent , 
changeant de direction, passe à l'ouest, au sud même, sans perdre 
sou degré de froid, lorsqu'il est très-fort dans les lieux d'où il vient; 
c'est un reflux du même vent qui n'a pas été réchauffé. En «709, on 
remarqua qu'il avait gelé fortement par uu petit vent de sud '. Nous 
VCOOns de faire la même épreuve par le nord-est et le sud-est, et 
nous apprenons de Paris que le nord-est a régné également pendant 
la violente gelée qui vient de s'y faire ressentir. 

Depuis le a février, le dégel s'est maintenu par le vent de sud, et 
quelquefois l'ouest, le 3, le h, le 5, le 6. Le soleil, excepté le 3. s'est 
montré chaque jour. 

On sait qu'au dégel les murailles et les pierres de taille extérieures, 
d'autant plus refroidies par la gelée qu'elles ont précédemment ab- 
sorbé plus d'humidité condensée, se réchauffent plus lentement que 
1 air, et lixent à leurs surfaces, sous la forme de neige ou de frimas, 
les vapeurs humides répandues dans I atmosphère. Jamais on ne vil 
une telle quantité de celte espèce de givre. J'en ai trouvé, sur des murs 
d escalier, qui avait plus de 3 lignes d'épaisseur, et, dans quelques 
expositions, on en remarquait encore le quatrième jour du dégel, ce 
quoi) ne peut attribuer qu'aux brouillards chargés d'humidité qui, 
pendant ce temps, ont paru matin et soir, ainsi qu'à l'excès de froid 
dont les corps durs extérieurs avaient été précédemment pénétrés. 

La ijlace formée sur les eaux exposées à l'air n'avait néanmoins, le 
3i janvier, que g à 10 pouces d'épaisseur: mais la surface de la 

Académie de» KtetKt*. Util. 1701». p. 9. 



OBSERVATIONS SUR LE FROID DE 1770. 416 

Saône a été totalement prise dans la ville, si l'on excepte le bassin 
compris entre les ponLs dits de pierre et de bots, où l'on soupçonne 
des sources; les glaçons ont été amoncelés au-dessus de la ville, à 
iq pieds de hauteur, en quelques parties, et menaçaient les quatre 
ponts qui la traversent. 

Il est heureux que les eaux de la Saône et celles du Rhône ne se 
soient haussées qu'avec lenteur, au dégel, et que de petites pluies 
chaudes, tombées dans les nuits du a, du 3 et du 5 au fi, aient con- 
tribué, en amollissant les places, à nous garantir des terribles effets 
que les débâcles produisent quelquefois, et auxquels l'on serait moins 
exposé, si, pour les prévenir, on employait les moyens proposés par 
M. de Parcieux '. 

Il semble qu'à l'hiver le plus rigoureux ait succédé un printemps 
précoce. Le sud et le sud-ouest ont continué de régner et le soleil de 
se montrer. Le 7 février, il est tombé à la ville et à la campagne une 
sorte de grésil, météore ordinairement réservé au printemps. Le 8, j'ai 
vu Y ellébore vert des jardins (hclleborus viridis), qui. sous la neige, avait 
commencé à pousser ses tiges, en avoir de 6 pouces de haut, et porter, 
à leur extrémité, des boutons de Heurs prêts à s'épanouir; le o,, les 
petits saules de nos îles avaient leurs chatons très-formés, et plusieurs 
abeilles, sorties des ruches, cherchaient dans les champs une nourri- 
ture qne la nature n'avait pas encore préparée. 

Le 1 1 , vent impétueux pendant toute la journée. Vers le soir, oura- 
gan qui a fait beaucoup de dégâts. 

Lyon. 7 man 1776. 

Je vais, Monsieur, vous donner les détails (|ue vous désirez, pour 
ajouter aux notes que j'ai eu l'honneur de vous envoyer concernant 
le froid éprouvé, à Lyon, dans le mois de janvier dernier. 

A l'égard du point certain où les thermomètres sont descendus, le 



1 Voy. Mtm. de l'Académie dm ttienec*, année 1768. p. 54 et suiv. 



416 MÉMOIRES DE LAVOIS1ER. 

î" février matin, époque de notre plus grand froid, il n'est pas éton- 
nant que les observations aient varié à Lyon, puisque les observateurs 
de Paris, qui la plupart sont munis de meilleurs instruments, n'ont 
pas été d'accord entre eux. Sans doute l'exposition et plusieurs autres 
circonstances contribuent à ces variations; mais, pour donner plus de 
poids à de pareilles observations, il me paraîtrait essentiel, en premier 
lieu, que les observateurs de Paris, ainsi que ceux de province, fussent 
tous fournis de thermomètres bien reconnus pour correspondants. Pour 
y parvenir, il n'est, je crois, qu'un moyen, c'est que l'Académie fasse 
choix d'un habile artiste, chargé exclusivement de les construire d'après 
les principes qu'elle assignerait relativement à la division, à la fabrica- 
tion du tube, à la purification du mercure, etc. Il faudrait que chaque 
instrument ne pùl être délivré qu'après avoir été soumis, pendant un 
temps, à l'examen d'un commissaire de l'Académie, lequel y mettrait 
le sceau de cette compagnie, pour constater authentiqueinent le mé- 
rite de l'instrument. Peut-être serait-il bon aussi que l'artiste, en 
recevant le prix fixé pour le thermomètre, remît à l'acquéreur une 
instruction sur la manière de le faire voyager, de s'en servir, de le 
placer suivant les circonstances, etc. Alors on pourrait réellement 
comparer avec confiance les observations faites en divers lieux par 
des personnes exactes et instruites; mais, jusque-là, toutes comparai- 
sons ne peuvent être que vagues et incertaines. Anciennement peut- 
être, à Paris même, se contentait-on plus aisément qu'aujourd'hui. Il 
y avait moins d'instruments, moins d'observateurs; d'où il résultait 
qu'ils étaient moins contredits. Il n'en est pas de même aujourd'hui : les 
intrus se sont multipliés. C'est à l'Académie qu'il appartient d'éclairer, 
de diriger les savants et les amateurs; et je pense que, si jamais il fut 
utile d'accorder un privilège exclusif, c'est celui de la confection des 
thermomètres et des baromètres soumis à l'examen des commissaires 
de l'Académie, etc. 

Excusez cette digression , devenue plus longue que je n'avais compté. 
Je viens aux variations observées à Lyon. Mon thermomètre, ainsi 
que j'ai eu l'honneur de vous le mander, descendit, le 3i janvier, à 



OBSERVATIONS SU 11 LE FROID DE 1776. 417 

7 heures du matin, à i h degrés [ au-dessous de o, division de Réau- 
mur. A minuit, il était à i5. Le i" février, à 7 heures du matin, il 
lut à 17 degrés pendant 1 heure { environ. 

Trois de mes amis, qui observent avec attention, ont vu le même 
point, à ia même heure, le 1" février. Trois autres personnes, qui ne 
méritent pas moins de confiance, n'ont observé que 1G degrés \. 

Dans une exposition très-découverte d'une ile du Rhône, on a ob- 
servé 1 7 degrés -i-; et, ce qui parait plus singulier, sur la montagne de 
Saint-Just. dans la ville, on n'en a trouvé que 1 h ' t . Voila d'étonnantes 
variations qui proviennent sans doute de diverses causes. Le terme 
moyen entre elles est le point de mon observation, confirmée par deux 
de mes amis placés dans des expositions différentes, c'est-à-dire 1 7 fie- 
grés au-dessous de la congélation. 

Voici les renseignements que je puis donner sur mon thermomètre, 
qui. en le comparant à d'autres, m'a toujours paru très-sensible. J'en 
ai vu plusieurs absolument semblables à Paris. Je l'ai fait faire à 
Londres par un ouvrier estimé nommé J. Sisson. il porte les '1 divi- 
sions graduées de de L'Isle. Fahrenheit, Réaumuret Lahire. Ces divi- 
sions sont tracées sur une tablette de métal blanc. Le thermomètre 
est au mercure, le tube, fixé sur la tablette par plusieurs écrous de 
cuivre qui le rendent immuable; le tout renfermé sous une glace, 
dans une petite caisse de bois de mahagoni très-mince. 

La fenêtre où je le place est au premier étage, sur une rue de 19 à 
•u> pieds de largeur; la direction de la rue est à peu près du nord au 
sud. Du coté du nord, elle donne dans la place de Rellecour, que vous 
savez. Monsieur, être très-vaste. C'est de cette place que le nord arrive 
et s'introduit dans la rue, qui n'est pas longue: ; sou autre extrémité, 
au sud, se trouve une maison peu élevée. Je place mon thermomètre 
hors la fenêtre, sur le côté droit, en lace du nord, contre le jambage 
de la fenêtre, où le soleil ne peut pas donner. Il faut observer que la 
rue est bordée de maisons des deux côtés, et qu'eu face de ma fenêtre, 
qui regarde le levant, s'élève une maison à trois étages, de sorte que 
le courant d'air est très-sensible dans la rue, etc. 

m. 53 



418 MÉMOIRES DE LAVOI8IEB. 

Quant au vont qui a régné pendant notre gelée qui a duré 17 jours, 
l'est, le nord-est, le sud-est se sont montrés alternativement, ainsi 
que le nord, dans la ville basse; le nord n'y a paru bien lixc et plein 
que les deux derniers jours. J'ai dit dans la ville basse, parce que, sur 
la montagne, le nord plein a élé constamment observé pendant les 
17 jours; observation qui n'est pas extraordinaire. On remarque sou- 
vent ici comme ailleurs un vent supérieur et un vent inférieur, qui se 
croisent dans leurs directions. 

Voilà à peu près tous les éclaircissements <|ue vous désiriez, ou du 
inoins tons ceux. Monsieur, que je puis donner. Je souhaite qu'ils satis- 
fassent MM. les Commissaires, à qui vous les communiquerez, si vous 
pensez qu'ils en vaillent la peine. 



LETTRE I)L PERE COTTE, 

DR L'OHATOMB. 

Je viens de recevoir des lettres de Bordeaux et d'Aix en Provence, 
par lesquelles il parait que la température du mois de janvier a été 
bien différente de celle que nous avons éprouvée ici. Je crois que 
l'Académie ne sera pas fdchée d'en voir ici un petit extrait. 

Voici ce que M. Moriu, prêtre de la Doctrine et professeur de phy- 
sique à Aix, me mande : 

«r . . . . Il s'en faut de beaucoup que nous éprouvions ici le froid 
rigoureux qui règne à Paris. Le plus grand degré de froid n'a été que 
île ô degrés de condensation, le 1 8. Il est tombé de la neige le 1 fi et le 
1 7, qui se fondait en tombant, aussi bien que le ag et le 3o. Le 7 el 
le -j3, nous avons eu des pluies d'orage mêlées de grêle, et le ton- 
nerre s'est fait entendre ... 15 

M. Gnyot me mande de Bordeaux : 

<r . . . . Ce qu'il y a de singulier, c'est la douceur de la tempéra- 
ture dont nous jouissons, tandis qu'on a éprouvé des froids rigoureux , 



OBSERVATIONS SUB LE FROID DK 177fi. ^19 

non-seulement dans vos quartiers, mais jusque dans !a Saintonge el à 
l'embouchure de la Garonne, où la gelée était très-forte, à la lin de 
janvier. Quant à nous, nous n'avons eu le thermomètre au-dessous du 
terme de la congélation que les iG, 17, 18 «t uj, et le a. r > malin. Le 
plus |;rand degré de condensation a été de 5 degrés le 10 matin. Nous 
avons eu prés de h pouces de neige le 17, il n'en restait plus le <x'.\. 
Depuis lors, les vents ont été fort variables, le thermomètre étant, 
entre midi et 3 heures du soir, à 6 , (i, H et même jusqu'à 10 degrés 
de dilatation. Cette courte notice vous portera à désirer que nous eus- 
sions quelques observations faites pendant ce temps-là entre Paris el 
Bordeaux, de distance en distance. Il paraît qu'il y a eu comme une 

ligne de démarcation formant les limites du froid et du chaud Ka 

neige tomhée le 1 7 dans mon udomètre formait une épaisseur de 
3 pouces q lignes. Je la fis fondre sur-le-champ. Elle ne donna que 
lignes d'eau. (J'ai fait, dans le même temps, celte expérience à 
Montmorency : un pied cube de neige m'a donné 3 pouces d'eau, 

c'est-à-dire le quart.) Je présentai à la neige qui tomba ici le 

17 un gros tube de cristal d'Angleterre électrisé par le frottement: 
les flocons furent constamment repoussés avant que d'atteindre la 
surface du tube. In bâton de cire noire, pareillement frotté, ne donna 
pas le même effet; il paraissait, au contraire, (pie quelques flocons 
étaient attirés; mais le diamètre du bilton de cire était trop petit pour 
que j'aie pu m'assurer de cette dernière circonstance. -> 

Vous voyez. Monsieur, que M. Guyot est un observateur exact et 
zélé. L'Académie de Bordeaux vient de lui donner des lettres de cor- 
respondant, et l'a chargé de la rédaction de dix volumes in-folio d'ol»- 
servations météorologiques faites à Bordeaux par M. Sarreau, depuis 
1719 jusqu'en 1770. Cet ouvrage est en bonnes mains; il en tirera 
bon parti; je souhaite que cet ouvrage soit bientôt exécuté; il contri- 
buera à faire connaître les talents de M. Guyot , et je ne doute pas que 
l'Académie de Paris ne se l'attache par la correspondance, dont il est 
très-digne à bien «les égards. 

M. Guyot est l'auteur des excellentes observations faites à Baréges, 



m MÉMOIRES DE LAVOISIEH, 

sur les Pyrénées et sur la roule «le Barètes a Bordeaux, en 1776. et 
que je communiquai l'année dernière à l'Académie. Depuis ce temps, 
il m'envoie tous les trois mois les observations météorologiques qu'il 
lait à Bordeaux avec, le plus grand soin. Il m'en fait passer aussi de 
plusieurs endroits de la Guyane et de Saint-Domingue. 



EXTRAIT 1)1 LETTRE DE M. JOYEl SK LAINE, 

COMMItKAMl DE M HtRIHC. 
V M. DUHAMEL M MO\CKAI 

A llfliuliiui . lerrotrd'AuUnjnf, !<■ i. r . d-srin 177(1. 

Les froids ont été rudes ici comme partout; il y avait longtemps 
qu'on n'avait éprouvé un hiver si mauvais et si lon«;. Mon thermo- 
mètre est dans l'ombre, hors de la fenêtre de mon cabinet, qui tourne 
au nord et n'a point de contrevents en dehors; il est. sur le côté de 
cette fenêtre qui regarde le nord-ouest. Je l'ai observé le matin, à 

7 heures, a midi et a g heures ou 1 0 heures du soir. Le 99 novenihre. 
il descendit à 3 degrés 7 au-dessous de zéro; le «3, à 9 7; le 26, 
à 2 ' ; le 26, à 9 le 97, à U; le 7 décembre, à 6 -; le 1 b. à 5 7 : le 
18, à 6 ; ; le 19, à 5 i; le à janvier 1776, à h 7 ; le 1 F>, à 6; le t6, à 

8 ; ; le 1 7, à 5, neige; le 1 8, à 1 o T ; le 2b, à fi; le 3o, à A, neige; le 3 1. 
à 7 7; le i w février, à fi ~. Malgré la violence de ces froids, dont on H a 
point l'idée dans ce pays-ci, les oliviers n'ont point péri. Il y a seule- 
ment eu quelques petits rameaux aux extrémités qui ont jauni; et dans 
l'hiver de «767 ou 1768, qui ne fit descendre le thermomètre qu'à 
fi degrés au-dessous de zéro, il périt beaucoup d'oliviers dans le ter- 
ritoire de Marseille. 



THERMOMÈTRE DES CWES DE 1. ORSER VATOIRE. 'i21 



THERMOMÈTRE 
DES CAVES DE L'OBSEKY ATOIKE'. 

IMlRf.UITIO.VS IMUSKS 
MM'R CONSTRUIRE ET POI It GRADUER CE THERMOMÈTRE*. 

(KM'KDIÉ I.K H MMtS I7S.V . 



Les varia lions de température dont on pouvait soupçonner If* caves 
de l'Observatoire d'être susceptibles étaient si petites qu'il fallait, poul- 
ies constater, des instruments très-précis et d'une extrême sensibilité. 
Il fallait en môme temps que ces instruments si sensibles conservassent 
pendant quelque temps le degré qu'ils auraient acquis afin que la 
présence des observateurs ne les fit pas varier subitement. Ces trois 
qualités : exactitude, sensibilité et stabilité dans le degré étaient diffi- 
ciles ou plutôt môme impossibles à réunir dans un môme thermomètre. 

On observera d'abord, relativement à l'exactitude, qu'on ne connaît 
guère que deux termes constants pour graduer les thermomètres, 
celui de la glace fondante et celui de l'eau bouillante. Mais un ther- 
momètre qui aurait en une marche aussi étendue n'aurait pu ôlre 



1 Voyez page 386 de ce volume. 

* Le thermomètre déposé par I -a voûter 
dans Ira raves de l'Observatoire s'y [rOUTO 
exactement dan» la situation qu'il lui avait 
assignée, seulement In vase qui le ronlient 
ii successivement reçu . eommetermesdeeom- 
paraison. d'autres thermomètres construits 
pur (Jay-Lussac . DvJong et Walferdin. ( \'otr 
4t Mtftnr.) 



' La note du copiste, qu'on n respectée, 
place au X mars i -jHh l'expédition qu'il n 
faite ( probablement pour Cumi) du ma- 
nuscrit de Lavoisier que nous employant : 
mais la rédaction de ce document et le dépol 
des thermomètres dans les caves de [ Obser- 
vatoire sont antérieurs à cette époque. | .Voir 
arMftanr.) 



V22 MÉMOIRES DE LU 01 SIKH. 

très-sensible .suis devenir d'une grandeur démesurée; il se serait alors 
rencontré dans sa construction des difficultés presque insurmontables. 
Nous avons d'ailleurs été obligés de renoncer à ce projet par l'impos- 
sibilité de trouver des tubes de 18 et 20 pieds de long assez exacte- 
ment calibrés. 

Cette dilliculté de pouvoir construire un thermomètre sullisamment 
sensible, qui comporta 1 ! les termes lixes extrêmes, celui de la glace et 
celui de l'eau bouillante, nous avait d'abord engagés à rechercher 
quelque terme lixe intermédiaire, et le suif fondant nous en a pré- 
senté un d'autant plus commode qu'il est aux environs de .'{•>. degrés. 
Ce terme est en effet assez constant , d'après les recherches que nous 
avons faites: mais il n'est pas toujours rigoureusement le même dans 
toutes les espèces de suifs, et nous ne pouvions l'employer sans nous 
livrer auparavant à des recherches difficiles, et dont le succès était 
incertain; nous nous sommes alors déterminés à adopter un autre 
plan. Nous avons essayé de séparer en quelque façon deux qualités in- 
compatibles et de faire deux thermomètres qui offriraient chacun sépa- 
rément les deux avantages que nous ne pouvions réunir dans un seul. 

Nous avons, eu conséquence, construit d'abord un thermomètre à 
mercure avec un tube bien calibré, d'environ 20 pouces de longueur: 
nous avons déterminé avec un grand soin sur le thermomètre le terme 
delà glace, et celui de l'eau bouillante, et nous l'avons marqué sur le 
tube même par le moyen d'un .trait extrêmement fin; nous avons choisi 
pour construire ce thermomètre un jour où le baromètre était à 
■18 pouces, et, pour éviter (pie la hauteur de la colonne d'eau dans 
laquelle nous le plongions n'augmentât la chaleur de l'eau bouillante 
dans l'endroit du bain où la boule serait plongée, nous nous sommes 
servis d'un bain-marie dans lequel le thermomètre pouvait rester 
couché presque horizontalement. 

Ce thermomètre a été ensuite fixé sur une bande de glace, et. l'in- 
tervalle du terme de la congélation à celui de l'eau bouillante a été 
divisé en 80 parties; la division a été tracée par le sieur llicber, artiste 
habile, qui a employé à cet effet une très-bonne machine a diviser. 



THERMOMÈTRE DES CAVES DE L'OBSERVATOIRE. 423 

(le premier thermomètre était uniquement destiné à servir d'étalon 
à un autre beaucoup plus sensible dont il est temps de donner la des- 
cription. 

Pour le construire, on a choisi un matras de a pouces et demi de 
diamètre, et l'on en a coupé le col à 3 pouces de la panse; on a rétréci 
à la lampe d'émailleur l'ouverture de ce col et on y a soudé un tube de 
verre presque capillaire de an pouces de longueur; ce tube avait été 
choisi dans un très-grand nombre, et se trouvait très-bien calibré. Il 
;i résulté de ces dispositions un gros thermomètre, (pion a empli de 
mercure très-pur, qu'on a fait ensuite bouillir dans la boule même avec 
beaucoup de précautions. Cette opération périlleuse achevée, on a 
ajouté du mercure qui avait bouilli à mesure que celui de la boule se 
refroidissait, et on en a proportionné la quantité de manière que. à la 
température des caves de l'Observatoire, le mercure s'élevât environ 
aux deux tiers de la longueur du tube. 

(le thermomètre est représenté dans la figure i, planche XI; on y 
voit le matras 1, qui en forme la boule, avec la portion du col ///, Hl 
qui lui a été conservée; le tube ////, qui y a été adapté et qui est 
soudé h la lampe; l'olive P, qui le termine et qui est destinée à recevoir 
le mercure quand le thermomètre monte au delà de oo degrés; la 
boule A est environnée d'un grillage de laiton destiné à la défendre 
des chocs quelle aurait pu recevoir. 

A ce thermomètre est adaptée une bande «le glace destinée à rece- 
voir la division. Elle est contenue et assujettie dans un cadre de laiton 
(i(i(iG; on voit une portion de ce cadre représentée séparément dans 
la ligure m, avec la coulisse ou rainure qui y est pratiquée et qui est 
destinée à recevoir la bande de glace. 

EEELL représente un grand bocal de verre, de i i pouces environ 
de diamètre sur un pied de hauteur: le thermomètre se trouve sus- 
pendu dans son milieu à quelques pouces du fond; il y est solidement 
fixé et est maintenu au moyen d'un demi-cercle CC(fig. i), auquel sont 
adaptées trois traverses horizontales CÏ)E CDE CDE. lesquelles sont 
elles-mêmes maintenues par trois tiges EFX, EF\. EF.W qui sont 



*'2â MÉMOIRES DE LAYOISIKR. 

soudées en V. dans la monture ou cadre. Une de ces tijjes est soudée 
à une liande transversale, qui n'est visible qu'en Y (pl. XI, lift. 3). Le 
lotit est arrêté et fixé au bocal au moyen de trois espèces d'agrafes E££\ 
qui reçoivent le bord du bocal dans une rainure. Le mécanisme est 
rendu plus sensible plancbe XI, figure 3. 

La bande de glace, pour des motifs (pi on expose ci-après, est de 
quelques lignes plus courte que le cadre ou la monture qui In reçoit: 
pour la fixer au point qu'on juge à propos, on y a adapté en K une vis 
de rappel, au moyen de laquelle on peut la bausser ou la baisser, (le 
mécanisme est détaillé dans les figures h el 5. 

Ce thermomètre construit, il fallait le graduer, et c'était le point diffi- 
cile : pour y parvenir, on a commencé par faire tracer au diamant sur la 
bande de glace d un des côtés du thermomètre une division en pouces et 
ligne>. On a ensuite rempli d'eau le bocal KEELL et l'on y a plongé, 
indépendamment du thermomètre qu'il contenait, celui qui était destiné 
à lui servir d'étalon. Gomme la boule de ce dernier thermomètre était 
incomparablement plus petite que l'autre, si l'on avait fait varier brus- 
quement la température de l'eau du bocal, la marche du gros thermo- 
mètre aurait été de beaucoup en retard, et il aurait été impossible 
d'établir une comparaison exacte. Pour éviter cet inconvénient, on a 
choisi, pour opérer, le commencement du printemps, saison dans la- 
quelle la température varie peu, du moins dans l'intérieur des mai- 
sons»; ou s'est établi dans une chambre dont les fenêtres étaient tenues 
constamment fermées; enfin , pour plus de sûreté, on a pris, pour établir 
les comparaisons, le temps où les thermomètres n'avaient pas varié 
depuis plus de trois heures. Celte marche a rendu l'opération extrê- 
mement longue et elle a duré six semaines. Au moyen des observa- 
tions qui ont été multipliées pendant cet intervalle, on est parvenu à 
connaître avec assez d'exactitude les hauteurs, en pouces et ligues, du 
mercure dans le gros thermomètre correspondantes aux degrés du petit 
thermomètre. Le résultat a été que chaque degré du thermomètre 
étalon répondait, environ, à h pouces 3 lignes du gros thermomètre, 
et que le dixième degré par exemple répondait a 1 6 pouces p, lignes. 



THERMOMETRE DES CAVES DE L'OBSERVATOIRE. 425 

d'après quoi il a été facile de faire, sur la bande de glace adaptée au 
gros thermomètre, une graduation en degrés et fractions de degrés, ce 
qui a encore été exécuté par le sieur Hicher. Comme l'intervalle des 
degrés était très-grand, on a pu porter les divisions sur la glace jus- 
qu'aux centièmes de degré, et chacune de ces divisions est encore de 
la longueur d'une demi-ligne environ. 

Lorsque ce thermomètre a été ainsi complètement achevé, on a cru 
devoir vérifier encore une fois toutes les comparaisons. On a attendu, 
à cet effet, les premiers froids de l'automne, et l'on a cherché à corriger 
les légères différences qu'on a observées et à mettre les deux thermo- 
mètres parfaitement d'accord, au moyen de la vis de rappel À' (lig. i). 
qui fait monter et descendre la division de quelques lignes. Après 
quoi les deux thermomètres ont été portés dans les caves de l'Obser- 
vatoire, le U juillet 1783. A la vis Â' (fig. 1) est adaptée une clef, au 
moyen de laquelle on peut la tourner; mais une fois les dernières 
comparaisons faites dans les caves de l'Observatoire, cette clef a du 
être enlevée, dans la crainte que quelqu'un ne vînt à la tourner in- 
discrètement et à déranger la graduation. 

M. (lassini, qui a observé ce thermomètre, a reconnu que la lecture 
directe des demi-centièmes était facile et il a trouvé 9 0 , 16 pour la 
température moyenne des caves de l'Observatoire. Les variations, en 
deux années, n'ont pas dépassé o*,aa, comme on le voit par les chiffres 
qui suivent, où le minimum est $V>6 et le maximum qVjH. 

TEMI'BnATIBE DES CAVES DE L'OBSERWTOIBE. 



17H3. Août 9"-°7 

Septembre, 9".ott 

Octobre. . . 9°, 10 

Novembre. . 9", 1 1 

Décembre. . g \ 1 1 

(78/1. Janvier 9*,t 1 

Février. . . . 9", 10 

Mars <f, 10 



1 7.S/1. Avril 9">°7 

Mai 9*,o7 

Juin 9°i'° 

Juillet 9",j4 

Aoûl g", 1.1 

Septembre. . 9*, i>* 
Octobre. ... 

Novembre.. g*,9l 



1784. Décembre.. 9 vji 

178:1 Janvier. . ■ . 9".-j-« 

Février . . . 

Mars g*«*A 

Avril .... 9 < \i'i 

Mai 9 \*6 

Juin 9\*8 



1 1. 



M 



436 



MÉMOIRES l)K LAVOISIER. 



EXPLICATION DES FIGURES. 

Puman M. 

I.ji ligure i repru-senlc le thermomètre déposé dans les cave* •!«* l'Observatoire . j;anii fie 

h monture 1 . 

I , boule du thermomètre; elle a été faite aviv un |m-IiI mslrns de verre blanc auquel on 
a conservé une petite portion de col A M. 

Ml', tube du thermomètre qui est sondé ou col du malrns en M. 

I', olive «il renflement ménagé au haul du thermomètre, pour recevoir le inerrnre i|iian(l 
le thermomètre e.sl placé dans un endroit chaud. 

////. bande de glace sur Inquelle est gravée In graduation. 

lili, (i(j, rndrc de cuivre jaune ou Inilon (|iii iiiaintieiil la bande de glure / / , / /. 

Il H, espèce de grille formée de lunules de lailon dont l'objet est de défendre le thermo- 
mètre des chocs extérieurs qu'il |M)urrnit éprouver. 

El., EL, bocal de verre destiné a être rempli de sable dans lequel esl plongée la boule 
ilu therniomèliv. 

VA'., demi-cercle de cuivre livé n lu monture du thermomètre. 

VA). VI), VI), tringles de laiton qui sont somh'es. d'une part, au demi-cercle ce . de 
l'autre, aux trois agrafes E, E, E, li-squelles ont une rainure M (lig. .'t|.<pii s'ajuste avec 
le» bords du Iroeal. 

EE\, EE\, liges de laiton qui sont soudée*, d'une mirt . aux agrafes E. E. E. de 
I nuire, a la monture du thcriiiuiiièlre en V V. et qui sont deslim-es à donner de In solidité 
à tout l'assemblage. 

A . vis (lu rappel deslmée a taire mouler ou descendit! la bande de glace qui reçoit la 
tin isioll. 

I.a ligure •( a pour <d>jet de faire voir de quelle manière la bande de glace / est contenue 
dans le cadre de Inilon G G. 

Li ligure .{ représente une des agrafes E, avec sa rainure W, destinée n rerevoir le bord 
du bocal, ainsi que les deux tringles ou liges de laiton El), E E. qui donn.nl à rel a-sem- 
blage In solidité convenable. 

Les ligures 'i el .î présentent h; délnil du mécanisme au moyen duquel In I de 

glace //, sur laquelle esl gravée In division, peut mouler et descendre île quelques lignes 

"An/, plnque de mélnl nltnrhée solidement ii In bande de glace //. 

A', clef ou hoiitnu de In vis de rappel , au moyen de laquelle on peut, à volonté faire 
monter ou descendre In plaque de métal el In bande de glace qui y est attachée. 



I>e thermomètre étalon a été casse en 
178/1; il n'avnil été conservé dans les caves 
de l'0|*ervnlnire rpie jusqu'au ■>'.) février 



de celle année. I Cassini . Mémoire* ilt l'Aca- 
démie des teiente* . » 7K7. p. ht 7. ) ( A*«fe «V 
ré,lite*r. I 



Digit 



PESANTEUR SPÉCIFIQUE DES FLUIDES. 



RECHERCHES' SI K LES MOYENS 

les rus sfns, 

LES PLIS EXACTS ET LES PLI S COMMODES 

l)K DÉTERMINER 

LA PESANTEUR SPÉCIFIQUE DES FLUIDES , 

mut M«| la MVU40K, soit pot n le OOaMMCI - 



La recherche de la pesanteur spécifique «les fluides n'est pas moins 
importante pour les arts que pour la physique. Elle intéresse essen- 
tiellement la physique, et c'est ce que je me propose de faire voir d'une 
manière particulière dans la suite de ce travail. Klle n'intéresse pas 
moins les arts, puisque ce n'est qu à 1 aide de celte connaissance qu'on 
peut s'assurer de la qualité d'un grand nombre de liqueurs qui ont 
cours dans le commerce. Il s'en faut bien cependant qu'on ait porté 
dans cette partie de la physique toute la perfection dont elle est sus- 
ceptible \ 

Peut-être les physiciens qui nous ont devancés n'ont-ils pas senti 



' "Ce mémoire, lu |wr M. La vanter avant 

sa réception le a3 niant 1768. m'a été par 
lui représenté le -jo décembre (mur en re- 
tenir date . ii 1'effrl de quoi je l'ai proie et 
le lui ui rendu. Dnot air. * 

* On sera peut-être étonné de voir, en 
lisant ce mémoire, que j'y rite M. de Mou- 
ligny et M. Flrisson, tandis qu'ils méritent 
eux-mêmes dans le mémoire auquel je ren- 
voie. Ce paradoxe sera expliqué lorsqu on 
saura que la première |iortie de ce mémoire 



et la lin île la seconde ont été lue* I l'Acadé- 
mie dés le ? 3 mars 1 768 . et qu'il est depuis 
près de six mois dans l'état où je le pré- 
sente aujourd'hui. (iVoM de L m i lt È T .) 

* Ce mémoire, retrouvé trop lard, li a pu 
être mis en sa place; il aurait dû précéder 
le mémoire sur l'Analyse des Eaux. p. l'iâ 
de ci* volume. (Ao/e de l'éditeur. ) 

' Cet arlirle a été écrit avant la lecture 
du mémoire que M. de Moutigny vient de 
lire à l'Académie. (Nott dr Lavomer.) 

M . 



428 MÉMOIRES DE L AYOfSIBR. 

loulc i'impot tance do cet objet. Je vois en elTel iliins le Recueil de l'Aca- 
démie, pour l'aimée i 7 t H, un mémoire de M. Geoffroy, sur les diffé- 
rentes épreuves auxquelles on peut soumettre les liqueurs spiritueuses 
pour en reconnaître la qualité. Dans l enuméralion que fail ce savant 
chimiste des différents moyens qu'on peut employer pour parvenir au 
but qu il se propose, il ne fait aucune mention de ceux que nous 
fournît la différence de pesanteur spécifique de ces liqueurs. Cette 
épreuve est cependant la plus sûre de toutes celles qui ont été pro- 
posées jusqu'ici; c'est un principe généralement reconnu maintenant 
et qui vient encore d'être établi par de solides expériences dans les 
mémoires de MM. Brisson et de Monligny. Ce que je dis ici pour ces 
liqueurs spiritueuses n'est pas moins vrai pour les acides minéraux et 
autres, pour les dissolutions salines, et en général pour presque truites 
les liqueurs. On peut juger par leur poids de leur degré plus ou moins 
grand de rectification, de concentration ou d'altération. 

Les différents moyens qui ont été employés par les physiciens, pour 
déterminer la pesanteur spécifique des fluides, se réduisent à peu prés 
aux suivants : les uns ont pesé successivement un solide quelconque 
dans l'air et dans le fluide dont ils voulaient connaître la pesanteur 
spécifique, la différence des poids leur donnait la pesanteur du fluide 
déplacé. De là l'usage de la balance hydrostatique . dont l'origine remonte 
jusqu'au temps d Arehimède. Les autres se sont servis d'un corps flottant 
sur la surface du fluide; ils jugeaient de la pesanteur de la liqueur par 
les différents degrés d'enfoncement du solide; de là l'origine de l'ins- 
trument connu sous le nom A'aêrotnètre ou pèse -liqueur rie lioyle et 
décrit dans toutes les physiques. Enfin M. Hoinberg. de celte académie, 
s'est servi d'une fiole ou petit uiatras, dont le col était fort étroit. 
Un petit tube de même capacité que le col sortait de la panse, il ser- 
vait à donner issue à l'air, à mesure qu'on introduisait la liqueur. 
Lorsque la fiole était pleine, il la pesait, et le poids, déduction faite 
de celui de l'instrument, donnait la pesanteur de la liqueur'. 

1 Voya Mémoires de l'Académie, année 1699. p. 14. 



Digitized by Google 

_ . — _J * - . -- • 



PESANTEUH SPÉCIFIQUE DES FLUIDES. V>9 

(les différents moyens de déterminer la pesanteur spécifique des 
fluides sont bons en eux-mêmes et suffisent toutes les fois qu'on se 
contente d'une médiocre exactitude; mais il est des expériences dans 
lesquelles il est important de connaître la pesanteur spécifique à moins 
d'un quart de grain d'erreur par livre de Huide: or il est impossible 
d'arriver à ce degré de précision par les méthodes que je viens d ex- 
poser; il ne me sera pas difficile de le faire sentir. 

Les boules de cristal dont on se sert pour la balance hydrostatique 
n'ont communément guère plus de 3 ou 6 pouces de solidité, autre- 
ment elles seraient trop lourdes, et, la balance se trouvant chargée 
d'un poids considérable, on perdrait plus, par le défaut de sensibilité 
de cet instrument, qu'on ne gagnerait par l'augmentation du volume 
de la boule. Il en est de même de l'aréomètre de M. Homhcrg; cet 
instrument, ainsi que la balance hydrostatique, ne pèse donc réelle- 
ment qu'un volume de lluide de 3 ou h pouces cubiques. La livre d'eau 
forme un volume d'un peu plus de ai pouces. Si donc on commet 
seulement une erreur d'un demi-grain, soit dans l'opération de la 
balance hydrostatique, soit en pesant la fiole de M. Ilomberg, il en 
résultera une erreur de 3 ou h grains sur la livre d'eau, ce qui forme 
un objet très-considérable. La même cause d'inexactitude a lieu dans 
l'aréomètre ordinaire, et il s'y rencontre de plus la difficulté d'estimer 
exactement la hauteur du fluide le long de la lige, ce qui peut pro- 
duire une nouvelle erreur plus considérable que la première. 

Ces difficultés n'existent, comme je l'ai déjà dit, que pour l'examen 
des eaux et pour quelques autres opérations qui exigent l'exactitude 
la plus scrupuleuse. Les méthodes que je viens d'exposer sont, au 
contraire, aussi exactes qu'il soit nécessaire pour l'usage du commerce 
et de la société; mais plusieurs d'entre elles ont à cet égard un autre 
inconvénient plus essentiel, c'est d'être d'un usage trop embarrassant. 
La balance hydrostatique, quoique un instrument très-simple aux yeux 
d'un physicien, est déjà trop compliquée pour le peuple, et je doute 
fort qu'elle devienne jamais d'un usage commun dans nos boutiques. 
Elle suppose d'ailleurs, aussi bien que l'aréomètre de M. Ilomberg, 



MO MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

îles, calculs et des proportions pour réduire à un volume donné la diflé- 
rence fit; pesanteur. 

L'aréomètre ordinaire à tige, autrement «lit l'aréomètre de Boyle, 
représenté dans les figures i et •> , serait à peu près ce qu'il y aurait 
de plus commode s'il ne conservait encore plusieurs inconvénients qui 
en rendent l'usage embarrassant '. L'aréomètre, dans l'étal actuel, ne 
peut donner aucune idée de la pesanteur réelle des lluides dans lesquels 
il est plongé; il peut bien nous avertir qu'un fluide est plus pesant 
qu'un autre, mais il ne peut nous apprendre quelle est la quantité de 
cette différence. 

Il suit de ces différentes réflexions que le but qu'on se propose 
dans la physique est fort différent de celui qu'on se propose dans le 
commerce. L un exige beaucoup d'exactitude. I autre beaucoup de sim- 
plicité. Le but n'étant pas le même, il m'a semblé que les instruments 
ne de\ aient pas l'être davantage. J'ai donc cherché à mettre entre les 
mains «les physiciens un instrument qui put leur procurer l'exactitude 
la plus scrupuleuse, et je me suis appliqué en même temps à graduer 
pour l'usage du commerce des aréomètres tels que, non-seulement 
leur marche lût toujours la même, quoique construits séparément, 
mais que cette marche exprimât en même temps la pesanteur réelle 
du fluide dans lequel i!< étaient plongés. L'examen de ces deux pro- 
blèmes fera la division de ce mémoire. 

I n académicien dont les travaux ont toujours eu pour objet le bien 
de la société, M. de l'arcieux. dont l'Académie pleure la perte, a été à 
portée de reconnaître ces difficultés dans les expériences qu'il a faites 
pour comparer entre elles les pesanteurs spécifiques de l'eau de Seine, 
«le l'eau de l\\ette et de celles de quelques sources; il ne lui a pas 
••« happé «pie la s«_'nsibilité de l'aréomètre de Boyle dépendait de la 
grandeur de son volume et de la finesse de sa tige : de la grandeur 
de son volume, parce que, plus il déplace de fluide, plus est grande la 
quantité qu'on en pèse à la fois: de la finesse de sa tige, parce que les 

1 Ce! article a élé «ril a\aiil Ih pulilicnliun dit nwinoire île M. île Monligny «|«ii a élé 
• ilé plus bout. 



PESANTEUR SPECIFIQUE DES FLUIDES. 431 

graduations marquées sur celle lige exprimant les différences île volume 
occupé par un poids <le liqueur toujours égal, plus le diamètre de celte 
tige sera petit, plus il faudra de longueur pour équivaloir à une soli- 
dité donnée, plus par conséquent la marche de l'instrument sera sen- 
sible. Sur ce principe, M. de Parcieux a construit un aréomètre dont on 
peut voir la description dans un mémoire lu à l'assemblée publique 
île l' Académie des sciences, le i i novembre 1 -7 <> Ji . Gel aréomètre con- 
siste en une liole de verre ou un cylindre de métal lesté convenable- 
ment. Un lil de métal, d'environ une ligne de diamètre, forme la tige; 
une règle de bois, divisée en pouces et lignes et fixée au vaisseau qui 
contient le lluide, indique les degrés d'enfoncement de 1 aréomètre. 

On ne peut nier que cet instrument n'ait, du coté de l'exactitude, un 
avantage très-réel sur tous ceux qui avaient été construits jusqu'alors: 
mais il s'en faut bien qu'il soit encore exempt de reproches. La lon- 
gueur énorme qu'on est obligé de donner à la tige forme une dilli- 
culté insurmontable dans un grand nombre de circonstances. Je suit- 
pose, par exemple, qu'on voulût appliquer cet instrument à l'examen 
des liqueurs spiritueuses, qu'on voulût le laire servir à marquer tous 
les degrés intermédiaires entre l'esprit-de-viu et l'eau. La différence 
de volume de ces deux fluide» étant, a poids égal, de près d'un cin- 
quième, il est évident que le volume de la tige ne pourrait être moindre 
que du cinquième du volume total île l'instrument. Si donc on donnait 
à cet aréomètre 60 pouces cubiques, comme a celui de M. de Parcieux. 
il faudrait donner a la tige un volume de N pouces cubiques; or, eu 
supposant que le lil de laiton, qui forme cette lige, fût d une ligue de 
diamètre, il faudrait , pour qu'elle occupai le volume demandé, qu'elle 
eût 120 pieds de longueur; ce qui est absolument impraticable. 

Il m'a semblé qu'en partant du point où M. de Parcieux était arrivé, 
il était possible de construire sur d'autres principes un aréomètre qui 
réunit la sensibilité à la commodité, et qui pût en même temps s'étendre 
a des liqueurs dont la pesanteur spécifique fût fort différente. Je ne 
prétends pas avoir, en cela, aucun mérite du côté de l'invention : j ai 
cherché seulement . d'après les connaissances acquises, à construire un 



'«32 MÉMOIRES DK LAVOISIER. 

aréomètre dont ia précision fût aussi grande qu'il était possible. On 
verra, par les expériences dont j'aurai à rendre compte dans la suite, 
combien cette précision m'était nécessaire. Je n'ai pas cru devoir dimi- 
nuer le volume de l'instrument décrit par M. de Parcieux, parce que 
sa précision en dépend; je l'ai au contraire augmenté. Je n'ai pas non 
plus diminué la (inesse de la tige à laquelle tient sa sensibilité; mais, 
au lieu de l'énorme longueur qu'il aurait été nécessaire de lui donner 
dans le principe de M. de Parcieux. je l'ai réduite à 3 ou 6 pouces. 
J'y ai suppléé en ajoutant à l'extrémité de cette tige un petit bassin 
destiné à recevoir des poids, et j'ai l'ait, vers son milieu, une marque 
circulaire gravée dans le métal. Cet instrument est le même, quant au 
principe de si construction, que celui décrit par Fahrenheit dans les 
Transactions philosophiques. Lorsqu'on veut s'en servir pour comparer 
la pesanteur de différents fluides, on le plonge successivement dans 
chacun d'eux; on le charge de grains et de fractions de grains, jusqu'à 
ce qu'il entre précisément au niveau de la marque qui est gravée sur 
la tige. I.a différence du nombre des grains qu'on a été obligé d'ajouter 
pour chacun des fluides est précisément la différence de poids d'un 
volume de chacun de ces mêmes fluides égal à celui de l'aréomètre. 

Il est aisé de sentir en quoi consiste la différence de cet aréomètre 
d'avec celui de M. de Parcieux, et en général en quoi consiste la dif- 
férence de l'aréomètre à poids et de l'aréomètre à tige. Dans ce dernier 
le poids est toujours le même, c'est le volume du fluide qui change; 
dans l'aréomètre à poids, au contraire, c'est le poids qui change, le 
volume est toujours le même. Or cette égalité de volume est, toutes 
choses égales, un avantage bien réel; elle évite dans la pratique beau- 
coup de réductions et de calculs, et simplifie par là les opérations. 

On voit dans la figure i un aréomètre construit sur ce principe : 
c'est un cylindre creux d'argent ou de laiton soudé en soudure forte, 
de manière qu'il paraît fait d'une seule pièce. Le cylindre est fermé par- 
le fond par un culot d'étain de pesanteur convenable, qui lui sert de 
lest. Il est nécessaire qu'il soit arrondi par-dessous, afin (pie les bulles 
d'air qui pourraient s'y attacher, lorsqu'on le plonge dans un fluide, 



PESANTEUR SPÉCIFIQUE DES FLUIDES. 433 

paissent glisser le long des parois, s'élever jusqu'à la surface et sortir 
plus librement. 

Ce culot d'étain est assez difficile a souder, et c'est la seule chose 
qui demande de l'attention dans la construction de cet instrument. L'ait- 
contenu dans la capacité du cylindre s'échauffe et se dilate pendant 
l'opération de la soudure; très-souvent il se fait jour à travers l'étain 
fondu et il reste une petite soufflure, un petit trou presque imper- 
ceptible. Un des meilleurs moyens de remédier à cet inconvénient est 
de faire chauffer l'aréomètre avant de le souder. On se débarrasse pai- 
re moyen d'une grande partie de l'air. 11 arrive quelquefois alors que 
la capacité du cylindre se refroidit au lieu de s'échauffer pendant la 
soudure, de sorte que l'air rentre au lieu de sortir; l'étain fuse alors en 
dedans au lieu de fuser en dehors, et il en résulte de même une petite 
ouverture. Cependant, avec de l'adresse, on parvient à saisir l'instant 
où l'air de l'intérieur est précisément en équilibre avec celui de l'ex- 
térieur. 

L'aréomètre que j'ai employé dans la plupart de mes expérience;, 
déplace h livres 7 onces h gros 3g. 6 h grains d'eau distillée à 10 degrés 
j du thermomètre de M. de Héaumur, c est-à-dire Aias3.(i/i grains. 
La tige a environ 1 ligne \ de diamètre, et cet instrument est si sen- 
sible qu'il est diflicile de commettre une erreur de plus d'un quart de 
grain dans l'opération. Il s'ensuit qu'on peut déterminer par ce 
moyen la pesanteur d'un fluide à de la masse. Quelque supérieur 
que soit ce degré de précision à tout ce qu'on avait obtenu jusqu'ici, il 
est possible de le pousser plus loin, en donnant encore plus de volume 
à l'instrument. C'est ce que j'ai fait pour des opérations très-délicates 
dont je rendrai compte dans la suite. L'aréomètre que j'ai destiné à ce 
genre d'expériences déplace près de 10 livres d'eau. Il est presque im- 
possible de commettre, avec cet instrument, une erreur d'un demi- 
grain dans l'opération; de sorte qu'en supposant toutes les circonstances 
les plus défavorables les limites de l'erreur totale ne peuvent jamais 
aller à plus d'un vingtième de grain par livre, c'est-à-dire à plus de 



r , 1 — de la masse. 



55 



MKMOIHRS DP. LAVOIS1EK. 

Il ne se rencontre pas un grand nomb-e de circonstances où I on 
«il besoin de porter dans les expériences ce dernier degré île précision: 
ce n'est guère (jue dans l'analyse des eaux ou dans quelques opéra- 
tions très-délicates de la chimie qu'une exactitude aussi scrupuleuse 
peut devenir nécessaire. J'ai donc pensé que, s'il était possible de 
construire sur le même principe des aréomètres de métal d'un volume 
beaucoup moins grand, ils auraient par-dessus les autres un avantage 
très-réel : c'est celui de la commodité; mais en même temps celle ré- 
duction de volume présentait quelques difficultés d'exécution, surtout 
dans I intention que java» de donner une marche très-étendue à ce 
pèse-liqueurs et de le rendre propre à déterminer les pesanteurs spé- 
ciliquesdes fluides, depuis le vin jusqu'à l'eau. Les réflexions suivantes 
feront connaître en quoi consistaient ces difficultés. 

Lorsque l'aréomètre MXRO (lig. a) est plongé dans un fluide, il 
ne s'y lient dans la position verticale A II qu'autant, t° (pie le centre 
de gravité G se trouve au-dessous du centre de figure F; 3° que l'un el 
l'autre se trament dans l'axe HFGSdu cylindre. Tant que l'aréomètre 
est fort grand, ou bien qu il n'est destiné a comparer entre eux que 
des fluides peu différents en pesanteur, ces conditions ne sont pas dif- 
ficiles à remplir. Pour peu qu'il \ ait d'étain dans la partie inférieure 
ORS, il sullit pour fixer l'instrument dans la position qu'il doit avoir. 
Il n'en est pas de même lotîtes les fois qu'on exige eu même temps, 
dans le même instrument, les deux conditions suivantes : i° qu'il soil 
d'un très-petit volume; -x" qu'il puisse servir à comparer entre elles 
des liqueurs dont la pesanteur spécifique est très-différente. Je sup- 
pose que l'aréomètre M A KO (lig. a) soil de telle pesanteur qu'étant 
plongé dans l'esprit-de-vin rectifié il y enfonce précisément jusqu'à la 
marque I) gravée sur la tige. Il est évident que, si l'on plonge le môme 
instrument dans de l'eau, il s'y enfoncera beaucoup moins et qu'on ne 
parviendra à le faire entrer jusqu'à la même marque qu'en le chargeant 
d un certain poids, lequel sera un peu moindre que la cinquième partie 
de celui de l'instrument. Mais quel sera l'effet de ce poids ajouté à la 
partie supérieure, de l'instrument? Ce sera de faire remonter le centre 



PESANTEIR SPÉCIFIQUE DES FLUIDES. 435 

«le gravité, de sorte que. s'il était primitivement en (i, il s'approchera 
de plus en plus de C, jusqu'à ce qu'enfin le centre de gravité coïncide 
avec celui de ligure; alors rien ne retiendra plus l'instrument dans la 
position verticale, et, pour peu qu'on continue à le charger, il se ren- 
versera tout à fait. 

Je dis que la dilliculté est d'autant [dus grande que l'instrument est 
plus petit, et la raison n'en est pas difficile à saisir : c'est que le volume 
de l'instrument croît dans un beaucoup plus grand rapport que sa 
surface extérieure, de sorte que. s'il faut, par exemple, &S pouces 
• arrés de feuilles de laiton pour composer un aréomètre de -xh pouces 
cubiques de volume, il n'en faudra pas le double pour un de hH pouces 
cubiques. H suit de là que la pesanteur des parois de laiton qui com- 
posent l'instrument ne croît pas en raison du volume, que, par con- 
séquent, ce grand aréomètre est. proportion gardée, plus léger que 
le petit, qu'il y a, par conséquent, une plus grande quantité de pe- 
santeur employée en lest dans le premier que dans le second; or il est 
aisé de sentir que. plus le lest sera pesant, proportionnellement au 
reste de l'instrument, plus le centre de gravité s'approchera de la partie 
inférieure du solide. 

Ces difficultés m ont arrêté tant que je me suis attaché à donner la 
figure cylindrique à mes aréomètres; quelque mince qu'ail été le cuivre 
que j'ai employé, je n'ai jamais pu en exécuter qui eussent moins de 
10 à 1 •< pouces cubiques de volume, encore n'est-ce qu'avec peine 
qu'on peut s'en servir, depuis l'esprit-de-vin jusqu'à l'eau. J'ai donc 
été obligé d'en changer la figure et d en choisir une dans laquelle je 
pusse ajouter des poids plus considérables sur le bassin, sans que le 
centre de gravité cessât d'être au-dessous du centre de ligure; et l'on 
sent que les figures évasées par en haut étaient les plus propres à 
remplir cet objet. 

D'après les principes, j'ai fait construire l'aréomètre qu'on voit re- 
présenté figure 5; il est composé, i° d'une espèce de couvercle M\; 
a" de deux viroles MM X, VXOB, qui forment chacune une portion 
de cône; 'M d'un culot d'étain O/f.S'. qui sert de lest à l'instrument. 

55. 



m MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

Ces différentes pièces sont réunies ensemble cl soudées en soudures 
blanches, c'eBt-à-dire en étaiti. Comme on a employé le inoins de 
matière qu'il était possible dans toutes les parties de cet instrument, 
il se trouve si mince qu'il n'a pas été possible de se servir de soudure 
forte. 

On demandera peut-être pourquoi j'ai laissé à découvert la portion 
d'élain ORS qui ferme le bas de l'instrument. Je pouvais, en effet, 
prolonger la virole 10 RX jusqu'en .S' et la terminer en une pointe 
obtuse et fermée; on aurait ensuite fait fondre de l'étain dans l'inté- 
rieur de cette pointe, et il n'aurait pas été apparent. La raison qui m'a 
déterminé à laisser l'étain à découvert est la difficulté de pouvoir fixer 
au juste la quantité nécessaire pour donner à l'aréomètre une pesan- 
teur convenable. Quelques précautions qu'on apporte dans sa cons- 
truction, quelque précision qu'on mette dans les calculs, il est impos- 
sible de déterminer avec assez d'exactitude le volume de l'instrument, 
pour pouvoir annoncer, à quelques (pains près, le poids de l'étain qu'il 
sera nécessaire d'y faire entrer. Il était donc indispensable que cet élain 
lut à découvert, afin qu'il fut facile et commode d'en ajouter et d'en 
retrancher autant qu'il serait nécessaire. On a pris cette même précau- 
tion pour l'aréomètre représenté figure i. 

Avec les différentes précautions dont je \iens de rendre compte, je 
suis parvenu a construire un aréomètre qui ne déplace que h onces 
1 gros iô grains d'eau, c'est-à-dire environ fi pouces cubiques ~. Sa 
marche s'étend depuis l'esprit-de-vin le plus rectifié jusqu'à l'eau, et, 
quoique dans le dernier fluide on soit obligé de le charger de fi gros 
•»"> grains \. il est encore suffisamment lesté. 

Indépendamment de l'exactitude des résultats, qui est infiniment 
plus grande dans cet instrument que dans l'aréomètre à tige, il a 
encore un grand avantage sur lui du coté de In commodité. Il ne faut, 
pour en faire usage, qu'un très-petit volume de fluide; tout vase d'ail- 
leurs est propre à celte expérience; on n'a besoin, pour opérer, que 
d'un gobelet un peu grand. Dans l'aréomètre à tige, au contraire, il 
faut un vase long et étroit et destiné uniquement à cet usage. 



PESANTEUR SPÉCIFIQUE DES FLUIDES. 137 

Mon objet étant de rassembler sous les yeux des physiciens les 
moyens les plus commodes et les plus exacts de déterminer la pesan- 
teur spécifique des fluides dans tous les cas, il me reste encore un 
objet à remplir. Les instruments dont nous venons de parler étant de 
métal, ils sont susceptibles d'être attaqués par les acides: ils ne peuvent 
donc être d'un usage universel. J'ai donc cru qu'il était nécessaire de 
construire sur les mêmes principes un aréomètre en verre. On le voit 
représenté figures T> et Ci. On trouve la description d'un instrument à 
peu près semblable dans les Transactions philosophiques. Je vais ex- 
poser les moyens (pie j'ai employés pour exécuter celui qu'on a sous 
les yeux. 

On prend un inatras d'environ i 5 à a«» pouces cliniques de volume. 
Les parois doivent en être minces, et il y a de l'avantage à le. choisir de 
forme ovale. On gagnerait quelque chose du côté de 1 exactitude en 
prenant un vaisseau plus grand, mais en même temps la construction 
deviendrait beaucoup plus dillicile. On coupe le col du matras, environ 
à un pouce '- de la panse; on échauffe ensuite à la lampe la partie inté- 
rieure de ce matras et on y soude un petit tube de verre EH, de •< lignes 
environ de diamètre extérieurement et capillaire en dedans. Il faul 
prendre beaucoup de précautions pour que le tube ne se bouche pas 
intérieurement pendant la soudure. Le tube qui sert de tige doit avoir 
environ î pouce ; de longueur. Il doit porter vers son milieu une 
marque I) faite en émail. Son extrémité supérieure doit se terminer en 
un entonnoir fort évasé et former un bassin destiné à recevoir des poids. 
Lorsque ce tube est soudé, on bouche à la lampe l'extrémité S du col 
du matras. Ou pèse ensuite cet instrument avec beaucoup d'exactitude 
et on conserve soigneusement la note de ce poids. Lorsqu'on veut faire 
usage de cet aréomètre, on y verse du mercure pour le lester. On en 
ajoute plus ou moins suivant la qualité de:, liqueurs dont on le des- 
tine à mesurer la pesanteur. Lesté ainsi de différents poids, on peut 
s'en servir depuis les liquèîïrsSis pins légères, telles que l'éllier, jus- 
qu'à celles qui sont les plus pesantes, telles que l'acide vitriolique le 
plus concentré. Il est inutile que je fasse remarquer combien il est 



438 MÉMOIRES DE LAVOISIEB. 

essentiel de connaître toujours exactement le poids du mercure qui a 
éïé ajouté. 

La première opération qu'on ail à faire, lorsqu'on s'est procuré un 
pèse-liqueurs de celle espère, esl d'en déterminer rigoureusement le 
volume et de s'assurer, par des moyens sûrs et exacts, de la quantité 
<le pouces, lignes et fractions de lignes cubiques auxquelles il répond. 
Leur figure n'est pas assez régulière pour qu'on puisse en déterminer 
par le compas d'épaisseur toutes les proportions et en calculer ensuite 
la solidilé. Il est donc nécessaire de recourir a d'autres moyens phy- 
siques plus exacts: je vais les exposer en peu de mots : 

Si l'on plonge un fie ces aréomètres dans de l'eau distillée, et qu'on 
le charge jusqu'à ce qu'il entre jusqu'à la marque gravée sur la lige, 
le poids total de l'instrument, y compris celui dont il est chargé, sera 
égal au poids du volume d'eau déplacé. Il sera donc toujours facile de 
connaître le volume de l'instrument, pourvu que l'on connaisse le vo- 
lume du poids d'eau qui y correspond, et en général le poids d'un 
volume donné d'eau. Les premiers physiciens de l'Académie des sciences 
ont toujours supposé dans leurs expériences que l'eau pesait 70 livres 
le pied cube, mais je ne sache pas qu'aucun d'eux ait rendu compte 
des expériences d'après lesquelles avait été lixée celle détermination. 
J'ai donc cru qu'il était nécessaire de faire des recherches directes sur 
cet élément. Le sieur Canivet. artiste connu, vivait alors: je m'adressai 
à lui pour faire en cuivre jaune ou laiton un solide creux dont les di- 
mensions en dehors étaient de h pouces sur chaque face, et de 8 pouces 
de hauteur. Le volume de cet instrument était, comme l'on voit, de 
1 -(8 pouces cubiques, et, l avant pesé avec une grande exactitude dans 
l'eau et dans l'air, j'ai trouvé qu'un pied cube d'eau distillée, à 1 o de- 
grés du thermomètre de Héaumur, pesait 69 livres i5 onces'. 

' C'est «mi 1 76H que jo me suis occupé certitude ulisolue Au l'exactitude <lu solide 

de ces eupériences ; je n'étais pas monté en que Canivet m'avait construit . en sorte que 

balances comme je le suis aujourd'hui; je je me suis toujours proposé de les recom- 

me suis servi d'un lhermom«Mre de Réaumur niencer avec de nouvelles précautions. ( Nirtfe 

ù espiil-de-vïn dont la marche n'était pas de Larnitier. Sam date. ) 
sûr»-. Je n'ai pas même une 



Digitized by Google 



PESANTEUR SPÉCIFIQUE DES FLUIDES. ISS 

Tant que le volume de l'aréomètre n'était point déterminé, il ne 
donnait que la pesanteur respective des fluides, mais il n'en est plus 
de même dès que son volume est connu; il donne alors des pesan- 
teurs absolues; il sera toujours facile en effet de réduire, par une 
règle de proportion, les différences de pesanteur trouvées sur l'aréo- 
mètre, entre deux fluides quelconques, en celles qu'où aurait trou- 
vées si l'aréomètre eût déplacé précisément un volume d'un pied cube, 
ou d'une pinte, mesure de Paris. On fera celte réduction par l;i pro- 
portion suivante, dont les trois premiers termes sont toujours connus: 
le volume de l'aréomètre est à celui du pied cube ou de la pinte de 
Paris comme la différence de pesanteur trouvée sur l'aréomètre, entre 
deux fluides quelconques, est à un quatrième terme, lequel sera la 
diflerence de pesanteur qu'on aurait trouvée entre les deux fluides avec 
un aréomètre dont le volume aurait été d'un pied cube, ou égal à la 
pinte de Paris. On peut même abréger les calculs en se foi niant d'avance 
une table pour chaque aréomètre. 

Tels sont les moyens qui m'ont paru les plus propres à détermi- 
ner avec une grande précision la pesanteur spécifique des fluides: 
je ne les présente que comme une application de principes connus; 
mais je ferai voir, dans la suite, le parti qu'on en peut tirer dans 
les expériences chimiques, el surtout dan» les analyses des eaux pu- 
tables. Il me reste à joindre ici quelques réflexions sur l'aréomètre 
de Boyle et sur les moyens d'en rendre l'usage plus facile et plus com- 
mode. 

Quelque simples que soient les calculs qu'exige I usage de l'aréo- 
mètre que je viens de décrire, ils sont trop compliqués pour les usages 
ordinaires du commerce et de la société; on n'a pas besoin, d'ailleurs, 
dans la plupart des opérations relatives aux arts, d'une exactitude si 
rigoureuse, c'est plutôt d'un instrument commode que d'un instrument 
exact que l'on a besoin; il faut qu'il présente, aux yeux, des calculs 
tout faits et qu'il n exige même qu'une médiocre attention de la part 
de l'observateur. L'aréomètre de Boyle, divisé suivant les principes 
que je vais exposer, m'a paru réunir ces avantages. 



HO MÉMOIRES DE LAYOISIER. 

Dans l'aréomètre, ou pèse-liqueur, que j'ai décrit ci-dessus, et que 
j'appellerai aréomètre de Fahrenheit, on délermiiie le poids d'un vo- 
lume de fluide toujours égal ; dans l'aréomètre de Boyle, au contraire, 
un détermine le volume d'un poids toujours éfjfil de fluide. 

Un doit considérer dans I aréomètre de Boylc chacun «les degrés de 
la division comme autant de petits cylindres ajoutés les uns aux autres, 
et dont la réunion l'orme la lige. Si le volume de chacun de ces petits 
cylindres est dans un rapport donné avec le volume total de l'instru- 
ment, Ions les aréomètres qui seront construits sur celte proportion 
seront comparables entre eux. 

J'ai choisi d'abord, comme a fait M. de Méaumur pour la division 
de son thermomètre, et M. de Montiguy, pour celle de son aréomètre, 
un point fixe qui fut l'origine de division où je pusse inarquer le zéro 
de ma graduation. L'eau distillée, et en général les eaux pures, mont 
paru très-propres à lixer ce terme. Je suis en étal de démontrer qu'il 
n'en est pas de plus invariable. J'ai donc plongé mon aréomètre dans 
de l'eau distillée, lorsqu'elle était à la température des caves de 
l'Observatoire, c'est-à-dire à to degrés ou to degrés J du thermo- 
mètre de M. de Héaumur; j'ai versé du mercure dans l'intérieur de 
l'instrument, jusqu'à ce qu'il entrât jusqu'à l'endroit à peu près 
où je voulais placer le point zéro de ma graduation, et j'ai marqué 
exactement avec une soie l'endroit de la tige où répondait la surface 
de l'eau. Il est aisé de voir que tous les aréomètres qui auront été 
soumis à celte épreuve se trouveront tout naturellement lestés pro- 
portionnellement, de sorte, par exemple, que celui qui sera double 
ou triple en volume se trouvera également double ou triple en pe- 
santeur. 

Il est indillérent d'exprimer par un nombre plutôt que par un autre 
le rapport des petits solides qui constituent chaque degré de la divi- 
sion avec le volume total de l'instrument; j'ai cru cependant devoir 
préférer la division décimale. J'ai donc supposé que chacun des aréo- 
mètres plongés dans l'eau distillée, à to degrés du thermomètre, dé- 
plaçait IOOO parties de ce fluide. Pour diviser ensuite la lige en petits 



PKS ANTKI! R SPÉCIFIQUE DES FELIDES. h\\ 

cylindres égaux, dont chacun suit le millième de celui de l'instrument, 
on opère comme il suit : 

On introduira d'abord . dans l'intérieur de la tige de l'aréomètre qu'on 
se propose de graduer, une petite bande de papier blanc destinée à re- 
cevoir les traits de la division. Il est essentiel que cette bande de papier 
soit placée dans l'instrument avant qu*on commence à le diviser, au- 
trement il en résulterait une différence de pesanteur dont l'erreur 
serait rejetéc sur tous les points de la division. On nouera autour de 
la tige trois soies qui puissent monter et descendre; on fixera celle du 
milieu à l'endroit où répond exactement l'eau distillée. Ce point doit 
être pris dans le bas de la tige pour les aréomètres destinés à servir 
dans les liqueurs spirilueuses. Dans ceux, au contraire, qu'on construit 
pour les liqueurs plus pesantes que l'eau . ce point doit être placé 
très-près de l'extrémité supérieure. 

Le point de l'eau distillée étant bien déterminé, on pèsera dans une 
balance exacte l'aréomètre avec le mercure qui y est contenu. Cette 
•opération n'exige pas une exactitude rigoureuse; un demi-grain d'er- 
reur ne peut jamais occasionner une différence bien sensible. 

On pèsera ensuite séparément, dans un verre de montre, avec une 
balance d'essai, de petites quantités de mercure, qui soient toutes 
égales à la centième partie du poids de l'aréomètre. Ici les moindres 
erreurs sont de la plus grande importance, et Ion doit apporter, pour 
les éviter, la plus scrupuleuse attention. 

On versera une de ces portions de mercure dans l'intérieur de l'aréo- 
mètre, puis on le plongera dans de l'eau distillée, toujours à la même 
température. 11 est clair qu'il doit y enfoncer un peu davantage, eu 
vertu du poids ajouté. Or, le poids ajouté étant le centième du poids 
total de l'instrument, il s'enfoncera jusqu'à ce qu'il ait déplacé un 
centième de plus du fluide. En supposant donc qu'il déplaçât primiti- 
vement 1000 parties d'eau distillée, il en déplacera 1010 en vertu de 
cette nouvelle addition. On fixera la soie supérieure précisément à 
fendu ni de la tige où répond la surface de l'eau; puis, retirant l'ins- 
trument, on prendra avec un compas, le plus exactement qu'il sera 

m. 56 



m MKMOIRKS DE LAVOISIKR. 

possible, la distance des deux soies. On rapportera celte distance sur 
une ligne droite, tracée sur un morceau de papier ou de carton, pat- 
exemple de I en fl, pl. VIII, fig. 10. 

dette première opération étant faite, on versera de nouveau dans 
l'aréomètre une des portions de mercure qui ont été pesées précé- 
demment; puis, le plongeant dans Peau distillée, on remontera la soie 
jusqu'à la surface de l'eau. On prendra, comme ci-devant, la distance 
des soies, et on la rapportera de même sur le papier, en partant tou- 
jours du même point, c'est-à-dire de A en C. On continuera ainsi 
d'njouter de nouvelles portions de mercure, jusqu'à ce qu'on ait 
atteint le bout de la tige. Alors on retirera de dedans l'instrument les 
petites portions de mercure qui avaient été ajoutées après coup, et 
l'aréomètre, réduit ainsi à sa pesanteur primitive, se retrouvera vis-à- 
vis le point dont on était parti en commençant la division. S'il se 
trouvait quelque différence, ce serait une preuve qu'il se serait glissé 
quelque erreur dans les pesées. 

(>es différentes opérations étant achevées, on retirera la petite bande' 
de papier de l'intérieur de la lige, on tracera eu un endroit convenable 
la h; où doit répondre la surface de l'eau distillée; puis on rap- 
portera au-dessus et au-dessous (voir fig. 1 1) les grandeurs marquées 
sur la ligne VV, lig. i o. On partagera ensuite l'intervalle d'une division 
à l'autre en dix parties, et on aura par ce moyen des degrés dont cha- 
cun exprimera des millièmes du volume de l'instrument . Si la tige était 
fort courte, et que les divisions ne pussent avoir toute l'étendue néces- 
saire, on se contenterait de graduer l'instrument de cinq en cinq degrés. 

L'aréomètre gradué suivant la méthode que je viens d'exposer, plongé 
dans les différents fluides dont on voudra connaître la pesanteur, expri- 
mera, comme je l'ai déjà dit, la différence de volume d'un poids tou- 
jours égal de ces liqueurs; mais il n'exprimera pas leurs pesanteurs 
spécifiques, qui sont en raison inverse de ces mêmes volumes, et l'on 
ne pourra les déterminer que par un calcul. Ces considérations, il est 
vrai, sont de peu d'importance pour le commerce; il suflit, en effet, 
pour remplir son objet, qu'on ait, pour construire les aréomètres, une 



Digitized by GoogI 



PESANTEl R SPÉCIFIQUE DES FLUIDES. 443 

méthode sûre et au moyen de laquelle ils s accordent toujours entre 
eux; «lu reste, il est assez, indifférent que leur division soit exprimée 
par une proportion plutôt que par une autre. 

Bien n'est plus facile d'ailleurs que de calculer une table qui donne 
les pesanteurs spécifiques correspondant aux volumes. En effet, les 
pesanteurs spécifiques sont en raison inverse des volumes. Si donc, 
dans un aréomètre dont les divisions expriment des millièmes de vo- 
lume, on cherche quelle est la pesanteur spécifique qui répond àiiuu, 
on aura la proportion suivante: le volume 1100 est au volume de 
l'eau qui est i ooo , comme la pesanteur spécifique de l'eau qui est i ooo 
esta un quatrième terme: d'où il suit que, dans l'aréomètre divisé en 
millièmes du volume, pour avoir la pesanteur spécifique correspondant 
à chaque division, il faudra diviser le carré de 1000 par le volume 
de 1a partie plongée de l'aréomètre. C'est d'après ce principe qu'a été 
calculée la table suivante : 



PKsivTr.ru 

>f«cinor« 

dp mm fÊiUm 


VOI.tMES 
»<rLicb 
pjr r.r~n.<lrp, 
f un* *|Mifit4* ni 


OlAVNTKS 
■ Lux rtrionOir» 

polir oWoir 
un* fmÈHtkÊ "«l'"™* 


DIFFÉRENCES 

en fnclaoi» 
.1. pi* 
.1. l'.r-Wlr, 


Koo 


1 -MO, 00 


-r- 


0,01 ikh 




1 

• • 


810 


1934,56 


-f- 


0.01 5oô 


1 

• î 


8'jo 


1*19,61 


-+- 


0,01 469 


1 

t t 


83o 


1 'jo4,89 


-H 


0,0 1 434 


1 

1 « 


84» 


1 190,48 


-f- 


o,oi4oi 


( 

» > 


Hbo 


1 176,47 


-*T 


0,01367 


1 

1» 


B6« 


1 1 89,80 


■+■ 


0,01 337 


y» 


870 


1 1 ht), 43 


-+- 


0,0 1 307 


^ 


880 


1 1 36,36 


■+■ 


0,01 976 


• • 


89,, 


1 1 *>3,6o 


4- 


0,01949 


77 


rjno 


1 1 1 1 . 1 1 




O.Ol 9 9 1 


> > 


910 


1098,90 




0,01 ig4 


TV 













5fi. 



IM MÉMOIRES DK LAVOISIEH. 



r r. 3 A .1 I M H> 


\ 1 1 1. 1 MRS 


fil l\TITt'V 


Vit r fcnr. »' r.> 




tinum 








fU l'.T».>l«.lrr . 






rrlh' 




|Nmr ibimW 








■M gmJiMtio* i|ut npnn.. 


du ptik 


tt loin partit». 








oui 

j 


1086,90 


1 0,0 1 1 Gq 


• • 


u3o 

j 


t "t5.*i 7 


4- 0 1 » I 1 !l II 

t 11,1» 1 ■ 


1 

• 1 


q4o 


1 o63,83 


1 - 0 , 0 1 1 *1 0 


1 


n&O 


1 o.vj,63 


u_ uni 1," '! 


■ 


n<>» 


1 o4 1 ,66 


1 

• 1 


Q70 
if 1 


1 030,93 


-4 - n OUI,)" 


% 

1 1 


u8o 


1 0 2 0 , 4 1 


t- 1 1 . 1 I 1 1' ■ ' 1 


* 

• i 


uni) 


1 0 1 0, 1 0 


n 1 1 1 n ■ 0 
r~ U f U IVI* 


• 

• * 


■ non 




il nonnn 




tois 


99 • 




■ 


l <>90 


o8o.3o 


O OO fi "7 1 


• 

7# 1 


io3o 


f|70,87 


• y** 


1 

• • » 


IOB0 


96 i,54 


\ > t \t \r ym tj *j 




i o5o 


n :» 1 3 H 


f k Afin 1 fi 


■ 

1 • • 


1 060 


9 6 3,4 0 


— 0,00898 


1 

1 1 1 


11170 


934,58 


— o,oo88-j 


• 


1 080 


9 •< 5,9-1 


— 0,00866 


' 

1 1 • 


1 090 


917,43 


— - o,oo84y 


1 

1 1 • 


1 100 


1)°9'°9 


— 0, oo834 


1 


1 1 1 0 


900,90 


— 0,00819 


1^ 
1 * fl 


1 1 uo 


891,85 


— o,oo8o5 


t 

1 1 t 


1 i3e 


884,96 


— 0.00789 


1 


.... 






. . . 
















... 



On pourra facilement et sans calcul, au moyen de cette table, con- 
naître la pesanteur spécifique qui correspond à chaque degré du pèse- 
liqueur divisé en volumes, et il sera même facile de faire une division 
double et qui exprime d'un côté les dùîéretices de volume, et de l'autre 



Digitized by Googl 



PESANTEUR SPÉCIFIQUE DES FLUIDES. 145 

les pesanteurs spéciliques correspondantes. On a l'exemple de cette 
double division dans la plupart des thermomètres qui présentent d'un 
côté la graduation de Fahrenheit, et de l'autre celle de Réaumur. 

Enfin, si l'on préfère graduer directement le pèse-liqueur relative- 
ment aux pesanteurs spécifiques sans l'avoir préalablement gradué 
relativement aux volumes, la diflicnlté ne sera pas beaucoup plus 
grande ; mais alors les quantités de mercure qu'il faudra ajouter pour 
faire enfoncer le pèse-liqueur d'un degré ne seront plus d'un millième 
du poids total. 

On verra par l'inspection de cette table que, au-dessus de zéro, les 
volumes croissent dans un rapport un peu plus grand que les pesan- 
teurs ne décroissent, tandis qu'ils décroissent, au contraire, plus len- 
tement au-dessous de ce ternie. Il suit de là que, pour obtenir un 
aréomètre qui représente les pesanteurs spécifiques exprimées en mil- 
lièmes, il faut employer, pour le lester, des quantités de mercure 
un peu plus grandes pour les degrés supérieurs à l'eau et un peu 
moindres pour les inférieurs. Il n'était pas diflicile de calculer quelle 
était la proportion suivant laquelle ces quantités devaient croître et 
décroître. J'ai trouvé qu'au lieu d'un centième la quantité de mer- 
cure qu'il fallait ajouter était à peu près de ~ pour les dix premiers 
degrés supérieurs à l'eau, de ± pour les dix suivants, etc. et qu'elle 
allait toujours en croissant suivant une progression accélérée. On voit 
la suite de ces nombres dans la troisième colonne de la table que j'ai 
déjà citée. Je ne les ai calculés que de dix en dix degrés; il sera aisé de 
remarquer qu'une plus grande précision aurait été inutile. 

D'après cette table, il ne sera pas plus difficile à un physicien de 
graduer un aréomètre suivant les pesanteurs que de le graduer sui- 
vant les volumes. En effet, que la portion de mercure qu'il faut peser 
soit égale au centième du poids de l'aréomètre ou à telle autre frac- 
lion qu'on voudra, l'opération n'en est ni plus longue, ni plus embar- 
rassante. Du reste, toutes les attentions que j'ai prescrites plus haut, 
pour la graduation suivant les volumes, sont également applicables 
ici ; les moyens qu'il faut employer sont absolument les mêmes. 



«46 MÉMOIRES DK LAVOISIKR. 

La graduation de l'aréomètre étant achevée, soit en raison des vo- 
lumes, soit en raison des pesanteurs, il faudra la numéroter. On écrira, 
dans le premier cas, 1000 au terme de l'eau, toio, io-jo, io3o, etc. 
au-dessus, et 990, 980, etc. au-dessous. Ce sera lout le contraire si 
l 'instrument a été divisé dans le rapport des pesanteurs; alors les quan- 
tités iront eu croissant au-dessous du terme de l'eau, et, en décroissant, 
au-dessus. 

Il n'est pas diflicile de sentir les avantages de ces nouveaux aréo- 
mètres. Non-seulement, en effet, ils sont tous comparables entre eux, 
comme ceux divisés en raison des volumes, mais ils le sont encore 
avec les tables de pesanteur spécifique. Mais un défaut bien essentiel, 
rnti reste encore à ces instrumente, c'est la difficulté de l'exécution. 
Ouelque embarrassante qu'elle puisse paraître, d après ce que jeu ai 
exposé, il ne m'a pas cependant paru qu'il fût impossible de la mettre 
à la portée même des ouvriers. 11 est certaiu que, si les degrés de la 
iliv ision étaient égaux entre eux , il ne serait pas difficile de les faire copier 
mécaniquement, de la même façon qu'on a coutume de le faire pour 
les thermomètres. J'ai eu, à cet égard , occasion de reconnaître l'adresse 
et l'intelligence du sieur Cappy; j'ai entre les mains quatre aréomètres 
qu'il ma gradués sur un cinquième, et il ne s'est trouvé que de très- 
légères différences dans la marche de ces inlruments; il ne s'agirait donc, 
dans le cas de l'égalité des degrés, que de dresser des étalons exacts, 
d'après lesquels on pourrait en diviser un grand nombre. 

Il est donc déjà constant qu'un artiste adroit et intelligent pourra 
parvenir aisément à construire des aréomètres gradués suivant les 
volumes, puisque, dans ce cas, les degrés sont égaux; mais, s'il peut 
graduer des aréomètres suivant les volumes, pourquoi ne pourrait-il 
pas en graduer suivant les pesanteurs, puisqu'il connaît, par la table 
ci-jointe, le rapport de ces deux division»? Considérons, en effet, ce 
qui se passe tous les jours sous nos yeux, par rapport au tbermomètre. 
Qu'on demande à un ouvrier un thermomètre gradué en même temps 
suivant les principes de M. de Réaumur et suivant ceux de M. de 
Lisle ou de tel autre physicien qu'on voudra: il commencera par gra- 



Digitized by Googlj 



PESANTEUR BPÉCIFIQUK DKS KWIDES. Vu 

duer l'instrument suivant celle des deux méthodes qui lui sera la [dus 
familière, niais il ne tracera la division que d'un des côtés de la planche. 
Il prendra ensuite, dans une table, les degrés de la division de M, de 
Lislc qui correspondent a ceux de la division de M. de Réaumur, et il 
les tracera de l'autre côté de la planche. Cette méthode, qui se pra- 
tique tous les jours pour le thermomètre, n'est pas plus difficile pour 
l'aréomètre. L'ouvrier qui se chargera de ce genre de travail étahlira 
d'abord , d'après les étalons exacts, une division suivant les volumes; en- 
suite, d'après la table ci-dessus, il tracera une division correspondante 
proportionnelle aux pesanteurs et il la numérotera de chaque côté, 
ainsi que je l'ai expliqué plus haut. La tige de l'aréomètre n'a pas tou- 
jours assez de diamètre pour qu'on puisse y développer une double 
division; tout ce qui en résultera pour lors c'est qu'une des deux di- 
visions sera cachée sous le contour du papier. Ce sera toujours celle 
graduée suivant les pesanteurs qu'il faudra laisser apparente. 

Je conçois bien que les instruments qui auront été ainsi copiés ne 
seront jamais d'une exactitude aussi grande que ceux qui auront été 
faits directement par les physiciens; mais ils donneront la pesanteur à 
trois ou quatre millièmes près, plus ou moins; quoique celte précision 
ne soit pas absolue, elle est encore assez grande relativement aux opé- 
rations du commerce. H ne me serait pas même difficile de faire voir 
«lue, dans la plupart de nos tables de pesanteur spécifique, quoique 
faites par la balance hydrostatique et par des physiciens célèbres, les 
erreurs vont quelquefois plus loin. 

Je terminerai ce mémoire par quelques réflexions sur l'ordre que 
j'ai suivi dans la numération des degrés de ma division. Il paraîtra 
peut-être bizarre d'avoir rendu décroissants les nombres des degrés 
supérieurs à l'eau, tandis qu'ils vont généralement en croissant 
dans toutes les divisions que nous avons entre les mains. Il est cer- 
tain que ce n'est qu'avec peine que je me suis écarté de l'usage ordi- 
naire. Je sais que les moindres innovations effarouchent d'abord, el 
je ne doute pas que cette circonstance seule n'empêche, dans le pre- 
mier moment, cette division de prendre dans le commerce. Je n'ai pas 



m MÉMOIRES DE LAVOIS1RR. 

cru cependant que colle difficulté dût m'arrètcr. Il m'a paru contre 
tout principe de faire croître le nombre des degrés tandis que la pe- 
santeur diminuait; l'aréomètre, en effet, n'indiquerait plus alors les 
différences de pesanteur des fluides; il indiquerait les différences de 
volume. 

La graduation que j'ai adoptée a, d'ailleurs, un avantage particu- 
lier qui seul aurait suffi pour me la faire préférer, c'est de parler un 
langage très-familier aux physiciens. On peut considérer chacun des 
termes de nos tables de pesanteur spécilique comme autant de numé- 
rateurs d'une fraction dont le dénominateur est toujours 1000. Lors- 
qu'on lit par exemple, dans la table de M. Musschenbroeck, HoG, à 
l'article de l'esprit-de-vin, cela veut dire que le poids de ce fluide 
est à celui de l'eau comme 806 est à 1000, autrement dit qu'il est 
égal aux ~ de celui de l'eau. Cesl précisément le même langage 
que parle l'aréomètre que je décris. Chacun des termes de sa division 
exprime de même une fraction dont le dénominateur est 1000; il 
marquera, par conséquent, 800' dans l'esprit-de-vin de M. Musschen- 
broeck, et, si on le plonge successivement dans les différents fluides 
que ce physicien a soumis à ses expériences, il donnera les mêmes 
nombres «pie ceux qui sont contenus dans sa table, avec cette diffé- 
rence seulement qu'il se trouvera plus d'exactitude dans les résultats. 

Il résulte de tout ceci que les aréomètres construits sur les principes 
exposés dans ce mémoire sont, non-seulement tous comparables entre 
eux, mais qu ils sont encore comparables avec toutes les tables de pe- 
santeur spécifique qui ont été dressées jusqu'à présent par les physi- 
ciens, (le nouvel avantage les rendra extrêmement commodes pour les 
expériences; il épargnera toute espèce de calculs et de réductions. 

Après avoir examiné quels sont les moyens les plus sûrs et les plus 
commodes pour déterminer avec exactitude la pesanteur spécifique des 
fluides, il me reste à donner une idée des applications qu'on peut faire 
de cette connaissance aux différentes parties de la physique. 

Les chimistes ne manquent pas de moyens pour connaître la quan- 
tité précise des matières solides ou plutôt concrètes qu'ils emploient 



Digitized by Google 



PESANTEUR SPÉCIFIAI K DES FU IDES. 449 

dans leurs expériences. La balance est une épreuve sûre qui ne saurait 
les tromper. Il n'en est pas de même de certains sels que toutes les 
ressources de l'art ne peuvent parvenir à réduire sous forme concrète; 
tels sont la plupart des acides et surtout les minéraux. La balance 
nous donne bien alors la somme du poids de l'eau et de la partie saline 
qui compose ces acides fluors; mais elle ne nous apprend pas dans 
quelle proportion ils se trouvent ensemble. C'est ici que l'aréomètre 
peut être d'un merveilleux secours. On prendra d'abord chacun de ces 
acides dans l'état le plus concentré possible; on déterminera, par des 
moyens chimiques, la quantité de flegme et d'acide réel dont il est 
composé; puis, ajoutant à cet acide des quantités d'eau distillée con- 
nues, on l'affaiblira peu à peu et on y plongera l'aréomètre à chaque 
opération, pour en déterminer la pesanteur. On parviendra par ce 
moyen à construire une table qui exprimera, pour chaque dej»ré de 
pesanteur, la quantité de matière saline réelle contenue dans l'acide 
fluor, et cette table pourra s'étendre depuis le plus flegmatique jus- 
qu'au plus concentré. Tout ce que je dis des acides fluors, on peut 
l'appliquer aux solutions des sels dans l'eau, aux dissolutions métal- 
liques dans les acides, aux dissolutions des résines dans les menstrues 
huileux et spiritueux; on peut l'appliquer enfin à l'esprit-de-vin lui- 
même et à son mélange avec l'eau. Celle dernière partie a déjà fait 
l'objet des expériences de MM. Brissou et de Montigny. Sitôt qu'on aura 
pu construire le nombre de tables nécessaires, l'aréomètre deviendra 
un moyen sur pour connaître l'état de ces différentes liqueurs. 

C'est principalement dans l'art des combinaisons que la connais- 
sance de la pesanteur spécifique des fluides peut porter le plus de 
lumière. Celte partie de la chimie est beaucoup moins avancée qu'on 
ne pense; à peine en avons-nous les premiers éléments. Nous combi- 
nons tous les jours un acide avec un alcali; mais de quelle manière se 
fait l'union de ces deux êtres? Les molécules constituantes de l'acide 
se logent-elles dans les pores de celles de l'alcali, comme le pensait 
M. de Lemery, ou bien l'acide et l'alcali sont-ils composés de difl'érente- 
facettes dont l'une peut s'engrener avec l'autre ou s'unir par le simple 



450 MÉMOIRES DE 1.WOISIKB. 

contact, à la façon des hémisphères de Magdebourg? Comment l'acide 
et l'alcali tiennent-ils séparément à l'ean? Comment y tiennent*)* 
après leur combinaison? Le nouveau sel qui s'est formé occupe-t-il 
seulement les pores de Tenu? Kst-ce une simple division des parties, ou 
bien v a-t-il uuo combinaison réelle, soit de partie à partie, soit d'une 
partie a plusieurs? Enfin, d'où vient cet air qui s'échappe avec tant 
de vivacité dans le moment de la combinaison, et qui, jouissant de 
son élasticité naturelle, occupe sur-le-champ un espace énormément 
plus grand que celui des deux fluides dont il est sorti? Cet air exis- 
tait-il primitivement dans les deux mixtes? Y était-il en quelque façon 
lixé, comme le pensait M. Haies et comme le pensent encore la plupart 
des physiciens, ou bien est-ce un air, pour ainsi dire factice et qui soit 
le produit de la combinaison, comme le pensait M. Kl 1er? La chimie, 
consultée sur ces différents objets, nous répondra par de vains noms de 

rapports, d'analogues, de frottements qui ne présentent aucune 

idée, et qui n'ont d'autre effet que d'accoutumer l'esprit à se payer 
de mots. 

S'il est possible à l'esprit humain de pénétrer dans ces mystères, 
c'est par des recherches sur la pesanteur spécifique des fluides qu'il 
peut espérer d'y parvenir. La quantité de matière saline réelle conte- 
nue dans les deux fluides qu'on veut combiner ensemble, leur pesan- 
teur spécifique avant et après la combinaison, la comparaison de leur 
pesanteur spécifique moyenne avec celle qui a résulté de leur mélange, 
enfin le résultat de ces mêmes expériences, répétées sur un même 
mixte combiné avec tous les autres, pourront former un nombre de 
données assez considérable pour conduire à la solution du problème. 



Digitized by GoogI 



POIDS DU PIED CUBE D'EAU. 



151 



PESANTEUR ABSOLUE DE L'EAU DISTILLÉE, 
POIDS DU PIED CUBE D'EAU 

ET CONTENANCE DE LA PINTE DE PARIS. 

L'eau distillée étant à 8 degrés du thermomètre Galloude, n" i. 
l'ai ajouté sur mon aréomètre carré, en cuivre, a gros k» grains. Je 
crois cette expérience exacte et c'est sur elle que je fonde mes calculs. 
L'aréomètre pèse a livres i h onces 6 grains \ ; donc la pesanteur totale 
du volume d'eau qu'il occupe est a livres i 6 onces 2 gros 5i grains 
autrement 56691 grains j; baromètre, 27 pouces 9 lignes. 

Je répète l'expérience. Le même thermomètre étant à 8 degrés 7. 
j'ai été obligé d'ajouter a gros 68 grains, dette expérience diffère de 
la précédente de 3 grains, j'ai cependant lieu de la croire à peu près 
aussi exacte. 

Par la première expérience, il résulte pour la pesanteur du pied 
cube d'eau, à 8 degrés du thermomètre, 69 livres i5 onces 5 gros 
17 grains^; par la seconde, j'ai 69 livres l5 onces 6 gros 1 5 grains {. 

En repoussant un peu la tige qui saillait en dehors, je trouve, n 
8 degrés ' , a gros 36 grains juste. Je m'aperçois que dans cet état la 
tige était un peu trop rentrée, je la retire et je trouve alors a gros 
ho grains très-exactement. Cette opération me parait fort exacte. Ther- 
momètre Gallonde n° 1 indiquant 8 degrés j. 

Mon aréomètre avait été trouvé, chez M. Chemin, de 9 livres 1 U onces 
6 grains ~. En arrivant je m'aperçus qu'il y avait un défaut de sou- 
dure au bas de la tige; j'y introduisis du suif, mais je n'étais pas sùr de 
l'exactitude et je craignais qu'il ne frtl entré de l'eau. En conséquence, 

67. 



452 ME MOINES DE LAV'HSIER. 

j'ai repesé l'aréomètre et j'ai eu . avec mon poids bien ajusté et en chan- 
geant «If- bassin de balance, -t livres itt onces 6 grains j très-exnrte- 
meut. 

Donc, pour calcul définitif, l'aréoinètre occupe un volume d'eau 
distillée à 8 degrés 7, de ti livres i h onces •> gros 66 grains {, c'est-à- 
dire •» <ifi 8 b 1 """, 5. 

Je dis : si -Jt 1 3. r > '189 1 3. .'5 , dont le logarithme est 8. .'{29697.3, donne 
■«bb8G s " "*,r),donllelogaritbmee8l/i.A2riu9t 6, amibien à 1 597803.."» t>. 
dont le logarithme est 9.7 1 -jb.'J 1 1 . Je trouve pour logarithme du 
nombre cherché f>. 8 09 h a 5 6, c'est-à-dire 66&800.6, c'est-à-dire 69 li- 
vres là onces '.i gros 6o r '"".<î. 

Pesanteur de l'eau distillée à 10 degrés ~ du thermomètre de M. de 
Itéaiimur Gallondc, n° 1 , (19 livres 1 5 onces h gros F> f> H 1 . c'est-à- 
dire 06 'i89o*""".r»8i . dont le logarithme est 5. 8096860. 

TABLE 

DE LA PESANTEUR tPPAREMK DK LEAl DISTILLÉE 

SUIVAIT LES DIKFKHENTS lu i.l'KS lu TIIEHNOMETRE , 
niTr pin tmniii'ru t vyf.uxti «es , wv. m \oimu pksr.-i.iQi:Ki » r.% cfivbk. 1 l'âge 433. t 



TMII'fcRVTl RK 



«► 00 
1 <IO 

1 5o 
•» 00 

•> 17 

'1 on 

5 j5 
•) 00 

6 s5 
(, Mo 



MiS.WKl'K 



&' 7 J 44«',ij 

45 ,s5 

48 ,*5 

5o ,87 

5i ,37 

59 ,5o 

6« ,11 

63 ,.M 

«3 ,3 7 



iirrwmM 11 

«9' ift 4 , i« r " 37P.571 

1 f>5 ,-JO!) 

a 3o ,o3f. 

« 7" »«J 93 

S 6 ,737 

4 lîi .63 7 

t» 3o ,535 

5 47 ,081 

5 5o ,047 



POIDS DU PIED CUBE D'EAU. 



453 



TKMI'KR \TI r.K 



7" or» 

7 
7 

8 35 

9 oo 

i u no 
10 49 

10 gO 

1 1 3o 
7 9 S 
7 8a 
o i5 
o 4o 
<> 8o 

O IjO 
9 OO 

9 8o 
3 go 

h 

fi oo 
, r i oo 

$ 5S 
& 8o 

6 6o 

7 a5 

7 9 : "' 

8 65 

y • " 

O 90 

o o,5 

9! 85 

93 t5 



I-KSWIEIK 

*1K LT. PlUl-MyLlI'll. 



i' 7 J 5»-" 63«',66 
63 ,66 

6-! ,66 

6i ,7& 

6o , i i 

5q ,oo 

5 7 ,87 

55 , 7 5 

,65 

49 ,95 

38 ,5o 

38 ,,5 

37 ,00 

36 ,70 

33 ,87 

3i ,75 

«6 .75 

9 5 ,95 

91 ,5o 

9 1 ,75 

18 ,5o 

16 ,5o 

iS ,00 

9 »°° 

4 .75 

4 7 4 71 ,5o 

68 ,5o 

61 ,5o 

.V. , 9 5 

45 ,5o 

36 ,00 



l»KS.OTF.I n 

lUPl'OBTK ill PIED Cl M. 



69 i4 



lit, i3 



5 : '°* 


54«*,5 7 4 




r i4 


■'ni 


il 


0 u 




r, 


9 4 


7 58 


s 


7 1 


■il • ? 




•11 
•i»> 






36 


1 ï 


4 


3 


. 1 o4 


s 


55 


'\n 

••'7 


-, 

H 


'10 
'9 


3 u 


/, 




•7 Ci 


Cl 


•'9 


1*9, 


h 


36 


,34 


i 


34 


,65 


3 


69 


.46 


3 


- 1 » 


34 




•1 3 




1 


7 1 


,0.1 


1 


i3 


» a 7 


■ 
■ 


•7 


''7 


o 


38 


,49 


0 


7 


,** 


7 


9 4 


,&i 


6 


34 


,o5 


:> 


39 


,68 


'. 


"9 


.69 


3 


54 


,»* 


9 


■7 


,0 9 


0 


48 


. a 9 


6 


55 


,64 


4 


5i 


,98 



Digitized by Google 



154 



MÉMOIRES DE I.AVOISIEK. 



30 Jl IN t7«M 

l.i<m Onm, G«ov t.mu- 

Pesanteur actuelle de mon aréomètre 'i 7 3 56,5o 

j'y ajoute, à 10°, -lô « 1 53,io 



Total h 7 â 37,60 

Uant d'avoir ôttWIe l'étain, j'a\ais à io%a5 pour total . h 7 fi 59,67 



Différence. 



*a 4 55,58 

0.07 • *. » 1,09 

Ouanlilc a retrancher 6 56.67 



t;ovrEi\ANCE de la pinte de paris. 

On ne connaît pas, sur la contenance «le la pinte de Paris, de re- 
cherches postérieures à celles de M. d'Ons-en-Bray. ( Mémoires de ÏAra- 
démie, 1739, p. 5i.) 

I... pinte de Paris, rase, parait fixée, dans tous les ouvrages modernes 
où il est question de sa contenance, à hH pouces cubes. Celle évalua- 
tion est fort commode, parce qu'elle forme un nombre rond et divi- 
sible, et que d'ailleurs il forme la trente-sixième partie du pied cube. 

Dans la supposition d'une capacité de à H pouces cubiques, la pinte 
de Paris contient 1 livre 1 f» onces o gros !>6 grains d'eau distillée à la 
température des caves de l'Observatoire. 



Il résulta dp «Ht* note que le» expé- 
riences mentionnées dans la table qui |iré- 
rède avaient été exécutées avant que l'aréo- 
mètre eût été allégé. c est -«-dire, de 1766 



à 176H. puisque le |»oids indiqué comme 
correspondant a in*,* 5. oprè* acoir oV ,1t 
Fêlai*, est exactement relui qui se Imuve 
inseril dans lu Inhle 1 \olr tle /VWnew-.) 



POIDS DU PIED V.VbH D'KAL. 



455 



POIDS Dt PIED CIBE DEM 

«■mis mvKas lOTtPM. 



Kisensrhmidt [De ponderibtu et mensui ix veterum) détermine la pesan- 
teur du pouce cubique d'eau, poids de roi. ainsi qu'il suit: 



I n pootr «ibwiiK n»vtt <lt l«»iw. En kà. 



Eau de mer H— 6*'°* i 

Eau île rivière :» m ?» i :*» 

Eau de puits ii 1 1 5 li 

D'où je conclus, pour le pied cube d'eau de rivière. 1,1 10 onces, 
soit lï«j livres 6 onces en été et 69 livres iS onces en hiver, ce qui 
revient à peu près à ma détermination. 

L'Knevclopédie donne 7a livres pour le poids du pied cube d'eau. 
Cependant Musschenbroeck estime que la pesanteur de l'eau est à 
celle de l'or comme 1000 à 19660, et comme le pied cube d'or pèse 
i.'MH livres, le pied cube d'eau doit peser 69 livres 11 onces seu- 
lement. 

M. Côtes estime le pied cube anglais à ioo»> onces de la livre avoir- 
du-poids, ce qui donne »7 livres 16 onces 3 gros 33 grains poids de 
marc, pour le pied cube anglais d'eau. 



456 



MÉMOIKKS DK LAVOISIER. 



EXPÉRIENCES 

ICI 

LA PESANTEUR DE DIFFÉRENTES EAUX, 

ET PRINCIPALEMENT DE CELLE DE MER 
DKI'IIS C\I>1\ JUSQU'A! X COTKS l)K CALIPOKNIE 1 . 



Le zèle infatigable de M. l'abbé (lhappe suffisait à tout, et l'activité 
de son génie se portait en même temps sur toutes les parties de la 
physique. Il avait entendu lire à l'Académie des Sciences, peu de temp» 
avant son départ, un mémoire de M. Lavoisier sur une manière de dé- 
terminer la pesanteur des fluides beaucoup plus exactement qu'on ne 
l'avait fait jusqu'alors. Il sentit aisément combien cette méthode pour- 
rait avoir d'applications heureuses dans le voyage qu'il allait entre- 
prendre. Il pria, en conséquence, II. Lavoisier de lui remettre un mé- 
moire instructif qui put le guider dans ce genre d'expériences, et de 
lui faire construire un instrument semblable à celui dont il s'était 
servi. 

L'instrument qui fut remis, en conséquence, à M. l'abbé f-happe par 

M, Lavoisier consistait en un cylindre creux de laiton, de de 

diamètre, sur une hauteur de le fond de cet instrument 

était lesté avec un culot d'élain, dont la pesanteur était telle que la 
totalité du cylindre était presque équipondérable a l'eau. La partie su- 
périeure de cet instrument était surmontée par une tige, laquelle sup- 

1 Cette note est tout entière île la main Clioppe el > Ilordn. y étaient jointes.; on h 

<lc lavoisier. Les pxpérienres spéciales rela- juyé inutile de le» publiel aujourd'hui ( Aofe 

lives aux deux aréomètres dont il v est parlé . Ht l'éHileur. ) 
et les tables qu'il avait reni.se* , l'abbé 



Digitized by Google 



EXPÉRIENCES SUR LA PESANTEUR DES EAUX. 457 

portait un petit bassin de balance. Cet aréomètre n'était autre chose 
que celui décrit par Fahrenheit dans les Transactions philosophique* (an- 
née 175»^, n° 384), à la différence seulement que, au lieu d'être exé- 
cuté en verre, il était construit en métal, que le volume en était beau- 
coup plus considérable et qu'on avait cherché à lui donner une forme 
portative et peu embarrassante en voyage. 

Cet aréomètre pesait très - exactement h livres 1 once h gros 
60 grains. 

Lorsqu'on le plongeait dans de l'eau distillée, à 1 '1 degrés £ du ther- 
momètre, on était obligé d'ajouter, pour le faire enfoncer jusqu'à une 
marque gravée sur la lige, un poids de 1 gros 7 grains juste, c'est- 
à-dire qu'il déplaçait h livres 1 once 5 gros 67 grains d'eau distillée 
à lû degrés ~ du thermomètre de M. de Réaumur. 

Cet instrument, tout exact qu'il était, ne pouvait donner que le 
rapport des pesanteurs des différents fluides, et cette pesanteur rela- 
tive ne suffisait pas pour remplir l'objet que M. l'abbé Chappe a\ait 
en vue; il était nécessaire qu'il pût les rapporter à un volume cons- 
tant, et c'est à quoi il ne pouvait parvenir qu'en déterminant d'une 
manière exacte la pesanteur absolue d'un fluide quelconque. 

Il, Lavoisicr s'était occupé de cet objet longtemps avant le départ de 
M. l'abbé Chappe, et il lui avait communiqué le résultat de ses expé- 
riences; il ne les a pas encore publiées. La pesanteur du pied cube 
d'eau distillée à 1 h degrés ± du thermomètre était, suivant la note qu'il 
en avait remise à M. Chappe, de 69 livres iô onces 1 gros i3 grains. 
Il n'était pas diflicile, d'après cette détermination, de calculer quel 
était le rapport de volume du pèse-liqueur à celui du pied cube ; 
il fut trouvé de 37,8/17 à 066,629, d'où il fut conclu que 1 grain sur 
le bassin du pèse-liqueur répondait à 17, o3a5 sur le pied cube. En 
conséquence de quoi M. Lavoisicr construisit, pour M. l'abbé Chappe, 
une table pour rapporter au pied cube les différences observées sur le 
pèse-liqueur. 

Il restait encore une autre difficulté à vaincre, et ce n'était pas la 
moins considérable. On sait que l'eau change de volume et de poids 

m. 58 



'i58 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

suivant qu'elle est plus ou moins chaude, mais ce qu'on ignore encore, 
• 'est que la loi qu'elle suit dans sa dilatation et dans sa condensation 
n'a aucun rapport à ce qui s'observe dans les autres fluides, et notam- 
ment dans ceux i|uc nous employons pour nos thermomètres. M. La- 
voisier avait levé celle dilliculté en calculant pour le volume du pèse- 
liqueur de M. l'abbé Chappe une table de correction, pour réduire 
toutes les pesanteurs trouvées en celles qu'on aurait eues à i h de- 
grés £ du thermomètre de M. de Réauinur. Cette table s'étendait de- 
puis ia degrés jusqu'à «3; clic avait été construite d'après des expé- 
riences très-multipliées qui n'ont pas encore été publiées, et qui feront 
partie de l'ouvrage de M. I^ivoisier sur ce sujet. 

Le succès des opérations de M. Chappe supposait encore qu'on n'em- 
ploierait que des thermomètres très-exacts, ou au moins dont la marche 
serait parfaitement connue. Il s'était muni, en conséquence, de deux 
thermomètres portatifs, l'un construit par Gallonde, l'autre par Cappv; 
ils avaient été l'un et l'autre comparés sur un troisième de (îallonde, 
qui était resté à Taris et qui est encore entre les mains de M. Lavoisicr. 
Enfla, comme il était possible que, dans le cours du voyage, l'instru- 
ment éprouvai des chocs qui y produisissent des enfoncements et des 
bosses, M. l'abbé Chappe avait emporté avec lui de l'eau distillée, afin 
d'être en état d'en vérifier souvent le volume. 

Nous ne faisons qu 'effleurer ici ces différents objets, parce qu'ils se- 
ront traités dans toute leur étendue dans l'ouvrage que M. Lavoisier se 
propose de publier. Nous ne nous sommes même déterminé à en parler 
ici qu afin que le public fût bien convaincu que M. l'abbé Chappe n'a- 
vait rien négligé de ce qui pouvait contribuera mettre de l'exactitude 
dans ses résultats. 

C est d'après ces mêmes considérations que nous avons cru devoir 
publier dans tout leur détail les calculs et les expériences de M. Chappe. 
Il est bon, en fait de physique, que le public ait entre les mains toutes 
les pièces, qu'il puisse juger par lui-même et conclure en connais- 
sance de cause, indépendamment de toute hypothèse. 

11 ne reste plus, après avoir indiqué les moyens que M. l'abbe Chappe 



EXPÉRIENCES SI R LA PESANTEUR DES EAUX. 45") 

a employés, qu'à joindre ici quelques réflexions sur le résultat de ses 
expériences. 

On verra d'abord, dons le commencement de la table, que, de deux 
expériences qu'il a faites à Cadix sur de l'eau distillée, Tune donne 
une différence en moins de i grain, l'autre une différence en plus de 
~ de grain. Ces différences sont peu considérables en elhs-mèmcs. 
puisqu elles ne forment qu'une erreur de sur la masse pesée. Elles 
sont néanmoins beaucoup plus fortes que la précision de l'instrument 
ne devrait le comporter. Il y a toute apparence qu'il s'est glissé quelque 
légère erreur dans la détermination de la température: une erreur 
d'un sixième de degré sur le thermomètre BU titrait pour expliquer 
cette différence, et il est dillicile de répondre qu'il n'est point arrivé 
un aussi léger changement dans la température pendant le temps 
même de l'expérience. Au reste, comme la pesanteur déterminée à 
Paris occupe précisément le milieu entre celles faites à Cadix par 
M. l'abbé Chappc et que, d'ailleurs, on a toutes sortes de raisons de la 
croire plus exacte que les deux autres, on s'en est servi dans-toutes les 
opérations et on a supposé la quantité d'eau distillée déplacée par l'a- 
réomètre, à tâ degrés £ du thermomètre, de h livres i once f> gros 
A 7 grains. 

Indépendamment de ces premières réflexions, ou pourra conclure, 
en parcourant les différentes colonnes de cette table : 

i° Que, en général, l'eau de la mer diffère peu de pesanteur dans 
l'étendue que M. l'abbé Chappe a parcourue; 

a° Qu'à Cadix même le pied cube de cette eau était de U à 5 gros 
moins pesant qu'il ne l'était en pleine mer, ce qui vient sans doute de 
la petite quantité d'eau douce que les fleuves et les ruisseaux mêlent 
à l'eau de mer dans le voisinage des cotes ; 

3° Qu'à compter du 3i décembre, jour où M. Chappe était par 
î degré de longitude et 3o de latitude, jusqu'au a8 février, où il était 
par 89 degrés de longitude et 22 de latitude, la pesanteur a toujours 
été assez uniformément en diminuant, et que la différence de la plus 
grande à la moindre a été environ d'une once sur le pied cube ; 

58. 



460 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

U° Que le changement de pesanteur parait plutôt relatif à la diffé- 
rence en longitude qu'à la différence en latitude, ce qui semblerait 
annoncer que la pesanteur de l'eau de la mer diminue en allant de 
l'est à l'ouest; 

5° Que, M. l'abbé Cbappc n'ayant parcouru qu'une médiocre éten- 
due en latitude, on ne peut en conclure rien de très-positif sur l'aug- 
mentation ou la diminution de salure de l'eau de la mer en appro- 
chant de l'équatcur; mais qu'il paraît, en général, qu'elle diminue 
plutôt qu'elle D'augmenté, au moins dans les parages que II, Chappc a 
parcourus; 

6° Enfin, qu'à la vue des terres de Californie, la pesanteur a paru 
sensiblement augmenter. 

Cette dernière expérience est assez singulière; elle tient sans doute à 
la disposition des eûtes, qui fournissent apparemment moins d'eau 
douce que l'évaporation n'en enlève. Au reste, cette expérience est 
unique et M. l'abbé Chappe n'a pas été à portée de la répéter. 



VI. de Borda s'est muni, dans le voyage qu'il a entrepris par ordre 
du gouvernement, relativement au prix proposé par l'Académie pour 
les longitudes, d'un aréomètre de même construction que celui de 
VI. l'abbé Cbappc, à la différence seulement qu'il est un peu moins sen- 
sible. Ses expériences fixeront probablement nos idées à cet égard. 
Elles auront l'avantage d'avoir été faites dans une étendue beaucoup 
plus grande en latitude. 

11 serait à souhaiter que les physiciens s'attachassent, dans les 
voyages de long cours, à enrichir la physique de nouveaux faits en 
ce genre; ils pourront un jour conduire à des conséquences impor- 
tantes '. 



' 11 n'est pas mus intérêt de faire remar- 
quer que l'élude prolongée de l'aréométrie , 
à laquelle [-jivoisier «'était livré dans sa jeu- 
s, comme le prouvent les documents 
» dans ce volume, l avait couduit a 



instruire {'aréomètre eentétimal, ainsi que 
l'aréomètre sensible, que Charles a désigné 
plus tard sous le nom d'hydromeire thermo- 
métrique. Vov. Biol, Traité de physique, t. I , 
p. h th. (iVoi* de l'éditeur.) 



Digitized by Gop 



3? 



RAPPORT SUR LES PRISONS. 



RAPPORT 
SUR LES PRISONS. 

Le aG janvier i 780 , l'Académie royale des sciences, sur la demande 
«le M. Neckcr, contrôleur général des finances, nommait une commis- 
sion pour donner son avis sur le plan proposé pour les nouvelles pri- 
sons. 

En faisaient partie : Lavoisier, Tenon, Le Itoy, Duhamel du Monceau 
et de Montigny. 

Le rapport, tout entier de la main de Lavoisier, fut soumis à l'Aca- 
démie les 5 avril et 6 septembre 1780, dans les circonstances sui- 
vantes : 

LETTRE DE D'ALEMRERT À LAVOISIER. 

Ce »3 mars 1780. 

Je viens, mon cher confrère, de lire à madame Necker la lettre que 
vous m'avez fait l'honneur de m écrire. Elle me charge de vous dire 
qu'elle est très-reconnaissante de votre zèle et de vos soins, et vous prie 
de le dire à vas commissaires associés. Elle serait bien aise d'avoir le 
rapport le plus tôt possihle, en attendant les notes, qu'elle vous de- 
mande aussi quand elles seront faites, et après la visite des autres pri- 
sons, quelle me paraît avoir fort à cœur. Je vous conseille donc de lui 
envoyer ou de lui porter ce rapport au premier moment. Vous n ima- 
ginez pas les contradictions de toute espècequ'elle éprouveet qui feront 



462 MÉMOIRES DE LAVOISIBI. 

peut être échouer un projet si digne d'une bonne administration. Quel 
fléau pour un gouvernement que les bêles opiniâtres et accréditées! 
J'ai l'honneur d'être avec un respectueux attachement, 
Monsieur et cher confrère. 

Votre très-humble cl très-obéissant serviteur, 

D'Alkmbbrt. 



LETTRE ÉCRITE À MADAME NECkER, 
PAR M. WV0ISIER. 

\ m\»\W Jtrrtm, ac ccmmkr i.ékkiui . 

Ce »:> mars 17R0. 

Madame, 

Nous nous proposions mes confrères et moi d'avoir l'honneur de vous 
voir et de vous remettre nous-mêmes le rapport concernant le projet 
•le réforme des prisons. La difficulté de nous rassembler, surtout dans 
un temps où l'Académie est en vacances, et la crainte de mettre trop de 
lenteur dans une affaire aussi importante, me font prendre le parti de 
vous l'adresser. Je sens par moi-même combien mes confrères regrette- 
ront de n'avoir pas saisi cette occasion de vous présenter leurs hommages 
et de vous témoigner combien nos fonctions académiques nous ont 
paru honorables à remplir dans cette occasion; mais le bien de la chose 
a dû l'emporter sur toute autre considération , et pour vous faire par- 
venir notre travail nous avons dû préférer la voie la plus prompte à 
celle qui nous aurait été la plus agréable. 

Groiriez-vous, Madame, que, tandis que les prisons sont en quelque 
façon ouvertes à tout le public, nous avons essuyé des difficultés pour 
les visiter? Notre mission avait paru d'abord porter ombrage à quelques 
magistrats. Il a fallu user d'adresse et prendre une infinité de précau- 
tions pour qu'on ne trouvât pas mauvais que nous concourussions à une 



Digitized by Google 



RAPPORT SUR LES PRISONS. 463 

opération si digne d'une bonne administration : heureusement nous 
sommes parvenus à tout concilier, et, après avoir trouvé d'abord quelques 
obstacles, nous n'avons eu qu'à nous louer ensuite des attentions, des 
éfjards mômes des magistrats et des ordres qu'ils ont donnés pour que 
rien ne fut caché. Nous avons cru entrer dans vos vues en prenant des 
précautions, peut-être excessives, pour que notre mission ne pût bles- 
ser personne. 

Quoique notre rapport contienne un grand nombre d'observations 
que l'Académie a regardées comme importantes, nous craignons qu'il lie 
soil pas aussi bien fait qu'il aurait pu l'être. Cet objet en général est 
neuf pour l'Académie; il aurait été nécessaire de l'étudier et de le médi- 
ter plus longtemps, et notre travail y aurait gagné. Mais, pour réparer 
autant qu'il sera possible les omissions que nous avons pu faire, nous 
nous proposons de réunir dans un supplément toutes les notes et re- 
marques qui ne sont point entrées dans le rapport, et qui d'ailleurs 
n'auraient pu y être comprises sans le rendre trop volumineux et sans 
le charger peut-être de détails trop minutieux. 

L'enthousiasme du bien public. Madame, est sûrement une vertu qui 
se communique. Nous partageons déjà le vôtre et nous ne douions pas 
que vous ne le fassiez passer jusqu'à ceux même qui paraissent contra- 
rier vos vues dans ce moment. L'empire de la vertu active et bienfai- 
sante est si puissant qu'il est impossible de lui résister à la longue, et 
l'universalité de la nation ne peut manquer de ressentir tout son bon- 
heur de la voir.enfin associée aux opérations de l'administration. 

Je suis avec un profond respect, 

Madame. 



KKPONSK «>K M AI) AMI 1 ! M'.CKKIt À M. LAVOISIEH. 

ItÇCI M .'to MARS 1780. 

M. Necker a été infiniment touché, Monsieur, du zèle que l'Aca- 
démie vient de montrer pour une opération que l'humanité semble 



à6à MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

ordonner; et je l'ai été beaucoup de la lettre remplie de grâce et de sen- 
sibilité, que vous avez jointe à l'excellent extrait de vos registres. L'ar- 
ticle qui traite de la purification de l'air contient, a ce qu'il me semble, 
toutes les connaissances pratiques acquises dans notre siècle, connais- 
sances qui sont dues presque entièrement aux travaux de votre Acadé- 
mie. Je sens que nous tiendrons plus fortement à nos opinions après eu 
avoir si bien connu les différentes causes; mais j'avoue qu'eu réunis- 
sant les observations que vous présentez aux remarques de l'Académie 
d'architecture, et de la Société royale, je crois voir que l'amour du bien 
public et quelques facilités ont fait illusion sur un terrain qui parait, 
a l'examen, manquer des choses essentielles; et, malgré la peine que 
ce doute me fait éprouver, je sens combien le gouvernement doit se 
féliciter d'avoir associé à ses \ues de bienfaisance les personnes les 
plus éclairées de la nation. J aime à me flatter cependant que des 
travaux si intéressants ne seront pas infructueux, et je suis persuadée 
même que les critiques judicieuses qui s'y trouvent auront servi à sug- 
gérer des moyens moins imparfaits de détruire ou de changer cette 
portion des monuments de notre ancienne barbarie. Je vous supplierai 
donc, Monsieur, de nf envoyer les notes de l'Académie quand elles 
seront prêtes, afin que je les mette sous les yeux de M. Mecker. 
Cette passion du bien public dont vous me parlez éprouve souvent 
de cruelles contradictions: mais elle a ses moments de douceur et de 
récompense : c'est ainsi que je l'ai pensé en vous lisant. 
J'ai l'honneur d'être avec des sentiments très-distingués. 
Monsieur, 

Votre très-humble et très-obéissante servante. 

Signé : C, Necker. 



Digitized by Google 



RAPPORT SIR LES PRISONS. 



RAPPORT 

FAIT À L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES. 
LE 17 MARS 1780, 

P»B MH. MHUIW, DE HOKTICSÏ, LE ROT, TKNUM , TILLKT ET LA TOI Mil '. 



M. Necker, directeur général des finances, ayant demandé l'avis de 
l'Académie sur un projet «rétablissement de nouvelles prisons, dans 
remplacement occupé actuellement par le couvent des Cordeliers , elle 
a nommé MM. Duhamel, de Montigny, Tillet, le Roy, Tenon et Lavoi- 
sier, pour prendre communication, tant des mémoires rédigés sur cet 
objet par M. Colombier, médecin de la Faculté de Paris, et membre de 
la Société royale de médecine, que des plans dressés par M. Moreau. 
architecte du roi et de la ville. 

L'examen de ces plans et mémoires peut fournil- la matière d'un 
grand nombre de réllexions, dont plusieurs seraient étrangères aux • 
sciences qui font l'objet des travaux de l'Académie; mais il n'en est pas 
de même de tout ce qui concerne la circulation et le renouvellement 
de l'air, des moyens de s'opposer à la putréfaction, ou d'eu prévenir 
les effets, enfin de tout ce qui a rapport à la salubrité des lieux, et à 
la conservation de ceux qui doivent les habUer : ces objets sont du res- 
sort de l'Académie, et ce sera en conséquence, relativement à eux, que 
nous allons considérer et discuter le projet que M. le directeur général 
a jugé à propos de soumettre à l'examen de la compagnie. Nous nous 
sommes trouvés obligés de réserver pour un supplémeut un grand 
nombre de notes et d'observations qui nous ont paru trop essentielles 
pour être omises, mais qui auraient surchargé de détails trop minu- 
tieux le compte que nous allons rendre. 



' Mémoire* de l'Académie îles sciences, aimée 17S0. 
II. 



6» 



466 MÉMOIRES DE I.AVOISIER. 

Il serait superflu de nous étendre ici sur l'état des prisons actuelles; 
cet objet a été suffisamment développé à l'Académie, dans le mémoire 
qui a été lu par M. Colombier, dans la séance du «6 janvier dernier; 
el. cette époque est trop récente pour que nous nous croyions obligés 
de répéter les mêmes détails; nous nous contenterons de rappeler ici, 
en peu de mots, qu'il existe à Paris trois prisons principales, dépen- 
dantes de la juridiction du C.hAtelet : le grand et le petit Châlelct, qui 
étaient dans l'origine des forteresses ou tours destinées à la défense de 
la ville, et le For-l'Evéque, qui était le siège de la juridiction de f'é- 
véque de Paris. 

Pour transformer ces édifices en prisons, il a fallu y faire de nou- 
velles constructions, de nouvelles distributions, et le local, déjà trop 
peu étendu, s'est trouvé encore resserré par les bâtiments qu'on y a en- 
tassés; bâtiments qui ont rempli d'autant moins leur objet qu'on a été 
géné dans leurs distributions par les anciennes constructions, qu'on a 
m »u lu ménager. 

Ces prisons, déjà trop petites dans le temps même où elles ont été 
construites, relativement à la grandeur de fa ville, le sont deveuues 
bien davantage par les accroissements rapides qu'elle a reçus; de sorte 
qu'on a peine à concevoir aujourd'hui comment ou a pu se résoudre 
à rassembler dans un espace aussi resserré un aussi grand nombre de 
prisonniers. 

Les trois prisons que nous venons de nommer n'ont ensemble que 
cinq cent vingt-deux toises' et demie de superficie; elles contiennent 
communément, en total, six, huit cents, et quelquefois jusqu'à mille 
personnes. Si l'on descend dans le détail de leurs distributions, elles 
offrent le tableau qui suit : des cours et des préaux extrêmement pe- 
tits, des bâtiments très-élcvés, qui s'opposent à la circulation de l'air, 
îles pièces fort petites et très -basses, où l'on réunit un nombre trop 
considérable de prisonniers, pièces tellement distribuées que l'air et la 
lumière n'y ont qu'un accès difficile, et qu'elles puisent les unes dans 
les autres un air infecté cl déjà vicié; des ouvertures extrêmement 
étroites el mal placées; des grabats, où les prisonniers sont plutôt en- 



Digitized by Google 



RAPPORT SIR LES PRISONS. /i67 

tassés que couchés; de la paille, souvent pourrie, qui leur sert de lit; 
des latrines et fies conduites d'urine qui traversent la plupart des ré- 
duits; des égouts, dont la vapeur infecte se répand dans les habitations: 
des cachots, où l'eau filtre à travers les voûtes, où les vêtements des 
prisonniers pourrissent sur leur corps, où ils font tous leurs besoins; 
le sol et le carreau, inondés presque partout d'une eau croupie, parce 
que souvent elle ne peut s'écouler; de toutes parts la l'ange, la ver- 
mine et la corruption. Tel est le spectacle horrible qu'offrent les trois 
prisons qu'il est question de détruire et de réformer; spectacle dont il 
nous aurait été difficile de nous former une idée, si nous n'eu eussions 
pas été témoins 1 . 

Le local actuel ne permet pas de corriger le plus grand nombre de 
ces défauts; il faudrait tout abattre, tout reconstruire, et la plus 
grande partie des inconvénients actuels subsisterait encore par le dé- 
faut d'emplacement. 

Lu tableau si affligeant pour l'humanité était bien propre à fixer 
l'attention d'une administration bienfaisante, continuellement occupée 
de tout ce qui peut contribuer au bonheur de la nation. Il n'est donc 
pas étonnant qu'elle ait invité et qu'elle ait encouragé même à propo- 
ser des projets de réforme, et que ceux qui lui ont été présentés aient 
été favorablement accueillis. 

Dans celui dont il est ici question, on propose de transporter la ju- 
ridiction du Ghâtelet de Paris sur le terrain où est actuellement le 
couvent des Cordeliers. Ce tribunal et ses dépendances doivent occuper 
environ moitié de l'emplacement, le surplus est destiné a former une 
prison qui remplacera le grand , le petit Chdtelet et le For-l'Évèque. 
On conserve le cloître et les bâtiments qui l'environnent à peu près 
dans l'état où ils sont aujourd'hui; on les partage par h' milieu, pour 
former d'un côté une prison civile, de l'autre une prison criminelle. 
Tout le tour du cloître, ou du moins la plus grande partie, sera con- 

' Ce» ]m ÎMins ne sont pas toutes trois au à In tête In justice de ilire que IVtal où rllps 
même degié de malpropreté el d'infection: sont tient beaucoup plus au local pt au 
nous devons même aux coneie^ qui sont manque d'eau qu'où manque de soin. 

If. 



m MÉMOIRES DK LAVOISIKR. 

serve pour fournir une promenade couverte aux prisonniers, et le mi- 
lieu formera deux préaux ou promenades découvertes. On construit 
au rez-de-chaussée des cachots, des cuisines, un logement de con- 
cierge, etc. Enfin on distrihue le premier et le second étage en cham- 
hres pour les différents ordres de prisonniers. Indépendamment de ces 
deux prisons, l'une civile, l'autre criminelle, on destine une autre 
partie du terrain à former une prison particulière pour les femmes, 
une autre pour les débiteurs, enfin des infirmeries. 

Le détail des distributions dont M. Colombier a rendu compte à 
l'Vcadémie, et dont elle a pu prendre une idée d'après les plans qui 
ont été mis sous ses yeux, ar»noncc (pie ceux qui s'en sont occupés ont 
profondément médité sur leur objet; mais quoique en général elles 
nous paraissent bien adaptées au local, et propres à remplir les vues 
de l'administration , nous pensons (pion y a omis un assez, grand 
nombre de précautions importantes relatives à la salubrité: précautions 
dont l'objet a été trop peu connu jusqu'ici, qu'on a négligé de prendre 
dans presque toutes les constructions publiques, et sur lesquelles nous 
n oyons indispensable d'établir quelques principes généraux. 

Toutes les fois qu'un grand nombre d'hommes sont rassemblés dans 
un petit espace, la salubrité dépend de quatre choses principales : 
i° de la propreté; i" de la grande abondance d'eau pour laver et pour 
rafraîchir; 3° de la libre circulation de l'air; h° du régime en général 
qu'on leur fait suivre. De ces quatre articles, les deux premiers, la pro- 
preté et la grande abondance de l'eau, ont une telle liaison entre eux. 
qu'il convient de les traiter conjointement. 

Le local des Cordeliers laisse, à l'égard de l'abondance de l'eau, 
quelque chose à désirer; les sources d'Arrueil, qui en fournissent à 
celle partie de Paris, ne sont pas fort abondantes, et par les distribu- 
tions nécessaires qu'on en fait, il n'en reste qu'une très-pelite quan- 
tité dont on puisse disposer pour les usages de la nouvelle prison. La 
pompe Notre-Dame et la Samaritaine ne présentent pas plus de res- 
sources, parce que les eaux qu'elles élèvent sont peu abondantes, et 
qu'elles sont nécessaires ailleurs. Cet inconvénient, le seul peut-être 



RAPPORT SUR LES PRISONS. 469 

que ce local présente, n'est pas absolument sans remède. En attendant 
qu'on amène à Paris les eaux de la rivière d'Yvette et de Bièvrc, ou 
qu'on y supplée par des pompes à feu; on peut rassembler, pour l'usage 
des prisons, les eaux pluviales qui tomberont sur les bâtiments, et 
élever l'eau des puits par des machines à bras d'homme; il est pro- 
bable même qu'eu réunissant ces deux moyens on obtiendra une quan- 
tité d'eau suffisante pour les besoins et pour la propreté. Ce dernier 
moyen d'avoir de l'eau, c'est-à-dire en l'élevant par des machines, aura 
même un avantage; c'est de procurer aux prisonniers une occasion 
de travail, et de fournir une occupation très- nécessaire dans les 
prisons. 

Le plan présenté à l'Académie nous parait, sous ce point de vue, 
exiger une correction importante. Au lieu de faire passer diagonale- 
mont l'aqueduc à travers le terrain des prisons, nous pensons qu'il 
sertit préférable d'établir tout autour, ou au moins de trois cotés, un 
canal souterrain, qu'on entretiendrait toujours plein d'eau, et dans le- 
quel viendraient aboutir les tuyaux de décharge des latrines' : on don- 
nerait tous les deux ou trois jours, plus ou moins, un écoulement ra- 
pide à l'eau de ce canal, en levant une vanne, et on le remplirait de 
nouveau. Pour éviter encore plus efficacement toute odeur, on établi- 
rait dans la longueur de ce canal des tuyaux qui monteraient de pied 
jusqu'à une certaine hauteur au-dessus des bâtiments; ces tuyaux por- 
teraient à leur extrémité supérieure de grandes gueules de loup, dont 
l'ouverture serait continuellement dirigée à l'opposite du vent. De cette 
manière, il s'établirait un courant d'air de bas en haut qui traverse- 
rait continuellement le canal, et qui empêcherait qu'aucune partie de 
son odeur infecte ne se répandit dans la prison. 

Ces dispositions, qui sont les plus propres à écarter la putridité, 
supposent qu'il y aura assez de pente depuis le terrain des Cordeliers 



' L'odeur que répondent les lalriues vienl 
souvent de la portion des matières qui s'at- 
Uirlienl aux poteries et tuyaux, qui y sé- 
jonroent et qui les engorgent. Nous avons . 



sur ce sujet et sur plusieurs autres , des 
n'Ilexions importantes ù communiquer ïi 
l'AooVnue; nous les r&Tvons pour le suit- 



^70 MÉMOIRES DE LAVOJSIEIl. 

jusqu'à la rivière, pour pouvoir donner à l'eau, par un égout souter- 
rain, un écoulement trt's -rapide: mais c'est ce qu'on ne peut déter- 
miner que d'après l'examen approfondi du local et de ses environs. On 
propose, dans le projet, de faire rendre ce canal de décharge dans 
1 egoutfle la rue des Cordelière; mais n'y aurait-il pas lieu de craindre, 
en prenant ce parti, que la pente ne fiU pas assez considérable, et que 
le canal ne fût trop petit? Nous pensons qu'il serait plus sûr de cons- 
truire un aqueduc exprès, qui se rendît, le plus directement possible, 
de la prison à la rivière, et d'y faire tomber au contraire toutes les 
eaux deségouta voisins et des quartiers supérieurs, alin d'obtenir, sur- 
tout dans les temps d'orage, un courant rapide et abondant : il fau- 
drait, en ce cas, (pie le nouvel aqueduc fût assez exhaussé dans toute 
sa longueur, pour qu'un boni me pût le parcourir sans peine d'un bout 
à l'autre; qu'il fût , dans le bas, disposé en forme de caniveau ou de gar- 
gouille ; qu'il fût coupé, de dislances en distances, par de fortes grilles, 
dont l'objet serait d'arrêter les prisonniers qui pourraient tenter de 
s'échapper par cette voie; qu'il y fût pratiqué des regards, des éventa 
même s'il était possible; enfin, la rivière devrait être assez creusée dans 
l'endroit oû il viendrait aboutir, pour que. même dans les sécheresses, 
les excréments qui en sortiraient ne fussent point à sec, et pour 
qu'aux premières crues d'eau ils fussent emportés, et le bas de l'égout 
lavé. 

Malgré ces dispositions, les plus importantes de toutes pour la salu- 
brité des prisons, il n'en sera pas moins nécessaire d'éloigner, comme 
on le propose, autant que faire se pourra, les latrines des logements 
des prisonnière , de n'en conserver dans l'intérieur des bâtiments que 
pour la nuit, que pour les prisonnière qui ne peuvent pas sortir et tra- 
verser les préaux et les galeries couvertes; enfin que pour ceux qui 
sont retenus au secret et dans les cachots. 

Indépendamment de ce canal souterrain, qui environnera tout le 
terrain destiné aux prisons, il sera nécessaire de ménager dans l'inté- 
rieur une grande quantité de conduits et de robinets pour la distribu- 
tion des eaux. Les cours, les préaux, les galeries couvertes, les esca- 



RAPPORT SUR LES PRISONS. 471 

iiers, les cuisines, les réfectoires, doivent être soigneusement lavés 
plusieurs fois par semaine en hiver, et plus souvent encore pendant 
l'été. L'avantage de cette précaution est démontré par la théorie et par 
l'expérience. On ohserve, en effet, que depuis que le nommé Verdun, 
concierge du petit Châtelet, fait laver le préau deux fois par jour, il y 
a moins de malades dans cette prison. Ces soins, au surplus, ne se- 
raient pas dispendieux; on pourrait en charger les prisonniers mêmes, 
ou des hommes attachés au service des prisons, et qu'on prendrait, 
soit a Bicètre, soit dans d'autres maisons de force. 

De la nécessité de laver fréquemment les prisons résulte celle de 
paver les préaux et toutes les parties découvertes en gros grès de bor- 
dures, hien joints à chaux et à ciment, ou même avec un mastic plus 
dur encore. A l'égard des parties couvertes, elles doivent être revêtues 
de grandes dalles de pierre très-dure, assemhlées à recouvrement, par- 
faitement mastiquées, et auxquelles on donnerait une pente considé- 
rable dans le sens où les eaux doivent s'écouler. On ne saurait trop 
prendre de précautions pour qu'il ne soit employé à cet usage aucune 
pierre poreuse ou pierre coquillière, et pour que les joints soient par- 
faitement mastiqués. Il y a continuellement dans les prisons des gens 
attaqués de la gale, du scorbut, et de maladies vénériennes : sur cent 
criminels, on en compte communément environ soixante d affligés de 
cette dernière maladie. Les crachats, les urines, les excréments répan- 
dus sur le carreau, le pénètrent lorsqu'il est poreux, s'insinuent dans 
les joints, et donnent insensiblement lieu à un fonds de putridité, qui 
M développe avec le temps, et qui produit des effets funestes. 

Mais autant l'eau est nécessaire pour entretenir la propreté dans la 
plus grande partie des prisons, autant l'humidité est à craindre dans 
les chambres et dans les endroits destinés à l'habitation des hommes, 
surtout la nuil, et pendant le temps du repos. L'humidité, indépen- 
damment des inconvénients qu'on lui connaît, a celui-ci de remar- 
quable, et qui a été observé par l'un de nous, c'est qu'elle augmente 
l'énergie du scorbut, dont elle développe plus particulièrement les 
symptômes sur les jambes, qu'elle tuméfie : ce n'est donc qu'avec dis- 



472 MÉMOIRES DE LAVOIS1EB. 

crétion qu'on doit laver les chambres destinées à servir de dortoirs: 
elles ne doivent l'être que de loin en loin, de bonne heure le matin, 
par un temps sec, et de manière que toute l'humidité puisse être en- 
tièrement dissipée avant qu'on y laisse rentrer les prisonnière. 

C'est principalement par une circulation d'air abondante et bien en- 
tendue, qu'on peut espérer «l'entretenir la salubrité dans cette partie 
des prisons. Pour concevoir les précautions qu'il est à propos de pren- 
dre à ce sujet dans les constructions, il est nécessaire de considérer que 
l'air est un fluide élastique, susceptible de se dilater par la chaleur, 
et de se condenser par le froid; que, dès qu'il est dilaté, il devient plus 
léger que l'air environnant; qu'alors il tend à s'élever, et qu'à me- 
sure qu'il s'élève il est remplacé par de l'air plus froid et plus lourd. 
Il faut savoir de plus que, par la respiration des hommes et des ani- 
maux, l'air se transforme en deux fluides élastiques, qui, chacun en 
particulier, ne sont plus propres à la respiration; que l'un de ces 
fluides est plus léger que l'air commun, et l'autre plus pesant; mais 
que la portion la plus légère est incomparablement plus considérable 
en volume que la plus lourde; enfin il ne faut pas perdre de vue 
que chacun de ces aire, et celui de l'atmosphère lui-même, peuvent, 
dans quelques circonstances, devenir plus lourds que l'air environnant, 
suivant la nature des émanations dont ils sont chargés. Sans entrer 
dans de plus grands détails, il suflit d'observer, pour la pratique, que 
les précautions relatives à la circulation de l'air dans les lieux habités 
doivent avoir deux objets : le premier, et c'est le plus essentiel, de se 
débarrasser, par des ouvertures supérieures, de la portion méphitique 
de l'air, qui est plus légère que celui de l'atmosphère; le second, de 
procurer, par des ouvertures inférieures, un écoulement à l'autre por- 
tion méphitique de cet air, qui est plus lourde, mais qui est, ainsi 
qu'on l'a dit, en quantité beaucoup moindre que la première. 

Ces deux ouvertures supposées, il ne sera pas difficile de se former 
une idée de la circulation qui s'établira dans l'air des chambres ou des 
cachots où les hommes seront renfermés. D'abord le corps de chaque 
individu, formant dans ces réduits des espèces de poêles qui échauffe- 



Digitized by Google 



RAPPORT SUR LES PRISONS. 473 

ront l'air, et qui le rendront plus léger, il s'établira, par cette seule cause, 
un courant d'air de bas en baut; l'air s'échappera par l'ouverture supé- 
rieure, et sera remplacé par une nouvelle portion qui s'introduira par 
l'ouverture inférieure. Mais, indépendamment de cet effet général, et 
pour ainsi dire mécanique de la chaleur, la respiration des individus 
en produira un autre; l'air de l'atmosphère se décomposant, comme 
nous l'avons dit, en passant par leurs poumons, et se transformant en 
deux espèces d'air, la plus légère, entraînée par le courant général, 
sortira par l'ouverture supérieure; tandis que la plus pesante gagnera 
le fond, et s'échappera en glissant le long des parois de l'ouverture in- 
férieure. On pourrait même adapter aux ouvertures circulaires prati- 
quées dans les planchers des tuyaux de grès ou de fonte, qu'on incrus- 
terait dans les murs, et qu'on ferait déboucher dans les cheminées 
établies dans les étages supérieurs; le feu de ces endroits accélérerait 
l'ascension de l'air : c'est le meilleur des ventilateurs. Nous serions as- 
sez portés ii croire qu'il n'est pas nécessaire, pour établir ce courant 
d'air, que les ouvertures, tant inférieures que supérieures, soient 
très-grandes; mais les faits nous manquent pour prononcer d'une ma- 
nière précise sur cet objet, et nous sommes obligés d'en appeler à 
l'expérience. 

Indépendamment de ce que ce renouvellement continuel de l'air est 
nécessaire à la salubrité des lieux et à la conservation de ceux qui les 
habitent, il procurera un rafraîchissement très-utile pendant les cha- 
leurs de l'été; mais cet avantage même deviendra un inconvénient pen- 
dant l'hiver, et ce courant continuel d'air rendra les habitations très- 
froides. Le moyen le plus convenable pour remédier à cet inconvénient 
consisterait à faire régner, comme on l'a fait en quelques prisons d'Al- 
lemagne, le long des chambres et des cachots, des tuyaux de chaleur, 
dont les extrémités passeraient à travers les poêles, dans les chauiToirs, 
derrière la plaque, ou sous l'âtre des cheminées. On profiterait à cet 
elfel de tous les feux allumés pour le service de la prison, et pour 
celui des agents qui y seraient attachés. Parce moyen, an lieu d'un air 
froid, qui viendrait remplacer l'air infecté par la respiration, on aurait 
m. 60 



471 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

un air chaud ou plus tempéré , et la circulation n'en serait que mieux 
établie. 

Tous ces raisonnements supposent que les ouvertures supérieures 
destinées à donner issue au courant d'air seront pratiquées dans la par- 
tie la plus haute du plancher ou de la voûte; qu'il n'y aura point d'obs- 
tacle qui empêche l'air de s'échapper, et que les planchers mêmes for- 
meront une espèce de calotte qui puisse conduire naturellement l'air à 
l'ouverture formée pour son issue. 

Nous nous bornons quant à présent à ces aperçus généraux sur la 
circulation de l'air dans les prisons : non pas que nous ne sentions 
combien il serait important d'entrer dans de plus grands détails sur la 
distribution des tuyaux de chaleur et d'aérage; mais ces détails exigent 
des connaissances du local que nous n'avons pu prendre sur les plans ; 
ils sont étroitement liés avec ceux de construction, et nous ne pouvons 
à cet égard qu'offrir de nous concerter, lorsqu'il en sera temps, avec 
les personnes de l'art, qui seront chargées de l'exécution du plan. 

Nous passons à l'article quatrième, à ce qui concerne le régime des 
prisonniers; nous ne pouvons d'abord qu'applaudir au projet de les 
baigner en entrant dans la prison, de raser ceux destinés aux cachots, 
de désinfecter les habits de tous, par le moyen des fours et des étuves. 
pour faire périr la vermine; d'y substituer des habillements de la mai- 
son, qui seront affectés à l'usage des prisonniers, et qu'ils quitteront 
en sortant. Nous applaudissons également à l'idée de leur donner des 
chemises de toile, bleue ou autre, de les obliger d'en changer à des épo- 
ques déterminées, de leur fournir des bonnets et des capotes poul- 
ies garantir du froid. Nous pensons que, pour ces sortes de vêtements, 
il y aurait de grands avantages à substituer quelque autre matière à la 
laine, et peut-être le coton. Les vêlements et les couvertures de laine 
nous paraissent avoir en général quatre inconvénients principaux pour 
les prisons: premièrement, d'être détruits dans les magasins par les 
teignes; secondement, d'être purgés difficilement de la vermine; troi- 
sièmement, de n'être pas susceptibles de se nettoyer aussi facilement 
et à aussi bon marché que le linge; quatrièmement enfin, de se charger 



Digitized by Google 



RAPPORT SUR LES PRISONS. 475 
plus aisément que lui des émanations putrides et contagieuses, et de 
s'en défaire plus difficilement; c'est au surplus encore ici le cas d'eu 
appeler à l'expérience. On propose de faire des capotes assez amples 
pour que les prisonniers puissent s'envelopper dedans pendant la nuit, 
et qu'elles leur servent de couvertures. Nous avons peine à croire 
qu'elles puissent remplir sans inconvénient ce dernier objet; elles s in- 
fecteraient promptement, elles contracteraient une humidité qui les 
rendrait malsaines; et nous sommes persuadés que l'usage des paillasses, 
celui des matelas de mousse, et des couvertes de laine ou de coton, 
est de beaucoup préférable. 

Nous ne pouvons trop insister sur la nécessité de faire coucher les 
prisonniers seuls, ou au moins d'éviter qu'ils soient entassés sur des 
lits ou des grabats : mais nous crovons devoir observer, en même temps, 
que l'espace de 18 pouces qu'on destine pour chacun d'eux, est beau- 
coup trop petit; nous pensons qu'il faudrait porter jusqu'à 3 pieds la 
portion de lit destinée à chaque individu, et n'en placer que deux sur 
chaque lit; enfin, qu'il y eût à chacun une ruelle. 

Nous ne pouvons qu'approuver tout ce qui regarde le surplus du 
régime des prisons; le projet d'établir un réfectoire pour les prisonniers 
payants, d'interdire les buvettes ou tavernes, et de défendre qu'il soit 
rien fourni aux prisonniers hors des heures du repas, et qu'il leur soit 
rien vendu ni fourni par les geôliers, concierges ou autres, ayant au- 
torité sur eux. Nous désirerions qu'il en fût de même de la distribu- 
tion des logements; qu'elle ne dépendit pas des geôliers et des con- 
cierges, et que la location ne s'en fît pas à leur profit. 11 convient que 
dans les prisons, la recette, comme la dépense, se fasse pour le compte 
du roi; et il ne serait pas difficile d'établir un préposé attaché à la 
prison, qui serait chargé de ces détails, sous l'autorité des magistrats. 
Toutes les fois que les fournitures, de quelque espèce que ce soit, faites 
aux prisonniers, formeront l'objet d'une entreprise, U en résultera une 
source d'abus et de tyrannie. On en a senti l'importance en Angleterre, 
et c'est un abus qu'on vient d'y corriger : la nouvelle forme serait sans 
doute un peu plus dispendieuse que la forme actuelle; mais il est a 



476 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

considérer que l'entretien des prisons royales, et des prisonniers qui y 
sont détenus, est une charge de la souveraineté; que le sacrifice à faire 
est bien médiocre en comparaison des sommes considérables que rap- 
portent au roi les greffes, les amendes, les confiscations, et tout ce qui 
a rapport à l'administration de la justice; enfin il est de la majesté du 
roi, comme de sa bonté, de ne point laisser croupir dans la fange, 
dans la misère, et sous l'autorité tyranniquc des geôliers, la portion de 
ses sujets qui y est à sa charge. 

On ne saurait encore apporter trop d'attention pour qu'il ne soit 
jamais brûlé aucune espèce de charbon à découvert, ni dans les cham- 
bres, ni dans les chauflbirs; on en connaît le danger. On ne doit per- 
mettre l'usage du charbon que dans des cheminées ou dans des poêles 
fermés, dans lesquels la vapeur méphitique peut s'échapper par un 
tuyau : le charbon de terre, employé de cette manière, n'est nullement 
dangereux, et il peut fournir un chauffage très-économique. 

Une autre précaution que nous croyons devoir recommander, et qui 
contribuera plus qu'aucune autre à la salubrité des prisons, est de les 
désinfecter une fois par an, par la méthode employée avec succès par 
M. de Morveau; elle consiste à dégager, dans les lieux que l'on se pro- 
pose de purifier, une grande quantité d'acide marin dans l'état de 
vapeur : on fait chauffer, à cet effet, dans une cuiller de fer, ou dans 
une petite terrine, un quarteron ou une demi-livre de sel marin, plus 
ou moins suivant la grandeur du lieu. Lorsque ce sel est bien chaud, 
on verse par-dessus , et dans le même vase , de l'huile de vitriol ; il en faut 
environ le tiers ou la moitié du poids du sel. Après quoi on se retire 
promptement, et on ferme la porte : l'acide vitriolique, par son action 
sur le sel marin, en dégage l'acide, et ce dernier s'élève sous la forai « 
de vapeurs blanches, qui se répandent dans toute la chambre, et en 
neutralisent les miasmes putrides. Lorsque ces vapeurs sont passées, 
on ouvre la chambre, on la laisse deux ou trois jours sans être habitée, 
afin que la légère odeur de sel marin qui pourrait y rester se dissipe 
entièrement ; après quoi elle est parfaitement saine , et peut être ha- 
bitée sans aucun danger. Indépendamment des époques déterminées, 



Digitized by Google 



RAPPORT SLR LES PRISONS. 477 

auxquelles cette opération devra être faite dans toutes les chambres, 
il sera nécessaire de la répéter dans les cachots qui auront été longtemps 
habités, et avant d'y remettre de nouveaux prisonniers. Un inconvé- 
nient de cette méthode, si Ion en faisait usage trop souvent, serait de 
rouiller et de corroder les barreaux et grilles de fer des chambres el 
des cachots; mais on peut encore prévenir cet effet en les revêtant 
d'une couche de peinture noire, à l'huile, qu'on renouvellerait tous les 
douze ou quinze ans, plus ou moins, suivant le besoin. Nous croyons de 
même, que dans les temps humides de l'hiver, lorsque le baromètre est 
bas, ou dans des temps fort lourds, il serait convenable le soir, et lorsque 
tous les prisonniers sont rentrés, d'allumer des feux de temps en temps 
au milieu des cours ou préaux, pour v purifier l'air; car on ne doit 
pas perdre de vue ce point capital, sur lequel nous avons déjà insisté, 
que l'air des cours et des environs est le réservoir qui doit fournir 
celui de l'intérieur des salles, des chambres, etc. en un mol, de toute 
la prison. Cette opération pourrait encore se faire sans frais, parce . 
qu'on emploierait pour alimenter ces feux la paille même qui aurait 
servi aux prisonniers, et ce serait un moyen de plus pour obliger les 
préposés à la renouveler à certaines époques. Cette nécessité du renou- 
vellement fréquent de la paille nous conduit à faire observer que 
l'économie sur ces fournitures est une des principales causes de pour- 
riture, de corruption et de puanteur dans les prisons; rien n'est plus 
capable d'entretenir la vermine el l'infection. Au moins faudrait-il que 
les hommes fussent traités avec autant d'humanité que les animaux, 
dont on renouvelle souvent la litière. En augmentant la dépense pour 
la paille, on la diminuera sur les remèdes; il vaut mieux conserver la 
santé des hommes que de dépenser pour les guérir. 

Après ces réflexions générales sur les quatre principaux points dont 
nous paraît dépendre la salubrité des prisons, nous passerons à quel- 
ques réflexions particulières sur le local proposé. D'abord, nous pen- 
sons que l'emplacement destiné à la prison des femmes et à celle des 
prisonniers pour dettes est beaucoup trop petit; nous serions d'avis 
que les inOrraeries et cette prison des femmes fussent agrandies de 



478 MÉMOIRES DE LAYOISIER. 

tout le terrain qu'on destine aux particuliers détenus pour dettes; nous 
ne croyons pas, d'ailleurs, qu'il soit convenable de confondre dans une 
même prison le criminel avec celui qui n'est que malheureux, l'assas- 
sin avec le débiteur; et il nous paraîtrait préférable, ou de conserver 
une des trois prisons existantes pour les débiteurs, en y faisant les répa- 
rations convenables, ou de bâtir pour cet objet une prison particulière, 
dans un quartier de la ville où le terrain serait moins précieux '. 

On pourrait encore augmenter l'étendue du local par la suppres- 
sion des boutiques dans le pourtour extérieur des prisons; et nous insis- 
terons beaucoup sur cette augmentation d'emplacement, parce qu'il est 
très-dangereux d'accumuler les hommes dans les lieux étroits, enfer- 
més de hauts murs. Il ne faut pas perdre de vue que les prisons doivent 
être aussi durables que les grandes villes; que, quand il s'agit de les 
rebâtir, il faut les construire pour le mieux, et pour durer plusieurs 
siècles, s'il est possible, sans être retenu par des économies nuisibles 
. que la postérité pourrait reprocher un jour à l'administration. On doit 
considérer les prisons négligées comme des foyers de maladies pu- 
trides, malignes et pestilentielles, qui menacent la vie des citoyens éta- 
blis à proximité, et qui se répandent bientôt au loin, si on les laisse éciore 
dans ces antres du crime et de la misère. Il faut observer, de plus, 
que les boutiques projetées sont tout à fait étrangères à des prisons, 
et que l'apparence d'une forteresse est la seule décoration extérieure 
qui leur convienne; nous croyons de même que les rues indiquées 
autour des nouvelles prisons ne sont pas assez larges, relativement 
au concours de monde qui se porte en ces endroits, dans certaines 
occasions; d'ailleurs, comme nous venons de l'observer, il est de la plus 
grande conséquence d'entretenir dans ces prisons un air fréquemment 
renouvelé; or, d'où cet air peut-il venir pur et frais, si ce n'est du 
local des euvirons? Et comment le fera-t-il, si ce local n'est pas assez 
spacieux ? 

1 II en est He môme de ceux (Menus pour de confondre cette classe de prisonniers ovec 
fait* relatifs a la discipline militaire; il ré- les criminels; on |x>urrait les placer dans la 
pugne a toute espèce d ordre et de principe même prison «nie les débilcurs. 



Digitized by Google 



RAPPORT SUR LES PRISONS. 479 

Une observation non moins importante, c'est de tenir le rez-de- 
chaussée des nouvelles prisons assez élevé pour qu'il domine de plu- 
sieurs pieds sur celui de la rue des Cordeliers, et du bas de la rue de 
l'Observance. Comme le terrain des grandes villes va constamment en 
s'élevant, il est d'une grande conséquence que les édifices publics et 
destinés à durer longtemps soient fort élevés au-dessus du sol actuel ; 
autrement ils seront enterrés par la suite, comme le sont aujourd'hui 
les prisons de la Conciergerie, et la plupart des églises anciennes. Une 
raison, plus décisive encore, ne permet pas de négliger celte attention; 
on a déjà annoncé que, dans quelques circonstances, l'air, chargé de 
vapeurs infectes et putrides, pouvait devenir plus pesant que l'air 
ordinaire; il doit donc tendre alors à se rassembler dans les lieux bas; 
d'où il suit qu'une prison dont le sol serait plus enfoncé que celui des 
quartiers voisins pourrait devenir, dans certains temps, la sentine et 
le réceptacle de tout l'air corrompu des environs, et qu'un pareil 
séjour serait infiniment dangereux pour ceux qui l'habiteraient. 

Par une suite des mêmes principes, nous trouvons beaucoup d'in- 
convénients à établir des cachots au-dessous du niveau du sol; il faut, 
de toute nécessité, qu'ils soient élevés de plusieurs pieds; et nous en 
concluons qu'il est impossible d'établir deux étages de cachots, l'un 
sur l'autre, dans le cloître des Cordeliers, comme on le propose, qu'on 
n'en peut pratiquer qu'un seul dans la hauteur. Alors on pourra les 
exhausser suffisamment pour être à l'abri de l'humidité, et il restera 
assez d'espace sous la voûte pour constituer une habitation saine. 

Nous croyons pouvoir assurer que, si le projet dont l'examen a été 
renvové à l'Académie, est adopté; si l'on a égard aux restrictions, aug- 
mentations et modifications que nous venons d'indiquer, il remplira 
complètement les vues de l'administration; que les prisons cesseront 
d'être des habitations dangereuses, et que ceux qui seront condamnés à 
y séjourner pourront y vivre sans être aussi sujets, qu'ils l'ont été 
jusqu'ici, aux maladies putrides et pestilentielles; sans être en proie 
aux rats ni aux insectes vermineux de toute espèce; sans courir autant 
de risques d'y contracter la gale, le scorbut, des ulcères, et des maux 



480 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

contagieux qu'ils vont porter et répandre, en sortant des prisons, dans 
les villes, dans les villages, dans les vaisseaux, dans les colonies: enfin 
sans y subir, par anticipation, un genre de supplice que la loi ne leur 
inflige pas, et qui révolte l'humanité, lorsqu'on voit qu'il est établi 
dans les prisons, indistinctement, pour les accusés comme pour les 
coupables, pour les innocents comme pour les criminels. 
Fait en l'Académie, le 17 mars 1780. 

Signé: U Rov, uk Montigm, Tillet, Tenon, Duhamel du Monceau et 
Lavoisieb. 



OBSERVATIONS SI H LES PUISONS. 



481 



OBSERVATIONS 
SUR LES PRISONS ACTUELLES 

DE LA CONCIERGERIE. 



La prison la plus ancienne de Paris est le grand Chételet ; une des 
chambres de la grosse tour conserve encore aujourd'hui le nom de 
rliambre de Cémr, et à la lin du xvi* siècle on voyait encore sous l'ar- 
cade de cette forteresse une pierre de marbre sur laquelle on lisait ces 
mots : Tributum Qvsaris. 

Le petit Clnltelet est beaucoup moins ancien. Celte ancienne forte- 
resse de la ville de Paris fut détruite parles Normands en 887, et elle 
a été rétablie telle que nous la voyons sous Charles V, en 1369. 

Les comtes et ensuite les prévôts de Paris ont habité le grand Cha- 
telet jusque sous Charles VIL Mais, son ancienne structure en rendant 
le séjour incommode et triste, Charles VII , par lettres patentes du 3 dé- 
cembre i65i, permit au magistrat de se loger ailleurs et lui accorda 
ioo H de rente sur le domaine de la ville pour le loyer. 

Quant à la prison de la Conciergerie, voici son origine : 

Le grand Châtelet, dans des temps fort reculés, était la seule prison 
royale de la ville de Paris; elle servait pour la garde des prisonniers du 
parlement de même que pour ceux des juridictions ordinaires. Philippe 
le Bel ayant rendu le parlement sédentaire en 1 '.'>*>■> . Louis le Hutin, 
son fils, logea cette cour dans le Palais. Les affaires s'étant multipliées 
quelques années après, il fallut pour plus de commodité faire cons- 
truire des prisons dans l'enceinte môme du palais; on les prit sur le 
jardin du concierge (c'était le nom qu'on donnait alors à l'intendant 

ni. 61 



482 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

des bâtiments), et I on y aiïecta la partie qu'où nommait alors le préau. 
(Voyez Laniare, t. III, p. 38o.) 

Le sol des galeries couvertes qui environnent le préau est de 
7 pieds ~ à 8 pieds au-dessous du niveau des quais voisin* : il parait 
que c'était le niveau ancien du sol de tout le quartier, et qu'il a été 
successivement relevé. 

Le milieu du préau, ou la partie découverte, est de 3 pieds plus éle- 
vée que les galeries. Il parait que ce terrain, qui dans l'origine était de 
niveau avec les galeries, a été relevé par des décombres qu'on y a 
apportés. M. Couture pense que cette opération a été faite dans le 
temps que des Brosses a fait construire sous Louis XIII la grande salle 
des Procureurs; quoi qu'il en soit, elle a eu le grand inconvénient d'en- 
combrer les galeries rouvertes et les chambres de paille. 

La partie découverte du préau a a3 toises de long sur 10 de large, 
c'est-à-dire a3o toises carrées de superficie. Celte espèce de grande 
cour est destinée à la promenade des prisonniers; c'est en quelque fa- 
çon le réservoir à air de toute la prison. C'est un grand inconvénient 
pour la salubrité de cette prison qu'il soit aussi enfoncé; car il est cer- 
tain que, dans le temps où il y a peu d'agitation dans l'atmosphère, 
l'air méphitique doit y demeurer stagnaut. On ne saurait en général 
trop élever le sol des prisons, d'abord d'après cette observation, et en 
second lieu parce que, le sol de Paris s'élevant insensiblement d'année 
en année, surtout dans les parties basses de la ville, un terrain qui 
ne serait qu'au niveau actuel serait enterré dans quelques siècles. Ce 
préau n'est point pavé, mais en terre seulement; il serait à souhaiter, 
pour éviter la corruption et l'humidité, qu'il fût pavé en gros grès de 
bordures. La galerie couverte qui environne le préau a 18 pieds de 
largeur; elle est très-utile aux prisonniers, auxquels elle procure une 
promenade à l'abri des injures de l'air dans les mauvais temps. 

Le concierge prétend que le nombre des prisonniers qui sortent pour 
être exécutés n'est chaque année communément que de ao à 3o; que 
par extraordinaire il avait été en i 779 de ûo, et qu'il y avait déjà eu 
1 a exécutions dans le mois de janvier. M. Duséjour nous a dit depuis 



OBSERVATIONS SUR LES PRISONS. 483 

que le nombre des exécutions était plus considérable, et que sans doute 
le geôlier n'avait compris dans son calcul que les gens exécutés à Pa- 
ris, mais non pas ceux renvoyés à leur premier jugement dans les 
provinces. 

M. Couture a fait faire une salle voûtée, destinée à former une in- 
firmerie; elle est voutée à 1 2 pieds et Ton a ménagé à chaque fenêtre 
des ouvertures au niveau du plancher inférieur. Ces dispositions sont 
très-bonnes pour l'introduction de l'air extérieur; mais il faudrait eu 
outre qu'il y eût dans la voûte des tuyaux d'aérage pour laisser échapper 
l'air méphitique. Cette salle est pavée en petits carreaux de terre. Dans 
tous les établissements de ce genre , il faudrait toujours employer de 
grands carreaux de pierre dure bien joints, afin qu'on pût laver de 
temps en temps et désinfecter le sol des salles; le mieux serait même 
de n'employer que du marbre, parce que la pierre est toujours po- 
reuse et que, quand elle est pénétrée de liqueurs putrides, il n'est plus 
possible de la désinfecter. On ne peut plus procurer cet avantage à la 
nouvelle infirmerie de la Conciergerie, parce que les planchers qu'on a 
construits ne seraient pas assez forts pour soutenir des dalles de pierre 
ou de marbre. 

11 y a cinq ordres de prisonniers : 

Premier ordre. Les pensionnaires. Ils payent 65 H par mois et ont 
une chambre seule. Ces chamhres sont à l'entre-sol, très-petites, et 
l'on y arrive par des escaliers très-incommodes et très-étroit». 

Second ordre. Ce sont ceux qui sont à demi-pension; ils payent 
U2 H io* par mois; ils sont 5, 6 et jusqu'à 1 0 et 1 a dans une même cham- 
bre, et elles sont très-basses et très-petites. H y a de plus un poêle en 
hiver pour se chauffer et un fourneau où l'on fait la cuisine avec du 
charbon. Point de cheminée. Ces chambres sont extrêmement mal- 
saines et abusives par leur cherté, comme celles qui suivent. 

Troisième ordre. Prisonniers à la pistole. Ils payent 7** 1 o* par 
mois. 11 y avait 1 1 lits occupés dans la chambre à la pistole. On y fait 
du feu, pour la cuisine, dans des fourneaux avec du charbon, ou n'y a 
ni air ni jour. Cette chambre est voûtée et fort basse; elle doit être. 

61. 



'«84 MÉMOIRES DE LAVOISIER. 

par sa construction, beaucoup plus malsaine que les cachots et que les 
chambres de paille. 

Qiatbième ordre. Chambres de paille. Ces chambres sont de véri- 
tables caveaux pratiqués dans un des côtés du préau; elles sont plus 
basses de s ou 3 pieds environ qim le niveau du sol du préau et des ga- 
leries couvertes (il y a depuis 18 pouces jusqu'à 3 pieds \) ; elles sont 
voûtées. Elles ont suffisamment d'air par le haut, surtout au moyen de 
ce que les ouvertures supérieures sont au niveau du haut de la voûte 
ot vont dans le préau couvert. Ce local n'a d'inconvénient que d'être 
trop bas, la circulation n'est pas d'ailleurs assez établie par une seule 
ouverture. 

Ces chambres au surplus sont excessivement petites; il y a h lits 
dans chacune et h prisonniers dans chaque lit; ils sont exactement les 
uns sur les autres, les lils n'ayant que h pieds à h pieds y, Il est vrai 
qu'il est rare que le nombre de prisonniers soit assez grand pour qu'il 
soit complet dans chaque chambre. Les prisonniers ont une paillasse 
et une couverture. 

Cinquième ohdre. Ce sont les cachots. Cette partie est la moins mal- 
saine des prisons; il n'y en a que U à la Conciergerie, mais ils sont 
très-vastes et bien voûtés. Les ouvertures, quoique petites, sont suffi- 
santes pour laisser échapper l'air supérieur méphitique, mais il n'y a 
pas d'ouverture dans le bas pour le renouvellement de l'air inférieur. 
Les ouvertures de ces cachots ne donnent point d'ailleurs en plein air, 
mais dans un corridor ou galerie où l'air est stagnant et par là malsain. 
Il y a d'ailleurs bien de l'inconvénient à n'avoir ainsi qu'un petit nom- 
bre de grands cachots, où l'ouest obligé de mettre tous les prisonniers 
à la fois ; il serait préférable d'en avoir un plus grand nombre de pe- 
tits où l'on ne mettrait qu'un ou deux prisonniers. Ces cachots au sur- 
plus sont en général peu humides. Les prisonniers y sont couchés sur 
de la paille étendue au milieu du cachot, sans couvertures ni lits. 

Le nombre des prisonniers était de 2 1 o lors de notre visite à la Con- 
ciergerie; il monte quelquefois jusqu'à 600; la proportion des femmes 
est en général à peu près d'un cinquième, c'esW-dire que, quand il y 



OBSERVATIONS SLR LES PRISONS. *85 

a par exemple 3oo prisonniers, on compte communément sur le nom- 
bre de a 60 hommes et 60 femmes. 

Il y avait autrefois, au milieu des prisons de la Conciergerie, un pui- 
sard qui répandait une puanteur infecte : on a rassemblé de toutes 
part les eaux pluviales pour le laver et pour emporter les immondices 
à la rivière, et depuis i